
LE DROIT DU TRAVAIL DANS LE CAPITALISME, QUESTION DE FONCTIONS ET DE
FONCTIONNEMENT 3
WP C.S.D.L.E. "Massimo D'Antona".INT – 41/2005
ce corpus de règles ne se borne pas au gouverner les rapports de travail
(qu'il tend à transformer en rapports d'emploi), puisqu'il prend également
en compte ou instaure des relations professionnelles (organisation et
représentation des intérêts, moyens d'action autonome et procédés de
conflit, négociation) dont le régime sophistiqué éloigne un peu plus de
l'image d'un droit purement tutélaire à travers lequel l'État protégerait le
salarié. Ce droit du travail, support normatif de l'ordonnancement des
relations du travail4 constitue, en cela, une variante nationale d'un certain
modèle de droit du travail (qui est à son tour l'une des configurations de
la composante juridique du "modèle social européen").
Les traités et manuels exposant et interprétant l'agencement
juridique des relations du travail, et à travers lui le droit du travail-
branche, ne manquent pas de souligner les interactions de celui-ci et de
l'économie. Sacrifiant à cet indispensable exercice, le deuxième chapitre
de la partie introductive du Précis Dalloz porte encore, dans la plus
récente édition de l'ouvrage, l'empreinte de considérations qu'avait pu y
loger Gérard Lyon-Caen; en particulier sur la contradiction partielle entre
les aspirations que cette branche du droit prétend satisfaire et les
exigences auxquelles elle se trouve soumise (exigence de justice versus
contrainte économique)5. Mais s'y trouve également évoqué un propos
plus original, inauguré un demi-siècle plus tôt par celui qui débutait alors
dans la discipline avec un article sur "les fondements historiques et
rationnels du droit du travail"6. Un article dont un manuel allait reprendre
les conclusions7 et que la revue Droit ouvrier a opportunément annexé à
celui donné par Gérard Lyon-Caen quelques semaines avant sa
disparition8.
4 Sur ce concept : A. Jeammaud, M. Le Friant, A. Lyon-Caen, L'ordonnancement des
relations du travail, D. 1998, Chr. 359. Peu importe que la branche du droit étatique
nommée "droit du travail" n'œuvre pas seule à cet ordonnancement et que d'autres
branches (droit constitutionnel, droit civil, droit administratif, etc) y contribuent aussi.
5 Ce chapitre intitulé "Le droit du travail dans la société" dans la 22e édition (J. Pélissier, A.
Supiot, A. Jeammaud, 2004) reste un développement du chapitre "L'économique et le
social" de la 19e édition (1998), la dernière à laquelle G. Lyon-Caen a directement contribué.
À notre avis, ni le texte de 1998, ni celui de 2004 (v. n° 22 et suiv., 45 et suiv.) n'illustrent
ce qu'un auteur appelle la "doctrine progressiste" (R. de Quénaudon, La "doctrine
progressiste" : une lecture du droit du travail en crise ?, D. 2005, chron. 1736), c'est-à-dire
la lecture de l'évolution du droit du travail comme une marche constante dans le sens du
"progrès social".
6 Dr. ouvr. 1951. 1.
7 Manuel de droit du travail et de la sécurité sociale, LGDJ, 1955, n° 19-21. Sur l'originalité
de cet ouvrage en son temps, v. : B. Géniaut, C. Giraudet, C. Mathieu, Les ouvrages de droit
du travail des années cinquante, Dr. ouvr. 2003. 367.
8 Permanence et renouvellement du Droit du travail dans une économie globalisée, Dr. ouvr.
2004. 49.