
La comptabilité nationale entre les modèles culturels locaux et la mondialisation
Posons quelques axiomes très simplifiés :
- Le total des recettes d'un agent est égal à celui de ses dépenses. Il
s'agit
d'une égalité en colonne dans un tableau économique
d'ensemble.
Principe de Lavoisier
:
pour toute opération économique, le total des
ressources est égal au total des emplois. On parle d'égalité en ligne.
La dépense d'un agent est la recette d'un autre agent
:
le bilan
s'articule sur des comptes de flux tels que l'on qualifie de biflux
l'ensemble d'un flux et de sa contrepartie.
Une telle comptabilité, enregistrement du mesurable, est en grande
partie marchande ou quasi marchande. Elle marie les prix et les quantités. Or,
dans les modèles culturels locaux, les échanges résistent à la mesure et aux
axiomes comptables. Quelques exemples le montrent :
La contrebande qui touche aux monnaies comme aux marchandises fait
exploser les cadres comptables nationaux et rend les axiomes inapplicables
puisque agents comme opérations transgressent les limites des frontières
nationales.
Les phénomènes de sorcellerie, de magie et plus généralement
l'intervention du sacré ou de l'invisible, défient les comportements rationnels
et modifient la nature de l'échange, rendant caduque toute comptabilité. Vu
l'importance sociale du don et des biens symboliques, l'axiome 3 ne
s'applique pas, battu en brèche par le triptyque bien réel-monnaie-bien
symbolique1, négation à la fois des biflux et des transferts unilatéraux.
Les effets d'imitation, les paniques, les rumeurs, les mimétismes, jouent
un rôle bien plus important qu'en pays industrialisé et créent dans la vie en
société comme dans l'échange, des solutions de continuité qui faussent tout
tableau économique d'ensemble.
L'autoconsommation liée à une auto-organisation et à une production
étroitement localisée échappe à toute comptabilité, limite les comportements
d'échanges hors du groupe social, minimise les coûts et, de manière générale,
1 ANSON-MEYER M. (1982)
;
La Nouvelle comptabilité nationale des Nations
Unies en Afrique, L'Harmattan.
KlNDELBERGER C. (1989) ; Manias, Panics and Crashes, Basic Books Ine,
deuxième édition.
LATOUCHE S. (1998) ; L'autre Afrique. Entre don et marché, Albin Michel, notamment p.
202.
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