L`homme oublié du travail social - Sociotourmente.fr

Notes sur « L’homme oublié du travail social » / JB – mai/juin 18 2009 1
« L’homme oublié du travail social »
par Jean Yves DARTIGUENAVE & Jean François GARNIER
Ed ERES – Coll « Pratiques du champ social » 2003 – 246 p
4° de couverture :
«Cet ouvrage se présente comme un antidote aux dérives instrumentales
et managériales qui affectent aujourd’hui en profondeur le travail social. Face à
la tendance actuelle à réduire le traitement des difficultés et souffrances
humaines à de simples procédures ou dispositifs, il engage les acteurs sociaux à
fonder scientifiquement leurs interventions par une confrontation permanente
entre la façon dont ils appréhendent la réalité sociale qu’ils ont pour tâche de
traiter et un modèle explicatif susceptible d’éclairer les diverses modalités de la
raison humaine.
Le plus souvent, les travailleurs sociaux ont l’impression de ne disposer
que d’un savoir en miettes qui donne à voir un homme morcelé, ce que renforce
la logique atomisante des dispositifs d’actions sociales. Or le travail social,
sous peine de perdre son âme doit s’articuler à un savoir constitué sur l’homme
– sans pour autant renoncer à le discuter, à en éprouver sa pertinence - qui ne
soit pas la somme des apports disciplinaires (sociologie, psychologie, économie
sociale, etc…)
En prenant appui sur des situations concrètes qui nécessitent
l’intervention d’acteurs sociaux, les auteurs de cet ouvrage définissent une
anthropologie qui rend compte de la spécificité des processus par lesquels
l’homme négocie son rapport au monde et aux autres. Face au désarroi actuel
des travailleurs sociaux, ils proposent ici une alternative théorique qui confère
un sens aux pratiques existantes et envisagent des pistes de travail inexplorées.
Leurs ambition est de participer au réenchantement des pratiques d’aide et
d’assistance aux personnes trop souvent décriées en les ancrant dans une
posture épistémologique exigeante. »
Introduction :
«Il s’agit de dégager la dimension proprement anthropologique du
travail social, autrement dit d’en revenir à l’homme qui, trop souvent, nous
paraît être le grand oublié du travail social. » (p.9)
Car « les orientations idéologiques de l’époque sont centrées sur la
recherche d’une efficacité à court terme…par l’accroissement de la
productivité, d’une optimisation rationnelle, l’adéquation d’une offre à une
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demande sociale ou des besoins sociaux, d’un pragmatisme et d’une technicité
professionnelle » (p.9)
« L’heure est avant tout à la concentration des énergies sur des
questions d’organisation et de management au détriment d’une réflexion sur
les buts et le sens des dispositifs en lien avec une problématique humaine. »
(p.10)
Il est normal que toute forme sociale tende à se réifier c’est-à-dire à se
clôturer sur elle-même : face à quoi il faut proposer une alternative théorique
pour «replacer l’homme au centre de l’intervention sociale » (p.10)
« Même s’ils ne le formulent pas ainsi, les travailleurs sociaux
éprouvent constamment la nécessité de fonder le sens de leur intervention »
(p.13)
partie : « AUTOPSIE DU SAVOIR DES
TRAVAILLEURS SOCIAUX »
Chapitre 1 : UN SAVOIR A INTERROGER
Par-delà la fausse querelle entre théorie et pratique
Comme si la théorie était assimilée à une spéculation intellectuelle
gratuite et l’intervention sociale à une obscure alchimie de la relation
d’aide…interdisant toute réflexion …alors que « la théorie est une capaci
proprement humaine à formaliser le monde et que les travailleurs sociaux
sont producteurs d’un savoir qui est l’expression de la formalisation ou de la
théorisation du réel à laquelle ils procèdent… » (p.21)
Quel intérêt peut avoir le travail social à adopter une approche scientifique
des phénomènes humains ? D’abord « en lui permettant d’apprécier ses
missions et la portée de son action autrement que d’un point de vue mythique
(selon l’idée que l’on s’en fait ) voire poétique (sans autre intention que de
l’évoquer). »Ensuite en aidant « le travail social à fonder
anthropologiquement son intervention par une confrontation permanente
entre la façon dont il appréhende la réalité sociale qu’il se donne pour tâche
de traiter et un modèle explicatif susceptible d’éclairer les diverses modalités
de la raison humaine. »Enfin « en lui permettant de conférer une assise et
une légitimité sociale à son travail »…car la spécificité du travail social ne
peut être uniquement fondée sur une technicité professionnelle mais que celle-
ci soit rattachée à un savoir sur l’homme. » (p 24/25)
Un savoir en miettes
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On constate : un désarroi ou une lassitude des TS, une obsolescence du WS par
rapport aux mutations sociales, culturelles et économiques, un désajustement
conjoncturel, un éloignement du WS du contact permanent avec les populations,
une instrumentalisation et une taylorisation des modes d’intervention, une
déligitimation par la classe politique de l’action du WS, un empilement des
dispositifs… « L’heure est actuellement sinon au désenchantement, du moins
au relativisme. On n’a pas tant affaire aujourd’hui à une « crise » du WS en
tant que tel, qu’à une interrogation profonde des travailleurs sociaux sur le
sens de leur contribution sociale » (p 27)
Cette crise du sens ne vient pas uniquement de l’insuffisance de la formation
initiale des travailleurs sociaux en sciences humaines, mais tient aussi de
l’hétérogénéité du savoir auquel ils se réfèrent, sans pouvoir l’articuler… « être
en mesure de composer une partition mariant la diversité et l’homogénéité, la
différence et la complémentarité des points de vue…ne permettant de disposer
que d’un savoir en miettes qui ne donne à voir qu’un homme morcelé »(p.30)
Constat renforcé par la logique atomisante des dispositifs d’action sociale,
renforçant la vision fragmentaire de l’homme et donc l’aspiration à un « sens
global » « Il faut donc une alternative à l’émiettement du savoir des
travailleurs sociaux que la pluridisciplinarité ne peut que reconduire sous le
masque d’une prétendue complémentarité de points de vue. »(p.31)
La langue du travail social
Les travailleurs sociaux élaborent malgré tout un savoir qui leur est propre à
travers les représentations qu’ils se font de leur activité, instruisant ainsi une
«langue » spécifique sur leurs finalités et les conditions de mise en œuvre du
WS, langue qui se manifeste à travers leur «vernaculaire » (leur manière de
parler caractéristique de leur manière d’être) et leur « doxa »(c’est-à-dire leur
manière de penser, renvoyant elle aussi à leur manière d’être) « socialement
caractéristique ou typique ».
Chapitre 2 : DES MOTS POUR LE DIRE
Il s’agit de faire l’analyse des termes utilisés « spontanément et quasi
naturellement »par les travailleurs sociaux visant la spécificité et la finalité du
WS, comme :
L’autonomie
Qui est le maître mot du WS signifiant à la fois : « être indépendant, se prendre
en charge, devenir acteur de sa propre vie et être libre de ses propres
choix… »,ce qui relève à la fois d’un registre social ( l’indépendance ) et d’un
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registre moral ( la liberté ). De façon générale dans le WS, cette autonomie
« s’apparente à un impératif catégorique qui ne souffre aucune concession
avec la dépendance « institutionnelle », relationnelle et affective. » (p.39) Et
pourtant,« à quoi peut aboutir une autonomie détachée de tout rapport
d’interdépendance… et en dehors des rapports sociaux par lesquels elle
s’institue ? »(p.40)
L’acteur
…notion souvent liée à celle d’autonomie pour qualifier le nécessaire
dynamisme des individus ou tout au moins le fait de « bouger » par opposition à
la «passivité »et à « l’immobilisme de ceux qui se laissent porter par les
événements »… comme si l’usager ou le « client » du TS était doté d’une
sociabilité virtuelle, non encore advenue, que le travailleur social se doit
précisément de faire advenir. »…ce qui « débouche paradoxalement sur un
déni de la personne...car l’usager qui ne fait pas montre de capacité à être
« acteur de sa propre vie » témoigne fondamentalement d’une régression de
son état assimilable à celui de l’enfant. » (p.41)
Ce qui met en évidence,« la tendance du WS à entrevoir l’acteur
exclusivement dans la réalisation d’un devenir ou ce qui revient au même à
dénier la qualité d’acteur à l’usager dans l’ici et maintenant…car le
travailleur social a souvent du mal à envisager l’existence sociale de l’usager
en dehors de la relation de service qui l’unit à lui. »… « en bref, l’usager tend
à être appréhendé essentiellement par ses manques au regard de critères
implicites… »(p.43)
Ceci révèle une forte tendance dans le WS à « l’ethnocentrisme c’est-à-dire à
une projection par les travailleurs sociaux de leur propre univers social de
référence sur celui de populations qu’ils prennent en charge »… « révélant
une visée « autocentrée » de la relation sociale au cours de laquelle on tend à
ramener l’autre à soi-même...en tentant de nier la différence irréductible de
l’autre que nous nous employons par ailleurs à fonder implicitement. » (p.44)
Il est vrai que « C’est ce dernier ( leur « client ») qui leur (les travailleurs
sociaux) confère un statut et un rôle de paternité sociale qui participent à la
reconnaissance sociale de leur profession. »…Et cependant « c’est cette
« mort » de soi, cette capacité de créer en nous-mêmes du « vide » qui permet
à l’autre de se frayer un chemin » (p.45).
L’usager
« C’est un terme qui désigne une sorte de « type moyen » auquel sont attachés
des comportements attendus au regard des normes sociales standardisées.»
(p.46)
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Aussi c’est une notion souvent associée à celle de « besoin » que l’on postule
implicitement chez l’usager, « induisant un comportement préétabli et
immédiat dans la relation à autrui ».
Ainsi est-on renvoyer à « l’image d’un usager susceptible de coïncider avec un
environnement institutionnel, puisque l’usager n’existe pas indépendamment
des situations sociales qui le définissent et par lesquelles il se définit , et des
attentes sociales que l’on formule à son égard. » (p.47)
Le client
Terme qui dénote la prise en compte dans le WS d’une « démarche qualité »,
dans le cadre de l’élaboration d’une « offre » articulée à une « demande »
d’insertion, où « à l’encontre de l’ancien schéma paternaliste, il s’agit de
traiter d’égal à égal avec le « client ». Incontestablement ce terme marque une
relation personnalisée, voire « appropriative », ce qui peut être pour le
travailleur social, « une façon de légaliser la légitimité de son statut et de son
rôle de paternité sociale…ce qui rend ce terme inséparable d’une autre
notion : celle de « référent »
Le lien social
Actuellement c’est le véritable sésame de l’action sociale , mélangeant tout ce
qui tourne autour de la convivialité, avec « une nostalgie de la communauté
débarrassée de sa conflictualité », mais aussi dans certains cas avec une réelle
« prégnance de l’approche individualiste qui sépare la personne de son
inscription sociale et de son histoire. »Or « c’est une logique proprement
humaine, paradoxale et conflictuelle qui nous paraît devoir être intégrée dans
la problématique du lien social. » ( p.51/52)
Chapitre 3 : DES MOTS POUR FAIRE
Le projet
Comme pour la notion d’autonomie, on retrouve l’ambiguïté qui mélange
« deux registres : l’un qui concerne l’axiologie du désir, l’autre qui renvoie
aux conditions sociales de la réalisation d’un devenir…mais dont la
signification s’éclaire lorsqu’elle est couplée avec la notion d’autonomie ou
d’acteur…le projet devenant le moyen par lequel « l’acteur » peut réaliser
l’autonomie…cette notion de projet tend alors à revêtir le sens restrictif d’une
projection dans le temps amenant à réaliser des démarches, c’est-à-dire à
s’extirper des pesanteurs et de l’inertie du quotidien…comme pour réaliser
son être dans un avenir chargé de promesses d’émancipation…la notion la
plus achevée étant celle de « projet de vie » - « cette expression ne manque
pas de sel lorsqu’elle s’applique à des personnes empêtrées dans une précarité
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