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II. Refus
du traitement
de survie
et euthanasie.
A. Une demande de mourir
Deux mois après avoir terminé son service militaire comme pilote de ligne, I'univers de Donald
C. a expiosé. Célibataire de 36 ans,
athlète de haut niveau, Donald briilait tout particulièrement
dans
le rodéo. En mai 1973, dès
la fin de son service militaire, Donald a rejoint son
père
dans
les affaires. Proches
I'un de I'autre,
leur relation était très affectueuse. Le 25 juillet 1973, ils se
trouvaient ensemble en voiture. Garée à côté d'une transmission de propane, la voiture a
explosé en démarrant Son
père
est
mort et Donaid, conscient,
est entré à thôpital dans un état
critique, bnûlé au second
degré et au troisième sur une surface
colporelle de 687o. La cornée
endommagée, ses
yeux sont restés fennés. Ses oreilles ont été gravement touchées
et de
nombreuses
brûlures couwaient son
visage, son corps, ses bras.
Durant neuf mois, Donald a subi de multiples greffes de peau, une énucléation de l'oeil droit et
f'amputation aux deux mains des
parties les plus touchées des doigts. L'oeil gauche
aétéfermé
pour éviter lïnfection et ses
mains sont
inutilisables. Depuis son admission
en awil 1974
à
I'hôpital universitaire du Texas, il prend chaque
jour un bain permettant de contrôler I'infection.
De nombreuses
plaies infectées rongent en effet son corps
et ses bras.
Depuis l'accident, Donald repète qu'il ne souhaite
pas viwe et refuse la poursuite du traitement.
Deux jours après son admission à I'hôpital universitaire iI a rejeté toute chirwgie correctrice
pour ses mains et exprimé avec insistance son désir de retourner mourir chez lui - I'une des
conséquences
des bains
quotidiens
pénibles
destinés
à soigner
I'infection douloureuse des
plaies. Mais les bains se
poursuivent malgré ses
protestations.
Sa
mère, courageuse, fait des
efforts formidables;
les chirurgiens,sont
frustrés et pelplexes.
D'un tempérament
plutôt calme et rationnei, Donald a de fréquentes crises de rage,
d'angoisse
et
de larmes. Il est parvenu à convaihcre sa
mère de son désir de rentrer à la maison.
Physiquement
incapable de le faire elle-même, elle est d'accord pour Ie ramener en ambulance.
Face à la volonté de Donald, le psychiatre Robert B. White a été appelé. Selon sa
première
impression, Donald souffre de dépression
et d'incapacité
mentale et selon lui un tuteur légal
devrait êre désigné
pour décider de la chirurgie et des traitements. La mère de Donald,
soucieuse de son bien-être, souhaite
en vérité qu'il reste à lhôpital. Surtout,
elle ne peut
supporter f idée de voir mourir son fils à la maison de ses
plaies infectées. Elle est aussi très
croyante et voudrait que son fils réintègre lEglise avant de mourir.
Donald est
le plus âgé de trois enfants. Selon sa
famille, c'était
un garçon
déterminé, très
autonome depuis son enfance
et persévérant
: "il a toujou$ agt pour et par lui-même". Le
psychiatre'White a en fin de compte confirmé ce portrait d'un garçon très obstiné, raisonné et
cohâent, nullement incompétent mentalement. Résumant sa position, il cÔnclut son rapport en
déclarant "Il ne ressemble en rien à une personne
aveugle et estropiée". Sa déterrnination à
quitter I'hôpital paraît iréversible et I'espoir des chirurgiens de lui redonner un certain usage des
mains et de I'oeil gauche
n'ont aucun
effet. Il a aussi demandé à voir son avocat
polrr un
éventuel recours en
justice.
Commentaires
A) Robert
B. WHITE. le psychiare
Le désir
de
Donald semble
fort logique
et rationnel;
je I'ai
bien
connu lors de mes consultations
et à sa
place,
je n'aurais
pas ressenti la même chose.
Deux collègues
qui I'ont
vu sont a:rivés
à
la même
conclusion.
Sa demande de mourir doit-elle être
respectée
? Ie comprends fort bien
qu'il veuille mettre
un terme à son
calvaire.
Mais d'un autre
côté,
s'il quitte
I'hôpital, il sera
un