Anthropologie des techniques

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Anthropologie des techniques
Sophie Caillon, CNRS
Mail. [email protected]
Module Ethnobotanique
Université Montpellier 2, 29/01/2014
L’anthropologie des techniques dérive de l’analyse de la culture matérielle
(qui s’oppose au spirituel).
Etude de la consommation, des usages, des échanges et des identités d’objet
sous l’hypothèse que les Hommes mettent du « sens » dans leur production
matérielle (Lemonnier 1991).
1. Histoire d’une discipline
2. Outils
3. Exemples
1. Courant évolutionniste (Morgan 1877)
Fin XIXe et début XXe siècle
L’objectif est de classer les sociétés selon leur stade d’évolution évaluée à l’aide de
critères techniques.
Lewis Morgan classait les différents stades de l’humanité par leurs connaissances
techniques, respectivement
1. le feu,
2. l’arc et la flèche,
3. la poterie,
4. l’agriculture irriguée et
5. la métallurgie du fer
Des savoirs holistiques aux savoirs spécialisés
Dans les sociétés dites primitives, chaque homme en sait presque autant que
toute sa société. Dans la nôtre, chacun n’a accès qu’à une part infinitésimale du
savoir général. L’individu est dépossédé au profit d’un système (Sigaut 1987).
2. Courant diffusionnisme (Herkovits 1967)
Les objets et les pratiques sont les témoins de la définition
des aires culturelles sous l’hypothèse qu’ils sont soumis
aux forces dynamiques spatio-temporelles.
Mais cela induit le fait que l’Homme invente peu : il transmet.
3. Les « techniques du corps » (Mauss 1935)
Une technique met en jeu 4 éléments :
1. une matière sur laquelle elle agit ;
2. des objets (outils, moyens de travail, artefacts) ;
3. des gestes ou des sources d’énergie qui mettent en mouvement ces objets
4. des représentations particulières qui sous-tendent les gestes techniques.
Techniques du corps
= techniques sans objets matériels
Cela inclut toutes les habitudes musculaires socialement acquises :
façons de marcher, de s’asseoir, de dormir, de nager, de courir.
Depuis que Mauss a montré que les plus « naturels » de nos comportements
techniques – marcher, porter, accoucher – varient selon les cultures, on sait
que toute technique est une production sociale.
Transmission-Tradition
« J'appelle technique un acte traditionnel efficace. Il n'y a pas de
technique et pas de transmission, s'il n'y a pas de tradition. C'est en quoi
l'homme se distingue avant tout des animaux : par la transmission de ses
techniques et très probablement par la transmission orale » (Mauss 1935).
4. La technologie culturelle (Leroi-Gourhan 1964)
Technologie
- étude de l’activité matérielle des populations :
leur façon de chasser, pêcher, cultiver, s’habiller, se loger et se nourrir
(Haudricourt 1968).
- étude des activités entreprises par les hommes pour acquérir et transformer
des éléments organiques et inorganiques du monde naturel. Ces activités
comprennent aussi bien les savoirs et savoir-faire que les gestes et les outils
(Cresswel 1991).
- étude complète (Sigaut 1991):
des matières premières,
des techniques : les outils, les gestes et savoir-faire
des processus
Dynamisme
Examiner le mouvement et son résultat :
mode de percussion, plasticité de la matière percutée.
= une anthropologie du rythme (Bidet 2007).
Objectif
La technologie culturelle permet de confronter
la réalité perçue
(les rapports sociaux, le comportement relationnel des individus…)
et la réalité objective
(les séquences de transformation volontaire des matières premières).
1. Une observation monastique
Etude synchronique
- Observer : avec rigueur et précision l’instrument à tel endroit, à telle date, en
telles circonstances, et noter son utilisation = observations basiques
- Filmer : Tous les gestes du travail, de jeu et de repos dans tout leur contexte
social et ethnique
- Dessiner : Révéler les particularités d’un geste
Exemples : Le dessin
« La locomotion terrestre pose d’autres problèmes et nous devons distinguer
le portage, dans lequel l’objet à transporter pèse sur le corps de l’homme, et
le traînage où l’objet à transporter pèse en grande partie sur le sol… »
(Haudricourt 1987: 88)
1. Une observation monastique
Etude synchronique
- Observer : avec rigueur et précision l’instrument à tel endroit, à telle date, en
telles circonstances, et noter son utilisation = observations basiques
- Filmer : Tous les gestes du travail, de jeu et de repos dans tout leur contexte
social et ethnique
- Dessiner : Révéler les particularités d’un geste
- Demander : Le vocabulaire afférent à ces activités
Etude diachronique
Le passé sera accessible en utilisant
- les documents d’archive
- les documents actuels abondants : la répartition géographique d’un geste ou d’un
mot peut donner des indications
- l’iconographie que l’on peut dater
- la linguistique : l’étude du vocabulaire technique, surtout des mots spéciaux,
inconnus du langage courant (immotivation), permet de dater des inventions ou
des emprunts dont on n’a pas d’autres témoignages.
2. Les chaînes opératoires (Cresswell 2003)
Principe
Pour réaliser un projet,
l’Homme transforme en une action un matériau qui résulte en un produit.
Définition
La chaîne opératoire constitue la matière première de l’ethnologie des techniques.
Outil méthodologique pour analyser la nature des liens entre le technique et le social.
(Cresswell 2003 : 13)
La chaîne opératoire a
comme principale intérêt
d’intégrer dans un
graphique unique :
-les gestes techniques et
-les structures sociales.
Exemple Lemonier 2004.
Chaine opératoire décrite par un mythe
Les cérémonies chez les Ankave (Papouasie Nouvelle-Guinée) portent le nom
des tambours qu’on fait résonner nuit après nuit (songain). Ils sonnent pour faire
fuir des êtres immondes, cannibales, invisibles et foncièrement méchants, les
ombo’, que les Ankave tiennent pour responsables de la majorité des maladies
mortelles.
Exemple Lemonier 2004.
Chaine opératoire décrite par un mythe
Les cérémonies chez les Ankave (Papouasie Nouvelle-Guinée) portent le nom
des tambours qu’on fait résonner nuit après nuit (songain). Ils sonnent pour faire
fuir des êtres immondes, cannibales, invisibles et foncièrement méchants, les
ombo’, que les Ankave tiennent pour responsables de la majorité des maladies
mortelles.
Conclusion
Les chaînes opératoires tiennent dans ces mythes, c’est la manière dont ils
mêlent d’une façon inextricable l’histoire de l’origine des tambours, les rituels
auxquels ces derniers donnent leur nom et leur mode de fabrication.
Chez les Ankave, la façon de fabriquer les tambours parle du deuil et de
l’oubli des morts, de l’imputation du malheur et de la circulation de la vie
entre les générations. Encore faut-il se donner la peine et les moyens de le
montrer.
Faisabilité
Le “ recueil ” des chaînes opératoires ne serait-il qu’un acte rituel qu’une
poignée de fanatiques tentent d’imposer à des cadets ? (Lemonier 2004)
Barrau (1979)
Conférence sur : « Les fondements écologiques des pratiques sociales :
intérêt de leur connaissance dans la gestion des ressources ».
les fondements écologiques des pratiques sociales et
fondements sociaux des pratiques écologiques.
Mauss
Levi-Strauss
Leroi-Gourhan
Haudricourt
Barrau
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