
2
Eric Mugnier
Associé EY
Sustainable Performance
& Transformation
La valeur d’une activité économique dépend de plus en plus de sa contribution à la société
et à la transition vers un monde durable. A mesure que les connaissances scienti ques et
économiques avancent sur le véritable prix des « externalités » sociales et environnementales,
il apparaît aujourd’hui nécessaire de concevoir la valeur au-delà des indicateurs nanciers
classiques.
Or, les informations agrégées et compréhensibles concernant les impacts socio-économiques
et environnementaux sont encore trop souvent absentes du dialogue entre les pouvoirs publics,
les investisseurs et les industriels, empêchant d’évaluer de manière exhaustive la pérennité
d’une activité donnée, que ce soit à l’échelle d’une lière, d’un projet d’investissement ou d’un
produit. EY a développé des méthodologies et bases de données permettant d’apporter à ces
acteurs des éléments quanti és éclairant leurs décisions.
C’est notamment l’objet de la présente étude sur les impacts en Europe de l’industrie
du rechapage (l’économie circulaire des pneus pour poids lourd), qui est confrontée
à la concurrence des pneus entrée de gamme importés d’Asie. Nous mettons à disposition
des parties prenantes, au niveau européen et national, des éléments permettant de nourrir
la ré exion sur les mesures à adopter vis-à-vis de cette industrie. Nous incitons les acteurs
économiques à généraliser ce type d’approche, et baser progressivement leurs décisions
sur les impacts sociétaux engendrés.
“
“
François-Michel Lambert
Député des Bouches-du-Rhône
Président fondateur de l’Institut
de l’Economie circulaire
Le rechapage est une activité exemplaire de l’économie circulaire en termes de création
de richesses sur les territoires, d’utilisation optimisée des ressources, et de dé s politiques
à affronter pour engager une trajectoire soutenable de maintien de l’emploi. Promouvoir
l’économie circulaire, c’est aussi défendre les modèles vertueux existants.
Activité méconnue du grand public, le rechapage représente une large part des pneus
professionnels. En 2015, 40 % des pneus poids lourd vendus en France étaient rechapés.
Les fermetures d’usines toutefois se multiplient, la lière est en danger, frappée par la
concurrence de pneus neufs importés qui n’ont pas été éco-conçus et ne pourront pas être
recyclés.
Politiquement, des marges d’action existent. Aux États-Unis, le marché est moins sensible
au dumping sur les pneus non-rechapés et non-rechapables, car le Federal Vehicle Cost Savings
Act encourage l’utilisation de composants remanufacturés pour la otte de véhicules
du gouvernement. Selon Gary Peters, sénateur à l’origine de ce texte, il aurait permis
la création de 30 000 emplois directs.
Si, dans un effort collectif, nous n’étions pas en mesure de redresser la lière, ce serait
une défaite pour l’emploi et un marqueur saillant du manque d’engagement pour une transition
vers une économie circulaire sobre en utilisation de ressources naturelles.
“
“
Pascal Can n
Directeur Général
WWF France
Le 8 août 2016 a sonné le jour du dépassement planétaire où l’on a consommé l’ensemble
des ressources renouvelables pour l’année 2016 et où l’humanité a commencé à vivre à crédit
pour le reste de l’année. Plus que jamais, se mobiliser pour l’économie des ressources est
une priorité, en favorisant notamment l’économie circulaire qui offre un moyen de réduire
notre empreinte environnementale. C’est donc tout naturellement que le WWF s’est intéressé
à la démarche de la lière des pneumatiques poids lourd pour le rechapage.
Cette technique, qui consiste dans le remplacement de la bande de roulement
d’un pneumatique de poids lourd qui a roulé jusqu’à 250 000 km, permet de réels béné ces
en termes d’économie de matière : tout au long du cycle de vie, de 50 jusqu’à 100 kg
pour un pneumatique poids lourd standard. En plus d’un béné ce environnemental certain,
le rechapage s’intègre dans un modèle économique vertueux tout au long de sa chaîne de
production. De l’amont à l’aval, des compétences techniques importantes sont requises,
privilégiant l’emploi local.
L’objet de cette étude est d’estimer la valeur économique, sociale et environnementale
du rechapage, qui s’oppose au caractère mono-vie des pneumatiques provenant
de certains pays asiatiques. En privilégiant ce procédé, on limite l’impact environnemental
du pneu. Cette technique est plus que jamais pertinente dans un monde post-COP 21
qui se doit de garantir une croissance sobre en ressources.
“
“