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Parce qu’il s’agit bien de permettre de se représenter un système global et son
fonctionnement, il importe de fixer des repères à partir desquelles on peut apprécier les
variations infinies des paroles produites.
La notion de phrase de base peut servir de repère à toutes les observations et les
réflexions. Qu’on l’exprime en termes de « Sujet + Verbe+ Complément » ou en
termes de « GN sujet + GV + G circonstanciel », il y a là un repère essentiel pour la
compréhension du système même si cela conduit à privilégier une certaine forme de
phrase déclarative.
En lien avec ce premier repère, il semble intéressant de s’appuyer sur la distinction
entre l’axe paradigmatique et l’axe syntagmatique (distinction empruntée à
Jakobson) pour fonder les différentes manipulations auxquelles on soumet les enfants
dans leur apprentissage. Reste à savoir comment renommer ces notions abstraites.
Pour autant, le fait de comprendre que la place des mots est la règle de base de la
composition d’une phrase semble indispensable. Elle débouche clairement sur la
question des chaines d’accord qui est un enjeu majeur en orthographe. C’est aussi une
manière d’introduire la notion de « fonction grammaticale » qui fait l’objet de tant de
confusions.
Quant à l’axe paradigmatique, il permet d’ouvrir sur un autre réseau tout aussi
producteur de sens. Il ouvre la voie à des possibilités de réécriture par substitution. Il
donne aussi du sens à la notion de « nature » d’un mot. Enfin il permet d’associer
lexique et syntaxe.
Implicitement, ce que ces schémas disent aux élèves, c’est qu’il n’y a pas une seule et bonne
façon de composer une phrase mais qu’il y a bien des façons de s’exprimer. L’écriture est un
espace de liberté et pas seulement un espace contraint.
Ce qui compte, c’est donc l’idée selon laquelle un système régulé comme celui de la
langue est aussi un système vivant qui autorise une grande liberté d’usage. On ne peut
jouer que s’il y a des règles du jeu. Or, on peut jouer avec la langue et c’est même ce
que font beaucoup d’écrivains et les auteurs de littérature jeunesse qui proposent sous
forme de récits ou de poésies nombre d’exemples de transgressions. Pour les
comprendre et apprécier le clin d’œil dans l’expression décalée, il faut connaitre le bon
usage, l’emploi habituel et conventionnel.
Proposer aux élèves une représentation du système de la langue, de ses règles et de ses usages,
s’appuyer sur des repères fondamentaux tels que la notion de phrase de base en français
standard et une structure en deux axes (vertical et horizontal) peuvent constituer les
fondements d’un enseignement de la grammaire aujourd’hui.
La grammaire et les catégories qui la composent et qui sont enseignées aux enfants n’ont pour
finalité que d’aider l’élève à mieux maitriser ce moyen d’expression et de communication.
Cela a des conséquences.
Une exigence de simplicité tout d’abord : quant au nombre de notions abordées,
quant à ce qui est implicitement considéré comme acquis et qui ne l’est pas
toujours. Cela tient aussi au temps donné à l’élève pour assimiler, intégrer les
connaissances. Il faut laisser faire, laisser le temps de faire et de refaire. Les
notions grammaticales n’ont de sens que si elles permettent aux élèves de mieux
comprendre le fonctionnement des énoncés, dans leur forme écrite en particulier,