
Tendances et ruptures dans la trajectoire économique du Saguenay–Lac-Saint-Jean
plus la route des sièges sociaux extérieurs d’entreprises à propriété exogène. En réalité, le
Saguenay–Lac-Saint-Jean est de moins en moins propriétaire de ses unités économiques,
l’érosion ayant atteint presque tous les sous-secteurs, y compris les petits commerces et servi-
ces. Les succursales locales et régionales des grandes chaînes nationales et internationales ne
laissent généralement que très peu de retombées sur les lieux d’opération tout en tirant les
bénéfices vers Montréal, Toronto, New York, avant de redistribuer ceux-ci à leurs actionnaires.
Dans ce contexte économique général, l’entrepreneurship régional souffre de nombreux maux,
notamment des barrières à l’entrée qui s’élèvent de plus en plus dans la plupart des secteurs y
compris la restauration, l’habitation, les services à l’automobile, les accommodations, l’habille-
ment, la coiffure, les services spécialisés.
Nos analyses sectorielles de l’aluminium, de la forêt, de l’agroalimentaire, du tourisme, de l’éo-
lien, du gaz naturel et du tertiaire moteur ont illustré des forces, des faiblesses, des contraintes
mais aussi des occasions intéressantes pour le futur rapproché et plus éloigné. Si l’agroalimen-
taire et le tourisme illustrent des potentiels certains mais tout de même limités actuellement dans
la région, la transformation de l’aluminium ainsi que plusieurs activités du tertiaire moteur offrent
des créneaux porteurs en matière d’emplois et de création de richesses. Tandis que le domaine
de l’énergie semble à l’évidence posséder un potentiel important face à la propulsion souhaitée
de l’économie régionale dans un nouveau cycle structurel.
Nous savons que le développement territorial à succès, de nature endogène, possède toujours
des arrangements institutionnels particulièrement optimaux. Sur la base de cette vérité large-
ment induite au cours des deux dernières décennies de recherche scientifique, nous avons
investigué les conditions politico-administratives générales dans la région du Saguenay–Lac-
Saint-Jean dont la caractéristique principale à cet effet réside dans l’éclatement et la fragmen-
tation des missions publiques et collectives au sein d’une multitude de petites organisations
monofonctionnelles (conseils, commissions, bureaux, directions), dont seulement les municipa-
lités s’avèrent effectivement multifonctionnelles. Si la réforme supralocale en cours améliore
certes la situation institutionnelle, il demeure que l’essoufflement démocratique nous apparaît
évident. Alors que les moyens d’action et d’intervention semblent globalement insuffisants, étant
donné notamment leur caractère d’émiettement et de dispersion.
Finalement à cette rubrique institutionnelle, nous avons constaté que la planification régionale
s’est confortée, au cours des derniers exercices, dans sa dimension « stratégique » qui génère
certes un encadrement plus serré des interventions en fonction d’objectifs de mieux en mieux
ciblés. Cependant, ce gain de rationalité en gestion publique a causé, selon notre analyse, une
lourde perte sous l’angle de l’innovation, de la créativité et de l’action nouvelle. En réalité, l’ordre
administratif de mieux en mieux établi pour l’allocation de minces ressources publiques
consacrées au développement nuit au degré de désordre institutionnel tout à fait nécessaire à la
créativité, à l’innovation et à l’action novatrice.
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