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économiques. Bénéficiant des acquis issus de la théorie quantitative de l'information (C.
Shannon), les économistes néoclassiques sont désormais en mesure de réduire le savoir à une
forme de facteur de production, le capital humain. L'exemple du capital humain permet
d'envisager le type de réduction issu de la vision néoclassique: réduction du phénomène à une
entité unidimensionnelle quantifiable et, si possible, mesurable. Cette réduction est appliquée à
tout phénomène relevant des modifications des données exogènes: toute modification des
conditions écologiques, institutionnelles et/ou sociales est prise en compte au travers de sa
contrepartie monétaire. En ce sens, les processus relevant des sphères sociales et naturelles
sont nécessairement tronqués, réduits et homogénéisés, de manière à être appréhendés au sein
de la dimension monétaire supposée représentative du système économique.
L'interprétation néoclassique de la théorie keynésienne, qui remet au centre de la théorie
une fonction de production au niveau macroéconomique (produit national), ajoute
progressivement aux facteurs de travail et de capital le facteur de progrès technique, réduisant
les travaux de J. Schumpeter sur l’innovation à l’intégration formelle d’une variable
indéterminée dans la fonction de production néoclassique. Alors que la croissance économique
se produit dès les années 1950, ce n'est que dans les années 1970 que les néoclassiques
proposent une théorie aboutie de la croissance4. Toutefois, c'est dans la fin des années 1950
que Robert Solow (1956) élargit la fonction de production néoclassique en lui ajoutant de
manière formelle le facteur de progrès technique, et en proposant les premiers modèles
dynamiques de croissance (qui constitue en fait une augmentation quantitative progressive
d’états qualitativement identiques).
Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que se développent les modèles de croissance
endogène (Romer, 1986; Lucas, 1988; Barro, 1990), intégrant le progrès technique endogène
(i.e. généré de manière interne à la sphère économique marchande). Ce faisant, les néoclassiques
intégraient de manière formelle la thèse de Schumpeter selon laquelle l'innovation, dont le
progrès technique généré par les entreprises constitue l'une des formes, est un phénomène
interne à la sphère économique. Ce faisant, l'approche néoclassique propose une vision
cohérente de la sphère économique limitée à la sphère marchande, qui lui permet de décrire, au
travers d'une représentation mécanique, un mode de fonctionnement dynamique reposant sur
la croissance économique. Mais les modélisations néoclassiques de la croissance économique
ne remettent pas en question les fondements sur lesquelles elles reposent, comme en
témoignent les recommandations de politique économique qui en émanent invariablement :
4 Jusque-là, la croissance a lieu et la théorie économique n'a guère d'influence sur le déroulement
des choses, par la suite, la croissance rencontrant certains obstacles –difficultés de crédit au
USA suite au financement de la guerre du Vietnam, abandon du régime de taux de change fixes,
chocs pétroliers–, les politiciens se tournent vers les économistes afin de disposer de solutions
pour recouvrer et maintenir la croissance; les réponses néoclassiques prônent
traditionnellement le recours à des marchés plus libres, à davantage de concurrence et de
commerce international, elles sont implémentées notamment aux USA et au Royaume Uni.