etude sur les pratiques de l`islam au niger

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REPUBLIQUE DU NIGER
DANIDA
MINISTERE DE L’INTERIEUR ET DE LA DECENTRALISATION
BUREAU DE COOPERATION DANOISE - NIGER
DIRECTION GENERALE DES AFFAIRES POLITIQUES ET JURIDIQUES
DIRECTION DES AFFAIRES COUTUMIERES ET RELIGIEUSES
ETUDE SUR
LES PRATIQUES
DE L’ISLAM
AU NIGER
RAPPORT PROVISOIRE
Avril 2006
Mr Moulaye HASSANE – Consultant Principal
Mme Marthe DOKA – Consultante
Mr Oumarou MAKAMA BAWA - Consultant
Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
SIGLES ET ABREVIATIONS
ACIN
Association Culturelle islamique du Niger
ACOI
Association pour la Culture et l’Orientation Islamique
ADRIS
Association pour la Diffusion des Règles Islamiques
AEDPI/ALbirou
watakawa
Association pour l’Entraide la Dévotion et la Pitié
AIN
Association Islamique du Niger
AINB AL IHSAN
Association Islamique Nigérienne de Bienfaisance
AIMES Al Kitab
Association Islamique pour la Lecture et la Mémorisation du Coran
AJM
Association des Jeunes Musulmanes (Jam Iyat Fatayatou)
AFN
Association des Femmes du Niger
Al Mouhamadiya
Association Jamat Islam
AMA
Agence des Musulmans d’Afrique
ANAF
Association Al Falah
ANASI
Association Nigérienne pour l’Appel et la Solidarité Islamique
ANAUSI
Association Nigérienne pour l’Appel à l’Unité et la Solidarité
Islamique
ANEMFZ
Association Nigérienne des Femmes Musulmanes Fatimatou
Zaharaou
ANFI
Association Nigérienne pour la Fraternité Islamique
ARCI
Association pour le Rayonnement de la Culture Islamique
ARFI
Association pour le Rassemblement et la Foi Islamique
ASNJI BWIS
Association des Sunnites du Niger
ATI
Association pour la Tolérance Islamique
UMI
Union de tous les Monothéistes de l’Islam
AUPI
Association pour l’Union et le Progrès Islamique
BUTIN
Bureau de Traduction des ouvrages Islamique du Niger
CASIN
Collectif des Associations Islamiques du Niger
CMS
Conseil Militaire Suprême
DA AWA
ONG lybienne
FAOUZIZZA
Association pour l’enseignement l’arabe et l’éducation islamique”
FIBN
HAYATOUL ISLAM
CIN
HHLS
IKS
JAMIOUL KHAIRI
ASEN
LUSAA
Fondation Islamique de Bienfaisance du Niger (ONG)
Groupement des Associations Islamiques en matière de Planning
familial et Développement Social
Association Nigérienne pour la reconnaissance de l’islam
Conseil Islamique du Niger
Sécurité des Conditions de vie des Ménages
AL Islam Kitab Wassounna
Association Nigérienne pour les œuvres Islamiques et sociales
Association Sabil El Najah
Ligue pour l’Unité et la Solidarité Arabo-Africaine
OCI
Organisation de la Conférence islamique
GAIPDS
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
ONG
Organisation Non gouvernementale
RN
Ressources Naturelles
PPNRDA
Partit Progressiste pour le Rassemblement Démocratique Africain
UFMN
Union des Femmes Musulmanes du Niger
AFMBD
Association des Femmes Musulmanes pour les Œuvres de
Bienfaisance et de Développement
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
LISTE DES TERMES ARABES PARUS DANS LE TEXTE
Al-Bahr al-ahmar : de l’arabe Mer Rouge
Al-fatiha : de l’arabe ouverture, d’où l’idée de commencer toute action par cette sourate qui
inaugure le Coran.
Al-ifriqiyya : nom donné à la Tunisie actuelle par les conquérants arabes
Ajami : de l’arabe étranger : terme désignant les caractères arabes adaptés pour écrire les langues
non arabes (haoussa, fulfulde etc.)
Al-Maghrib al-Aqsa : nom donné par les conquérants à la partie du Maghreb où se trouve le
Maroc actuel (Maghreb extrême).
Ar-risala : de l’arabe message
Chariyya : terme coranique utilisé pour désigner la voie tracée par Dieu à travers les lois
coraniques
El-Mujaddid : de l’arabe jadid : nouveau, d’où l’utilisation du concept pour designer celui qui
innove. En islam, il désigne un théologien innovateur.
Fustat : ancien nom donne à l’Egypte actuel
Imam : de l’arabe guide, celui qui prend la direction d’une prière
Hadd : de l’arabe, limite à ne pas approcher
Hadith : de l’arabe, parole rapportée du Prophète qui constitue source loi en islam après le Coran.
Hijab : de l’arabe, tout ce qui peut couvrir, d’où l’idée de voile
Ijaza ; de l’arabe, autorisation délivrée par un savant à son disciple lui permettant d’enseigner sa
méthode spécifique
Jama’at at-tabligh : Groupement de religieux qui s’est donné pour mission de propager l’Islam
partout où c’est possible.
Jihad : de l’arabe (juhd) effort que le croyant musulman doit faire sur lui-même. Par extension, le
terme désigne la guerre que le musulman doit mener pour défendre l’islam menacé
Katib : Livre par excellence, nom donné au Coran
Khutba: sermon prononcé par un Imam à la prière du vendredi ou aux deux Fêtes : Ramadan et
Tabaski. Les thèmes sont fonction des préoccupations du moment. Au Niger, jusqu’à une époque
récente, le serment était prononcé en arabe, langue incomprise de presque tous les croyants à
l’exception de ceux qui ont étudiés le texte dans leur cursus.
Qadi : de l’arabe, celui qui tranche en cas litige (conciliation)
Mahdi :(Messie) de l’arabe celui qui est bien guidé, d’où l’idée d’un saint qui viendra a la fin des
temps pour instaurer la vraie religion, débarrassée des mauvaises interprétations.
Mallam: de l’arabe, mu’allim, celui qui a la mission de transmettre le savoir (ilm)
Masjid : de l’arabe lieu de prosternation et de prières
Matla : de l’arabe, point de départ ou étape
Salat: de l’arabe prières exécutes cinq fois ou plus par les musulmans.
Shafa’a : de l’arabe intercession d’un saint à la faveur d’un tiers pour une réussite quelconque.
Silsila : de l’arabe, chaîne de transmission de message d’initiation qui garantit ou certifie la
provenance (dudit message) dans le cadre de la formation d’un adepte d’une confrérie musulmane.
Suf : de l’arabe laine
Sufi : de l’arabe, celui qui s’habille avec de la laine. En mystique musulmane, celui qui s’habille en
laine par détachement du monde matériel
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Tarabulus al-Gharb : de l’arabe, Tripoli du couchant (capital de la Libye actuelle).Il ya aussi :
Tripoli du levant (tarabulus as-Sharq ) au Liban
Tariqa : terme arabe désignant une voie à suivre ; les confréries l’utilisent pour designer leur
méthode de méditation
Tassawwuf : de l’arabe, philosophie qui prend comme point de départ le détachement de la
matière
Umma : terme coranique utilisé pour désigner la communauté musulmane
Umra:pèlerinage mineur souvent effectué par les commerçants qui en profitent pour faire leurs
affaires.
Wali : de l’arabe ami de Dieu
Wazifa : séance de prières collectives des adeptes de la tijaniyya
Zakat : de l’arabe dîme, donnée par le musulman à la fin de chaque année.
Zuhd : de l’arabe, ascétisme
Tarbiyya : éducation dont l’objectif est de suivre l’évolution du jeune croyant jusqu'à l’âge de la
maturité qui varie selon ses propres capacités intellectuelles. En islam l’éducation occupe une
place importante car on croit comprendre que la conduite de l’adulte est intimement liée à la façon
dont il avait été suivit dès le bas âge. Cette mission d’importance est confiée à l’enseignant de
l’école coranique mais aussi à la communauté
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
COURANTS THEOLOGIQUES ET CONFRERIES MENTIONNES DANS LE TEXTE
RENOVATEURS
Izalatu-l-bid’a wa iqamatu-s-sunna (communément appelé izala) : doctrine théologique qui
prône la suppression de l’innovation et qui est pour la restauration de la tradition prophétique à
l’exclusion de toute autre pratique ancestrale. Ce courant serait d’origine saoudienne et introduit au
Niger à partir de deux sources : le Nigeria et ceux qui vont en Arabie Saoudite dans le cadre du hajj
et la umra (pèlerinages)
CONSERVATEURS
Malikisme : école théologique sunnite de jurisprudence musulmane très répandue dans toute
l’Afrique de l’Ouest ; le Hanbalisme, le Shafi’isme et le Hanafisme qui sont les autres écoles
sunnites n’ont pas encore une présence significative en Afrique au sud du Sahara. Le concept
malikite est relatif au nom du fondateur, Malik ibn Anas. La caractéristique principale de son dogme
est la place réservée à l’effort de compréhension et d’adaptation de certaines dispositions écrites
du rite au contexte africain.
Sanoussiyya : confrérie musulmane qui tire son mon du fondateur Muhammad As-Sanoussi,
originaire du Maghreb, qui l’aurait créée en Arabie avant de retourner dans son pays pour la
diffuser. Son évolution a particulièrement marquée l’histoire de la zone Air, le Lac Tchad et le
Fezzan à partir du dix-neuvième siècle. Elle s’était farouchement opposée à la pénétration
européenne (française et italienne).
Al-Khalwatiyya : de l’arabe khuluwu, se réfugier dans un endroit secret, dans une retraite pour la
méditation et l’invocation. Cette confrérie reste encore confinée dans la zone de Tabelot et le
Massif de l’Air.
Qadiriyya : nom tiré de son fondateur Abdu-l-qadir al-jilani.(treizième siècle) est la plus ancienne
confrérie d’importance connue en Afrique au sud du Sahara. Elle est depuis la fin du vingtième
siècle en régression au profit de la tijaniyya. Elle prône une vision austère et un détachement par
rapport aux biens matériels terrestre, au point où certains la qualifient de confrérie des pauvres.
Ces adhérents s’étaient opposés à l’entreprise coloniale.
Tijaniyya : nom relatif au Cheikh Ahmad ibn Muhammad al-Mukhtar al-Tijani (dix-huitième siècle),
fondateur de cette confrérie qui connaît aujourd’hui un développement remarquable dans toute
l’Afrique et même en Orient. Elle est considérée comme une confrérie bien organisée et plus
réaliste avec le contexte mondial ; elle laisse une grande place à la socialisation à l’organisation
économique et donc au développement.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
TABLE DES MATIERES
LISTE DES TERMES ARABES PARUS DANS LE TEXTE ..................................................... 4
INTRODUCTION...................................................................................................................................... 8
1. CARACTERISTIQUES GENERALES............................................................................................... 9
1.1 CONTEXTE SOCIAL ............................................................................................................................. 9
1.2 CONTEXTE RELIGIEUX ...................................................................................................................... 12
2. JUSTIFICATION DE L’ETUDE ....................................................................................................... 13
3. METHODOLOGIE ............................................................................................................................. 14
3.1 OBJECTIFS DE L’ETUDE ..................................................................................................................... 14
3.2 ECHANTILLONNAGE ET COLLECTE .................................................................................................... 15
4. SOCIETES ET ISLAM AU NIGER................................................................................................... 17
4. 1. UNE PENETRATION EN PLUSIEURS PHASES ...................................................................................... 17
4.2 UNE PENETRATION GEOGRAPHIQUE PAR ETAPE ................................................................................ 21
4.2.1 REGION DE DIFFA ................................................................................................................. 21
4.2.2 REGION D’AGADEZ ................................................................................................................ 22
4.2.3 REGION DE TAHOUA .............................................................................................................. 23
4.2.4 REGION DE ZINDER ............................................................................................................... 27
4.2.5 REGION DE MARADI .............................................................................................................. 28
4.2.6 REGION DE LA VALLEE DU FLEUVE (TILLABERI ET NIAMEY).............................................. 29
4.2.7 REGION DE DOSSO ................................................................................................................ 30
4.3 POLITIQUE DE L’ETAT FACE A L’ISLAM ............................................................................................ 32
4.3.1 POLITIQUE DE L’ETAT INDEPENDANT FACE A L’ISLAM ...................................................... 32
4.3.2 ETAT NIGERIEN ET ORGANISATIONS ISLAMIQUES ................................................................ 33
5. ANALYSE DE LA DYNAMIQUE DE L’ISLAM AU NIGER ........................................................ 36
5.1 LA TYPOLOGIE DES MARABOUTS NIGERIENS..................................................................................... 37
5.2 STRATEGIES ET NOUVELLES CONFIGURATIONS ................................................................................ 39
5.2.1 GRANDE MULTIPLICITE D’ASSOCIATIONS ET FAIBLE DIVERSITE DOCTRINALE ................. 41
5. 2.2 ASSOCIATIONS ISLAMIQUES, LEUR CREATION ET LEUR FONCTIONNEMENT ..................... 43
5. 2.3 RESSOURCES DES ASSOCIATIONS ......................................................................................... 47
5. 2.4 PERSPECTIVES EN MATIERE DES RESSOURCES ................................................................... 49
5. 2.5 PERFORMANCE DES ASSOCIATIONS...................................................................................... 49
5. 2.6 MAPPING DES COURANTS RELIGIEUX.................................................................................. 51
6. ACTIVITES DES ASSOCIATIONS ........................................................................................... 51
6.1 ACTIVITES RELIGIEUSES DES ASSOCIATIONS..................................................................................... 53
6.1.1 PRECHES ................................................................................................................................ 53
6.1.2 ENSEIGNEMENT CORANIQUE ................................................................................................ 56
6.2 ACTIVITES DE DEVELOPPEMENT ....................................................................................................... 59
6.2.1 ASSISTANCE SOCIALE ............................................................................................................. 59
6.2.2 LES ACTIVITES DE DEVELOPPEMENT .................................................................................... 60
6.2.3 ACTIVITES DE PREVENTION ET GESTION DES CONFLITS ..................................................... 62
6.2.4 OPINIONS DES PRATIQUANTS NON MEMBRES DES ASSOCIATIONS ISLAMIQUES ................ 66
7. PARTENARIAT ET PERSPECTIVES ...................................................................................... 68
8. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS................................................................................... 69
9. BIBLIOGRAPHIE............................................................................................................................... 72
ANNEXE................................................................................................................................................... 74
CARTES DES COURANTS RELIGIEUX ........................................................................................... 75
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
INTRODUCTION
La nouvelle stratégie « Principles Governing Danish Development Assistance for the Fight against
the New Terrorism » adoptée par le Danemark dans le cadre de l’aide au développement en
corrélation avec la lutte contre le terrorisme identifie le Niger comme l’un des deux pays d’Afrique
devant bénéficier d’un appui financier de DKK 5 millions par an durant la période 2004-2006.
C’est dans ce cadre qu’une mission d’identification de Danida a visité le Niger afin de proposer les
axes d’intervention de la coopération danoise, en rapport avec la stratégie de lutte contre le
terrorisme et la nouvelle orientation de l’aide au développement de Danida. Le rapport de cette
mission fait ressortir un axe général d’intervention afin de « renforcer la démocratie et prévenir
les conflits au Niger en créant des actions communes de développement engageant l’Etat et
la société civile, y compris les associations religieuses ».
Suite aux recommandations de ladite mission, le Bureau de Coopération Danoise de Niamey a
commandité deux études : l’une portant sur les besoins et aspirations des jeunes dans les régions
de Zinder et de Maradi et la seconde sur les pratiques de l’islam au Niger qui correspond à la
présente étude.
Cette étude se veut exhaustive sur les questions des pratiques islamiques au Niger. Il est entendu
que l’expression « Pratiques de l’Islam » désigne, dans le cadre de cette étude, non pas
« comment les musulmans pratiquent la religion musulmane » en terme de conformité avec les
textes religieux, mais plutôt par « ce que font les nigériens au nom de l’Islam ». D’autant plus que
ce sont les rapports aux faits religieux qui sont ici pertinents et non pas leur véridicité
conformément à l’idée de Evans-Pritchard : « Que les idées religieuses soient vraies ou fausses ne
concerne pas l’anthropologue ! (…) Il ne s’occupe que des rapports qu’ont ces faits entre eux ou
avec d’autres faits sociaux.»
L’organisation de plus en plus accrue de la sphère musulmane, à travers les associations
islamiques et les (et /ou leurs) écoles coraniques, impose une démarche basée sur les pratiques de
ces acteurs en priorité. En effet, une place importante leur est accordée depuis l’avènement de la
démocratisation au même titre que les autres associations de la société civile, marquant ainsi leur
séparation du pouvoir étatique et leur plus grande implication dans les affaires de la cité. Elles ne
semblent pas encore drainer un maximum de pratiquants, mais leurs capacités de mobilisation sont
sans contexte.
Ce travail devra permettre une meilleure compréhension de l’évolution des pratiques islamiques du
Niger, leurs tendances au sein de zones dites d’influence, et leurs interrelations avec le
développement et la prévention / gestion des conflits.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
1. CARACTERISTIQUES GENERALES
1.1 CONTEXTE SOCIAL
La République du Niger est un vaste pays du Sahel enclavé en Afrique occidentale avec le port le
plus proche situé à 1.000 km (Cotonou au Bénin) ; il couvre une superficie de 1.267.000 km² dont
les trois quarts sont quasi désertiques ou désertiques. La population nigérienne estimée à
10.790.3521, avec une densité moyenne de 8,5 habitants / km2 est concentrée au sud du pays, le
long de la frontière avec le Nigeria dans la bande agricole. Elle est composée de neuf principaux
groupes ethniques : les haoussa, les peul, les zarma, les touareg, les kanouri, les toubou, les
arabes, les gourmantché. La répartition spatiale est plus dense au sud : 116 habitants / km2 à
Magaria, 114 habitants à Madarounfa ; la zone désertique du nord-est est peu peuplée : 0,5
habitants / km2pour la région d’Agadez et 2 habitants / km2pour Diffa.
Le Niger est
limité par des
états arabo
berbères
musulmans
au nord et
nord-est
(Algérie,
Libye) et par
une Afrique
noire au sud,
représentée
par
le
Nigeria,
majoritairem
ent chrétien
avec dans sa
partie nord
des
états
haoussa
musulmans
qui partagent
une
même
culture que les populations du sud nigérien ; ce qui a pour conséquence des interrelations culturelles,
religieuses et économiques très intenses. Les autres pays comme le Burkina Faso, Le Mali, le Bénin et
le Tchad influent peu sur la vie sociale nigérienne du fait des faibles rapports sociaux entretenus.
La religion musulmane introduite très tôt dans l’espace nigérien semble aujourd’hui constituer un
facteur important d’unité nationale.
Le taux annuel de croissance démographique (3,2 %) est le plus élevé au monde, alors que le taux
moyen de croissance économique se situe autour de 2,5 % ces dernières années. A ce rythme, on
estime que la population du Niger sera de 22,5 millions d'ici 2025 ; ce doublement de la population
pourra avoir des effets dévastateurs sur l'écologie déjà très fragile du pays et réduira la superficie
de terres arables par habitant à un niveau critique, avec tous les risques de conflits de divers ordres
(accès aux Ressources Naturelles, accès au foncier ou conflits sociaux…). Cet aspect
démographique a été un des domaines du développement qui a le premier sollicité l’appui des
associations islamiques, après diverses confrontations avec le pouvoir politique et les agences de
développement. La limitation des naissances a été convertie en espacement des naissances pour
1
Source : Recensement Général de la Population et de l’Habitat 2001
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
un rapprochement des deux positions. Malgré cela, le taux d’accroissement reste toujours élevé,
les populations rurales n’ayant toujours pas perçu l’utilité du planning familial pour les uns et
n’ayant pas accès aux informations et méthodes contraceptives pour les autres.
Les musulmans nigériens constituent 95% de la population totale (RGPH, 2001) ; mais de l’avis de
certains milieux associatifs islamiques, cette proportion serait bien plus élevée et avoisinerait plutôt
99% « car, il est pratiquement impossible de dénombrer cinq chrétiens ou / et animistes sur cent
nigériens pris au hasard ». Et les plus radicaux excluent les syncrétistes porteurs d’amulettes
(ceux qui pratiquent l’Islam et l’Animisme) de la proportion musulmane ; ce qui rabaisserait le taux à
90%.
La population nigérienne est rurale à 84 % et se caractérise par sa jeunesse avec une frange de
60% des moins de 15 ans. Si les jeunes constituent une main d’œuvre potentielle, ils représentent
également dans la majorité des ménages pauvres des sources de dépenses importantes
(alimentation adéquate, scolarisation, santé, etc.). Le choix est simple pour ces ménages; ils optent
en fonction de leurs possibilités économiques en accord avec les valeurs traditionnelles acquises.
La présence de l’Islam dans les contrées villageoises à travers ses marabouts offre des services
sociaux de base en matière de santé, d’éducation.
Après l’automédication qui fait appel à la pharmacopée et à la « pharmacie par terre », les
marabouts, les guérisseurs, les féticheurs, constituent le second recours pour le nigérien à revenu
moyen ; leur rôle est primordial en matière de protection sanitaire et spirituelle. Avec
l’appauvrissement et la montée de l’islamisation, les marabouts et les guérisseurs sont en voie de
supplanter les féticheurs dans ce domaine.
«Les enfants (filles et garçons) sont inscrits à l’école coranique à bas âge (aux environs de 4 ans)
pour leur assurer le salut et acquérir une conduite sociale normative. Beaucoup d’enfants inscrits à
l’école publique ont fréquenté ou fréquentent encore l’école coranique.
Les enseignements coraniques dispensés surtout le soir sont suivis par les garçons et les hommes
mariés qui désirent approfondir leur savoir. Le nombre des apprenants du soir est en baisse…les
écoles de jour se multipliant avec un effet de concurrence aux écoles publiques. Or, il est admis
que l'école coranique ne favorise pas l'alphabétisation comme moyen de communication en arabe,
mais donne des rudiments pour la pratique courante de l’islam. L’alphabétisation en arabe n’est
pas, par ailleurs, l’objectif recherché des parents, l’éducation coranique est le second devoir des
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
parents à l’endroit de leur enfant après son baptême (la cérémonie du nom). La circoncision étant
le troisième droit pour le garçon et la célébration du premier mariage pour la fille…
Plusieurs confréries et courants théologiques (tijaniyya, qadiriyya, izala…) musulmans coexistent
aujourd’hui, alors qu’en 1990, seule la tendance soufie était active à travers l’Association Islamique
du Niger; l'apparition récente de ce phénomène ne permet pas d'observer un changement radical
dans les programmes d’enseignement au niveau des écoles coraniques. Mais en pratique des
nuances et certaines innovations sont observées notamment dans les nouveaux centres
d'enseignement comme c’est le cas pour les mosquées » (Marthe Doka, 2001).
Actuellement dans les centres urbains fortement islamisés, comme Say dans la région de Tillabéri,
les medersas sont préférées par les parents lors de l’inscription des enfants à l’école primaire.
L’enseignement en français n’est une alternative que lorsque l’enseignement franco-arabe est
saturé.
En effet, la majorité des ménages nigériens évoluent dans un contexte de grande vulnérabilité avec
une couverture alimentaire de plus en plus insuffisante (3 à 5 mois sur les 12) ; même les ménages
peu vulnérables arrivent avec peine à couvrir leurs besoins alimentaires ; les études SCVM
(Sécurité des Conditions de Vie des Ménages), mentionnent que la vulnérabilité des ménages
s’explique entre autres par :
-
Une plus grande difficulté d’accès aux ressources productives telle que la terre ;
Une discrimination sociale par rapport à l’exercice de certaines activités rentables ;
Une insuffisance de la main d’œuvre familiale ;
Une difficulté d’accès au crédit.
Tableau 1 : Répartition des ménages enquêtés selon la vulnérabilité et le sexe
Sexe
Ménages dirigés
Ménages dirigés
Total (%)
Vulnéra
par les femmes (%) par les hommes (%)
bilité
Ménages peu
9
13,3
12,7
vulnérables (A)
Ménages
20,6
26,2
25,4
vulnérables (B)
Ménages
41,8
32,6
38,4
très vulnérables (C)
Ménages extrêmes
28,5
22,7
23,5
ment vulnérables (D)
Source : Etude nationale sur les Institutions Locales, Décentralisation et Réduction de la
Pauvreté (Care International, 2002).
Par contre la comparaison de cet échantillon avec ceux des études précédentes (SCVM) révèle
une certaine similitude en terme de répartition des ménages selon leur degré de vulnérabilité;
l’importance des ménages des catégories C et D avoisine toujours les 65% de la population
enquêtée.
Le Gouvernement du Niger a ainsi donné une priorité absolue aux mesures tendant à relever les
revenus agricoles des populations par une stratégie de restauration des ressources agro-sylvopastorales. Ces mesures sont nécessairement au centre de la lutte contre la pauvreté, la
vulnérabilité et l'insécurité alimentaire.
Le pays se trouve dans une situation "d'extrême" pauvreté et d'insécurité alimentaire. La pauvreté
touche les deux tiers de la population, essentiellement rurale. La vulnérabilité chronique des
populations rurales est accrue par les phénomènes de désertification et les sécheresses cycliques.
L'insécurité alimentaire liée aux pénuries généralisées et aiguës dues aux phénomènes naturels
comme la sécheresse, et aux pénuries saisonnières, est aujourd'hui la préoccupation majeure du
pays.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
La stratégie de lutte contre la pauvreté donne la priorité à deux axes d'intervention : la réduction du
taux de croissance de la population et la gestion rationnelle du capital productif et de
l’environnement.
L’argument religieux véhiculé par les croyances populaires pour expliquer cette situation de
dénuement est un destin accordé par Dieu à certains croyants pour éprouver leur foi. Selon cette
version, seuls les égarés ne patientent pas et usent de stratégies malveillantes (ruses, vols,
corruptions…) pour défier leur sort. Un verset coranique dit bien « après les temps durs, les bons
moments ». Les phénomènes naturels tels que les sécheresses et les famines et aussi les
endémies telles que le SIDA sont interprétés comme une sanction divine en réponse au port, par
les filles, des jupes et pantalons. Selon cette compréhension, Dieu sanctionne ainsi les déviants.
Par exemple, le retard des pluies en 1993 est une sanction divine en réponse à la mode
vestimentaire du port des jupes et pantalons par les jeunes filles. Suivant cette explication,
plusieurs marches et manifestations violentes ont eu lieu dans les grandes villes du pays. A Zinder,
le siège de l’Association des Femmes du Niger2 avait été incendié au nom de l’Islam. Ces actes de
vandalisme ont été effectués pour « montrer à Dieu » qu’il existe de « vrais » croyants mécontents
de la déviance de leurs concitoyens et qui tentent de redresser, ou mieux, de purifier rapidement la
situation.
1.2 CONTEXTE RELIGIEUX
ième
En ce début du XXI
siècle de l’ère chrétienne, correspondant au quatorzième siècle de l’ère
musulmane, les statistiques officielles les plus récentes estiment à 94 % les musulmans nigériens,
soit une population de 10.142.931 individus3. Les associations islamiques quant à elles notent,
avec insistance, un taux de quatre-vingt-dix-neuf pour-cent, ce qui placerait le Niger « en seconde
position des pays africains musulmans au sud du Sahara, après la Mauritanie »4 (Triaut, 1982)
Le Niger semble s’inscrire dans une dynamique religieuse de plus en plus prononcée dans les
comportements sociaux. L’Islam, la religion majoritaire, sous-tend la philosophie de la soumission
totale au Dieu Unique Allah, vise à régler au quotidien tous les aspects de la vie des musulmans.
Ce phénomène englobant fait sa particularité et prône une forme de socialisation des adeptes au
sein d’un grand rassemblement de croyants solidaires (Umma), ayant une même législation
(chariyya), sous la direction divine inscrite dans le Livre Saint Coran (al-Qur'an) (Oumarou
Makama, 2003).
Par conséquent, l’Islam est plus qu’une « simple » religion, sa doctrine prône tout un mode de vie
organisé suivant le précepte du Coran et le modèle de conduite et de comportement du prophète
(S), la Sunna. « Pour les musulmans, il n’y a point de divinité que Dieu, le Créateur, Maître du Jour
du Jugement, qui s’est manifesté aux hommes par ses prophètes et envoyés. C’est au Dieu
personnel, dont Abraham fut l’ami, qui parla à Moise dans le Buisson et sur la Montagne, qui par
son Commandement créa Jésus son verbe dans le sein de Marie, c’est à ce Dieu-là que veulent
aller en Islam les âmes assoiffées de Lui »(Anawati et L.Gardet, 1968)
Pour ces croyants, l’islam est une suite logique, sans rupture avec des révélations et prophéties
antérieures. Sa doctrine se singularise en tant que religion du « juste milieu », à cheval entre
« l’angélisme » de la religion chrétienne et le « matérialisme » de la religion juive. Le Coran dit à ce
sujet : « Nous avons fait de vous (croyants), une communauté éloignée des extrêmes» (CORAN,
sourate 2, ayats 137)
L’Islam pratiqué au Niger (en majorité) est du rite malikite (du nom du fondateur Imam Malik Ibn
Anas). Deux grandes familles confrériques (tariqa) se partagent les adeptes de l’Islam.
2
Cette association est taxée par les radicaux musulmans de collaboration ou de complaisance avec les dirigeants.
Le débat est en cours entre les sources officielles et les Associations Islamiques même si les résultats du dernier
recensement général de la population effectué en 2002 par le Bureau Central du Recensement confirment les indications
officielles.
4
En effet ce pays est le seul en Afrique à prétendre à une homogénéité religieuse d’où la dénomination : République
Islamique de Mauritanie.
3
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
- La voie qâdirite, fondée par l’irakien Cheikh Abdu-l-Qâdir al-Jilani, est la plus ancienne de ces
deux voies. La qâdiriyya est une voie mystique qui prône la charité pieuse. Ses adeptes sont
considérés comme des conservateurs par leurs adversaires et pratiquent un rite de possession
particulière (djizbou). Cette confrérie s’est consolidée pendant et après le djihad de Ousman
Dan Fodio, le Rénovateur (el Mujaddid.) Elle était la voie majoritaire et est implantée dans tout
l’espace nigérien, jusqu’au milieu du vingtième siècle.
- Quant à la voie tijanite, elle est aujourd’hui la plus importante en terme d’adeptes. Au début de
son enracinement, la cohabitation entre les deux confréries n’a pas été aisée ; en effet, la
« guérilla » urbaine de Mai Tatsiné (leader religieux nigérian) au nord Nigeria et les conflits liés
à l’implantation de Qabaru au Niger dans les années 1970 en sont une preuve.
A ces « congrégations mères » s’ajoutent des groupes dissidents réunis en associations
religieuses, particulièrement en vogue depuis l'année 1992, date de l’avènement de la démocratie
pluraliste au Niger. En effet à l’occasion de l’ouverture démocratique suite à la Conférence
Nationale Souveraine en 1991, la liberté d’association a été reconnue par l’Etat. C’est ainsi que
plusieurs associations religieuses sont nées en marge de la première, Association Islamique du
Niger (AIN) ; d’autres structures religieuses opposées se sont créées dont la plus connue est
Jama’at izalat al-bid’a wa Iqamat as-Sunna, issue du mouvement izala qui clame la suppression de
l’innovation et la restauration de la sunna,pour un retour à la religion originelle
Les voies tariqa (confréries), se réclamant du mouvement mystique musulman « le soufisme » (mot
qui vient de « sûf » ou « laine », donné aux musulmans qui s’habillaient avec de la laine en signe
de détachement). « Selon Anawati et L.Gardet, le soufisme est une méthode systématique de
communion et expérimentale avec Dieu. Le soufi peut aussi désigner, selon ces mêmes
auteurs « une personne pieuse détachée des honneurs et des biens matériels ; ils précisent que la
mystique musulmane (soufi) se distingue de l’ascétisme (zuhd), qui est une forme de discipline
spirituelle individuelle destinée à purifier l’âme. Ces deux états peuvent se cumuler au niveau d’une
seule personne (un cheikh) et les deux doctrines (le zuhd, l’ascétisme et le tasawwuf, la mystique)
sont souvent enseignées au niveau d’une même école, par un même maître.» (Makama Oumarou,
2003).
Toutefois, même si le mouvement soufi est né pratiquement avec l’Islam, le terme tasawwuf
(enseignement qui s’attache au soufisme) n'est apparu que trois siècles après la mort du prophète.
Un groupe de disciples chi'ites aurait été le premier désigné sous le nom de « soufi ». Il donne une
nouvelle interprétation du texte coranique, « se basant sur la parole du Prophète selon laquelle
chaque parole du Coran comporterait plusieurs sens et sur le fait que chaque lettre a son sens
(Hadd) et que chaque définition implique un lieu d'ascension (Matla’).
Même si l’Islam se présente comme une religion universaliste et monolithique, ce qui se vérifie de
manière globale sur certains aspects tels que l’uniformité du dogme et de certains rites »
(Hampathé Ba, 1973), il faut néanmoins souligner les particularités dans les pratiques religieuses
d’une région à une autre. Ces particularités dans la compréhension et dans l’interprétation des
textes alimentent quelques rivalités entre les différentes voies mystiques.
2. JUSTIFICATION DE L’ETUDE
La présente étude commanditée par la Coopération Danoise en collaboration avec les autorités
nigériennes s’inscrit dans le cadre de l’orientation politique nigérienne en matière de stratégie de
prévention de conflits. Le pays est engagé depuis 2001 dans une politique de prévention de
conflits avec la tenue du forum d’Agadez qui a abouti à la formulation d’une stratégie de prévention
des conflits qui est encore en voie de finalisation.
Ce document, non encore finalisé, propose des stratégies et plans d’actions visant à prévenir les
conflits liés à la gestion des ressources naturelles, les conflits politiques, économiques et sociaux.
Rien de concret n’est proposé pour prévenir éventuellement des conflits religieux qui pourraient
constituer aussi des sources d’instabilité ponctuelle au Niger.
Une meilleure connaissance des milieux religieux et une estimation de leur contribution en matière
de prévention/gestion des divers conflits constitueraient une composante importante de cette
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
stratégie nationale de prévention des conflits. Aussi, tous les acteurs (Etat, société civile et
bailleurs) manifestent un grand intérêt pour la question de la place des organisations religieuses
dans la prévention des conflits et d’une façon générale dans les activités de développement. C’est
un domaine où les uns et les autres ont apparemment peu d’expériences et manquent de
connaissances. Cette situation est exclusive et peut devenir à son tour une source de conflits. La
présente étude devra fournir des éléments d’une meilleure connaissance des pratiques des
associations islamiques en matière de prévention /gestion des conflits et de développement.
Cependant des actions, encore timides, d’implication des acteurs religieux sont initiées aussi bien
par l’Etat nigérien (avec la constitution d’un Conseil Islamique du Niger par arrêté
n°033/M/D/DGAPJ/DAC-R du 03 février 2006) que par la société civile à travers l’implication des
religieux dans :
-
les réflexions pour la consolidation de la démocratie et de la citoyenneté (atelier sur le
dialogue religieux de l’ONG SOS Civisme et l’émission télévisée « Dialogue Franc » du
Centre Africa Obota..)
-
les campagnes ponctuelles de plaidoyer (dans la lutte contre le SIDA, les campagnes de
vaccination, etc.)
-
la promotion de l’équité sociale des personnes vulnérables (femmes et enfants) de la
société, etc..
De leur côté, la grande majorité des acteurs religieux souhaitent le dialogue et leur participation aux
débats de société et aux activités de développement. Ils estiment en effet qu’ils ont un rôle à jouer
dans ce domaine puisqu’ils sont en contact avec la masse des populations pauvres et
analphabètes. En même temps, ces acteurs religieux sont conscients du manque de capacités de
leurs associations pour planifier et mettre en œuvre des actions de développement.
Ces éléments d’analyse établissent la nécessité et la faisabilité de l’implication des acteurs religieux
dans la prévention des conflits et l’œuvre de développement dans le contexte nigérien. Une telle
approche est en outre efficiente en ce sens qu’elle implique les acteurs les plus proches et les plus
écoutés par les populations de par leur autorité morale. Toutefois, afin de favoriser sa réussite, le
choix des acteurs et des actions à entreprendre requiert une connaissance plus large des milieux
religieux, des acteurs ou groupes d’acteurs (associations, groupement d’associations, leaders
d’opinion). Ainsi l’objet de la présente « étude sur les milieux religieux et les activités de prévention
des conflits et de développement au Niger»5 est de comprendre leur perception du développement,
leur rôle joué dans les actions en cours, et leurs besoins en renforcement de capacités pour la
formulation et la mise en œuvre des activités de prévention de conflits et de développement.
3. METHODOLOGIE
3.1 OBJECTIFS DE L’ETUDE
Les termes de référence mentionnent que « la présente étude se situe dans la démarche pour la
définition et la mise en œuvre d’une stratégie et d’un plan d’action pour la prévention des conflits
religieux qui s’inscrit harmonieusement dans la politique nationale de prévention des conflits et de
dialogue social initié à partir du forum d’Agadez de 2001, qui elle-même fait partie intégrante de la
stratégie Nationale de Réduction de la Pauvreté adoptée par le gouvernement nigérien ».
Dans cette perspective, les objectifs de l’étude sont :
- Etablir une description détaillée exhaustive (date de création, type, nombre d’adhérents,
membres, ressources, fonctionnement et gouvernance, lien avec l’extérieur et autres
organisations nigériennes…). Les organisations religieuses toutes tendances confondues,
permettent de mieux appréhender la réalité des milieux religieux et leur évolution au Niger à
partir de 1998 notamment, date de la dernière étude de ces milieux (Garçon, 1998) ;
- Identifier, parmi ces organisations, celles qui mettent en œuvre des activités de
développement et de prévention de conflits et celles qui sont désireuses de s’y investir ;
5
Termes de référence de la présente étude
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
-
-
Fournir une description des activités de développement et de prévention de conflits mises
en œuvre ou envisagées par ces organisations en précisant leurs partenaires techniques et
financiers actuels, et la nature des différents appuis qu’ils leur apportent ou envisagent de
leur apporter ;
Analyser les capacités des organisations qui interviennent déjà dans les activités de
développement et de prévention de conflits et celles qui souhaitent s’y investir, et, leurs
besoins en matières de renforcement de capacités ;
Proposer un programme cohérent de renforcement des capacités des organisations
religieuses et des autres organisations laïques de la société ;
Fournir les éléments (activités et plan d’actions) à inclure éventuellement dans le cahier de
charges du Conseil National Islamique. »
Mapping des associations religieuses.
3.2 ECHANTILLONNAGE ET COLLECTE
Le caractère national de l’étude impose une approche régionale. Ainsi toutes les régions du pays
ont été concernées par l’enquête : Niamey, Agadez, Dosso, Diffa, Maradi, Tahoua, Tillabéri et
Zinder.
Niamey, la capitale avec cinq communes est perçue comme étant le pôle d’attraction de toutes les
associations, courants et ONG islamiques ; elle a été, de ce fait, choisie comme une zone test pour
produire un modèle méthodologique adaptable aux autres régions du pays. Trois zones ont été
composées avec chacune une équipe constituée d’un responsable et d’une enquêtrice et de deux
enquêteurs.
-
Maradi et une portion de Zinder
Diffa, Dosso et une portion de Zinder
Tillabéri, Tahoua et Agadez.
Après la pré-enquête de Niamey, les différents questionnaires ont été repris et adaptés aux réalités
du terrain et aux modalités de la saisie.
Tableau 2 : Echantillon de l’enquête
Population Effectif prévu
Effectif réalisé
Cible
1
2
3
4
1
2
3
4
N
100 100 100 18
100 100 100
Agadez
N
100 100 100 10
100 100 100
Diffa
N
100 100 100 18
100 100 100
Dosso
N
100 100 100 7
100 100 100
Maradi
N
100 100 100 45
100 100 100
Niamey
N
100 100 100 35
100 100 100
Tahoua
N
100 100 100 16
100 100 100
Tillabéri
N
100 100 100 18
100 100 100
Zinder
TN 800 800 800 167 800 800 800
Total
1 = Associations et antennes ; 2 =adhérents ;
3 = individuel ; 4 = maîtres d’écoles coraniques
L’échantillonnage a englobé la totalité
des
associations Islamiques, qu’elles
soient reconnues ou pas.
Pour les autres groupes cibles le nombre
de cent éléments par région a été retenu
et analysé.
La collecte et l’analyse des données ont
été faites sur la base d’une démarche
qualitative renforcée par des données
quantitatives. De ce fait, l’analyse des
documents a pris une place importante
dans la recherche afin de permettre une
capitalisation
des
informations existantes ; la collecte et
l’analyse des données documentaires ont constitué la première étape du travail favorisant ainsi la
construction d’une méthodologie appropriée au contexte :
-
La connaissance des données historiques sur l’introduction de l’Islam au Niger, a guidé
l’organisation des équipes de la recherche afin de permettre une analyse approfondie et
focalisée sur une entité plus ou moins homogène sur le plan historique. Ainsi trois groupes :
Maradi et une portion de Zinder, puis l’autre portion de Zinder, Diffa et Dosso et enfin
Agadez, Tahoua et Tillabéri ont été constitués ;
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
-
Les autres données non disponibles sur le plan de la documentation, ont été
particulièrement ciblées pour constituer les éléments à rechercher lors des entretiens
auprès de personnes ressources : leaders religieux, ONG, associations islamiques,
adhérents… afin de permettre une réponse appropriée aux termes de référence.
Cinq guides6 d’entretien s’adressent respectivement aux :
-
leaders des associations religieuses ;
-
les membres des bureaux ;
-
les adhérents des associations non membres des bureaux ;
-
les individus non membres des associations ;
-
et les maîtres des écoles coraniques.
L’entretien avec les dirigeants des associations a permis de définir les principales caractéristiques
des associations islamiques en terme de visibilité, d’appartenance doctrinale et de pratiques en
matière de développement, de prévention et gestion des conflits. Leur fonctionnement et leurs
activités sont mieux connus et donnent une meilleure appréhension de leur capacité d’action, de
mobilisation, d’organisation et de leurs perspectives. Diverses difficultés organisationnelles et
matérielles limitent certes leur opérationnalité, mais le caractère particulier des principales activités
leur permet de s’adapter et d’exercer quotidiennement. D’autres informations collectées auprès des
leaders complètent et confirment les visions de la question du développement et des conflits selon
les différentes doctrines ; l’implantation de l’Islam par région a été aussi discutée selon les
opportunités offertes avec les leaders religieux.
Les adhérents choisis parmi les membres autres que les dirigeants des associations, ont été
désignés en fonction des rapports entretenus avec les associations en terme de participation
effective aux activités, de leur vision de l’organisation (respect des textes, perspectives…). Tous
ces éléments devront permettre d’apprécier l’assise sociale des associations, leur capacité de
mobilisation et d’influence.
Les autres musulmans non membres des associations (entretien individuel) apportent à ce travail
des éléments d’information permettant de comprendre, de façon globale, leur vision de l’islam, des
associations et leurs pratiques quotidiennes.
Les discussions avec les maîtres des écoles coraniques ont certes éclairé sur le fonctionnement
des écoles, mais aussi sur leur appartenance et/ou relations avec les associations religieuses en
terme de renforcement de l’assise sociale, de mobilisation et du rayonnement doctrinal de ces
associations.
Dans le souci d’une triangulation des informations, des entretiens complémentaires ont été
effectués au niveau des autorités administratives (Secrétaires Généraux de Préfecture et Maires),
des dirigeants chrétiens et des responsables des radios privées. Ces entretiens ont permis de
comprendre la nature des rapports qui existent entre ces acteurs et les associations, et
éventuellement les perspectives futures.
La collecte a été basée sur une démarche analytique qui suppose des échanges et discussions
inter et intra équipe. Des rapports intermédiaires sont rédigés pour chaque zone7.
Pour le dépouillement des questions ouvertes, un listing de toutes les idées a été fait, puis dans un
second temps, ces idées ont été regroupées par thématique. La saisie des données a été effectuée
de façon simultanée avec la collecte pour permettre les correctifs nécessaires à temps.
Chaque guide d’entretien a bénéficié d’une base de données. Le questionnaire sur les associations
religieuses a été scindé en trois à cause de sa grande taille. En définitive six (6) bases de données
avaient été créées. Ces données ont été saisies à l’aide du logiciel EPI INFO 6.0. Mais certaines
analyses avaient nécessité le transfert des bases de données en SPSS pour faciliter leur
croisement.
6
7
Outils de collecte en annexe 1
Rapports des régions en annexe 2
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
La réalisation de ce travail a été confrontée à de nombreuses difficultés liées à :
La lourdeur administrative elle-même soumise à une lenteur dans le processus de prise de
décisions ;
-
L’autorisation du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation devant faciliter le travail
lors des enquêtes de terrain n’a pas été effective. La Direction des Affaires Coutumières et
Religieuses a cependant adressé un message radio aux différentes régions afin de faciliter
le contact des administrations avec les enquêteurs. Ces messages ont été partiellement
reçus ;
-
La réticence des leaders de certaines associations qui n’ont pas l’habitude d’être sollicités
pour ce genre d’enquête ;
-
Le refus des associations d’obédience izala de Zinder, Association des Femmes
Musulmanes du Niger à Niamey, Associations des Jeunes Musulmans de Niamey, Cercle
El Kanemi….
-
Certains dirigeants des associations assimilent le travail d’enquête à un espionnage
commandité par le nord et les Etats-Unis en particulier ;
-
La localisation des associations qui n’a pas été aisée. Certaines associations « existent »
seulement de nom et la plupart ne possèdent pas de siège social ni de local.
L’installation récente du Conseil Islamique du Niger (CIN) a lourdement pesé sur la disponibilité des
uns et des autres. Mais au fur et à mesure des contacts, le climat s’est détendu et les travaux de
collecte ont pu être menés dans de bonnes conditions.
4. SOCIETES ET ISLAM AU NIGER
4. 1. UNE PENETRATION EN PLUSIEURS PHASES
Au niveau de l’espace nigérien8, la religion musulmane aurait été introduite par l’égyptien Busr Ben
Abi Artah entre les années 666-667 (avant même la pénétration de l’islam au Maroc) « plus
précisément dans les oasis du Kawar, dont Bilma est la plus grande » (Zakari Maikorema, 1998).
La religion musulmane a certes très tôt été importée dans le continent Africain, car elle a atteint les
villes du Caire actuel, du vivant même du prophète Mohammed. Et en l’an 641, les grandes cités
égyptiennes ont été islamisées par les conquérants venus d’Arabie de manière plutôt pacifique.
Du fait de sa position géographique médiane et de ses relations prolongées avec l’Afrique du Nord
à travers les transactions du commerce transsaharien des produits divers (esclaves, sel, natron,
or…), l’espace nigérien, compris entre le fleuve Niger et le lac Tchad, a été et demeure encore, un
lieu de contact entre les coutumes ancestrales, base de la culture africaine et la religion
musulmane venue du Maghreb en empruntant diverses directions : par le Kawar à l’est, par le
Soudan central à l’ouest et longtemps plus tard par le Nigeria au sud. « L’Islam a été depuis lors
adopté et réadapté par les populations locales » (Guy Nicolas, 1986). Cette islamisation s’est
effectuée en quatre phases :
8
-
Première phase : du VIIieme au XIVieme siècle vit l’introduction de l’Islam par les marchands et
autres voyageurs venus du Nord ; les premiers convertis seraient des citadins en contact
avec ces derniers, puis les souverains musulmans ;
-
Deuxième phase : du XVieme au XVIIIieme siècle ; au cours de cette phase, les classes
dirigeantes, les centres urbains et la plupart des zones rurales deviennent musulmans. Les
écrivains locaux prennent le relais des écrivains venus du monde arabe. C’est une période
de rupture d’équilibre en faveur de l’Islam, annonciatrice des affrontements du XIXieme
siècle ;
Les régions du Sahel comprises entre le fleuve Niger et le lac Tchad sont communément appelées Espace nigérien.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
-
Troisième phase du XIXieme au XXieme siècle : est celle qui voit les rebellions armées des
Uléma contre les dirigeants politiques et l’établissement d’un pouvoir colonial tantôt hostile,
tantôt tolérant à l’Islam.
La période du VIIieme au XIVieme siècle
« L’expédition victorieuse de ‘Uqba Ibin Nàfi’ al-Fihri en 666 dans le Fezzan (Libye) puis dans le
Kawar marque le premier contact militaire de l’Islam avec l’Afrique noire (bilâd as-sûdân ). »
(ISESCO, avril 1984). Et dès l’an 682, une expédition partie de Marrakech (Maroc) atteignait le sud
du Sahara dans la région de la Mauritanie actuelle. Toutefois, les échos de la nouvelle religion
seraient probablement parvenus aux populations bien avant ces événements historiques
inauguraux.
L’Islam prend contact avec l’Afrique à travers le Sahara après avoir franchi la Mer Rouge (al bahr
al-Ahmar), puis la Nubie (Ethiopie), al-Fustàt (ancien nom de l’Egypte) en l’an 641, il poursuit sa
progression vers la Cyrénaïque (tarabulus al-garb ou Tripoli de Libye), l’Ifriqiya (al-ifriqiyya ou
Tunisie actuelle) et le Maghreb extrême (al-magrib al-aqsà ou Maroc actuel). Les relations
commerciales et sociales très anciennes et intenses entre le Nord et le Sud du Sahara ont tout
naturellement permis à l’Islam d’emprunter les pistes caravanières préexistantes reliant différents
centres commerciaux du Nord à ceux du Sud, de l’Est et de l’Ouest de l’Afrique. D’après des
sources historiques (Sa’adi traduit par Houdas,1964 ), cette islamisation progressive de l’Afrique
subsaharienne a été d’abord pacifique, adoptée initialement par des commerçants arabes puis
berbères qui l’avaient embrassée après la conquête du Maghreb par les armées musulmanes
venues de la Péninsule arabique.(Abdellah Laroui, 1970)
Ensuite, fut le tour des savants d’origines diverses qui avaient pris le relais, à partir des cités
religieuses du nord, (Qayrawan en Tunisie et Tarâbulus en Libye), de l’ouest (Wallâta ou actuel
Algérie, Sinqît et Tafilâlit en Mauritanie) et de l’Est (Fustât ou Egypte actuelle et Gadâmis en Libye)
avec le soutien des classes dirigeantes. Ces lettrés se déplaçaient de cité en cité à travers le
désert et la savane, convertissant les populations et servant de conseillers et / ou de secrétaires à
certains empereurs, rois et chefs de villages (Cuoq JP, 1975).
Durant cette première phase d’implantation de l’islam, les arabes et les berbères ont souvent été
cités pour avoir joué un rôle important dans le processus (Abdellah Laroui, 1970). Mais, la diversité
de leurs mœurs, elle-même liée à la pluralité de ces groupes ethniques laisse penser que les
rythmes et les voies de l’islamisation furent différents, en fonction de l’histoire politique,
économique et sociale des groupes ethniques en présence.
Cette pénétration progressive de l’islam s’est effectuée durant plusieurs siècles en s’appuyant sur
deux fondements de la construction du croyant :
-
L’instruction à partir du Coran dont la connaissance, fut-elle partielle, est indispensable à
tout musulman devant accomplir les cinq prières quotidiennes qui constituent un des cinq
piliers de l’islam ;
-
L’éducation inséparable de l’instruction en islam, dans la mesure où elles entretiennent des
relations de complémentarité : la première offre la lecture, l’écriture et la compréhension du
message (al-risàla) et des sciences annexes ; la seconde prend en charge la socialisation
du jeune croyant sur la base de l’apprentissage de valeurs morales et de la formation
technique indispensables pour la formation de sa personnalité et son insertion sociale dans
la communauté des croyants (Umma).
La mosquée (masjid) qui servait de lieux de prières, de débats, touchant la vie de la communauté a
aussi, initialement, servi de lieu affecté à cette tâche fondamentale de formation. Certaines sont
devenues progressivement de hauts lieux de savoir dans différentes disciplines au-delà des
sciences religieuses (Mohamed El-Fâsi, XXXX)9. Les centres ont formé des érudits et des savants
itinérants qui, par la suite, ont diffusé la culture et le savoir islamiques en Afrique sub-saharienne.
9
Ainsi, de nombreux africains du Sud du Sahara ont été formés dans les célèbres Mosquées universitaires : AlQarawiyyin à Fas, à la Zaïtuna de Tunis, à Kayrawan et à al-Azhaz as-Sharif du Caire.
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La période du XV ieme au XVIII ieme siècle
Les efforts consentis durant les siècles précédents par les savants, les étudiants, l’encouragement
de certaines corporations comme les commerçants et les grands souverains, vont être les
catalyseurs d’une renaissance politique et économique se traduisant par l’émergence d’une
nouvelle classe de lettrés locaux qui prendra le relais des savants venus du Nord.
Ainsi, après la disparition des grands foyers urbains et commerciaux, notamment Aoudaghost,
Koumbi Saleh et Walata, d’autres grands centres prestigieux comme Niani, Djenné, Tombouctou,
Gao, Tigidda et Agadez prennent tour à tour le rôle de pôles importants et très vigoureux sur le plan
culturel et religieux. Des érudits formés à Fès au Maroc, dispensaient leur enseignement dans
différentes mosquées subsahariennes devenues de véritables universités. Les imams (imâm ou
guides de prières), les cadis (qadi ou juges religieux) et les secrétaires (Kàtib) étaient en majorité
originaires des Empires du Ghana et du Mali à l’Ouest et de l’Empire du Kanem Bornou à l’Est ;
l’Islam devenait une religion africaine à part entière et l’école coranique complètement intégrée aux
structures sociales et adaptée aux besoins (Hamani Djibo, 1988).
La période du XIX ieme au XX ieme Siècle
Cette période se caractérise par la redynamisation de l’islam due en grande partie à l’enseignement
des confréries musulmanes mystiques at-turuq as-sufiyya (déjà citées dans l’introduction): la
qadiriyya, la tijaniyya, la sanoussiyya, la khalwatiyya et leurs ramifications.
La plus ancienne de celles-ci fut la qadiriyya, fondée par Abdu-l-Qadir al-Jilani. Elle s’est structurée
d’abord en Algérie, avant d’être diffusée en Afrique sub-saharienne à Tombouctou, puis plus au
Sud et à l’Est par les Touareg grâce à la forte implication des Maures Kounta de la branche des
Bakkayi dont la personnalité religieuse la plus connue serait al-Mukhtâr al-Kunti (De la fosse,
1912). Cette confrérie était à l’origine de plusieurs guerres (jihâd) dont le motif (affiché) était
toujours la purification et la régénération de l’islam entaché, selon les religieux réformateurs, par les
pratiques ancestrales10. Ces combats ont abouti à la création de quelques Etats dits théocratiques
en Afrique subsaharienne : la Dîna sous l’impulsion de Cheikhou Amadou, dont la capitale était
Hamdallaye au Mali actuel et plus tard Sokoto sous l’instigation de Ousman Dan Fodio, dont la
capitale du même nom est située au nord Nigeria actuel (Ousman Dan Fodio, Manuscrit IRSH).
La tariqa tijaniyya fondée par l’algérien Cheikh Ahmad At-Tijâni (1737-1815), s'étendit au début du
XIXe siècle en Afrique de l’Ouest et dans le Maghreb. Elle s’est rapidement répandue en Afrique de
l’Ouest, notamment grâce aux conquêtes d’Al-hajj Oumar Tall, nommé calife du Soudan lors de son
pèlerinage à La Mecque11. L’œuvre d'Al-hajj Oumar Tall est poursuivie par d'autres adeptes à
l'exemple du sénégalais Cheikh Ibrahim Niasse. La tijaniyya s'est alors étendue vers les autres
pays d’Afrique noire à partir du Sénégal pour atteindre le Niger et le Nigeria au milieu du XIXe siècle
(Sourdel D, 1999).
La sannoussiyya, troisième voie soufie, vient de la Libye. Jadis, fortement implantée en milieu
touareg ; elle existe encore aujourd’hui au nord du pays. Elle avait été étouffée par l’administration
coloniale à la suite d’un soulèvement de ses adeptes en 1917 à Agadez. Après la répression par
l’administration coloniale, la majorité de ses adeptes, s’est convertie à la tijaniyya, considérée
comme proche des dirigeants coloniaux.
Cette prédominance de l’islam est attestée par des faits historiques marquants conservés qui
constituent de sérieux indices laissant penser qu’à l’époque de l’installation coloniale, l’islam
occupait une place importante dans la vie des peuples des territoires et régions constituant le
territoire militaire et plus tard la République du Niger.
Plusieurs résistances ont été menées au nom de l’Islam des lettrés :
-
Alfa Cheybou se révolta à Kobtitanda dans le Dallol.
-
Tagama et Kawsan Wantigidda dans l’Ayar ;
11
Pendant ce pèlerinage, el hadj Omar de passage en Egypte avait contexte l’écriteau de l’ Université de El AZHAR
« Mislouka alph »
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-
Les Uléma de Cintaghoda à Agadez
-
un alim (savant), des chefs politiques Kel Gress dans l’Adar à Libatan, à Galma et
Jangebe ;
D’autres soulèvement de marabouts sous forme de guerres saintes ou de résistances ont été
mentionnés : guerres peul (Jihâd) au niveau des deux Fouta (Guinée et Sénégal) et celles de Alhadj Omar, ensuite les conflits de Samory, de Amadou Bamba et Ousman Dan Fodio. (Christian
Coulon, 1983).
La culture musulmane était ainsi implantée dans tous les grands centres urbains de l’Afrique subsaharienne à la veille de la pénétration anglo-française des territoires susnommés. Les sciences
islamiques et les lettres arabes étaient appréciables mais inégalement diffusées dans l’espace, du
fait de l’existence de centre d’apprentissage du Coran et des sciences islamiques dans des cités
importantes.
L’Islam fut donc une préoccupation pour la conquête coloniale au point où on a cru deviner une
politique spécifique musulmane de l’administration française.
La période coloniale
Pendant toute la période coloniale l’administration a souvent fait face aux agitations qui secouaient
régulièrement les régions, sous l’impulsion des lettrés musulmans. Le constat est que la majorité
des groupes sociaux, de Bilma à Say, de Magaria à Iférouane, adhéraient à l’Islam en fonction de
l’importance des échanges et des contacts géographiques avec les foyers religieux du Kanem à
l’Est, de l’Empire théocratique de Sokoto au Sud, du Maghreb au Nord et du Soudan occidental à
l’ouest. Certes des poches de pratiques animistes12 plus ou moins importantes, existaient par
endroit, mais dans toutes ces régions, l’islam servait de ciment pour l’unité des groupes sociaux et
linguistiques qui sont d’autant plus différents que les intérêts étaient souvent divergents entre
éleveurs pasteurs et agriculteurs sédentaires.
Aussi, faut-il rappeler que près de 95% de la population vivaient dans des communautés
villageoises en grande partie dirigées, par des familles de lettrés, ou des chefferies qui s’appuient
elles-mêmes sur des lettrés pour l’exercice de leur pouvoir. Le statut personnel (naissance,
éducation religieuse, mariage, divorce, héritage, transaction, conflits champêtres, décès etc.…) des
membres de ces communautés est régi par la jurisprudence musulmane et par certaines
dispositions de la coutume qui ne s’opposent pas ouvertement au Coran et aux traditions
prophétiques. Seules les dispositions pénales par rapport à leur sensibilité, notamment les crimes
de sang sont soumis progressivement à l’appréciation de l’administration coloniale.
Stratégies coloniales face à l’Islam
La prépondérance de cette religion musulmane n’a d’ailleurs pas laissé indifférente la nouvelle
administration coloniale qui a évolué sur un terrain déjà investi par l’action des savants musulmans
depuis plusieurs siècles. Pour mieux mener sa politique et concrétiser ses ambitions d’occupant,
elle a du s’employer à déstabiliser les foyers de diffusion du savoir religieux qu’elle considérait
comme centres de formation de récalcitrants hostiles à sa présence.
L’administration coloniale n’avait pas hésité à faire recours à des stratégies diverses, notamment
une étude systématique des structures communautaires pour mieux contrôler le développement de
l’islam. Par ailleurs des sources écrites mentionnent que les attitudes des administrateurs variaient
selon leur tempérament mais leur objectif était le même a savoir saper les bases de cette culture
religieuse en s’attaquant aux « écoles » coraniques traditionnelles, en marginalisant l’arabe langue
du savoir de l’époque pour installer son propre modèle avec une série de lois et de décisions qui
l’accompagnent :
Contrôler systématiquement ceux qui sont considérés comme indifférents à leur égard, en
l’occurrence, les marabouts socialement bien représentatifs, qualifiés de charlatans et
vagabonds ; ou encore réprimander et déporter les plus hostiles et résistants ;
-
12
Animisme : religion antérieure à l’Islam pratiquée par les sociétés de l’Afrique noire ; la croyance est fondée sur l’idée
qu’en tout objet (arbre, pierre…) existe une âme qui peut faire du bien et/ou de mal aux êtres humains.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
-
Associer les marabouts plus « compréhensifs », à l’œuvre coloniale à travers la gestion des
communautés villageoises ; ces marabouts légiféraient en s’appuyant sur le droit coutumier,
lui-même, fortement influencé par la jurisprudence musulmane (as-Saria) ; seuls les crimes de
sang étaient jugés par les administrateurs coloniaux.
Cette pratique de contrôle et de répression et de pacification communément appelée « la paix
coloniale », n’a pas entaché la dynamique de l’islam ; elle a paradoxalement réactivé le processus,
après l’avoir perturbé. Notamment à travers les effets multiples de sécurisation des voies de
communication et leur développement, etc. Cette politique a eu pour conséquence de faciliter le
déplacement aux hommes, y compris aux prédicateurs itinérants qui en ont profité, pour porter le
message de l’Islam dans des contrées jusqu’alors méconnues (Alioune Traoré, 1983).
Certes, le niveau d’instruction a fortement régressé pour des raisons d’ailleurs plus liées à sa
propre dynamique et aux conditions de vie des populations qu’au succès des stratégies adoptées
par la politique coloniale. Ainsi, durant ce siècle de colonisation, le constat est que l’Islam s’est
propagé horizontalement, mais il s’est intellectuellement appauvri avec le relâchement de l’aspect
confrérique.
4.2 UNE PENETRATION GEOGRAPHIQUE PAR ETAPE
4.2.1 REGION DE DIFFA
Deux origines de la pénétration de l’Islam dans la région de Diffa peuvent être décelées : La plus
ancienne vient du contact avec le monde arabo-berbère depuis l’installation de l’empire du Bornou
et la plus récente avec l’arrivée de groupes nomades peuls d’origines diverses.
L’actuelle région de Diffa était restée sous la domination de l’empire du Kânem Bornou. Les
populations qui y vivaient furent islamisées par les arabo-berbères depuis les débuts de
l’islamisation. « Le premier établissement de l’Islam au soudan central date du Xieme siècle avec la
conversion du Maï, chef en Kanouri (D. Lange, 1978), de Kânem. Le premier pays du Soudan où
pénétra l’Islam aurait été le pays Bornu. Cette pénétration se réalisa par l’intermédiaire de
Muhammad Ibn Mânî, qui avait vécu cinq ans à Bornu au temps du roi Bulu et quatorze ans au
temps du roi Umme (Hummay). Alors il rallia Bornu à l’islam par la grâce du roi Umme. Maï Umme
et Muhammad ibn Mânî propagèrent l’islam au-dehors. Le fils et successeur de Hummay, Dûnama
(1097-1150) fit deux pèlerinages à la Mecque ».
Au XVIième siècle, la position de l’Islam se trouva encore consolidée par la politique d’Askia
Muhammad de Songhay ainsi que par le départ du Maî du Kânem pour l’empire du Bornu et le long
règne d’Idriss Alaôma. On suppose que l’intervention de ce chef à Mandara ouvrit la voie à
l’introduction de l’Islam dans ce pays, et c’est peut être à cette époque que les Tubu adoptèrent
l’Islam.
Cependant selon Maikoréma « même si Ibn Batuta s’évertue à présenter le Burnu d’Idriss Alaoma
comme un ‘’Etat islamique exemplaire’’, force nous est de constater, à l’évidence, qu’une telle
présentation ne reflète pas tout à fait la réalité. Certes, la pratique de l’Islam au Bornou du XVI ième
siècle, au moins au niveau des dirigeants, ne peut être rejetée sans appel, la conversion du premier
souverain Sefouwa à l’islam remonte au X ieme. Mais il n’en demeure pas moins vrai, que considérer
les Mai Sefouwa comme de vrais Khalifes relève avant tout de l’exagération, d’une présentation
intéressée des faits ».
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Les
populations
peules
revenues de la conquête de
l’Adamaoua (les BornanKoobé), et certains groupes
venus de l’Est (Sokoto,
région du Damagaram) ont
renforcé l’islamisation de la
région
de
Diffa.
Les
chefferies de Fulatari et de
Ngel Beyli sont nées de ces
groupes
d’éleveurs
musulmans installés dans la
région alors fertile, peu
peuplée (la ville actuelle de
Diffa n’existait pas il y a un
siècle) et riche en pâturage.
Aujourd’hui, l’enquête révèle
la
prédominance
des
associations izala (6) et
malikite (4) sur les dix
enquêtées
4.2.2 REGION D’AGADEZ
Selon
transcrite
une
source
(Tarik
masjid
récemment
madinat
Agadez), Cheikh Zakarya serait venu
de l’Ouest accompagné d’un groupe
d’étudiants. Il serait le premier à
introduire la qadiriyya dans la ville
(aujourd’hui confrérie dominante)
En raison de sa proximité géographique avec le Maghreb et
le Kawar, cette partie du Niger aurait connu, dès le VII ieme
siècle, l'arrivée de grands érudits religieux. « Les premiers
indices de la pénétration de l’islam dans l’Aïr sont des
sépultures datant de vers 640 - 880 après J.C dans le kori
de Mamanet. Commencée dès le 7ème siècle, l’islamisation
de l’Aïr a été lente mais progressive au point qu’aujourd’hui,
dans leur majorité, les Touareg de l’Aïr se disent
musulmans ».
Mais ce n’est qu’au XVIe siècle qu’Agadez devient un
véritable foyer spirituel, il y avait déjà environ 70 lieux saints
dans la capitale de l’Aïr. Elle doit son rayonnement spirituel à des grands personnages religieux au
rang desquels :
-
Zakarya, bâtisseur de plusieurs mosquées dont le célèbre minaret qui domine toute la ville
et tient lieu de place de prière le Vendredi.
-
Sidi Mohamed El Bagdadi est arrivé vers 1512 à Agadez. Certains marabouts virent en lui
une sainte personnalité religieuse (mahdi) qui reviendrait à la fin des temps pour
l’instauration de la religion originelle. Il fut à l’origine de la formation d’un certain nombre de
maîtres très célèbres dans la région. Les mosquées et les tombes de ses disciples sont
aujourd’hui considérées comme des lieux saints qui sont périodiquement visitées (tahajara :
visites ou pèlerinage).
Sidi Mohamed El Bagdadi, serait venu de
l’orient, il installa l’islam dans le massif de
l’ayar. Très vite son rayonnement s’étendit
sur tout les kel ayar de l’est. Le souffle qu’il
insufla à la religion continue à imprimer sa
marque.
Les
partisans
actuels
de
la
khalwatiyya (courant religieux mystique, relié
à la qadiriyya) majoritaires dans cette zone lui
attribuent l’introduction de cette tariqa dans
la montagne
L’Islam de l’Aïr est issu de l’école théologique Malikite
et de plusieurs voies confrériques (qadiriyya, tijaniyya,
sanoussiyya.... Les malikites sont les plus nombreux
avec une influence du soufisme ou pas ; toujours est-il
que l’Islam de l’Aïr se singularise par les grands
rassemblements religieux organisés chaque année
dans certaines mosquées. Plusieurs centaines de
fidèles se retrouvent ainsi pour des retraites spirituelles
qui durent jusqu’à 40 jours autour des tombeaux
des « cheikhs » ou de certains lieux sacrés.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Ces rassemblements sont l’occasion de grandes prières, d’échanges intellectuels entre oulémas,
de formation spirituelle pour certains fidèles ou de règlement de certains litiges : problèmes
successoraux, mariages, cas de jurisprudence ».
Assaleck Ibrahim mentionne
que « dans la pratique, l’Islam
de l’Aïr est très tolérant, voire
laxiste. A part les personnes
d’un certain âge, la majorité
des croyants ne sont pas très
pratiquants par rapport à
l’observance
des
rites.
Certains aspects de l’Islam
considérés comme contraignants
ou
incommodants
(ablutions avant les prières,
port du voile pour les femmes)
sont souvent négligés. En
réalité les populations ont
adopté une voie médiane entre
les exigences de l’Islam et la
culture originelle des touaregs
qui laisse aux hommes et aux
femmes une très grande
liberté ».
De nos jours, trois courants se partagent le terrain au coté de la majorité non confrérique : qadiriyya
anciennement implantée, puis la tijaniyya en forte progression et la izala récemment introduite et
fortement dynamique ; cette dernière est néanmoins considérée par les autochtones touareg
comme une conception religieuse haoussa encore étrangère à leur contexte culturel. La
cohabitation des courants religieux est parfois emmaillée de soubresauts conflictuels.
Trois autres courants spécifiques à la région : sanoussiyya, khalwatiyya et saziliyya et demeurent
de faible influence. Selon André Salifou, (1973) :
-
La sanoussiyya est une confrérie créée en 1837 par Mohamed Ben Ali As-Sanoussi. Cette
confrérie s’est développé dans le nord (Maghreb) avant de se diffuser dans l’Air et dans le
Damergou pour s’étendre jusqu’au Nigeria (Kano) en passant par le Damagaram. Cette
confrérie puritaine tente de ramener la religion à sa pureté première et à renforcer l’unité du
groupe
-
La khalwatiyya, fondée par Jamal Adin Al Khalwati au XVième siècle. Les premiers se sont
répandus de l’Egypte vers l’Air en passant par le Soudan ; En 1946, première date où cette
confrérie a été mentionnée par l’administration coloniale avec son leader Mallam Moussa
Abatoul installé près de Tabelot qui construisit une mosquée et une école coranique (il est
aussi leader de la qadiriyya, et de la saziliyya). Cette confrérie est aujourd’hui présente
dans plusieurs oasis. Elle tire sa philosophie de khalwa qui signifie retraite, réclusion (40
jours dans un lieu obscure).
-
Une dernière confrérie saziliyya, proche du sufisme, dont les données historiques
manquent, existe faiblement dans cette région.
Mais aujourd’hui la tijaniyya (avec 10 associations) et izala (avec 8) semblent occuper l’essentiel de
l’arène politique de la région.
4.2.3 REGION DE TAHOUA
L’islamisation de cet espace, à l’instar de tout le soudan central, a été un long processus mais
permanent. Dès le VIIieme Siècle, le processus serait pris en charge par des agents tels que les
nomades Dagaminawa, les Bitirawa commerçants originaires du Damergu qui s’installèrent
progressivement dans la région principalement autour de Mogar et de Sokoto. Ces groupes
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
auraient fait la promotion de l’Islam avant les Abzinawa, arrivés massivement de l’Aïr fin XVIIieme
début XVIIIieme Siècle. A partir de cette époque une branche de la dynastie d’Agadez qui devint
Sarkin Adar inaugurée par Agabba13 se serait installée à Birnin Adar.
En Adar comme dans la plupart des régions de l’espace nigérien pré colonial, les souverains firent,
dans un premier temps, de l’Islam un instrument de domination. Ils accueillirent et maintinrent dans
leurs entourages immédiats des marabouts, conscients que ces derniers ont une influence certaine
sur leurs administrés. En particulier dans les cités où l’action de certaines tribus venues d’Aïr en
compagnie d’Agabba avait porté des fruits.
Mais le syncrétisme religieux manifesté par une
imbrication des pratiques et des coutumes
païennes et islamiques, les oppressions, la
la Vérité. Sa grandeur réside dans le fait qu’il fut
corruption dans le milieu sociopolitique, les
celui qui porta le drapeau du savoir parmi sa
expériences
historiques,
notamment
le
génération ; Il était le premier à attaquer les
mouvement de réforme de Muhammad Abdu-l-al
coutumes du Soudan. Il était persévérant dans le
Wahbab qui voulait purifier l’Islam des
innovations (bida’a) dont la plus manifeste était le
service de Dieu, patient et éloquent ; il riait toujours
culte des saints, emmenèrent des érudits comme
avec les gens si bien que vous auriez pensé que tous
Mallam Jibril Dan Oumarou issu de la tribu de
les hommes sont ses amis. Il ranima la religion dans
Watsakkawa,
(l’une
des
douze
tribus
ce pays : « il dispersa les ténèbres du mal de notre
maraboutiques qui vinrent en compagnie
d’Agabba occuper l’Adar depuis l’Aïr) a tenté une
pays, il devient comme une lampe dans l’obscurité.
réforme religieuse en zone haoussa et touareg ;
C’est l’instrument de Dieu pour aider la religion ; il
ils incitèrent la population à se soulever contre
était comme le soleil qui venait de l’Est et son éclat
les gouvernants et leurs marabouts accusés
se répand vers l’Ouest ” (Mahamadou Bello, dans
d’innovation
blâmable
et
d’ignorance
In Fakul Maisur)
caractérisée. Cette entreprise de Mallam Jibril
Dan Oumarou ne connaîtra pas le succès
attendu d’après les traditions orales, car les forces sociales n’étaient pas suffisamment préparées
pour abandonner les pratiques séculières dénoncées.
Mallam Jibril serait un grand savant qui connaissait
Après ce constat d’échec, il effectua en Arabie un second pèlerinage qui coïncida avec
l’implantation définitive du Wahhabisme. Et cette expérience directe d’un réformateur victorieux a
certainement été rapportée par Mallam Jibril à ses disciples, ce qui a contribué à encourager le
processus des réformes de l’Islam en pays haoussa.
En effet, dès le début du XIXieme siècle, le gigantesque mouvement de réforme islamique déclenché
par Cheikh Ousman Dan Fodio et ses alliés, va marquer profondément le monde haoussa et audelà tout le Soudan central dont l’objectif affiché était invariable : débarrasser l’Islam de ces
pratiques ancestrales et éradiquer les injustices qui souillent toute substance religieuse. Les grands
problèmes qui préoccupaient Ousman Dan Fodio à l’époque étaient les mêmes que ceux de son
Maître Mallam Jibril Dan Oumarou et sont de trois ordres :
-
La rigidité des Uléma (érudits religieux) dans d’interprétation des textes régissant les
pratiques islamiques ;
-
L’apparition d’une classe de charlatans marabouts ;
-
Le manque d’éducation religieuse au niveau du peuple.
Mais cette activité est devenue de plus en plus menaçante pour les souverains et certains de leurs
marabouts accusèrent Dan Fodio d’hypocrisie, de rébellion et même d’hérésie ; ils affirmèrent qu’il
était en train d’égarer le peuple, ce qui provoqua la rupture entre Ousman Dan Fodio et les chefs
coutumiers. C’est dans ce contexte sociopolitique et religieux confus que Ousman Dan Fodio et ses
partisans déclarèrent la guerre sainte (Jihad) de 1804 à 1808. Les combats engagés ont tourné en
faveur des religieux réformateurs; ainsi Ousman Dan Fodio réussit là où son Maître avait manqué ;
13
Fils du Sultan d’Istanbul, commandeur de tous les croyants à l’époque
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
la principale conséquence de cette victoire était l’établissement d’un Etat théocratique islamique
appliquant la chariyya, s’étendant de :
-
Dori à l’Ouest, à Adamawa à l’Est ;
-
de Birnin Konni au Nord, à la Bénoué au Sud dont l’influence atteignait
-
de l’Aïr au Nord-est, au Gourma à l’ouest et au Songhay au nord ouest.
Les centres religieux majeurs sont Sokoto la capitale et Gwandou (cité voisine de Sokoto où
s’installa Abdoulaye Dan Fodio). Cette action avait eu plus d’impact et d’ampleur avec des effets
dans la conduite des souverains musulmans qui se sont succédés en Afrique de l’Ouest. A
l’époque où Ousman Dan Fodio prêchait pour la réforme dans les Etats Haoussa, la situation
religieuse chez les Touareg voisins ne semble pas meilleure qu’en Adar car les Imajeghen
(guerriers), des maîtres tout-puissants régnaient seuls en marginalisant les castes maraboutiques.
Toutefois, à l’Ouest, la présence des groupes islamisés anciennement installés dans la région
semble avoir favorisé l’acceptation des pratiques religieuses locales ; de même les campagnes
des réformes islamiques entreprises par certains marabouts au XVIIe siècle n’ont pas véritablement
entraîné un processus de purification des pratiques islamiques en Adar. Il fallut attendre la fin des
hostilités de la jihad pour voir l’Islam reformé se répandre progressivement et rapidement dans la
région sud de l’Adar.
Poursuivant l’exemple de Ousman Dan Fodio, entre 1809 et 1816, un autre érudit du nom de
Mohammed al Jilani de la confédération touarègue des Oullimenden de l’Azawagh entreprit la
conquête de la partie nord de l’Adar, et tenta de répandre par force la religion musulmane au sein
des groupes fixés dans la région.
Mohamed Al Jilani naquit vers 1777. Il était devenu le plus grand érudit de
l’Azawagh. Il appartient au groupe des Attawari. L’action de M. al-Jilani
pour la conversion des Iwillemmeden avait commencé plus tôt et lui avait
apporté une certaine notoriété. Sa prise du pouvoir en Ayr marque
l’apparition d’un nouveau type de pouvoir, celui de chef religieux.
Exploitant son avantage, M. Al Jilani attaqua les Kel Ataram jusque dans
le pays à reprises et saccager Menaka. Il semblait en voie de constituer, au
Il procéda par un appel
de
l’aristocratie touarègue à l’Islam et
connut quelques succès. La
violente
opposition
des
réfractaires à son action aboutit à
une rupture avec l’aristocratie en
1809 ; ces évènements prirent la
forme d’un conflit armé entre
lettrés et aristocratie.
profit des Ibarkoreyan et de l’islam, une puissance théocratique militaire.
Une série de guerres s’ensuivit,
marquée par la victoire complète
d’Al Jilani. Celui-ci s’empara
ensuite de l’Adar haoussa en
1818. Le pouvoir qu’il installa dans ces deux régions fut marqué par l’application des règles de
l’Islam avec une rigueur qui détacha Al-Jilani de beaucoup de groupes à peine sortis de l’animisme.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
A cela il faut ajouter l’influence des Kel Gress, qui remettaient une dîme aux marabouts
musulmans, entraînant du coup la conversion de certaines populations, surtout les plus pauvres,
sur lesquelles ils avaient établi leur domination tels les Manbawa ; une faible partie de la population
était islamisée avant 1900. Par la suite diverses entreprises de conversion qui se sont opérées
dans le milieu de la chefferie vont marquer le XXe siècle, au fur et à mesure que grandissait le
prestige de Sokoto.
L’appariti
on de la
tijaniyya
de
la
branche
de
Ibrahim
Nias
dans la
vallée de
Kaoura
Abdou
vers les
années
1920
accéléra
le
processu
s
d’islamis
ation
dans
cette
zone ;
introduite
et
développée
par
des
marabouts
venus de Kano qui
avaient
auparavant
complété
leur
formation
à
Kaoulak,
la
tijaniyya
se
poursuit
actuellement et est
favorisée par la
multiplication des
medersas
officielles
généralement
tenues par des
jeunes formés à
Sokoto
qui
demeure encore
de nos jours le
centre
de
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
référence de la tijaniyya.
A Tahoua le processus de l’islamisation actuelle est marqué par un Islam traditionnel qadirite au
nord et un Islam réformiste au sud représenté par la tijaniyya et une remontée izaliste récente.
Entre ces deux groupes du sud, évoluent des jeunes formés dans les universités maghrébines et
orientales, souvent attentifs aux discours des groupuscules radicaux basés au Maghreb voisin et au
Nord Mali qui développent une vision salafiste de l’Islam.
Dans l’ensemble, l’enquête a concerné : 26 tijaniyya et 9 izala.
4.2.4 REGION DE ZINDER
Autrefois ville étape du commerce transsaharien, la ville de Zinder est connue des historiens du fait
de sa situation géographique et du rôle important de son marché. L’Islam très tôt introduit par les
commerçants arabes et berbères est embrassé par la cour avant que celle-ci passe sous
protectorat bornouan.
La pénétration de l’Islam dans la région du Damagaram s’est faite de manière pacifique, en ce sens
qu’aucune guerre d’islamisation n’a eu lieu.
A partir de Gouré, il y a trois tendances :
Malam Souleymane Ibrahim Gado, petit fils de Bawa
Jangorzo, reçut sa formation coranique et de science
religieuse durant trente ans auprès d’un marabout qui
-
Les kanouri par Bornou et Koukawa…
-
Les haoussas, avec Malam Souleymane
le katsina, Kano où il laissa sa famille avant de se
Ibrahim Gado de la famille de Bawa
diriger à Agadez où il approfondit ses connaissances.
Jangorzo qui, sur son chemin de retour en
Il mourut en 1899 quelques années avant l’occupation
direction de Kano, transita par Zinder où le
souverain Tanimoune, connaissant bien son
française.
savoir, lui demanda de se joindre à sa cour.
Il y passa trente cinq ans comme conseiller
principal en matière de religion auprès de souverain. Durant cette période la chariyya
islamique fut appliquée sur toute l’étendue du Damagaram.
-
Les peuls, descendant des troupes de El hadj Ousman Dan Fodio, revenus de adamawa et
dispersés dans la région sous forme de villages religieux (les jamaré) ; certaines sources
orales attestent que ce groupe est le plus ancien de la région de Gouré (les descendants de
ces groupes se retrouvent à Jabéram et dans les koublé de Mallam Ida, prés du village de
Wodo, au sud du département de Gouré)
serait originaire de la mecque. Il séjourna neuf ans dans
Le Damagaram est aujourd’hui peuplé par les haoussa venant du Nord Nigeria, les Tsotsé Baki
(Mirriah), les kanouri et Dagra (Tanout et Gouré) et plusieurs groupements de peuls et de touaregs.
La particularité de la pratique dans cette région est la présence des « jamaré », villages religieux
sous la responsabilité de chefs spirituels et vivant souvent en marge des grands centres.
Les populations de ces villages sont essentiellement des peuls affiliés à la confrérie Qadiriyya. Ils
pratiquent le Kubli14. Selon les responsables rencontrés pendant les enquêtes, en Islam, une
femme mariée reste à la maison et ne doit sortir hors de la concession qu’en cas de nécessité et
avec l’autorisation du mari. Aussi pour respecter cette interprétation de l’Islam, les hommes
s’occupent de toutes les tâches ménagères nécessitant des déplacements hors de la concession :
rechercher de l’eau, du bois…
14
Pratique islamique qui consiste à interdire aux femmes mariées de sortir hors de la concession conjugale, de parler aux
hommes (qui ne sont pas membres de la famille)…
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
La
tijaniyya
est
la
confrérie dominante avec
l’apparition
d’une
tendance izaliste venue
récemment du Nigeria
voisin. La montée izaliste
connaît une régression
en terme d’adeptes ; en
effet il y a une seule
association izala et 8
tijaniyya et 7 malikites et
1 qadriyya.
4.2.5 REGION DE MARADI
Le processus d’islamisation de la zone de Maradi est difficilement reconstructible en raison des
vagues d’immigration en provenance du nord (Maghreb) et de l’est (Bornou), foyers d’islamisation
ancienne. Mais, l’étape la mieux connue serait celle relative au Jihad déclenché en 1804 par
Ousmane Dan Fodio (Cheikh de la qadiriyya) et la constitution du califat de Sokoto. Les états de
Katsina et Gobir, actuel Maradi ont été touché par le phénomène à partir de 1808, avec la
capitulation du Gobir suite à l’exécution du roi Yunfa.
L’islamisation de cette région avait déjà été amorcée, car selon les propos de Malam Almou, Imam
de la grande Mosquée et président des
Ousmane Dan Fodio naquit le 15 décembre 1754 à Marata au
associations Islamiques de Maradi : « nos
Gobir près de Galmi. Ousman, appartient à une famille originaire
grands parents (Katsinawa et Gobirawa)
de Fouta Toro (Sénégal) d’où le nom de Torenkawa (ceux de
partaient en étude coranique à Sokoto
Toro) que portent les membres de cette famille. Musa Jakollo fut
avant même le jihad d’Ousman Dan
l’ancêtre qui mena le groupe dans la région actuelle de Birnin
Fodio ». Après leurs études, ils faisaient de
prêches périodiques dans les états hausa
Kwanni aux environs de 1450 et ces hommes étaient semble t-il
nigériens qui connaissaient à l’époque une
depuis des siècles spécialisés dans l’étude du Coran. Usman
forte empreinte animiste. Pendant le jihad
Dan Fodio entreprit la guerre sainte (jihad) de 1804 à 1808 dont
de Dan Fodio dans les états du Gobir et
la principale conséquence fut la création d’un vaste Etat
Katsina, ces marabouts déjà en contact
théocratique avec Sokoto comme capitale politique et religieuse
avec l’Islam, ont joué un rôle important
dirigée par une figure très prestigieuse dont l’action eut le plus
d’accompagnateur de Dan Fodio qui a
d’impact, d’ampleur et de prolongation parmi tous les souverains
plutôt été porteur de réforme suite à ses
musulmans qui se sont succédés en Afrique de l’Ouest.
études au Soudan. Dan Fodio les installait
au niveau des Etats conquis pour assister
les chefs de provinces et les sultans car ils
devenaient désormais des marabouts alliés
de la QADIRIYYAH dont le but est de propager l’Islam réformiste, réfutant ainsi le développement de
la doctrine ibadite (tendance théologique d’origine chiite qui a joué un rôle très important dans
l’islamisation à partir de l’Algérie à travers le commerce transsaharien) et malikite dans ces Etats».
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Actuellement
on
décompte
3
associations
malikites, 2 izala, 1
tijaniyya et toutes
sortes de courants.
4.2.6 REGION DE LA VALLEE DU FLEUVE (TILLABERI ET NIAMEY)
L’histoire de l’islamisation de la vallée du fleuve Niger a connu un phénomène de va et vient et, est
de ce fait difficile à reconstruire de façon chronologique, en ce sens qu'elle s’est étalée sur
plusieurs siècles. Cependant les Tarikh notamment as-Soudan et al Fatach donnent des éléments
d’informations qui font penser que l’Islam s’est infiltré dans la zone de Gao (au Nord) au Dendi (sud
ouest) à partir du règne de Askia Mohamed. Cependant il n’est pas exclu que des marabouts ou
des lettrés itinérants (ou installés) aient déjà prêché dans la région.
L’Islam, dans les régions du nord comme au sud fut épaulé par l’aristocratie régnante puisque
Tarikh as-Soudan mentionne que Askia Mohamed couvrait les marabouts ou les lettrés de
présents : Nourriture, terre, bétail et protection. Il semblerait que la méthode des agents religieux de
l’époque s’articulait autour de deux stratégies à savoir l’organisation de « beytu », une sorte
d’auditoire regroupant hommes et femmes en un lieu, en vue de les convertir en s’appuyant sur la
langue locale pour expliquer les préceptes de l’Islam en rapport à la vie quotidienne des gens. Une
autre stratégie consistait à s’approcher de l’aristocratie régnante afin de la convertir. Cette
méthodologie a été développée plusieurs siècles. D’après les sources de Gao rapporté par Tarikh
as-Soudan, dès son installation, Askia Mohamed donna l’ordre aux gouverneurs de province de se
convertir à l’Islam ou à défaut de se démettre. Certains compagnons de Soni Ali ber furent torturés
et même exécutés (par le gouverneur de Gao de l’époque). Cet ordre nous amène à comprendre
que jusqu’à cette époque l’Islam était un phénomène marginal.
L’effondrement de l’empire songhaï marque
un tournant dans le processus de
l’islamisation. En effet, l’éclatement de l’Etat
central a donné naissance à plusieurs
chefferies,
communautés
villageoises,
principautés politiquement, militairement et
économiquement impuissantes, face à
l’anarchie qui s’en est suivie. L’occasion est
donnée aux groupes sociaux sous pression
depuis plusieurs siècles de se libérer. Ainsi,
les agents religieux en ont profité pour
investir les villages, accompagnés de leurs
Alpha Mahamane Djobbo, fils de Saliha, serait un peul
Gorgabé originaire de Bamba (actuel Mali). Il aurait appris
le coran auprès de son père avant de fréquenter plusieurs
marabouts dont le plus connu est Alpha Bandjagouri.
Devenu grand marabout, il entreprit des prédications dans
les zones songhaï de kokorou, de Gourouol, autour des
villages de Bangoutara, Larba, Sinder où il rencontre le
marabout connu sous le nom de Issoufou Sinder.
Empruntant la voie du fleuve, il fit un séjour à Goudel puis
se fixa pour une dizaine d’années dans l’île de Néni prés
de Niamey.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
talibés. L’Islam connut jusqu’au XIX siècle un mouvement de flux et de reflux en fonction des
évolutions socioéconomiques et politiques des régions s’étendant de Gao à Dendi. Il semblerait
qu’au cours du Jihad de Ousman Dan Fodio, l’armée de Sokoto ait entrepris plusieurs traversées
du fleuve en direction du Gourma, zone jusqu’alors peu touchée par l’Islam. Ce fut peu après que,
Alpha Mahaman Djobbo le fondateur de la cité théocratique de Say descendit le fleuve, après un
séjour de 9 ans à Neni Goungou. Ce séjour à Néni lui permit d’accroître son prestige surtout sur le
plan politique et de nouer des relations avec quelques autorités religieuses.
La vallée du
fleuve étant
une zone de
contact
entre
plusieurs
groupes
ethniques,
notamment
les
zones
haoussa et
gourma déjà
soumises à
des vagues
de
migrations
depuis
le
14è siècle.
Ce qui serait à l’origine de la cohabitation pacifique entre l’Islam et les croyances ancestrales aussi
bien au niveau de la croyance qu’au niveau des individus. Le syncrétisme étant de nos jours très
vivace.
Niamey se réclame de la confrérie malikite avec 18 associations et seulement quatre associations
enquêtées à Niamey se reconnaissent d’obédience tijane. Le mouvement izala semble ici aussi en
progression avec 16 associations.
4.2.7 REGION DE DOSSO
La question de l’historique de l’islamisation récente dans la région de Dosso est indissociable de
celle des conflits guerriers qui ont sévi dans la région au cours des siècles passés. Ces conflits ont
façonné les rapports entre les différents groupes ethniques qui se partagent la région aujourd’hui.
Les zarma majoritaires et premiers habitants de la région ont longtemps résisté à la pénétration de
l’Islam.
Ils sont avec les maouri de la région de Dogondoutchi adeptes des croyances africaines
ancestrales jusqu’à l’avènement de l’empire peul de sokoto.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Cet Islam guerrier est d’obédience soufie affilié à la qadiriyya. La région du Boboye a subi
l’influence de la même confrérie à travers les prêches du chef religieux Mahaman Djobo de Say. Il
y eu l’influence du marabout peul Boubacar Loudouji allié des peuls de Sokoto. Des sources orales
attestent que ce grand marabout, de retour de Fez où il apprit la voie tijane, serait le premier maître
de cette confrérie dans le Boboye. Il fut chassé par la coalition des kabe et des zarma de cette ville
qui porte encore son nom et s’installa à l’emplacement actuel de Say.
De ce point de vue l’Islam dans le Boboye est intimement lié à la chefferie coutumière des
différents groupes ethniques majoritaires (Peul et Zarma) et des guerres qui les ont marqué. Le
nord de la région frontalière de Fillingué a été touché par le courant tijanistes des chefs de guerre
de la troupe d’El Hajj Omar Tall, en déroute depuis les falaises de Bandiagara, au Mali.
Ces événements récents ont longtemps été les grilles de lecture des groupes religieux dans la
région. L’installation du régime colonial et la progression de la confrérie tijaniste niassienne ont
renversé la tendance. L’avènement de la zawiya de Kiota et l’obédience croissante de son chef
spirituel
(et
de
sa
descendance) fait de la
Le Ckeikh Assimi Aboubacar issu d’une famille d’agriculteurs est né
tijaniyya
la
principale
vers les années 1920. Il se distingua dès son jeune âge par ses qualités
organisation religieuse de la
de goyteri (grand travailleur), notamment pendant les travaux agricoles.
région.
Il était capable, dit-on, de distancer ses compagnons d’âge pendant les
travaux communautaires boogou (sarclage collectif dans le champ d’un
aîné effectué par les jeunes du village). Mais son véritable exploit a été
incontestablement son premier pèlerinage à la Mecque, à pied, dans les
années trente. Lors de son départ, le (futur) cheikh était âgé de dix huit
ans. Ce voyage à travers les zones d’insécurité au Tchad et les champs
de bataille de la crise italo-éthiopienne a duré plus de deux ans (30
mois). À son retour, ce fut une véritable consécration. De retour de ce
périlleux voyage, celui-ci acquit le titre prestigieux1 d’« El hadj ». Son
titre de cheikh de la voie tijane a été acquis à Dakar, auprès du grand
cheikh Niass.
La vie religieuse de la région
de Dosso et (même au-delà
de ces frontières)
est
cristallisée au niveau de l’aura
de la ville de Kiota et de ses
chefs religieux. Le partage se
fait entre les « adeptes » de la
tijaniyya niassienne (de Kiota)
et les « non-adeptes), qui sont
les membres du Mouvement
izala,
souvent
composés
d’anciens
étudiants
des
universités arabes.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Dans la région de Dosso, 10 sur les 18 associations se réclament du courant izaliste, 4 se disent
tijanes et seulement 3 se réclament malikites. Certes les associations à base confrérique sont de
loin les plus nombreuses, cependant il est important de mentionner l’évolution rapide du nombre
d’associations se réclamant du mouvement izala.
4.3 POLITIQUE DE L’ETAT FACE A L’ISLAM
4.3.1 POLITIQUE DE L’ETAT INDEPENDANT FACE A L’ISLAM
Les régimes qui se sont succédés, civils et militaires, avaient adopté des stratégies identiques visà-vis de l’islam et des lettrés. Cette stratégie s’articule autour des points suivants :
-
Edifier un Etat laïc conformément aux traditions et enseignement français ;
-
Prendre en compte l’importance numérique de la population musulmane tout en évitant
l’avènement d’un Etat islamique ;
-
Privilégier les relations avec les pays arabes, en particulier, les plus riches pour les aides
indispensables au développement économique et social du pays ;
-
S’atteler à raffermir aussi les relations avec les arabes orientaux pétroliers et avec des pays
où l’islam y est prépondérant, disposant des moyens financiers susceptibles de financer des
projets de développement dont la jeune république naissante avait tant besoin, ou encore
pour concrétiser des réalisations à caractère religieux,
-
Assurer la relève dans le domaine de l’encadrement en misant sur la formation des
ressources humaines.
En effet, le Niger saisit l’opportunité de la reprise progressive des contacts avec certains Etats
arabes et institutions islamiques pour négocier des bourses d’études destinées aux jeunes
diplômés sortis des Medersa15. Ainsi au fur et à mesure que l’Association Islamique du Niger (AIN)
se structure, un nombre important d’étudiants va être envoyé en direction du Maghreb, en Egypte
et au Moyen orient ; l’association entendait ainsi renouer avec une pratique millénaire.
Sous la première république, de 1960 à 1974, tout en continuant dans le cadre tracé par
l’administration coloniale, un effort fut réalisé dans le domaine de la promotion de l’enseignement
de l’arabe à travers la multiplication des medersas, des mosquées et les échanges avec des pays
comme la Libye, l’Arabie Saoudite, l’Algérie et l’Egypte.
Le régime militaire, issu du coup d’Etat de 1974, organise quelques mois après l’installation d’une
association islamique (Association Islamique du Niger). Officiellement, sa mission était de
promouvoir l’enseignement des sciences islamiques. Elle sera chargée de délivrer des licences de
prêche aux marabouts « méritants » à travers le pays. Son rôle, non avoué était sans doute d’éviter
le foisonnement des centres de décisions en matière de religion. Cette association a permis au
régime militaire de marginaliser certains marabouts devenus très influents et accusés de zèle,
évitant ainsi tout recours à une répression ouverte.
Avec l’avènement du processus démocratique en 1990, certains partis politiques, nouvellement
créés, auraient favorisé la multiplication des associations islamiques, espérant ainsi les
instrumentaliser en leur faveur.
De 1990 à nos jours
Avec l’avènement de la démocratie en 1990-1991, des dizaines de partis politiques, d’associations
et d’organisations non gouvernementales furent crées ; l’unique Association Islamique du Niger de
l’époque fut débordée et accusée de connivence avec le régime d’exception que les organisations
sociopolitiques venaient de renverser.
15
D’après le statut de l’Association. p 4
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Sous l’impulsion de grands marabouts longtemps condamnés au silence et à la discrétion, le milieu
religieux s’est scindé en associations qui deviennent depuis lors, de plus en plus, indépendantes
de toute autorité politique.
Cependant, les partis politiques considèrent les associations corporatistes, les syndicats et toutes
les organisations sociales comme des entités qu’ils doivent courtiser pour accroître leur capacité de
mobilisation ; les leaders16 des associations islamiques, ne sont-ils pas parfois approchés dans ce
sens ? En plus des confréries (at-turuq as-sufiya)17 traditionnellement connues qui constituent des
structures d’enseignement spirituel, environ douze (12) associations islamiques étaient
dénombrées en 1996 ; et entre 2003 et 2005 le nombre est passé de trente six (36) à une
cinquante (50). Aujourd’hui encore de nombreux dossiers de demande de reconnaissance
attendent d’être agrées au Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation.
Officiellement toutes ces associations oeuvrent pour une meilleure connaissance de la religion
islamique et la promotion de la solidarité entre membres de la communauté. Certaines associations
n’hésitent pas à affirmer le caractère globalisant de l’islam, en ce sens qu’il couvre tous les aspects
de la vie sans dissociation entre religion et politique. Ainsi, elles ont encouragé leurs membres à
combattre le code de la famille, le planning familial, l’utilisation du préservatif contre le Sida. Elles
se sont enfin levées contre l’inscription du terme « laïc » au moment de l’élaboration de l’actuelle
constitution nigérienne.
4.3.2 ETAT NIGERIEN ET ORGANISATIONS ISLAMIQUES
La vie associative musulmane était intimement liée à l’action politique car les deux premières
associations qui se sont succédées avaient crées respectivement par le régime du Parti Unique de
Djori Hammani (1960 à 1974) et le régime militaire de Kountché (1974 à 1988). La multiplication
intervenue, plus tard, est liée au processus démocratique suite à la conférence nationale
souveraine (Jean LouisTriaut, 1982)
L’Association Culturelle Islamique du Niger
C’est la première association islamique, créée après l’indépendance politique du pays. Le premier
gouvernement, constatant l’audience des marabouts auprès des populations et conscient du rôle
social et politique de l’Islam, a senti la nécessité de créer une structure qui encadrerait, et
canaliserait l’aspiration religieuse des populations
musulmanes.
Ainsi l’association était peu structurée mais
reposait en priorité sur des cellules composées de
notables et de religieux, tous membres du parti
unique PPN-RDA.
Le bureau mis en place était dirigé dans un
Le bureau était hiérarchisé de la même façon que
le parti, tout était coordonné par le sommet à
Niamey et était transmis aux populations à
l’intérieur du pays par le canal des structures
régionales et locales18 .
qui avaient eu une formation religieuse dans les
premier temps par Monsieur Sambo Hama
puis par Amadou Soumaila, Garba Marou,
Malam Toulou et Alpha Idé, parmi eux il y avait
écoles coraniques traditionnelles, donc un
savoir peu étendu mais suffisant pour s’occuper
du quotidien des citoyens en particulier.
A ses débuts, l’association n’a pas introduit de
modification significative sur le plan de l’organisation religieuse préexistante des populations, le
sunnisme malikite étant prédominant.19 Elle avait tout au plus confirmé et renforcé le pouvoir des
notables et religieux locaux de l’époque : chefs traditionnels, cadis (conciliateur religieux) imams
16
C’est dans l’espoir d’attirer les faveurs du milieu religieux que le Présidant Barré Mainassara (1996 – 1999) fit bitumer
la piste reliant Birnin Gaouré à Kiota, haut lieu de la tijaniyya du Niger.
17
Il existe au Niger de nombreuses confréries soufis représentées par la tijaniyya, la sanoussiyya, la qadiriyya, la
khalwatiyya ; et tardivement izalatu-l-bid’a wa iqâmatu-s-sunna et ses ramifications qui prétendent s’inscrire dans le
réformisme,.
18«
Nous nous referons rarement au sommet car nos problèmes trouvent souvent leurs solutions localement » (propos
tenu en Mars 2002 par Mallam Samba Kouraychiyou, membre influent de l’Association à Say).
19
Le malikisme aurait été introduit dans le Sahara puis au Sahel par Abdu-l-Lah b. Yasin qui aurait étudié à Kairawân
avant de séjourner à la Mecque où il étudia auprès des savants de cette Ecole juridique et théologique. Cf Laouali Malam
Moussa, Janvier 1997.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
(ceux qui dirigent la prière), muezzins (les chargés d’appeler les fidèles à la prière) et d’autres
marabouts influents, tous membres de fait du parti unique, car ceux qui ne l’étaient pas étaient
démis d’office.20
Les objectifs affichés dans le statut de cette association se résument à :
-
Créer un cadre approprié pour coordonner les différentes actions des structures religieuses
existantes ;
-
Se donner les moyens nécessaires pour asseoir les bases d’une communauté solidaire à
partir des traditions musulmanes, orientée vers l’unité, l’entraide, l’échange culturel avec les
pays musulmans et plus particulièrement avec les pays arabes maghrébins avec lesquels
l’espace nigérien partage le même destin depuis les temps immémoriaux ;
-
s’atteler à raffermir aussi les relations avec les Arabes orientaux pétroliers et avec des pays
où l’islam y est prépondérant, disposant des moyens financiers susceptibles de financer des
projets de développement dont la jeune république naissante avait tant besoin, ou encore
pour concrétiser des réalisations à caractère religieux,
-
Assurer la relève dans le domaine de l’encadrement en misant sur la formation des
ressources humaines.
L’A.C.I.N avait ainsi saisi l’opportunité de la prise progressive de contacts avec certains pays
arabes et institutions islamiques pour négocier des bourses d’études destinées aux jeunes
diplômés sortis des medersas21 . Au fur et à mesure de sa structuration, un nombre important
d’étudiants va être envoyé en direction du Maghreb, de l’Egypte et du Moyen Orient ; l’association
entendait ainsi renouer avec une pratique millénaire.
D’après El Hadj Garba Moussa, membre influent de l’association, les premières préoccupations de
leur association furent la recherche de terrains appropriés et des moyens pour bâtir des lieux de
prière afin de sécuriser les croyants ; dès 1960, l’association avait négocié des terrains auprès de
l’administration afin d’édifier des mosquées en matériaux définitifs dans toutes les régions du pays
et dans les cités reconnues pour leur ferveur religieuse22.
Par ailleurs, toutes les démarches administratives concernant le pèlerinage (départ, séjour et
retour) des pèlerins en terre sainte étaient sous le contrôle de l’A.C.I.N.23. Il semble que le projet de
construction de medersas avait été décidé au cours de cette même période.
Bien qu’elle s’affiche apolitique, l’association avait fonctionné :
-
en parallèle avec la politique quant il s’agit de la gestion des problèmes sociaux locaux dans
les villes, villages et campagnes, et
-
en complémentarité avec le parti pour la gestion d’un problème à l’échelle nationale qu’il ait
un caractère religieux ou pas (négociation avec les pays arabes sur une question donnée…)
Le coup d’Etat militaire de 1974 mit fin à cette association, composé d’anciens membres du parti
incriminé. Les jeunes militaires au pouvoir se rendent vite compte de la nécessité de structurer les
religieux, ils créent sur les cendres de l’A.C.I.N. une nouvelle structure : l’Association Islamique du
Niger.
Association Islamique du Niger
Ainsi une associative islamique, A.I.N. a été rapidement mise en place24avec une équipe totalement
renouvelée.
20
Devant le non à l’independance “association avec la France” du parti SAWABA, accusé de connivence avec le milieu
religieux conservateur islamiste; ce qui donne une idée de l’appréciation de l’administration coloniale vis à vis de l’Islam
à l’époque . cf : JL.Triaud 1982
21
D’après le statut de l’Association. p 4
22
La Première Grande Mosquée construite sur fonds saoudien de Niamey fut inaugurée en 1965 en présence de S.E
Habib Bourguiba, président de la République de Tunisie d’alors, et de S.E Diori Hamani, Président de la République du
Niger.. La deuxième qui fut construite sur fonds libyen sert actuellement de lieu de Grandes Prières et abrite aussi le
siège de l’Association Islamique du Niger.
23
Le Président Diori a accompli le pèlerinage en 1962
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Sur le plan de la structure, les nouvelles autorités avaient certes changé l’instance de décision,
mais les modifications introduites au niveau régional et local furent mineures. Quant à son rôle
politique, de par le niveau d’instruction appréciable de ses cadres, cette association avait joué et
joue encore un rôle très important dans la gestion des affaires de l’Etat puisqu’elle était
régulièrement consultée avant la prise de décisions importantes touchant le domaine religieux et,
dans certains cas le domaine diplomatique concernant les pays arabes25. C’est ainsi qu’en 1978, le
Niger accueillit le sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) qui, à l’époque fut
considérée comme un immense succès diplomatique et économique pour le pays. Quelques
années après M. Hamid Algabit, ancien Premier ministre du Niger a été porté par l’Assemblée
Générale à la présidence de L’O.C.I. Il brigua exceptionnellement deux mandats de quatre ans (de
1988 à 1995). La décision
prise
à
Lahore au Pakistan en 1974
de bâtir au
Elle est présidée depuis lors par Elhaj Alfa Oumarou Ismaël,
Niger
l’une
des
deux
universités
un érudit apprécié comme apolitique ayant eu une double
islamiques africaines fut mise
en
formation ; classique traditionnelle à Say (l’un des plus
exécution par l’OCI26 .
Sur le plan administratif et
les membres de l’A.I.N, jouent
rôle d’auxiliaires de justice
(assesseurs),
comme
par
au Tribunal de Première
ou de conciliateurs au siège de
l’Association. Ce système a
la colonisation et se pratique
dans toutes les régions et tous
assesseurs
des
tribunaux
disent membres de l’A.I.N27.
importants foyer religieux de la boucle du fleuve Niger, depuis le
début du XIXè siècle), puis académique en langue arabe et en
Islamologie en Irak. Il était secondé par feu Elhaj Oumarou
Mallé, formé à la prestigieuse Université al-Azhar du Caire en
Egypte.
Le
Secrétaire
Général
était
Qâsim
al-
Bayhaqi (actuellement décédé) cadre d’enseignement arabe
formé au Caire puis en France ; un conseiller aux affaires
Islamiques à la Présidence du Conseil Militaire Suprême fut
nommé en la personne de Monsieur Boubacar Bello, formé en
Egypte puis en France (lui aussi à la retraite).
judiciaire,
encore le
exemple
Instance
survécu à
encore
les
locaux se
Ces tribunaux, s’appuyant sur
un
code
soupapes
appelé assariya28, servent de
aux tribunaux dits modernes car ils démêlent de nombreux conflits sociaux opposant les individus
issus des couches sociales traditionnelles qui exigent plutôt une solution en adéquation avec les
valeurs traditionnelles et coutumières (dû à certains éléments de la jurisprudence musulmane).
Cette Association a servi, entre autres, conformément à la précédente et comme toute institution
officielle de son envergure dans un régime d’exception, à quadriller les activités religieuses sur le
plan national, à circonscrire les tentatives d’utilisation de la religion à des fins politiques, à dénoncer
tout marabout qui tenterait de s’éloigner du cadre tracé par l’autorité religieuse désignée29. Et par
mesure de précaution, tout marabout désireux d’exercer le prêche doit d’abord passer un test à la
suite duquel une attestation provisoire pourrait lui être délivrée après une enquête de moralité
rigoureusement menée ; mais, elle peut lui être retirée au moindre manquement. En cas de
désobéissance d’un marabout influent, plusieurs mesures coercitives sont pratiquées au niveau de
l’administration locale, régionale et pour les cas extrêmes à la capitale30.
24
Ainsi fut mis en place une structure d’encadrement pour les femmes dénommée Association des Femmes du Niger
(AFN), la samariya qui était autrefois une structure traditionnelle d’expression des jeunes au village est réhabilitée et
devient une structure National d’encadrement à partir du 7 Septembre 1974 et le Conseil Economique et Social existe
encore comme projet.
25
Certains membres influents ont souvent été sollicités pour renforcer les délégations nigériennes aux rencontres et au
sommet dans les pays arabes. S.E Monsieur Boubacar Bello, cité plus haut, fut ambassadeur du Niger au Koweït
pendant plusieurs années.
26
Pause de la première pierre et l’Université en 1987.
27
C’est une concession faite par l’administration coloniale en attendant la formation de juge de type occidental, mission
.
confiée à l’Etat post-colonial et celle-ci suit lentement son cours
28
Ce terme est utilisé pour désigner la loi Islamique appliquée localement. Son adaptation au contexte social lui permis
.
de s’enraciner jusqu’à nos jours dans les Contrés
29
Tout hébergement d’un marabout de passage dans une localité doit être signalé au bureau local de l’association.
30
Le transfert de personnalité religieuse étant délicate, il se fait toujours discrètement et ceux qui s’en chargeaient venait
de Niamey nuitamment.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Sur le plan de la formation des cadres religieux, l’administration étant réorganisée et mieux
structurée, le Ministère de l’Education Nationale a récupéré la gestion des medersas qui ont connu
depuis lors un développement tant au niveau du primaire que du secondaire dans les centres
urbains et ruraux. Les bourses d’études offertes par les pays arabes ou par des institutions
islamiques spécialisées sont devenues des domaines du Ministère de l’Enseignement Supérieur.31
5. ANALYSE DE LA DYNAMIQUE DE L’ISLAM AU NIGER
La polémique entre culture et religion ne date pas d’aujourd’hui, et elle continue à alimenter les
débats dès lors qu’il s’agit de distinguer les préceptes islamiques et les valeurs intrinsèques à la
culture arabe.
Pour les spécialistes de la sociologie des religions, tel que M. Singleton, « hors culture, il n’y a
rien32 ». De ce point de vue, le domaine religieux n’est qu’un élément culturel. L’évènement
religieux étant un fait historique, comment peut-on concevoir la naissance d’une quelconque idée
religieuse qui fasse abstraction des repères historiques et de l’environnement culturel de sa
naissance ? D’ailleurs les préceptes islamiques sont imbibés d’éléments de la culture des peuples
bédouin du VIieme siècle ; d’aucuns parlent de 50% des préceptes de l’Islam qui existeraient avant
l’avènement de cette religion. L’histoire de la période mentionne bien un débat culturel et une
multitude de croyances, notamment autour de la Kaaba. Il faut également noter la richesse des
échanges commerciaux à travers la péninsule arabique. Lors du colloque sur l’islam africain à
Abidjan en avril 1961, Monteil souligne à ce propos : « Quel peuple en embrassant une foi nouvelle
avait répudié ses herbes et ses feux de la Saint-Jean33 ? » (V. Monteil, xxxx)
Ainsi les marques indélébiles de la langue et de la culture arabe sur les populations islamisées ne
peuvent être effacées, puisque l’arabisme des « nouveaux convertis» d’Afrique noire (et des autres
régions du monde) est l’aspect le plus marquant de la culture islamique malgré son aspect
universaliste :
•
Le Livre et les hadîts : Le message coranique est très explicite à ce sujet, et souligne
qu’un prophète arabe est venu avec un Livre en « langue arabe claire ». En effet, il est écrit
dans le Coran : « En vérité voici la Révélation du Seigneur des mondes en langue arabe
claire : l’Esprit fidèle l’a descendue sur ton cœur, pour que tu sois d’entre les hommes qui
avertissent (Coran, Sourat 26, ayats 192-195). » Aussi les écrits canoniques de l’Islam sontils en langue arabe.
•
La langue de la prière est la langue arabe. Le musulman, lors de ses « entretiens avec
Allah », parle en arabe. Toutes les communications en islam, les kutba, les salats, les fatiha,
… sont en langue arabe, aussi peut-on se demander si « le Dieu de l’islam » ne comprend-il
que la langue arabe ?
•
Les éléments de la culture arabe sont très présents dans les faits et gestes des
musulmans. De l’habillement à la nourriture en passant par la gestion de la famille, tous les
repères du musulman sont empreints de la culture arabe.
Cependant cet arabisme ne constitue pas un frein à l’expression des diversités culturelles et des
tendances théoriques diverses au sein des grandes écoles musulmanes. Puisqu’il faut confesser,
avec Hampathé que : «Le culte des ancêtres (…) se confond parfois avec la commémoration des
saints de l’islam. » Pour ce qui est de l’Afrique, il est communément accepté que l’islam africain ne
se résume pas à une simple transplantation des coutumes arabes comme le dit Ki-Zerbo au sujet
du christianisme : « Le Christianisme, en Afrique, était une transplantation pure et simple de
l’Occident- je dirai même, avec plus de précision - du Saint-Sulpice » (V. Monteil, XXX). Bien au
contraire, l’implantation de l’Islam en Afrique noire s’est fait suivant ce que l’on peut appeler « un
mariage culturel » profond entre le modèle apporté et la culture ancestrale (Oumarou Makama,
2003).
31
Des Institutions Islamiques Spécialisées dans le domaine de l’enseignement ont continué , après test de présélection ,
d’octroyer des bouses d’études aux jeunes nigériens admis , à travers les services culturels des Ambassades comme
celle de la Jamahiriya libyenne, d’Iran et de l’Egypte sans passer par les services compétents nationaux.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
On remarque qu’avec l’Islam il n’y a pas eu de conversion profonde au sens d’un total
bouleversement de croyances ; les convertis purent garder une partie de leurs croyances
ancestrales et leurs fétiches. Le cas des convertis de Koulkinka (Laurent, 2000) est édifiant à ce
sujet. Certains adeptes préfèrent se convertir à l’islam plutôt qu’au Christianisme, puisque
musulmans, ils peuvent garder leurs anciens gris-gris à la mosquée » (J P Laurent, 1998).
Bref, pour le cas des confréries soufies africaines, il s’agit bien d’un islam spécifique notamment
celui pratiqué par les adeptes de la confrérie tijâne. La principale spécificité étant l’attachement
partisan aux différents chefs religieux (inspirés). Conformément à l’idée du gouverneur colonial
Brevié : « D’une manière générale, les Noirs s’attachent plus aux personnes qu’aux idées »
Pourtant, il est bien connu qu’en Islam, comparativement au christianisme, il n’y a pas de clergé,
puisque tous les fidèles (des deux sexes) peuvent s’adresser directement au Seigneur, qui reste
justement très proche. Le Coran le souligne clairement en plusieurs passages : « Dieu est plus
proche de l’homme que sa veine jugulaire.» (Coran, sourate 50 ayat 16) Et qu’il reste bien
mentionné dans ce Livre que : « Vous n’avez en dehors de Lui (Dieu), ni maître ni intercesseur ! »
(Coran, sourate 32 ayat 4). Il y est encore écrit plus loin : « La médiation des intercesseurs lui sera
inutile » (Coran sourate 74 ayat 48 et autres sourates 26 ayat 100-1002).Comment alors interpréter
et comprendre le phénomène des marabouts en Afrique ? Est-ce que le marabout serait un
« courtier en spiritualité » inventé par les Africains ? Est-ce un sorcier traditionnel lettré ou un
savant médiateur ?
5.1 LA TYPOLOGIE DES MARABOUTS NIGERIENS
Au Niger le mot « marabout » est un concept chargé de sens et d’histoires. Il est utilisé comme une
mauvaise traduction française des vocables mallam (de l’arabe «mu’allim» qui veut dire celui qui
transmet le savoir ou la science), alfa (de l’arabe « al-faqih » qui veut dire celui qui détient un savoir
approfondi dans un domaine du savoir), modibbo (de l’arabe « mu’addib » qui veut dire celui qui
transmet la sagesse)…des langues nationales. Ces expressions sont utilisées pour désigner « les
personnes lettrées. » Comme le souligne Monteil pour le cas du Nigeria voisin : « Quant au terme
hausa mallam, déformation de l’arabe mu’allim (l’enseignant), il désignait les lettrés en arabe, ou
tout simplement ceux qui savaient lire et écrire le hausa en caractères arabes adaptés (graphie
Ajami ). C’est devenu un titre banal de politesse» (V. Monteil, xxx)
Afin de mieux comprendre ces personnages, les résultats des enquêtes de terrain permettent de
classer les marabouts (mallam) du Niger, en cinq catégories: Les « petits » marabouts, les
marabouts « tout court », les « grands » marabouts, les cheikhs et les marabouts « modernes ».
34
•
La notion de « petits» marabouts » regroupe ceux qui ont fréquenté, pendant leur jeune
âge, une école coranique, quelques années et qui ont eu une connaissance éparse de
quelques versets. Ce sont plutôt des « vendeurs d’illusions », à cheval entre les tradipraticiens, les charlatans et les marabouts (tout court). N’ayant généralement pas de grande
obédience dans leurs propres villages, les « petits » marabouts sont des voyageurs
solitaires34. Ils ne s’installent jamais longtemps dans le même lieu, mais changent souvent
de quartiers dans la même ville. Cette pratique reste une forme d’exode rurale vivace qui
touche essentiellement des personnes âgées se déplaçant des villages vers les villes du
pays et les régions de la côte où l’islamisation n’est pas encore effective (Cote d’ivoire,
Ghana..). Certains « petits » marabouts réussissent à gravir les échelons pour correspondre
« idéal-typiquement » à l’image du malien Babani (B. Kassibo, 2000).
•
Les marabouts « tout court » sont plutôt des gens du commun, souvent issus de la classe
moyenne, vivant de leur travail (agriculture, élevage…), de la charité et de la « vente » de
leur savoir religieux limité à quelques versets. C’est le cas des Marabouts-quêteurs fustigés
par Hampathé Ba. On les rencontre dans tous les villages du Niger dirigeant les cinq prières
canoniques (as-salawât) et dispensant un enseignement coranique approximatif aux jeunes
Le proverbe dit bien « nul n’est prophète chez soi ».
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
talibés qui mendient leur pitance ; ils célèbrent également les rites socioreligieux à
l’occasion des mariages, baptêmes et décès. Ces marabouts représentent les religieux du
terroir, garants de la pratique religieuse locale et sont les représentants de quelques grands
marabouts. Ils sont entre autres, des conseillers attitrés de chefs de villages, et à ce titre, ils
exercent une influence importante sur la communauté ; mais, ce leadership se limite au
niveau villageois. Cependant, quelques-uns arrivent à sortir du lot et entrent dans la
catégorie des « grands marabouts ».
•
Si le rôle des « grands » marabouts est reconnu et valorisé par les populations, c’est
certainement pour leur utilité sociale (arbitre, logeur..), leur charisme et leur leadership. Une
présentation de ce type de personnage est faite par Cheick Hamidou Kane dans son
ouvrage intitulé « l’aventure ambiguë » de la manière suivante : « Les (Grands) marabouts
sont des pacificateurs, médiateurs et arbitres dans les querelles entre tribus et à l’intérieur
des tribus ; protecteurs des opprimés et des persécutés ; pionniers de la sédentarisation et
du défrichement en zone désertique ; agents du développement du commerce et des
échanges, pour l’amélioration de la sécurité ; fournisseurs d’aide et d’asile, aux pauvres et
aux vieillards ; promoteurs de la coopération et de la solidarité entre membres des
confréries, éducateurs et agents culturels35. » « Les grands » marabouts doivent, pour
agrandir leur aura se hisser au rang de cheikh (titre religieux acquis de par le niveau de
spiritualité, l’expérience sociale, la sagesse et l’âge) acquérir une baraka (bénédiction
divine) qui leur confère une mission sociale et religieuse.
•
Les cheikhs ne sont ni plus ni moins qu’un clergé qui ne dit pas son nom. Puisqu’il leur est
« facile » d’invoquer (pour des besoins spéciaux) directement le prophète Mohammed ou le
Cheikh fondateur de la confrérie, alors que les autres adeptes passent par des détours
(selon la doctrine de la tijaniyya). Ils débutent comme mystiques « soufis » et « acquièrent »
leur mission, souvent en rêve ou à l’état de veille (cas du Cheikh Ahmad Tijani). Voilà ce
qu’en dit Monteil dans son livre sur « l’Islam noir » :« Un mystique débute comme ermite, et
sa baraka le rend célèbre. Il devient alors indispensable à la population : il a la charge
d’assurer par ses invocations une bonne campagne agricole (pluie, travaux, moissons) et la
santé. Il gère les conflits, protége les faibles et les opprimés par sa crédibilité, enseigne aux
enfants les rudiments de la Voie. Il se marie dans une famille dirigeante et devient cheikh ou
mouqaddam (avancé dans la spiritualité confrérique). On lui fonde alors une zawiya (un
cercle religieux confrérique)» (V. Monteil, xxx)
•
Les marabouts « modernes » sont ceux qui ont fréquenté les écoles franco-arabes au Niger
ou les medersas au niveau des pays arabes. Il y en a qui combinent les deux : l’école
coranique traditionnelle et l’école medersa, d’autres fréquentent l’école française et l’école
coranique. Ce sont généralement des jeunes lettrés qui se positionnent en rénovateurs de
l’Islam traditionnel. Coulon les appelle « les arabisants », car certains marabouts
traditionnels ne comprennent pas bien la langue arabe.
Il n’y a évidemment pas de mode d’ascension clair d’un palier à un autre et les frontières ne sont ni
nettes ni étanches. Il y a cependant plusieurs styles de marabouts et de cheikhs (et plusieurs
niveaux) et dans tous les cas, ils sont liés les uns aux autres par une sorte de toile tissée suivant la
chaîne de transmission qui les lie (entre élèves, anciens élèves, maîtres et familles des maîtres).
Les cheikhs sont souvent, selon leur aura personnelle, des acteurs sociaux et politiques
incontournables, au niveau local, régional, voire national. Leur audience prend en compte plusieurs
facteurs, notamment le nombre des adeptes qui fréquentent leur école (zawiya) et la qualité des
personnalités qui leur rendent visite.
A ce schéma traditionnel se greffe, peu à peu une structuration moderne à travers les associations
religieuses. Comment comprendre la création et l’évolution des associations islamiques ? Est-ce
une recherche de canalisation des activités islamiques, un « courtage spirituel » ou encore un
« courtage en développement » ? Peut-être les trois à la fois ?
35
SLIMAR, cite par MONTEIL, V., op, cit.,
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
5.2 STRATEGIES ET NOUVELLES CONFIGURATIONS
L’Islam rayonne aujourd’hui, sur le territoire, à travers des centaines d’associations islamiques
(antennes, y compris) et de nombreuses écoles coraniques qui sont en pleine mutation dans leur
structure et leurs objectifs. L’étude a concerné 167 associations qui peuvent être classées en trois
groupes (voir cartes des courants religieux en annexe) :
•
Les associations d’obédience confrérique : tidjaniyya et qadriyya qui prônent, dans leur
pratique de l’islam, la modération et le respect des autorités (politiques et coutumières).
Elles sont numériquement plus importantes et sont toutes des associations formelles du fait
de leur caractère modéré. Les structures de cette obédience sont : l’Association Islamique
du Niger, Nouril Islam, ADRIS, Albirou Watakawa, et A.P.D.I.
•
Les associations izala : « Jama’at izalatil Bidia wa Iquamatu’l Sunna » ou mouvement contre
les innovations et pour le retour à l’orthodoxie sont nombreuses ; les jeunes musulmans en
situation de chômage et les petits commerçants constituent les principales catégories
sociales qui adhèrent à ce mouvement.
La plupart des associations rencontrées à l’intérieur du pays sont des antennes dont les centres de
décision sont basés à Niamey.(les sièges et les leaders religieux qui composent le bureau). Cette
situation entache quelque peu leur autonomie et elles « attendent tout de Niamey » selon les
propos de Mallam Mady Younoussa, ANASSI : le « tout » comprend essentiellement les moyens de
fonctionnement de ces structures…
« Nous contestons le système d’association
en Islam, car nulle part dans le Coran il n’est
demandé aux musulmans de s’organiser en
associations
religieuses.
pour
régler
leurs
affaires
Mais, quelques une d’entre elles ont leur siège à
l’intérieur du pays comme l’Association pour la
Promotion et le Développement de l’islam (A.P.D.I.) à
Koussa (Zinder) avec son « père fondateur », le
Cheick Abdel Razak résidant dans la même localité ;
Le dernier groupe celui des minorités plus radicales
comporte une diversité de regroupements :
•
Les associations « kalla kato » qui ont fait leur
apparition
dans les grands centres urbains
Le bienfait en Islam doit être un acte
(Niamey, Maradi, Zinder) et ne sont toujours pas
individuel, tout comme le péché qui conduit
reconnues officiellement. Ce groupe religieux
son seul auteur en enfer ».
reconnaît le Coran mais pas la sunna du prophète,
d’où l’appellation Qur’aniyyun c’est-à-dire ceux qui
ne prennent en compte que le strict contenu du Livre.
•
Les nouvelles sectes apparues dans la zone proche du Nigeria, à Birnin Konni notamment où la
Goungouniyya, qui prône l’application stricte de la chariyya, originaire du Nigeria avec son guide
spirituel le Cheik Ousman Dan Goungou….
•
Les « musilim brothers » qui sont des chiites avec leur guide spirituel Mano Ibrahim ; les
entretiens avec les leaders des deux derniers regroupements n’ont pas eu lieu malgré de
nombreuses tentatives des membres de l’équipe.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Des collectifs formés par un certain nombre d’associations qui partagent les mêmes opinions sur
certaines questions (espacement des naissances,…) qui ne font pas l’unanimité au sein de la
communauté musulmane et qui divisent les associations :
-
GAIPFI (Groupement des associations Islamiques pour les activités en matière de planning
familial et promotion de la femme en Islam au Niger) mis en place en 1987 par le FNUP. 13
associations à l’époque
-
CASIN,
-
« MAJALISAL MALUMAÏ » a été mis en place par le sultan de Zinder en 2002, qui
regroupe les leaders religieux de la communauté urbaine. Il a pour rôle de prévenir les
conflits, de prodiguer des conseils au sultan dans la gestion de sa communauté et
d’organiser des prières collectives en cas de calamités naturelles…
Le Gouvernement du Niger avait proposé depuis 1999 la mise en place d’un conseil Islamique
National, mais son décret d’application n’a été effectif que le 14 novembre 2003 (décret n2003313/PRN/MID) et son installation effective n’a eu lieu qu’en 2006.
Le retard observé entre la loi, le décret et l’installation, pourrait être expliqué par l’instabilité
politique (passage d’un régime d’exception (CRN) à un régime démocratique) et au choix des
acteurs.
La mission du Conseil Islamique du Niger
Les Associations islamiques n’ont pas très bien apprécié la
précipitation avec laquelle le Gouvernement a traité ce
dossier ; alors que tout semble avoir très bien démarré avec
la participation des associations (réunions, dépôt des CV…)
la liste des membres de la structure a été annoncée à la
grande surprise des associations qui n’ont pas été conviées
pour la sélection. Elles s’interrogent aujourd’hui encore sur
la validité des critères de sélection qui ont mis en avant
l’ancienneté des leaders.
Les associations semblent dire que la charge est trop lourde
pour ces personnes âgées qui ont par ailleurs d’autres
Art 8 : Le conseil islamique du Niger est chargée,
conforment au Coran et a la sunna de :
-donner des avis et faire des propositions sur des
questions concernant l’islam ;
-instaurer le dialogue intra et inter religieux ;
-œuvrer pour la culture de la paix, de la tolérance
et de la quiétude sociale ;
-encadrer et suivre les activités islamiques au
Niger
Amener les musulmans du Niger a participer au
développement économique, social et culturel »
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
responsabilités associatives, et qu’il aurait fallut désigner une équipe de jeunes plus dynamiques
pour épauler ceux ont capitalisé les expériences en particulier dans le domaine de la gestion des
conflits. Elles ont aussi dénoncé des nominations politiques de 10 personnes choisies à cause de
leur coloration politique pour des postes exclusivement religieux.
Une inquiétude plane concernant le rôle que jouera cette institution dans le développement
(captation des fonds, rapports avec les ONG et associations qui s’investissent déjà dans le
développement…)
Les associations ont enfin dénoncé les propos du Premier Ministre au sujet de la conception de
« l’islam inspiré de l’extérieur », qui semble être une des raisons qui sous tend la création du CIN,
afin d’exercer un contrôle pour un « islam plus proche de notre culture ». un Leader de Maradi avait
avant la constitution du conseil déclaré : « L’Etat de son côté veut mettre en place le Conseil
National Islamique, mais à mon avis, cette structure prend déjà la forme d ‘un instrument de l’Etat
qui aura pour principales tâches de contrôler les structures religieuses . Sinon comment
comprendre que les candidats potentiels aux postes de cet organe (les leaders religieux des
régions) ignorent encore les textes qui régiront l’organisation ? Ne s’agit-il pas d’une stratégie d’Etat
qui vise à informer « ses » candidats uniquement et donc n’avoir de candidats que ceux de
l’Etat ? »
5.2.1 GRANDE MULTIPLICITE D’ASSOCIATIONS ET FAIBLE DIVERSITE DOCTRINALE
La libéralisation de la vie associative au Niger a favorisé l’émergence des associations intervenant
dans tous les secteurs de la vie socio économique du pays. Le milieu religieux a saisi cette
opportunité pour mettre en place plusieurs associations ; d’une association islamique autorisée à
exercer jusqu’en 1990, en l’occurrence l’A.I.N, leur nombre passe en 2005 à 44 associations mères
et 132 (y compris les antennes) associations religieuses dont 122 reconnues par l’Etat.
En effet, le paysage associatif a connu une
évolution rapide ces dernières années dans
l’ensemble des régions du Niger ; cela s’explique
par la prolifération des associations islamiques due
à une concurrence entre les associations. Chacune
cherchant à imposer sa suprématie.
Malgré tout, l’A.I.N qui est la plus ancienne
conserve son prestige et sa crédibilité auprès des
populations. Cette association avait été créée en
1974 dans le but de contrôler les activités des
marabouts qui sont consacrés aux prêches et à
l’enseignement coranique. L’A.I.N. est implantée
partout au Niger même dans les villages lointains.
La distribution des associations islamiques selon
leurs dates de création place l’AIN en tête dans
toutes les régions concernées. Cette situation fait
que l’AIN est impliquée dans les activités de
développement et constitue de ce fait le partenaire
principal de l’Etat aux affaires religieuses.
L’AIN a une particularité, liée aux conditions de sa
mise en place initiale qui occupait toute la sphère
islamique (toutes doctrines confondues) autour des
La loi n°91-006 du 20 mai 1991 modifiant et
complétant l’ordonnance n°84-06 du 1er mars
portant
régime
des
associations
« toute
association doit avant d’entreprendre ses
activités être déclarée et autorisée.( article 2,
alinéa6).
Il est important de souligner que la première
association islamique du Niger a été créée
avant la loi sus mentionnée, puisqu’elle exerce
depuis 1974 par un décret n°64-034 du
09/11/1974.
Quant aux agences de pèlerinage, elles sont
régies
par
un
décret
n°2001-
029/PRN/MI/D du 02 février 2001, fixant
les conditions d’organisation du Hadj et de la
Oumra au lieu Saint de l’Islam, modifié et
complété
par
le
décret
n°2003-
288/PRN/MI/D du 17 octobre 2003.
leaders les plus représentatifs : aujourd’hui encore
elle englobe toute cette diversité idéologique à
travers ses antennes de différentes doctrines ; l’A.I.N semble se construire autour des leaders sans
tenir compte de leur sensibilité doctrinale.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Quant aux autres associations, la plupart
sont
nées
après
l’éclatement
de
l’Association Islamique du Niger à la suite
de la conférence nationale souveraine de
1991. L’émergence de ces autres
Malikite
associations a donc démarré en 1991 avec
Izala
l’ANASI pour se poursuivre jusqu’en 2002
Tijaniyya
pour Agadez avec CASIN et IYA’ U
Tous courants
SUNNA. Cette période correspond à la
démocratisation de la vie publique qui a
Al Mohamadiyya
favorisé la création des structures
Qadiriyya
associatives : 17 associations se sont ainsi
ajoutées à l’AIN. Le tissu associatif semble
être saturé car depuis 2002, aucune autre
association n’est venue s’ajouter aux 17
déjà existantes. La situation est identique à
Tahoua et Tillabéri. Par contre à Niamey, le nombre d’associations est passé de trente six (36) à
cinquante (50) entre 2003 et 2005.
D’autres dossiers de candidature attendent d’être agrées par le Ministère de l’Intérieur. La
dynamique observée à Niamey s’expliquerait par le fait que la quasi-totalité des associations y ont
leur siège. Sur les 44 :16 associations sont tijanistes, 11 malikites, 11 izala et 6 autres issues des
courants minoritaires ( Mohamadia, Goungounia ; Chia, Muslim brothers)
Les différentes associations enquêtées peuvent être classées en trois grands groupes : tijaniyya,
izala et malikite.
Elles se réclament majoritairement d’une confrérie : sur les 163 associations et antennes qui ont
répondu 55 sont tijanistes, 42 malikites, 58 izala. 6 se réclament de toutes les confréries ;
L’évolution rapide du nombre des structures izalistes tient au fait que leur création ne se fait pas
autour d’un grand leader charismatique comme c’est le cas des associations d’obédience
confrérique. Aussi, tout celui qui se réclame du mouvement izala peut dans sa contrée, la plus
petite soit-elle, créer son association sans pour autant qu’il ait de compte à rendre à un niveau
supérieur comme c’est le cas chez les tijanes.
Parmi ces nombreuses associations, Il existe plusieurs types ; nous pouvons les classer de la façon
suivante :
•
Celles qui sont autonomes, sans coloration idéologique : c’est le cas de structures
animées par les intellectuels francophones, les jeunes étudiants
(ANASI, AL
KANEMI…); elles ne sont animées que par le seul attachement à l’Islam et non à une
vie confrérique.
•
Celles qui sont créées et dirigées par des chefs religieux affiliés à des confréries ; de ce
fait leurs missions s’inscrivent en compléments d’activités des confréries. C’est ce qui
explique la création des associations islamiques de jeunes et de femmes. (AIN,
ARCI…)
Certaines ont une envergure locale et ne disposent donc pas de relais (à l’intérieur du pays ou dans
la capitale) elles mènent alors des activités peu importantes. D’autres en revanche sont
représentées dans les différentes régions du pays, voire dans les pays voisins36 et mobilisent
beaucoup d’adhérents.
Plusieurs ont une moindre envergure et ne regroupent en réalité que les personnalités qui les ont
créées et quelques individus ponctuellement cooptés selon les circonstances. Cet état de fait ne
limite pas pour autant leur capacité de mobilisation.
36
Cette implantation concerne principalement les villes situées dans l’Est du Pays : Maradi, Zinder, Tahoua et Agadez.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
5. 2.2 ASSOCIATIONS ISLAMIQUES, LEUR CREATION ET LEUR FONCTIONNEMENT
La première association islamique (ACIN) a vu le jour dans les années 1960 et la seconde (AIN)
dans les années de 1970. Ces associations coexistaient avec d’autres structures internationales :
•
Une ONG ADDAWA libyenne qui correspondrait au rapprochement entre le gouvernement de
l’époque et le guide de la révolution libyenne qui a entrepris un déplacement au Niger dans les
années 1970. c’est aussi l’année de la création de nouvelles écoles medersas dans plusieurs
régions du pays.
•
Une association dénommée JAM IYYAT NASRAT DINE crée par l’épouse du Cheikh Hassimi
(chef religieux de Kiota), fille du Cheikh Niass. La création de cette association féminine visait la
formation et l’émancipation des femmes sous l’égide de Sayyida Oummoul Kairou qui a déjà
une bonne culture générale et une ouverture d’esprit.
La principale structuration de l’Islam nigérien a démarré en septembre 1974 avec la création de
l’Association Islamique du Niger (A.I.N). Le chef de l’Etat de l’époque, le lieutenant Colonel Seyni
Kountché, présidant les premières assises de l’organisation disait à propos qu’ « avant le 15 Avril,
la religion était désorganisée dans notre pays parce que, tout simplement, les structures en place
étaient vétustes et tarées. Elles ne reflètent ni le visage islamique de notre pays ni les aspirations
de nos populations soumises à près de 100 % à l’Islam »37.
A partir de cette date, entre l’année 1974 et 1976, une vingtaine d’antennes de l’Association
Islamique du Niger (A.I.N.) a été crée dans les différentes régions du pays, notamment à Loga,
Téra, Nguigmi, Agadez, Tchirozerine, Arlit,… Ces antennes sont tenues généralement par les
imams importants, jouant le rôle de cadi, assesseurs à la justice. Le régime militaire, en créant
l’A.I.N., 4 mois seulement après sa prise de pouvoir, cherchait à disposer d’un instrument de
gestion des différentes sensibilités Islamiques du pays. L’objectif non avoué de l’A.I.N. était de
contrôler entre autre, de stopper tout islamisme militant.
Tableau 3 : Evolution numérique des associations
Sur les ONG
et
associations
religieuses
nationales
enquêtées
certains
leaders n’ont
pu donner de
date
de
création
de
leurs
structures ;
soit
parce
qu’ils
l’ignorent soit
parce
qu’ils
fonctionnent
sous couvert
d’autres
leaders religieux qui détiennent ces données
Les années 1980 ont vu l’avènement progressif de certaines antennes de l’A.I.N. dans les régions
reculées du pays (Iférouane par exemple) et de quelques ONG internationales islamiques telles
que l’Agence des Musulmans d’Afrique (A.M.A). Cette agence d’origine Koweïtienne est
37
Le Sahel, 16 septembre 1974
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
certainement le fruit de la coopération du Niger avec les pays du golf arabo-persique. Les années
80 ont également vu l’avènement de l’association Izalatoul Bid’a wa ikamatoul Sunna implantée
dans les régions frontalières du Nigeria et dans la région d’Agadez. Ce mouvement réformiste né
au Nigeria prendra de l’ampleur dans plusieurs grandes villes du pays dans les années 90
notamment à l’occasion de l’ouverture du pays à la démocratie multipartite.
Après les changements intervenus lors de la Conférence Nationale Souveraine, la liberté
d’association a été consacrée. Cela a permis l’émergence de plusieurs associations au Niger,
notamment dans le domaine religieux. Selon la volonté et le leadership des marabouts et suivant
les différences confessionnelles, on remarque diverses motivations :
• Avec l’influence de nouvelles doctrines telles que le mouvement izala venu du Nigeria
voisin mais également suite à la revivification des confréries traditionnelles (tijaniyya,
Qadiriyya), de nouvelles associations affiliées sont nées.
•
Certains groupes de marabouts avaient la volonté de participer avec l’A.I.N. à la gestion
des fidèles, cette dernière était la seule association officiellement reconnue par l’Etat.
•
D’autres groupes de marabouts, en créant leurs associations, ont visé l’accès aux
subventions de l’Etat jusqu’alors réservées à la seule association officielle A.I.N.
•
Une autre catégorie d’association a été créée sous l’impulsion des nouveaux partis
politiques née de l’ouverture démocratique qui avait des motivations plutôt électoralistes.
Durant toute la décennie 1990, les associations se sont créées et se sont consolidées dans la
capitale ; elles ont également profité du contexte favorable pour mieux s’implanter dans le paysage
associatif national et aussi dans les différentes régions du pays. Ainsi, sur les 132 associations
Islamiques enquêtées, 49 sont nées dans les années 1990. Cette période correspond aux
différents changements intervenus dans le nord Nigeria : c’est la période au cours de laquelle
plusieurs Etats fédérés du Nord ont adopté la charia Islamique. Au niveau du Niger, il y a eu
plusieurs changements de régime (élections, coups d’état, assassinat, changement de la majorité
politique.) Ces remous ont été particulièrement favorables à la multiplication des associations
religieuses38.
Par conséquent, à la fin de la décennie 1990, le milieu religieux nigérien s’est bien structuré :
certaines associations sont confrériques : ARCI, ANAUCI, IHYA SOUNNA. Le regroupement s’est
fait autour des chefs de culte ou des leaders des confréries. D’autres associations, telles que
l’A.I.N, regroupent des adeptes de tendances idéologiques diverses; dans ce cas particulier, le
regroupement s’effectué progressivement suivant des enjeux de partage de l’espace religieux (et
du pouvoir local) dans les différentes régions du pays.
Des associations féminines ont fait leur apparition un peu plus tard à partir de 1999 et oeuvrent
pour l’approfondissement de l’Islam en milieu féminin. Elles sont pour la plupart des associations
liées à la tijaniyya :
•
Association de jeunes musulmanes : Jam Iyat Fatayatou mise en place par une fille du
Cheick tijane de Tchiota ;
•
Association nigérienne des femmes musulmanes ANEMFZ, créée en 2001 ;
•
Union des femmes musulmanes en 2000
•
Association des femmes musulmanes pour les œuvres de bienfaisance et de
développement en 2002
•
Jamiyat Nassaratoul Dine en 2004 à Zinder
•
Rayouwa mata, à Maradi.
I
38
De l’avis même des marabouts, les périodes de changement et de troubles politiques leur sont favorables…
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
l n’existe pas encore de collectif des associations féminines, l’union des femmes musulmanes sus
mentionnée étant aussi une association de femmes autour de l’Islam.
La multiplication des radios privées dans les grands centres urbains a favorisé l’accès aux médias
aux associations islamiques ; des plages horaires sont achetées par les leaders religieux des
associations, afin de prêcher suivant leur doctrine et par rapport à des thèmes précis. Des orateurs
des pays voisins (Nigeria, Mali, Burkina, Côte-d’Ivoire) sont invités par des associations de diverses
obédiences afin de renforcer la conviction des adeptes. Il y a eu plusieurs débats contradictoires,
souvent houleux, et des actions de protestation des associations religieuses notamment à Maradi
(contre les bars et les maisons des prostituées), Niamey (Miss-Niger, éditions du FIMA, décisions
du gouvernement) et Agadez (contre la fête traditionnelle du bianou). La question des rapports
hommes/femmes en Islam est largement et couramment débattue et occupe en particulier les
plages horaires accordées aux associations islamiques féminines.
Les thèmes des prêches ne se limitaient plus à l’exégèse des textes religieux ni à la pratique de la
religion. Les domaines de la gestion de la société et du pouvoir sont abordés aussi par les
marabouts. Des débats sont organisés sur des thèmes tels que la corruption, la gestion de l’Etat, la
démocratie, les élections, la scolarité …
Lors de la deuxième édition du FIMA (Festival International de la Mode Africaine), plusieurs
associations religieuses ont appelé leurs membres à prendre part à une marche pacifique de
protestation contre le défilé de mode qui selon eux ferait la promotion de la nudité féminine,
condamnée par la morale Islamique. Cette marche n’étant pas autorisée par le préfet de la
communauté urbaine de Niamey, les marabouts organisateurs ont été arrêtés et incarcérés. Les
associations ayant pris part à la manifestation ont été dissoutes.
En 2002, toutes les associations suspendues lors de la manifestation contre le F.I.M.A, se sont
réorganisées sous de nouveaux noms. Plus de 15 nouvelles associations religieuses sont nées en
2002, certaines dirigées par les leaders des associations dissoutes. Parmi celles qui étaient
interdites d’exercer pour fait de manifestations violentes en 2001 contre la tenue du festival
international de la mode africaine (F.I.M.A.), il en ait qui ne manifestent aucune présence dans la
capitale Par contre a l’intérieur du Pays, pour des raisons de cohésion sociale, elles sont tolérées
et même associées à certaines consultations
Textes régissant la vie des associations
87,1% des associations enquêtées sont officiellement reconnues par l’Etat. Cela montre la volonté
des leaders religieux de respecter les règles de jeux démocratiques et aussi de sortir de la
clandestinité et de l’anonymat. La reconnaissance officielle permet également aux membres des
associations de prétendre aux subventions de l’Etat et aux aides des ambassades des pays arabes
afin de pouvoir réaliser leurs activités dans la légalité : Diriger des prêches au niveau des médias
d’Etat et privés, monter et négocier des financements avec l’extérieur.
Cependant plusieurs associations (17) enquêtées ne trouvent pas nécessaire de se doter de
récépissé de reconnaissance officielle. Les responsables rencontrés lors des enquêtes de terrain
sont unanimes : étant une association de musulmans, le Coran et les Hadiths constituent les
Textes de références irremplaçables. Pour ces adeptes, inventer de nouveaux textes de lois est
une aberration. C’est les cas de certains milieux izalistes et des Kala kato. Dans ces cas précis,
rester dans l’informel constitue un choix religieux qui donne prééminence à la reconnaissance
divine. Elles n’échappent pas pour autant au contrôle étatique lorsqu’elles organisent une
manifestation quelconque (prêche ou acte de charité).
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Tableau 4 : Mode de choix des membres des organes
Le mode électif semble constituer une
pratique assez courante dans le choix
des
membres
à
l’intérieur
des
organisations au
niveau
national.
Toutefois une disparité s’observe au
niveau régional ; les élections sont
utilisées à 28% à Agadez, 34% à
Tahoua,
65% à Zinder et 71% à
Tillabéri et 20% à Niamey.
Par contre à Maradi, Dosso et Diffa le
mode électif qui est pourtant inscrit dans
la quasi-totalité des textes qui régissent
les associations islamiques est relativement peu respecté dans ces régions, où le consensus
prime (Maradi 50%; Dosso 62,5% et Diffa 75%). Les membres des organes sont désignés en
raison de leur connaissance islamique, leur sagesse, leur intégrité morale. Cependant cette
situation ne relève pas d’un manque de respect des règles démocratiques mais plutôt d’une
conformité à la culture locale et islamique qui privilégie la légitimation sociale au détriment de la
légalité. Ils mettent en avant la recommandation de l’islam qui exige la nécessité du travail pour la
diffusion de l’islam dans le volontariat. On n’élit un volontaire parmi d’autres sans tenir compte de
leurs capacités ; il est plus juste de choisir les personnes les plus aptes pour servir Dieu.
Pour les partisans du mode électif, la transparence, le contexte démocratique et l’égalité des
chances sont les arguments mis en avant.
Tableau 5 : Mode d’adhésion aux associations
D’après ce tableau, l’appartenance à la
religion musulmane est la principale condition
pour devenir membre d’une association :
Agadez (44%), Tahoua (56,5%), Tillabéri
(44,4%), Niamey (36,2%), Diffa (57,14%),
Dosso (39,3%), Maradi (43,39%) et Zinder
(42,9%). D’autres critères sont également
évoqués notamment l’intégrité morale et
physique des candidats et le respect des
textes.
Par contre au niveau de certaines régions, les
valeurs telles que le respect des textes
régissant les structures, l’achat des cartes de membres ne semblent pas être prioritaires pour
accéder aux organisations islamiques : par exemple à Niamey (1,4%), Agadez (4%), Tillabéri
(5,6%), des associations enquêtées exigent l’acquisition d’une carte de membre, et 4% autres
exigent la conformité au règlement intérieur.
En ce qui concerne les catégories des membres, les données de l’enquête font ressortir que les
principaux animateurs des associations islamiques sont issus de plusieurs catégories socio
professionnelles. On constate également qu’elles recrutent indifféremment dans toutes les couches
sociales : 64% à Tillabéri, 62% à Agadez, 58% à Tahoua et 42% à Niamey et Maradi 30% à Dosso,
87,5% à Diffa et Zinder choisissent leurs membres dans toutes les couches sociales, sans
discrimination aucune.
Le recrutement des nouveaux membres, s’opère à travers les activités que mènent les associations
sur le terrain et leur capacité de mobilisation des fidèles.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
De manière générale, les prêches constituent le principal moyen de recrutement des nouveaux
adhérents dans les régions concernées par l’étude. 47,30% des associations utilisent ce moyen au
niveau national. A ce niveau, c’est le charisme du marabout prêcheur, ses connaissances en Islam
ou sa pédagogie qui attirent les fidèles. C’est donc l’appartenance du marabout à la structure qui
attire plus que les textes de l’association. D’autres méthodes sont également utilisées par les
associations pour recruter de nouveaux membres. Ce sont la méthode bouche à oreille et les
réunions.
5. 2.3 RESSOURCES DES ASSOCIATIONS
Ressources humaines
La question des ressources humaines demeure prépondérante dans la vie de toute structure
associative, en ce sens qu’elle détermine sa capacité de fonctionnement et d’opérationnalisation.
50% des associations enquêtées affirment avoir des compétences suffisantes pour mener leurs
activités. Cela s’explique par le fait que contrairement aux autres organisations d’autres secteurs
(ONG par exemple), où c’est la contrepartie matérielle qui attire souvent les adhérents, les
animateurs des associations islamiques mettent en avant d’autres valeurs religieuses : les
bénédictions divines.
Tableau 6 : Répartition des travailleurs selon leurs statuts
Statuts /profil
Fréquence Pourcentage L’écrasante majorité du personnel des
Statuts
associations Islamiques travaillent comme
Salariés
17
42%
volontaire ou bénévole. Cela démontre une
Bénévoles/volontaires
19
46%
fois encore le désintéressement des
Stagiaires
4
10
adhérents et la grande valorisation d’une
Autres
1
2%
récompense divine. C’est aussi l’expression
Total
41
100%
et le reflet de la précarité dans laquelle vivent
Profil
les associations islamiques qui n’ont pas les
Maîtres écoles coraniques 22
39%
moyens de recruter un personnel qualifié
Cadres moyens
5
9%
pour exécuter des activités courantes :
Cadres supérieurs
23
40%
assurer la permanence par exemple.
Axillaires
3
5%
Autres
4
7%
En ce qui concerne le profil de ces
Total
57
100%
personnes, leur particularité est qu’ils sont
tous instruits et ont fréquenté des écoles
Nature des ressources
Fréquence Taux
formelles ou des écoles coraniques. Cela
Matériel de bureau
112
48,485
pourrait s’expliquer par le fait que les
Matériel de prêche et de sonorisation
27
11,68%
activités exécutées dans le cadre de ces
Siège
27
11,68%
associations
sont
généralement
Infrastructures
31
13,41% administratives,
donc exigeant un
Logistiques
30
12,98% minimum d’instruction : procès verbal des
réunions, tenue des documents, lettres
Autres
2
0,9%
administratives.
Total
231
100%
Concernant le statut de ces travailleurs par rapport à l’organisation, ils sont en majorité membres
des associations pour lesquelles ils travaillent. Ce sont généralement les membres du bureau
notamment le président, le secrétaire et certains membres sollicités pour leur compétence.
Ressources matérielles
Tableau 7 : Nature des ressources matérielles
78% des associations islamiques affirment disposer de ressources matérielles contre 22%. Le
tableau suivant décrit la nature des ressources.
Les associations mêmes dotées de matériels ne sont pas à l’abri de besoins matériels car le
patrimoine évoqué est souvent dérisoire et se limite à l’acquisition des documents ou de matériel de
sonorisation des mosquées. Ces matériels ne sont d’ailleurs pas toujours la propriété de
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
l’association mais d’un dirigeant ou provenant d’une location. C’est le cas des haut-parleurs, des
chaises ou même du local.
Concernant la nature de ces ressources, plusieurs types de ressources sont observées :
•
Le matériel de bureau constitué de micro-ordinateurs, de bancs, de chaises, de tables et de
tableaux
•
Le matériel de prêche composé de haut-parleurs, de groupes électrogènes, de bancs, de
nattes et de certains documents (coran, hadith)
•
les sièges qui abritent les organisations : 11% des associations ont leurs propres locaux.
Les autres se servent des domiciles de certains membres, des édifices publics ou de
mosquées pour tenir leurs réunions.
•
Les infrastructures notamment les écoles, les medersas, les mosquées, les centres de
santé, les moyens logistiques notamment les véhicules et les motos
Les ressources matérielles des associations viennent principalement de leurs fonds propres et des
dons et legs.
Ressources financières
En ce qui concerne l’existence des ressources financières, il faut souligner que la majorité (57,6%)
de ces associations en disposent même si elles ne sont pas colossales. Le tableau suivant donne
le montant et la source de provenance. Les ressources alimentant les associations Islamiques
proviennent essentiellement de :
•
Fonds propres : il s’agit d’une mobilisation des ressources par les membres de l’association,
initiée par le bureau exécutif ou prévu par les textes.
•
Dons : ces dons sont généralement l’œuvre de certains membres ou sympathisants des
associations. La majorité du matériel sont acquis par des donations. Une des conséquences
de cette dépendance serait l’appropriation de ces structures par les généreux donateurs
•
Appuis extérieurs : il s’agit des subventions provenant de l’Etat et d’autres partenaires.
Tableau 8 : Ressources financières des associations
Ressources
Fréquence Pourcentage
financières
Montant en FCFA
12 000 – 50 000
8
33,33%
60 000 – 100 000
2
8,33%
143 000 – 200 000
5
20,83%
925 000 – 2 000
6
28,57%
000
Plus de 2 000 000
3
14,28%
Total
24
100%
Source de provenance
Cotisation
47
29,19%
Dons et zakat
58
36,02%
Subvention /Etat
25
15,52%
Vente des cartes
20
12,42%
Autres
11
6,83%
Total
161
100%
Ces ressources proviennent essentiellement des
dons et de la vente des cartes et des cotisations et
servent à financer quelques activités ponctuelles.
Le constat est que les associations refusent de
dévoiler leurs sources de financement, elles se
cantonnent toujours aux cotisations des membres
et quelques dons à l’exception de Filingué, Abalak
et Tchirozérine où les associations rencontrées
nous ont donné la provenance de leurs ressources
financières. Par exemple ANASI Tchirozérine qui
bénéficie de l’appui des travailleurs de la
SONICHAR a dévoilé clairement les sources de
son financement et le montant disponible dans la
caisse était de 177.750F cfa. Les activités plus
importantes sont financées par des personnes
fortunées et ONG extérieures ; et les associations
méconnaissent souvent le montant du fonds investi
dans ces réalisations (mosquées, centres
d’éducation, puits centres de santé …)
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
L’insuffisance des ressources financières semble être le point commun des associations
Islamiques. On constate que les ressources financières dont disposent les associations sont
précaires et ne peuvent pas financer des activités de grande envergure. C’est ce qui explique le
faible niveau d’activités au sein de ces associations
Le mode de gestion des ressources financières obéit, pour la quasi-totalité des associations, aux
dispositions des textes qui les régissent. Deux principaux modes de gestion sont constatés :
→ Gestion par un membre
Ce mode de gestion est le plus pratiqué à Agadez avec 78,6%, à Zinder (75%), à Tahoua avec
70,6%, à Dosso (67%), à Tillabéri et Diffa avec 57% et à Maradi (50%). Les activités financées le
plus souvent par l’extérieur (cas des associations izalistes), sont gérées par la personne
« intermédiaire » qui reçoit directement les fonds au nom de l’association. Cette personne rend
rarement compte des dépenses effectuées à l’association bénéficiaire de l’activité. Elle est par
contre, supposée restituer la nature et coûts des activités entreprises aux donateurs sans
implication d’une quelconque association.
→ Gestion par un groupe
Par contre à Niamey ce mode de gestion vient en seconde position (42%) gestion par un groupe :
les associations de Niamey dans leur grande majorité (50%) confient la gestion des fonds à un
groupe. Seule une minorité des associations au niveau régional ont adopté ce mode de gestion.
Cette catégorie d’association constitue respectivement 21% (Agadez) 23% (Tahoua), 29%
(Tillabéri), 50% (Maradi), 33% (Dosso), 29% (Diffa) et 25% (Zinder).
Dans tous les cas, les personnes ayant en charge la trésorerie de l’association (trésorier et son
adjoint) n’ont jamais disposé d’un fonds aussi important ; c’est ce qui explique le fait que cet argent
collecté serve plutôt à financer des activités simples et ponctuelles (prêches, sorties)
5. 2.4 PERSPECTIVES EN MATIERE DES RESSOURCES
La quasi-totalité des associations rencontrées vivent dans la précarité mais, nourrissent l’ambition
d’améliorer leur intervention :
1. la recherche des compétence en matière des ressources humaines : plus de 30%
d’associations ambitionnent de recruter des secrétaires permanents, des comptables et des
agents compétents, capables de monter des dossiers de projet ,
2. la recherche de fonds est également évoquée par 20% des associations
3. la recherche d’équipement notamment la construction du siège, des classes et des
mosquées,
4. la recherche d’appui institutionnel, c'est-à-dire
reconnaissance officielle des écoles coraniques
la
reconnaissance
juridique,
la
5. le rayonnement de l’Islam
Pour résoudre les difficultés de trésorerie rencontrées, les associations Islamiques rencontrées
comptent développer les stratégies suivantes :
¾ rechercher des partenaires susceptibles de financer leurs activités et permettre ainsi
un bon fonctionnement de leurs organisations
¾ Disposer d’un compte bancaire : près de 10% des associations envisagent cette
procédure. Mais la possibilité d’avoir un compte en banque suppose des entrées
régulières de fonds, ce qui n’est pas le cas de la majorité des associations, puisque
la gestion des financements leur échappe.
5. 2.5 PERFORMANCE DES ASSOCIATIONS
La performance peut être apprécié à partir d’un certain nombre de critères :
-
l’existence de ressources importantes (humaines, matérielles et financières)
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
-
l’existence de méthodes de fonctionnement et de gestion formelles,
-
la capacité de mobilisation interne de compétences de l’organisation.
-
visibilité (siège)
-
compte bancaire
-
capacité d’élaboration et d’exécution d’un plan d’action
-
existence de dossier de projet déjà élaboré
-
implantation régionale
L’écrasante majorité ne répond pas à ces critères exception faite de ANASI, AL IHSAN, NASSIRAT
DINE, Union des femmes musulmanes. Toutes les autres font des activités classiques (prêche,
éducation coranique ; visites des malades ; l’aumônerie, transmission du savoir (toutes les formes).
Cette situation ne reflète pas une situation de précarité, les associations islamiques en réalité visent
des objectifs autres que ceux de développement : c’est notamment l’approfondissement et le
rayonnement de la culture islamique, l’assistance sociale. Cependant elles sont capables
d’adaptation c'est-à-dire faire des actions de développement. Pour le moment elles sont au stade
de prestation des services (sensibilisation sur le SIDA, poliomyélite, malnutrition, paludisme). Faut-il
laisser les associations dans cette logique de prestation de service ou les amener à entreprendre
des actions de développement ?
La question de performance peut être appréhendée sous l’angle des activités que mènent les
associations sur le terrain.
Dans le domaine de la prévention et la gestion de conflit, les associations qui semblent être
performantes sont principalement :
AIN, ANASI, ALBIROU WATAKAWA, NOURIL ISLAM, APDI, KITTAB WA SOUNNA, IYA'U
SOUNNA
Ces associations ont des atouts qui les prédisposent à intervenir significativement dans le domaine
la prévention et gestion des conflits du fait de la confiance dont elles jouissent auprès des
populations qui s’accroît avec la méfiance affichées vis-à-vis des autres organisations. Cependant
l’AIN est la plus performante dans ce domaine du fait de son implantation au niveau national, de
ses affinités avec l’administration et son enracinement social et religieux.
Dans le domaine du développement, les associations qui semblent être performantes sont
principalement : ANAUSI, AIN, ANASI, AL IHSAN, NASSIRAT DINE, KITTAB WA SOUNNA, IYA'U
SOUNNA. Ces activités consistent :
-
à la création et à la modernisation des écoles coraniques
-
à la construction des dispensaires, des puits, de mosquée
-
à la plantation d’arbre
-
à la sensibilisation sur les question de la santé de la reproduction, sur les maladies (sida ;
polio ; paludisme)
-
formation professionnelle
Les associations qui interviennent dans le développement sont souvent appuyées par des
partenaires extérieurs difficilement identifiables.
On constate que les associations dites traditionalistes sont plus performantes dans le cadre de
prévention et de gestion de conflit. Par contre les associations réformistes le sont plus dans les
actions de développement.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
5. 2.6 MAPPING DES COURANTS RELIGIEUX
Relations d’alliance autour du courant tijania et apparentés : AIN –ADRIS-Nouril islam- APD I- Al
birouwatawa - Union des femmes musulmanes – ATI- ANAUSI – AUMI – Nassirat Dine - AINB AL
IHSANE Relations d’alliance autour du courant izala : KITTAB WA SOUNNA, IYA'U SOUNNA,
Relations d’alliance autour de l’application stricte du coran : kala kato, Goungounia, muslim
brothers
Relations de conflit :
-
opposition entre les associations izalistes et celles qui prônent l’application stricte du coran
-
opposition entre les associations izalistes et les associations tijanistes
Izala
KITTAB WA
SOUNNA
IYA'U
SOUNNA
AIN
AUMI
ADRIS
Nouril
islam
Nassirat
Dine
AINB AL
IHSANE
ATI
ANAUSI
APDI
Al
birouwat
awa
UFM
kala kato
Tidjaniyya et apparentés
Goungounia
muslim
brothers
Application stricte du coran
6. ACTIVITES DES ASSOCIATIONS
Les associations islamiques interviennent dans divers secteurs de la vie socioéconomique et
religieuse au niveau local, régional, et national.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Tableau 9 : Domaines d’activités
Domaines
Assistance sociale
Autres activités
Autres formations
Conflits
Développement
Education
Formation
Prêche
Total
Fréquence
94
21
42
105
66
114
57
122
621
Taux
15,1%
3,4%
6,8%
16,9%
10,6%
18,4%
9,2%
19,6%
100%
Les activités de prêche sont les plus récurrentes, parce
que peu coûteuses et ne nécessitant que la disponibilité
des prêcheurs.
Elles mobilisent les populations en quête de connaissance
ou d’approfondissement de leurs religions. Les prêches
sont généralement organisés, le soir et plus fréquemment
les jeudis et vendredis.
Les croyants optent pour les prêches de leurs doctrines ou
des lieux les moins distants de leur domicile.
Les associations interviennent également dans les domaines de l’éducation et de l’assistance
sociale. Les activités de développement et de gestion/prévention sont les moins pratiquées, même
si les arbitrages en matière de gestion des conflits mobilisent les marabouts. L’AIN Niamey gère en
moyenne 15 conflits matrimoniaux par jour (dimanche y compris). L’absence d’un code régissant
les affaires familiales incite parfois les juges à référer les plaignants vers cette juridiction.
En matière d’éducation et d’instruction, l’utilisation des medias devient une pratique courante des
associations. Elle est financée par certains commerçants (zakat, dons…) dont la majorité est
d’obédience izaliste : Bon Ferey (radio izala) organise aussi des débats sur des thèmes touchant le
quotidien des croyants (débat politique en rapport avec la religion, les questions brûlantes comme
les caricatures sur le prophète, sur la position américaine par rapport au monde musulman, la
démocratie nigérienne…)
Les « waazin kassa39» nécessitent des moyens financiers et humains importants pour une
organisation conséquente. Les bailleurs de fonds
Répartition des sources de financement
de ce type d’activité sont les adhérents
6
Fonds propres
ordinaires, des commerçants fortunés, des
Subventions Etat
10
membres de l’association ou des associations
Partenaires exterieurs
organisatrices,
des
organisations
non
89
gouvernementales islamiques ou encore la
solidarité de personnalités ou d’associations non
concernées directement. La participation est
discrète et libre, elle peut être en nature mais, elle
est plus souvent en espèces.
Les fonds propres de l’association constitués des cotisations, de la vente des cartes, des dons des
commerçants sont les principales sources de financement de cette activité. Certains organismes et
projets (UNICEF, FNUAP, Projet Initiatives Jeunes, etc.) financement également les prêches pour
informer les musulmans à travers les prêches sur la planification familiale, le sida ou la polio qui
sont des thématiques controversées. D’autres institutions islamiques, comme l’Agence des
Musulmans d’Afrique, l’Appel islamique Mondial, Islamic Relief…financent directement la
construction de mosquées, de centres de santé, d’ateliers équipés pour des formations pratiques
de jeunes (couture, menuiserie..), des écoles coraniques (avec éventuellement la prise en charge
des enseignants). Elles apportent aussi des appuis à certains leaders des associations (loyer, eau,
électricité…)
D’après les sources de la Direction des Affaires Coutumières et Religieuses du Ministère de
l’Intérieur et de la Décentralisation, la subvention de l’Etat aux associations de la société civile
s’élève à 60.000.000 FCFA chaque année. Les associations islamiques bénéficient d’une part de
cette somme dans le cadre des activités de développement et d’autre part l’Etat intervient aussi
pour les soutenir à l’occasion des grands événements (ramadan, Tabaski, Mouloud).
39
Prêches organisées à l’échelle de la sous région africaine, voir plus loin.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
La subvention de l’Etat est relativement faible car elle ne représente que 4,5% des ressources
financières des associations et est inégalement répartie ; seule A.I.N. affirme en la percevoir
régulièrement.
Les domaines d’intervention sont limités en raison de la faible mobilisation des ressources
indispensables pour aller au delà des activités actuelles.
6.1 ACTIVITES RELIGIEUSES DES ASSOCIATIONS
Les activités entrant dans le cadre de la diffusion des valeurs islamiques sont prédominées par les
prêches, l’enseignement coranique et les rencontres ponctuelles.
6.1.1 PRECHES
Les prêches sont réalisés en milieu urbain comme en milieu rural. Les thèmes développés au cours
des prêches diffèrent selon la zone de résidence : problèmes sociaux relatifs à l’héritage, au
divorce, aux droits et devoirs des conjoints. En ville la majorité des prêches porte sur des sujets
d’actualité comme le Ramadan, la zakat, la santé, l’éducation et la recherche de la connaissance.
Les thèmes sur la prière, la discipline, l’amour du prochain, les rapports familiaux sont développés
aux ruraux et aux urbains
Les prêches sont des activités les plus pratiquées par les associations religieuses au niveau
national (92%). Dans certaines régions, ce taux est largement dépassé C’est notamment le cas de
Tahoua (97%) et Tillabéri (100%). Les prêches sont généralement organisés par les leaders des
associations ou des personnalités membres des associations ; ils sont destinés à 71% à toutes les
couches sociales. Des prêches confrériques ne concernent que les membres de la confrérie.
La forme de prêche la plus récente et la plus importante qui draine beaucoup de personnes est le
waazin kassa. Ce genre de prêche est organisé ponctuellement à l’occasion d’événements
religieux majeurs par une seule association ou par un groupe d’associations, affiliés ou non à une
confrérie. Les thèmes traités sont souvent précisés à l’avance ; mais, les interventions de l’auditoire
peuvent réorienter le programme sur d’autres sujets d’actualité. Les thèmes les plus développés
sont relatifs à la vie sociale et religieuse. D’autres thèmes relevant des domaines de la santé et de
la démocratie sont également traités. Le choix des thèmes est fonction des préoccupations des
populations et des questions d’actualité.
Les animateurs (de la sous région : Ghana, Nigeria, Togo…) sont pour la plupart des spécialistes
bénévoles qui viennent dispenser à leurs coreligionnaires des cours d’approfondissement de
grande importance. Le public est composé de nombreuses personnalités religieuses et d’une foule
nombreuse venant de l’intérieur du pays, des pays voisins de la sous région et même de pays
lointains. Plusieurs séances sont organisées dans la journée jusqu’à tard dans la nuit. Le wazzin
kassa se tient sur plusieurs jours (deux ou trois).
Quant aux prêches ordinaires, ils sont effectués pour :
¾ rappeler les éléments essentiels pour une meilleure connaissance des pratiques et se
déroulent dans les mosquées, généralement après la prière du soir ;
¾ recruter de nouveaux militants afin d’assurer la promotion de leurs courants dans les
villages environnants. Ces prêches se font également dans des mosquées en dehors des
heures de prières. EIles sont organisées par des groupes itinérants récemment apparus sur
le terrain religieux nigérien : les Jamaatou Tabligh issus du courant religieux originaire du
Pakistan, utilisant les mêmes méthodes que les izalistes, mais dont le contenu du discours
idéologique diffère par sa modération.
Les prêcheurs sont des personnes formées selon l’enseignement coranique traditionnel (au Niger,
Nigeria, Mali, Mauritanie, Sénégal), soit dans les medersas ou encore au Maghreb et en orient. Ces
prêcheurs utilisent de ce fait des méthodes différentes :
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
-
Les premiers se contentent de transmettre des connaissances rudimentaires
(connaissances coraniques et de la tradition prophétique) en s’appuyant sur la culture
locale ; ils sont numériquement les plus nombreux.
-
Les seconds qui sont formés dans la sous région, ont une formation plus approfondie en ce
sens que la connaissance de la langue arabe leur permet d’avoir un accès plus élargi aux
ouvrages de théologie musulmane et sont plus à l’aise dans les débats que les premiers ;
-
Les derniers, sont deux catégories :
• ceux qui partent avec une base acquise (enseignement traditionnel) au Niger ou dans
la sous région pour parfaire leurs connaissances sont apparentées à la seconde
catégorie en ce sens qu’ils sont plus opérationnels en terme de stratégie de discours
qui est beaucoup plus acceptée par les croyants locaux ;
• et ceux qui ont fréquenté les medersas sans enseignement traditionnel, tentent de
transmettre une religion islamique culturellement arabe, qui refuse toute teinte
africaine ; ce sont généralement les recrus des tendances izalistes et qui constituent
une troisième catégorie dans le discours.
Effets et impacts des prêches
Les résultats des prêches sont jugés positifs par 65% des associations enquêtées et s’observent à
travers le comportement religieux, social et vestimentaire des auditeurs (prières, mariage, barbe,
tenue vestimentaire, voile et la zakat)
Le port de la barbe : il était resté, jusqu’à l’apparition du courant religieux izala un signe distinctif de
religiosité. Le croyant ordinaire s’en préoccupait peu et ceux qui la conservent, la gardait très rase.
De nos jours, en ville comme en campagne, les prêches mettent l’accent sur cet aspect ; ainsi, la
barbe bien ou peu fournie , longue et taillée en pointe, constitue le signe de démarcation extérieure
entre le croyant ordinaire et le croyant engagé
La tenue vestimentaire masculine : La jallabiyya, le petit bonnet blanc et le foulard pour homme
(keffieh), sont intégrés au modèle nigérien d’habillement et cela depuis très longtemps ; mais leur
port conjoint pour constituer une tenue est une adoption récente qui exprime un degré élevé
d’attachement à l’islam.
Le (janfa) en deux pièces de dimensions presque égales, (en forme de court jabba et pantalon
court), les « deux pièces » dont la supérieure descend jusqu’aux pieds, le boubou ample composé
de trois pièces en plusieurs types de tissus sont considérés comme étant plus décents que la
chemise, le pantalon et la contre veste d’origine occidentale qui étaient les habits des jeunes
cadres des centres urbains.
Quant aux modèles rapportés par les pèlerins venant des lieux saints, le burnous raffiné (longue
cape) et son bonnet makawiya, ils sont rarement portés et restent limités aux fêtes religieuses, aux
prières de vendredi ; ce sont aussi les tenues des marabouts distingués.
Pour ce qui de la femme, le débat sur le port du voile ou hijab n’est pas encore d’actualité au Niger.
Cela est dû au fait que la perception que le nigérien a de la femme est fonction des traditions
ancestrales qui varient d’un groupe ethnique à un autre, d’une zone à une autre. Cette perception
varie également selon que la femme soit âgée ou jeune, mariée ou divorcée, qu’elle vit en ville ou
en campagne ou dans les zones est et nord du Pays, voisines du Maghreb et du nord du Nigeria.
Le port du voile et le kubli (ou interdictions des sorties aux femmes) sont intégrés dans les
traditions sociales et religieuses de toutes les communautés en particulier dans centres urbains
dans les centre-est est du pays. A l’ouest, en dehors du centre des centres urbains, les femmes
s’habillent sans encombrement et se couvrent la tête avec une pièce de tissu connue sous nom de
kallibi et une autre plus grande qui couvre les épaules, appelée bongoum chez les songhay-zarma
et, mayahi chez les haussa. Chez la jeune fille, en raison certainement des traditions ancestrales,
couvrir les cheveux avec une grande pièce n’est encore pas une exigence vestimentaire, excepté
en prière.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Dans les villes en général, l’influence née des échanges avec l’extérieur, le port du foulard se
répand dans toutes les couches sociales, même chez certaines jeunes lycéennes qui, par moment,
pour raison de jeunesse, s’adonnent au port de la mini jupe ou du pantalon à l’occasion de
festivités nocturnes ; un accoutrement décrié par certains radicaux, parce qu’ils le jugent contraire
aux idéaux prônés par l’Islam. Ce qui dans certaines villes (Zinder, Maradi Niamey) a engendré
une réaction populaire en raison de la raréfaction des pluies qui est, soit disant, causée par
l’habillement indécent des filles.
Quant au voile style oriental, hijab plusieurs modèles existent : le simple en une pièce, qui couvre
de la tête aux pieds, les bras jusqu’aux poignées. Son utilisation est observée en milieu des
femmes instruites cadres de l’administration des villes et est très vulgarisés au centre-est du pays
(villes Maradi et Zinder). Dans ces milieux, les modèles traditionnels de mayahi tendent à
disparaître.
De façon générale, certaines femmes portent le voile parce que les maris l’exigent, mais d’autres
par conviction religieuse ; la majorité des époux avouent apprécier leurs femmes, lorsqu’elles
sortent amplement habillées et sans excès.
Le mariage : le mariage dans sa forme actuelle garde intacte les cérémonies religieuses qui sont
l’une de ses deux facettes les plus importantes. Les innovations, si l’on peut ainsi les désigner,
tiennent à quelques réajustements :
¾ la question de la dot, malgré les innombrables rappels du Coran et de la Sunna à l’humilité
dans les « transactions », force est de constater que rares sont les musulmans nigériens qui
se retiennent face à la tentation de monnayer chèrement leur progéniture, ou encore d’éviter
un mariage ostentatoire dans un environnement où l’extrême pauvreté côtoie
quotidiennement une apparente richesse. Ce constat est valable en zones urbaines comme
en campagne.
¾ L’invocation, al-fâtiha qui consacre la légitimé islamique du mariage est approximativement
exécuté de la même façon, au même moment, en usant des mêmes références. Sauf chez
les partisans de izala, minoritaires mais dynamiques, qui se particularisent par l’organisation
modeste des cérémonies qui se déroulent à la mosquée, sitôt après la prière de l’aube
salâtu-s-subhi. Ainsi, toutes les réjouissances profanes qui impliqueraient les croyants de
deux sexes sont d’office évitées et les dépenses conséquemment limitées. Enfin, ils gardent
les mêmes symboliques, mais réduisent les coûts financiers au strict minimum (griots,
rémunération des marabouts, cola, repas… Ces pratiques qui sont plus adaptées au
contexte socioéconomique les rendent plus crédibles aux yeux d’une population largement
prise en tenailles par une misère profonde et enracinée. Ce qui pourrait expliquer la relative
progression du mouvement dans toutes les régions du pays, notamment, Maradi, Tillabéri.
La prière : la prière est avec le jeun, en apparence les deux piliers de l’Islam les plus visiblement
pratiqués par les nigériens.
Pour la prière (as-salat), la régularité dans sa pratique varie selon les tranches d’âge et le milieu
social : zones rurales ou centres urbains.
Une grande assiduité s’observe chez les personnes âgées (50 ans et plus) ; si la tranche de 35-45
ans est assidu dans les prières, rares sont les jeunes de 25 à 30 ans qui fréquentent régulièrement
les mosquées en zones urbaines. Dans les zones rurales, la situation évolue plus lentement et le
transfert des valeurs religieuses est garanti à travers la solidarité entre générations et les mœurs et
traditions sont par conséquent plus conservées.
Mais, au cours de ces dernières années, l’évolution de la pratique de la prière démontre un
changement profond des comportements en zones urbaines. Les éléments concrets de cette
mutation sont entre autres l’accroissement du nombre des pratiquants d’où la démultiplication des
mosquées, des espaces réservés à la prières qui sont aménagés à même les trottoirs des centres
urbains, à proximité de lieux publics (marché, gares, grande place…), dans les services publics et
privés, dans les écoles ; l’Université de Niamey dispose d’une mosquée de vendredi. La jeunesse
des pratiquants, l’engouement grandissant pour la prière en groupe et la généralisation de l’emploi
de chapelet à toutes les générations sont une innovation. « Personne à l’heure actuelle ne peut dire
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
combien de mosquées possèdent le Niger. La variété de leur taille (de la simple délimitation avec
des pierres ou du bois, à la grande mosquée de Niamey, en passant par la mosquée en banco
d’Agadez) et le développement de la construction des petites mosquées privées, sont un obstacle
au recensement » (Loïc Garçon, 1998). Cependant la Direction des Affaires Coutumières et
Religieuses a effectué un recensement des mosquées de prières du vendredi en 2004.
Tableau 10 : Mosquées par régions
Régions
Agadez
Diffa
Dosso
Maradi
Tahoua
Tillabéri
Zinder
Niamey
Nombre
de
Mosquées
Source : Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation
L’impôt obligatoire ou (zakat) est donné par le plus grand nombre de croyants disposant de
fortunes ou de récoltes suffisantes. Il est prélevé de deux façons essentielles :
¾
La première respecte la tradition et le texte et consiste à rassembler et à évaluer la récolte –
quant il s’agit d’un cultivateur – ou les biens lorsqu’il s’agit d’un opérateur économique et ce,
en présence d’un imam et d’autres marabouts qui font autorité. Le prélèvement est fait suivant
les textes de la jurisprudence musulmane et les marabouts sont chargés de la répartition aux
ayants droits définis par le texte. Il semble que les règles étaient respectées jusqu’en 1962,
date à laquelle un arrêté ministériel a interdit aux chefs coutumiers, toute implication dans la
collecte de la zakat, transférant ainsi la charge aux seuls marabouts. Cet arrêté a de facto
transformé le système de la collecte qui est régi aujourd’hui par de nouvelles règles,
beaucoup plus flexibles, nées de la souplesse relative du système prescrit.
¾
La seconde qui est la conséquence de l’arrêté en question, laisse la liberté aux riches de
s’adresser au marabout de leur choix pour les orienter. Certaines personnes prélèvent leur
zakat sans se référer à une autorité religieuse, soit parce qu’elles s’estiment suffisamment
instruites pour le faire, soit parce qu’elles préfèrent garder le secret quant à l’importance de
leur richesse. D’autres se conforment peu aux règles prescrites d’octroi ; si certaines les
observent, nombreuses sont celles qui les utilisent à d’autres fins comme la recherche de
prestige à travers la générosité envers les plus démunis que soi (parents, beaux parents,
amis…)
En terme des perspectives, les associations islamiques souhaitent avoir un appui financier suffisant
qui leur permet de prendre en charge l’organisation matérielle des activités de prêches. De ces
ressources dépendront l’augmentation des séances de prêche, et la diversification des thèmes
développés.
6.1.2 ENSEIGNEMENT CORANIQUE
« L’école coranique est un mode de scolarisation et d’alphabétisation en arabe et en Ajami40. Elle
peut être considérée comme une alternative de substitution de l’école publique dans les régions
fortement islamisées, notamment lorsque l’Etat ne possède pas des moyens humains et financiers
suffisants pour une scolarisation et une alphabétisation de masse » (Olivier Meunier, les écoles
coraniques de Maradi)
Au Niger, le développement des écoles coraniques s’est effectué géographiquement en fonction
des contacts et de la proximité avec les anciennes zones d’islamisation (Maghreb, Mali, Kanem
Bornou et Nord Nigeria) ; ainsi les premières écoles se sont installées à Agadez, Tahoua… Son
unique objectif est instruire le jeune croyant en le formant doublement, c’est-à-dire lui donner sur le
plan du savoir religieux qui lui permet d’acquérir des éléments nécessaires à l’accomplissement de
ses devoirs religieux et sur le plan de la socialisation.
Les activités éducatives constituent la seconde activité des associations islamiques après les
prêches et consistent à l’enseignement dans les écoles coraniques qui évoluent plus ou moins
40
Ecriture d’une langue locale en caractères arabes,
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
dans l’informel parce que leur création et leur gestion ne relèvent pas du Ministère de l’Education.
Elles sont néanmoins fréquentées par la majorité des enfants nigériens. Selon le Programme
d’Appui à l’Education bilingue Franco arabe au Niger41, le nombre des écoles coraniques
traditionnelles s’élève à environ 50.000 dans tout le pays. Ces écoles sont tenues par des
enseignants de tout niveau et toute tendance confrérique. Actuellement, la création des écoles
coraniques ne nécessite aucune procédure administrative ; elle répond à la volonté du maître et
des parents des apprenants.
Le recrutement des apprenants est ouvert à toute la population de tout âge et tout sexe. Cependant
en milieu urbain, les enfants et les femmes fréquentent plus les écoles coraniques tandis que les
hommes adultes consultent le maîtres individuellement pour la mémorisation de certains versets et
pour l’amélioration de leur pratique de l’Islam.
Fonctionnement et gestion des écoles
Tableau 11 : Ecoles / Associations
Associations
d’appartenance des maîtres
AIN
ANASI
ANAUSI
APDI
ARCI
Iya’u sounna
IKS
Aucune association
NR
Total
Fréquence
83
8
16
39
9
34
56
201
80
597
Taux
13,82%
1,34%
2,68%
6.53%
1,59%
5,69%
9,38%
33,66%
13,04%
100%
La majorité des écoles coraniques sont gérées
par des maîtres qui n’appartiennent à aucune
association soit 33,36% ; l’appartenance à une
association n’est donc pas déterminante pour
tenir une école.
Mais certains courants religieux se basent sur la
création des écoles pour s’implanter. C’est le
cas des associations izalistes qui connaissent
une montée en puissance (IKS et IYA’U
SOUNNA) et dont 17% des maîtres enquêtés
sont membres ; de même, APDI, association en
voie d’être reconnue dépasse les associations comme ANASI qui ont une dizaine d’année
d’exercice.
Les maîtres qui appartiennent à l’AIN tiennent environ 14% des écoles coraniques au niveau
national. Ce pourcentage parait faible compte tenu du fait que l’AIN est présente sur toute l’étendue
du pays. Sa faible implication dans l’enseignement pourrait se justifier par son rayonnement proche
du pouvoir.
Contenu de l’enseignement des écoles coraniques
De la quête de la nourriture à la mendicité
En débattant des problèmes de l’école coranique
traditionnelle, deux point négatifs sont évoqués : la
mendicité et châtiment corporel.
Par le passé, la quête de la nourriture est partie intégrante
de la formation de la personnalité du talibé, en sens celuici doit aller à la recherche de sa nourriture quotidienne
même si les parents résident dans la localité. En terminant
sa course, le Talibé doit présenter sa calebasse à son
enseignant pour recevoir la bénédiction de ce dernier qui y
prend une bouchée et vérifie si le Talibé a bien visité
plusieurs concessions à travers la multiplicité des sauces.
C’est seulement après cette vérification que le Talibé
disposera de sa moisson. C’est dans ce sens que cette
pratique est perçue comme une culture de l’endurance et
de la perspicacité.
Aujourd’hui, avec la crise économique et relâchement des
valeurs morales les enseignants n’hésitent pas a envoyer
leurs Talibé a la recherche, non pas de la nourriture mais
de l’argent, de quoi lui permettre de solutionner ses
41
Financé
par lasans
Banque
Islamique
problèmes,
se soucier
dede
laDéveloppement
façon dont les Talibés se
procurent l’argent
Le programme éducatif des écoles comporte
l’enseignement du coran et des hadiths
prioritairement.
A coté de ces matières fondamentales, il est
enseigné la morale religieuse, la langue arabe
et autres matières d’approfondissement de la
foi.
Le contenu de ce programme ne change pas
en fonction des régions enquêtées, et reste
peu perméable à une quelconque innovation.
Cependant quelques mutations s’observent au
niveau du cadre éducatif : utilisation des salles
de cours en matériaux définitifs équipées des
bancs, tableaux noirs et des manuels
pédagogiques modernes.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Les écoles coraniques ont la liberté de choisir leurs programmes cependant la récitation orale du
coran et le commentaire semblent être la base de l’enseignement dispensé. Elles ne semblent pas
s’ouvrir à un enseignement pratique et technique du fait de la non maîtrise de ces domaines par les
enseignants exerçant sur le terrain ; néanmoins une expérience financée par la Banque Islamique
de Développement est en cours à Maradi qui consiste à introduire la formation professionnelle dans
le cursus traditionnel.
La fin des études est sanctionnée par une (Ijaza) générale qui autorisait le disciple à enseigner et
à transmettre non seulement les œuvres du maître, mais aussi tous les ouvrages sur lesquels avait
porté son enseignement. Le disciple a un rôle à jouer dans la transmission des œuvres du maître,
ce qui montre que l’influence de ce dernier est dotée d’une certaine baraka (grâce divine). Cela
implique des relations de soumission totale entre le disciple et le maître. Ce disciple est souvent
tenu de travailler pour le maître, en somme de dépendre complètement de lui, ce qui introduit la
notion de tarbiya, éducation mais dans son sens large de morale, culture et socialisation. La quête
de la nourriture s’inscrit dans ce cadre pour aiguiser l’endurance chez l’enfant, en ce sens qu’il
apprend, très jeune à se prendre en charge par le biais de la communauté dans laquelle il évolue.
Mais la pratique actuelle des maîtres pris en tenailles par la crise économique et la crise morale,
contraint les jeunes apprenants à faire chaque jour davantage dans leur effort de mobilisation des
ressources financières. Ce qui incite les enfants à user de pratiques contraires à l’esprit de la
religion.
Occupations principales des maîtres
Autre
9%
Agriculur
e et
elevage
14%
Répartition
des maîtres
par activité
Enseigne
ment
coranique
77%
La majorité des maîtres des écoles coraniques n’ont
pas d’autres occupations en dehors de l’enseignement.
Ceux qui pratiquent d’autres activités se repartissent
dans l’agriculture, l’élevage et la pêche.
Les enseignants des écoles coraniques pour la plupart
exercent ce métier de formateur par nécessité, sans
aucune expérience initiale. Leur grand nombre
explique la multiplication des écoles ; l’enseignement
plus approfondi est assuré par des maîtres qualifiés
auxquels ils réfèrent les jeunes apprenants.
Ce
système est très proche de celui des volontaires dans
les écoles publiques ; est un passage obligé dans un
enseignement de masse dans des pays dépourvus de
politique adaptée en matière d’éducation.
Le financement de ces activités repose essentiellement sur les frais d’inscription des élèves qui
varient de 500 à 1000 Fcfa par élève et les versements hebdomadaires par élève (50 à 100 Fcfa).
Les dons des fondateurs (association par exemple) sont collectés et servent à gratifier le maîtres et
à entretenir les écoles.
Effets et impacts des écoles coraniques
Les résultats d’enseignement dans les écoles coraniques sont jugés globalement satisfaisant par
les populations bien que ce programme ne soit pas pris en compte dans les statistiques officielles
du Ministère de l’Education de Base. Les écoles coraniques couvrent tout le pays et la grande
majorité des enfants ruraux y apprennent la lecture du Coran et d’autres ouvrages religieux.
Les problèmes liés aux écoles coraniques
sont presque les mêmes : le manque de
matériels
didactiques,
d’appui
aux
enseignants, de programme d’enseignement,
de local, de perspectives professionnelles…
C’est pourquoi les promoteurs de ces écoles
sollicitent l’appui de l’état pour construire des
salles de cours, pour améliorer la qualité de
l’enseignement et pour revoir le programme
« Il y a une nette amélioration dans l’enseignement
islamique. A notre époque, seules les personnes âgées
faisaient
des
études
coraniques
approfondies ;
Aujourd’hui grâce à la volonté d’Allah, des petits
enfants mémorisent le Coran, un peu partout dans le
pays. Il y a fort taux de participation dans les études
islamiques ; on compte plus de 150 élèves formés par
école au cours des cinq dernières années »
Un responsable d’école coranique à Maradi.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
afin qu’ils prennent en compte l’enseignement du français et la formation professionnelle qui va
permettre à l’élève d’apprendre un métier au bout de sa formation.
La réforme de l’école coranique est indispensable, d’une part pour le rehaussement du taux de
scolarisation et d’autre part pour la lutte contre la pauvreté par l’introduction de la formation
professionnelle. Cette réforme se justifie par le fait que l’école coranique actuellement n’initie pas
l’enfant à la production en l’orientant progressivement vers les tâches en fonction de sa capacité et
en tenant compte de l’environnement économique dans lequel l’enfant aura à évoluer plus tard. Elle
devra porter des solutions pour résoudre le problème de mendicité et juguler la délinquance
juvénile en milieu urbain.
Le développement de l’enseignement franco-arabe, constitue-t-il une alternative intermédiaire ? La
première medersa fut créée en 1957 à Say et plus tard à Zinder et à Agadez. Et depuis le Niger
s’est engagé dans cette voie ; actuellement il existe :
524 medersas dont 88 sont privées42 ;
-
32 CEG franco arabes (dont 9 privés) ;
-
un lycée public
-
et une université à Say.
L’Université islamique du Niger compte plus de 800
Certains enseignants pensent que l’Etat
étudiants d’une vingtaine de nationalités ; elle est
nigérien doit prendre en charge leur
fonctionnement (le payement des salaires
composée de deux facultés (une fac de littérature et
des enseignants et le financement des
langue, et une fac de sciences islamiques) ; la possibilité
équipements nécessaires) au même titre
est offerte aux femmes depuis l’an 2000 de poursuivre
que l’école publique. Selon eux le Niger
leurs études à partir de Niamey. Un institut pédagogique
doit créer un cadre de concertation
y est pour la formation des enseignants complète la
fonctionnel afin de formaliser leurs
activités et de permettre le suivi des
formation des jeunes enseignants sortants.
programmes des écoles coraniques par un
Elle ambitionne mettre à la disposition de la société
ministère. De ce fait, la reforme du
nigérienne une élite instruite capable d’éclairer les
programme et de la pédagogie de
populations sur les questions religieuses afin de
l’enseignement traditionnel devrait suivre
afin de l’adapter au contexte actuel en
promouvoir le « vrai Islam».
insérant par exemple la notion de
production et de lutte contre la pauvreté dans l’enseignement des écoles coraniques traditionnelles.
6.2 ACTIVITES DE DEVELOPPEMENT
6.2.1 ASSISTANCE SOCIALE
L’assistance sociale est le troisième domaine d’intervention après les prêches et l’éducation. Elle
est pratiquée par la majorité des associations (71%) et consiste à venir en aide aux populations
nécessiteuses dans le domaines de la santé (distribution de médicaments) de l’éducation (bourses
d’études…) et de l’alimentation (distribution des vivres).
Tableau 12 : Types d’assistance
42
Source : Annuaire 2003-2004 des statistiques scolaires franco arabe, Ministère de l’Education de Base 1 et de
l’Alphabétisation.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
DOMAINE D'INTERVENTION: ASSISTANCE SOCIALE
Récupération enfants
abandonnés
3,52%
Réinsertion des filles
mères
1,41%
Autres
15,49%
Aide alimentaire
46,48%
Aide financière
10,56%
Aide en médicament
22,54%
L’assistance sociale est pratiquée par les
associations
islamiques
internationales
fortunées car, elle est une recommandation
de l’islam. En effet plusieurs versets du Coran
et Hadiths appellent le musulman à aider son
prochain notamment les plus démunis : « le
musulman est le frère du musulman……celui
qui œuvre à satisfaire le besoin de son frère,
Allah est là pour satisfaire le sien. Celui qui
dissipe une situation affligeante à un
musulman, Allah lui dissipera une, le jour de
la résurrection.’ »
Au nombre de ces associations, il y a
l’Association Mondiale pour l’Appel Islamique,
une organisation de bienfaisance de la Jamahiriya Arabe Libyenne mondialement connue pour ses
interventions diverses à travers le monde. Au Niger, elle appui financièrement l’enseignement
arabe formel et informel en recrutant au profit des Ministères de l’Education de Base et celui des
Enseignements Secondaire, Supérieur de la Recherche et de la Technologie, des enseignants
nationaux et étrangers. Elle participe également à la formation des cadres religieux des
associations islamiques locales en organisant des séminaires et des sessions de formation au
Niger et en Libye. Elle octroie des bourses d’études aux étudiants qui désirent une spécialisation
dans le domaine de la littérature arabe et en théologie musulmane
L’assistance sociale non formalisée est financée à travers des cotisations et des dons offerts par
certaines personnes nanties et par les organisations internationales intervenant dans le domaine
religieux. Ces ressources ont été mobilisées grâce à l’appel à la solidarité lancée en permanence
au cours des prêches et d’autres manifestations religieuses.
Les actions des associations islamiques dans le domaine de l’assistance sociale sont certes
modestes mais bénéficient d’un capital confiance auprès des populations. C’est pourquoi elles
acquièrent la capacité de mobiliser des moyens matériels, financiers et humains qui leur permettent
d’agir, c'est-à-dire de contribuer à alléger les souffrances des populations en cas de calamité
naturelle (incendie, aide aux orphelins, etc.). Cette contribution qu’apportent les associations
islamiques n’est pas que directe. Elle prend aussi la forme d’une sensibilisation de la communauté
islamique à la solidarité et à l’entraide.
Les organisations et associations islamiques envisagent toutes de développer l’assistance sociale à
travers la diversification des activités (santé, éducation, formation professionnelle) et
l’élargissement de leurs champs d’actions.
6.2.2 LES ACTIVITES DE DEVELOPPEMENT
Les activités de développement ne semblent pas être la préoccupation des associations
Islamiques ; mais, au niveau national, 50% des structures rencontrées ont au moins une activité de
développement ; ce taux est majoré par l’existence des ONG au sein de ces structures. En effet,
pour la majorité des associations, le développement est une partie moindre de leurs occupations.
Seulement 10% des associations à Maradi, 12% à Zinder et Diffa et 9% à Dosso affirment
intervenir dans le domaine du développement.
Par contre Tillabéri et Tahoua sont des régions dans lesquelles les associations islamiques
déclarent effectuer le plus d’activités de développement (selon les taux respectifs de 62% et 54%).
Ces activités de développement ne sont pas initiées par les associations qui jouent plutôt un rôle
d’agence d’exécution. C’est le cas de l’ANAUSI qui exécute un programme de santé de la
reproduction, financé par l’UNFPA (Initiatives Jeunes).
Tableau 13 : Activités de développement
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Type d’activités
Fréquence Taux
Construction mosquée
15
14%
Construction classes
34
32%
Construction dispensaire
6
6%
Construction puits
13
12%
Formation professionnelle aux filles
14
13%
Plantation d’arbres
6
6%
Embouche bovine
2
2%
Autres
16
15%
Total
106 100%
Cette situation proviendrait du fait que
les associations islamiques n’ont pas
les
moyens
financiers
et
les
compétences nécessaires pour initier
les actions de développement qui
nécessitent un suivi régulier ; aussi
exécutent-elles plutôt des activités
ponctuelles (construction diverses,
plantation d’arbres...) ; par ailleurs, ces
pratiques semblent conformes aux
préceptes islamiques.
L’animation sur les questions sensibles (sida, polio) est un domaine privilégié des associations
islamiques pour lesquels les bailleurs de fonds font recours à leur appui pour atteindre les
populations.
Quelques avis après l’Atelier sur la Journées de Nationale de Vaccination
Cette rencontre a permis aux ulémas d'échanger avec des experts en santé qui ont apporté les
éclaircissements nécessaires sur le vaccin, son caractère inoffensif..
'Il a été demandé aux marabouts (musulmans sages et respectés), qui n'ont pas été convaincus par l'éclairage
des experts, d'apporter les preuves matérielles, dont ils disposent, que le vaccin empêche la procréation. En
fait, ils n'avaient aucune preuve; et on s'est finalement compris'', affirme Dr Sambo de l’ANASI, imputant
cette résistance à l'ignorance et à un déficit d'information.
Mallam Alio, un marabout de l’ANAUSI rencontré à Niamey, se confesse : ''J'avais pendant longtemps cru,
avec la limitation des naissances que les blancs cherchent à nous imposer, que la vaccination des enfants
poursuivait cette politique. Mais Dieu merci, cette réunion de Niamey m'a ouvert les yeux''.
''Je vais désormais faire vacciner mes enfants et encourager mon entourage à en faire autant lors des
prochaines campagnes'', promet Alio, reconnaissant avoir été victime de l'influence des ulémas du Nigeria, où il
a reçu sa formation coranique.
Le président de l'ANASI, Elhadj Samaïla Mahamadou, affirme que les olémas réfractaires au vaccin ont
pris l'engagement de ne plus s'opposer à la vaccination des enfants. ''Nous avons même fait une
recommandation importante, demandant au gouvernement d'éditer un guide Islamique sur les maladies liées à
une vaccination et de multiplier les séminaires de formation au profit des olémas''.
En effet,
l'éradicat
ion de la
polio
tarde au
Niger à
cause
d'un
certain
nombre
de
comport
ements
dont le
refus de
certains
leaders
religieux
musulm
ans
locaux
de
caution-
ner le vaccin pour des soupçons de stérilité.
C'est pour briser cette résistance que l’OMS a organisé un séminaire sur « L’appui des associations
Islamiques du Niger à la vaccination contre la poliomyélite et la malnutrition au Niger’ ». Cette
rencontre, qui s'est déroulée à Niamey du 13 au 15 octobre 2005, a réuni 350 oulémas venus de
tout le pays, ainsi que des associations féminines et estudiantines. L'objectif était d'intensifier les
activités de vaccination afin d'atteindre tous les enfants de moins de cinq ans durant les JNV qui se
sont déroulées en novembre et décembre 2005. A la fin du séminaire, l'assemblée, consciente de
l'importance de l'enjeu, s'est engagée à soutenir et à promouvoir les campagnes de vaccination, et
les oulémas ont promis d'expliquer l'importance de la vaccination durant les services religieux. Il y
avait un consensus national sur l'importance de l'appui des oulémas dans les campagnes de
vaccination.
«
D’après
une
tradition
prophétique : Quand le fils d’Adam
meurt, toutes ses œuvres sont
suspendues sauf trois : i) une
aumône
courante
(mosquée,
puits,….) ; ii) une connaissance utile
à l’humanité ; iii) un enfant bon et
pieux
La participation des leaders religieux a amené les
populations à adhérer aux programmes de vaccination
contre la polio.
Les associations Islamiques interviennent également dans la
construction de classes, de mosquées, d’orphelinats et dans
le fonçage de puits. Aussi envisagent-elles de créer des
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
centres de formations en vue de parvenir à une insertion des jeunes sortis des écoles coraniques
qui sont jusque là dépourvus de structures d’accueil à la fin de leurs études.
Le financement de ces activités vient exclusivement des dons, de la zakat, des appuis extérieurs
(ONG et associations Islamiques internationales), des subventions de l’Etat et de certains
partenaires extérieurs notamment l’UNICEF, l’UNFPA et l’ambassade des USA.
6.2.3 ACTIVITES DE PREVENTION ET GESTION DES CONFLITS
La majorité des associations islamiques du Niger (79%) interviennent dans la prévention et/ou la
gestion de conflits. Au niveau des régions, 80% des structures à Tahoua, 67% à Agadez, 81% à
Tillabéri, 75% à Niamey interviennent dans ce domaine. C’est un domaine qui relève de la
compétence des autorités administratives certes, mais l’influence des associations, leur
connaissance du droit islamique et des valeurs coutumières, conjuguée au poids de l’Islam dans la
société nigérienne fait qu’on assiste à une implication de ces structures dans la gestion ou la
prévention des conflits. Il n’est pas rare de voir la justice référer des cas aux associations
islamiques.
Mais le recours à ces structures est moindre à 20% à Dosso, 17% à Maradi et 16 à Zinder et Diffa
où la chefferie traditionnelle joue le même rôle et concurrence de fait ces associations.
Une des activités initiées par les associations islamiques afin de prévenir et de gérer les conflits est
la mise en place d’un collectif qui a réuni plusieurs associations de différentes tendances (AIN, IKS,
ADRIS, ARCI ANASI, ADIN ISLAM, ANAUSI) dont les principales missions sont :
¾ Le regroupement de toutes les sensibilités afin d’avoir un cadre de concertation et éviter les
malentendus entre leaders religieux. Cette disposition a vite permis de réduire les tensions
et a permis de trouver un consensus sur le calendrier des fêtes musulmanes qui faisaient
l’objet de tension dans les milieux religieux.
¾ Exécution des activités allant dans le sens de la restauration de la quiétude sociale (lutte
conte la vie chère, organisation des prières collectives, etc.,)
¾ Contrôle des thèmes développés par le prêcheur venant de l’extérieur. Il a été constaté en
effet que les tensions à caractère religieux éclatent toujours après le passage d’un prêcheur
inconnu. C’est pourquoi il a été exigé des prêcheurs venant d’ailleurs d’obtenir au préalable
l’autorisation d’un marabout de la région
En ce qui concerne les activités de prévention, le canal le plus utilisé est la sensibilisation à travers
les prêches (waazii). Au niveau national 63,8% des associations font cette activité. Au niveau
régional, la prévention constitue respectivement 66%, 75%, 57,6%, 76,9% à Agadez, Tahoua,
Niamey et Tillabéri. Le tableau suivant décrit les types de conflits.
Tableau 14 : Types de conflits
Type de conflit
Conflits agriculteurs
/ éleveurs
Conflits
conjugaux/familiaux
Conflits entre
tendances
islamiques
Conflit inter religieux
FIMA
Autres
Total
Fréquence
%tage
34
24%
28
20%
40
29%
11
8%
5
3%
24
17%
142
100%
Quant à
la gestion
de
conflits,
la
médiatio
n est le
moyen le
plus
utilisé par
les
associati
ons
(47,11%)
.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Les principaux conflits gérés par ces associations sont :
Conflits intra religieux :
Les conflits liés au niveau d’instruction et à la confrérie dont les plus récurrents sont ceux qui
opposent les rénovateurs (Izala) aux adeptes de la tariqa (Tijaniyyia). Au niveau national ils
constituent 28,61% :
- A Maradi, en 1994 un conflit a opposé les izalistes et les adeptes de la tijaniyya. Ce conflit s’est
manifesté quand les izalistes, trouvant que les tombes des musulmans ne doivent pas être ornées
ou faites du ciment, ont détruit la couche cimentée des tombes des tijanistes.
- A Maradi, l’affaire Malam Sani, un marabout venu de Niamey (études en Egypte) qui a prêché à la
radio régionale de Maradi en faveur du code de la famille tel que proposé par l’Etat. Cela a entraîné
un soulèvement organisé les izalistes et qui a engendré des dégâts matériels énormes (destruction
du mur de la radio). Malgré l’intervention des forces de l’ordre, ce conflit n’a été désamorcé
qu’avec les médiations entreprises par l’AIN.
- dans le département de Dakoro un marabout nommé Yahaya (nigérien installé au Nigeria depuis
des années) s’est érigé en prophète et a voulu modifier un pilier de l’Islam qui souligne l’unicité
d’Allah et qui fait de Mohamed son prophète. Son auto proclamation en prophète s’est
accompagnée d’une incantation choc qui a suscité des tensions dans tous les milieux religieux
islamiques rénovateurs et conformistes « achahadu ana al-Laha la Illa illa al-Lahu wa achhada an
yahaya (au lieu de muohammadou) rassoullou l-Llah… et que Yahaya est son prophète.
- La région de Tillabéri a connu quelques problèmes religieux : à Téra une situation conflictuelle
perdure à cause des attitudes adoptées lors des prières collectives qui oppose l’Association
Islamique du Niger (AIN) à Ihya’us-Sunna. Ces adhérents de cette dernière association reprochent
aux autres la fatiha effectuée après la prière. Un conflit avait occasionné des dégâts matériels
importants en 2005 et les membres de izala ont été expulsés de la ville et leurs femmes torturées ;
malgré l’intervention des autorités politiques et les élus locaux cette situation n’a toujours pas de
dénouement heureux ;
- A Agadez lors de waazin Kassa organisé en 2005, certains marabouts izalistes ont proféré des
attaques verbales à l’endroit des populations (à l’origine adhérents de la qadiriyya) qui organisent
annuellement, à l’occasion de la naissance de Mohamed, une fête (bianou ) réunissant hommes et
femmes. Ces festivités (essentiellement des danses) sont jugées anti islamiques parce qu’elles
peuvent occasionner des dérives immorales (adultères, débauches…)
Quelques points de divergence entre les izalites et les voies tariqa
Généralement ce n’est pas sur le fond des pratiques de l’Islam que les deux tendances s’opposent.
C’est plutôt sur un certain nombre de rites ou de pratiques religieuses.
La croyance à un intercesseur (shafa’a) en la personne d’un cheikh ou Wali : pour les tijanistes,
c’est le Cheick qui intercèdera auprès de Dieu pour que ses adeptes entrent au paradis, parce que
c’est lui que Dieu a choisi pour ce rôle ; les izalistes rejettent catégoriquement cette croyance parce
qu’ils considèrent comme une pratique de mécréants, fut-il un ami de Dieu ; car pour les izalistes le
rapport entre Dieu et le croyant est direct et sans intermédiaire autre que prophète. Les autres
points de divergence sont relatifs à :
•
La sourate Alfatiha : d’après les Tijanites, après la mort du grand Check Tijani, un des
ses disciples dit avoir vu le Prophète Mohamed en rêve qui lui demanda de faire cette
prière et lui recommanda de l’enseigner aux autres parce que cette prière peut conduire
une personne au Paradis. Les Izalistes réfutent cette idée parce qu’elle se ne se trouve
dans aucun hadith.
•
Le Wazifa est une pratique qui consiste à se regrouper autour d’un morceau de tissu
blanc étalé pour louer Dieu. A ce niveau, les izalistes considèrent que cela est une
innovation et rejettent cette pratique qu’ils jugent anti-islamique.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
•
Le Mouloud ou l’anniversaire de la naissance du prophète, les tijanistes considèrent que
fêter l’anniversaire du prophète n’est pas quelque chose de mauvais en Islam et que
ceux qui fêtent cet anniversaire auront une grande récompense auprès de leur Seigneur.
Par contre les izalistes disent que le mouloud n’est qu’une innovation introduite il y a de
cela 14 siècles après la mort du Prophète, ce qui veut dire que le Prophète lui-même, de
son vivant, n’a jamais fêté son anniversaire et n’a ordonné à personne de le faire même
après sa mort.
•
Le port de talisman et le fait de boire l’écriture magique sont non coraniques (adu’a) :
d’après les izalistes, ces pratiques sont illicites (haram).
•
Réunir les marabouts lors des cérémonies de mariage, de baptême ou des décès : les
izalistes considèrent cette pratique comme une innovation qui n’a rien avoir avec l’Islam.
Conflits inter-religieux
Les conflits inter religieux sont peu fréquents au niveau national (8%). A Niamey, l’attitude de
certaines églises réformistes installées dans les quartiers populaires comme Boukoki qui essaient
de recruter des adeptes parmi les enfants, ont provoqué parfois de conflits entre les musulmans et
les chrétiens.
A Maradi, une tension a opposé la communauté chrétienne aux adeptes du wahabisme. Cette
tension a éclaté suite à une prédication d’un pasteur qui aurait diffamé le prophète Mohamed. Les
izalistes avaient rapidement réagit en s’attaquant aux chrétiens et à leurs biens.
Conflits avec l’administration
Il s’agit, ici, des conflits auxquels les associations islamiques participent soit dans le cadre de la
tentative de médiation, soit en tant que partie prenante. Les conflits les plus évoqués par les
associations religieuses sont ceux qui opposent :
-
les militants des différents partis politiques : l’opposition qui suscite des manifestations
pour accuser la majorité généralement à la veille des élections ;
-
les syndicats à l’Etat, dans leur lutte pour la défense des intérêts matériels et moraux de
leurs membres. Il consiste à arrêter momentanément le travail ou organiser des marches
pacifiques et des meetings scandant des slogans hostiles au gouvernement.
-
les manifestations des élèves et étudiants conduisent fréquemment à des actes violents,
des dégâts matériels énormes sur le patrimoine de l’Etat ou symbole de l’Etat. Aussi,
avec l’accroissement rapide des établissements secondaires privés (et des Instituts
Universitaires de Technologie au niveau des régions) favoriserait le développement de
ce type de conflit. Les associations interviennent au niveau des syndicats scolaires pour
calmer ces tensions
-
A Niamey et à Maradi, certains marabouts se sont opposés violemment en organisant
un meeting à la place de la concertation contre l’organisation du FIMA 2001 (voir détails
dans la partie FIMA). L’Etat avait réagit en procédant à des arrestations de leaders.
Un leader mentionne « Nous évitons toujours d’avoir de problèmes avec l’administration ; nous ne
collaborons avec elle que quand elle a besoin de nous. Mais si la situation se présente, comme ce
fut le cas pour le code de la famille, nous manifestons notre mécontentement : certains ont
organisé des violentes manifestations, d’autres se sont limités à l’organisation des prières ou
encore à des prêches pour souligner les conséquences d’une telle mesure du point de vue
religieux ».
De telles crises qui opposent les citoyens musulmans aux autorités peuvent encore ressurgir en
absence d’un cadre de prévention de conflit. Mais l’avènement du Conseil Islamique National
remplirait –il cette fonction ?
Conflits entre producteurs
L’implication des associations islamiques dans la gestion de conflits sociaux a été toujours
déterminante en ce qu’elles apportent une solution perçue conforme aux prescriptions de l’Islam.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Leur capacité de prévention/gestion des conflits est très grande dans la mesure où les grands
leaders sont socialement très écoutés ; ce qui les confortent dans le rôle de conciliateur des
conflits sociaux et familiaux.
Le Niger, du fait de sa situation économique, de ses systèmes de production encore primaires,
connaît des conflits basés sur les facteurs de productions communs aux deux systèmes dominants
agriculture et élevage.
Conflits entre agriculteurs sont respectivement liés à :
-
La délimitation des champs entre exploitants individuels.
-
L’exclusion des femmes lors du partage des terres héritées
-
La gestion du patrimoine foncier par les héritiers mineurs qui tendent de jouir de leur
patrimoine.
Conflits entre éleveurs surviennent surtout lors du partage de l’héritage :
-
refus de restituer leurs biens aux orphelins devenus majeurs,
-
tentative d’expropriation des biens de la femme par l’épouse …
Conflits entre agriculteurs- éleveurs qui représentent 24% des conflits gérés par les associations.
Ils sont violents (le drame de Toda dans la région de Maradi, qui a engendré la mort de 104
individus en 1992). Les principales causes de ces conflits entre agriculteurs et éleveurs se
rapportent essentiellement à :
-
la divagation des animaux dans les champs de culture
-
la contestation de la délimitation des couloirs de pâturage et le non respect de ces
couloirs.
-
L’exploitation des aires de pâturage à des fins agricoles
-
La corruption des autorités coutumières par une des parties en conflits, d’où la
contestation des jugements rendus.
-
L’accroissement rapide de la population et le retranchement des champs de culture qu’il
engendre et la descente progressive des éleveurs vers le sud … sont des facteurs
aggravants de ce type de conflit.
Conflits familiaux
C’est notamment les conflits matrimoniaux relatifs aux tensions entre conjoints 20% qui occupent
une grande place. Les autorités coutumières font souvent recours aux associations islamiques pour
apaiser les tensions.
Les plus évoqués par les associations islamiques et les maîtres des écoles coraniques enquêtés se
rapportent aux tensions conjugales et familiales nées de la méconnaissance des droits et devoirs
selon les enquêtés (nombreuses plaintes des femmes devant les comportements irresponsables
des chefs de ménages, nombreuses sorties des femmes…). Les questions relatives au partage de
l’héritage, le sort des enfants en cas de divorce et de décès de l’un des parents sont des aspects
pour lesquels les textes islamiques demeurent un recours.
Autres type de confits sociaux
- A Zinder et Maradi il y a eu l’opération «boujé » ou jupe qui s’est déclenchée après un prêche sur
les causes de l’insuffisance pluviométrique et les solutions proposées par l’Islam. Au cours de ce
prêche, des thèmes relatifs aux comportements vestimentaires des jeunes filles et aux problèmes
vécus par la communauté Islamique ont été abordés. Suite à ce prêche, des extrémistes s’en
prennent aux jeunes filles qui, à leurs yeux symbolisent l’indécence vestimentaire. Ils leurs
arrachent les jupes, les dénudant ainsi, leur font subir des violences physiques et morales. Ce
mouvement s’étend vite et gagne d’autres couches sociales notamment les prostituées et les
gérants des bars qui ont été aussi violentés
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
6.2.4 OPINIONS DES PRATIQUANTS NON MEMBRES DES ASSOCIATIONS ISLAMIQUES
Perception de l’évolution de l’Islam au Niger et dans le monde
Les personnes enquêtées pensent que l’islam progresse bien au Niger et partout dans le monde.
Le tableau suivant donne la situation
Tableau 15 : Avis sur l’évolution de l’islam
La majorité des pratiquants non membres des
associations pensent que l’islam connaît une
499
95%
évolution fulgurante au Niger. Cette évolution
12
2%
inquiète certains partenaires du Niger car on
17
3%
observe une radicalisation du discours religieux
528
100%
dans certains milieux religieux. Alors que l’islam
officiel, dirigé par l’AIN, a toujours été un partenaire loyal de l'État, on voit naître à ses côtés, un
Islam plus dur, généreusement financé par les capitaux de certains pays musulmans, et qui
refusent de respecter la laïcité de l’État.
Opinions sur
l’évolution de l’islam
Progresse
Ne progresse pas
Autres
Total
Fréquence
Pourcentage
Tout en décriant au quotidien la politique
extérieure américaine, particulièrement en
Palestine, en Irak et en Afghanistan, 69% des
enquêtés déplorent les événements du 11
septembre parce que c’est contre les
fondements de l’islam qui prône la tolérance à
l’endroit des innocents. Les 22% qui
approuvent sont plutôt des jeunes.
Avis sur les évènements
du 11 septembre
Defavorables
Favorables
Sans opinion
Depuis les événements du 11 septembre
2001, les USA sont particulièrement attentifs à l’évolution de la situation religieuse au Niger avec
ses voisins du sud appliquant la charia, du nord foyers des salafistes. Même si Niamey, sa capitale,
abrite des foyers islamistes dont les leaders s'étaient déclarés favorables à Ben Laden, c'est au sud
du pays, à Maradi, que le pouvoir a le plus à craindre de la poussée Islamiste. La troisième ville du
pays se situe, à quelques kilomètres de deux États nigérians de, Zamfara et de Katsina où des
agitations d’origine religieuse se déroulent ponctuellement et où Ben Laden est un héros, les
commerçants y vendent des portraits du chef d'Al Qaïda. En 2001, à Maradi, des églises, des bars,
des maisons de prostitution et des bâtiments publics ont été saccagés par des intégristes, pour
protester contre un festival de mode qui se tenait au même moment, à Niamey. Rappelons enfin,
que les responsables du rallye automobile Paris-Dakar avaient été contraints, en janvier 2001,
d'annuler l'étape nigérienne, suite à des menaces d'attentats terroristes.
Malgré cela, il serait erroné de conclure à une radicalisation prochaine de l’Islam du Niger. Dans la
majeure partie du pays, l’Islam ne constitue qu'une référence identitaire parmi d'autres, au côté de
la race, de l'ethnie, de la langue ou de la nationalité. De plus, l’État nigérien assure plus ou moins
efficacement la stabilité du territoire. Mais ce processus semble comporter une faille dans le
contrôle de la grande frontière du sud (1.500 kilomètres en partage avec le Nigeria). Ainsi, la ville
de Maradi, vit totalement à l'heure nigériane avec son électricité, son carburant – introduits en
contrebande – des quantités d'autres produits, légaux ou non, et surtout des échanges sur le plan
culturel et religieux qui sont moins visibles ; ces derniers ont conduits à la mise en place, au nom
d'une « nécessaire moralisation des mœurs », de « comités de vigilance » qui veilleraient à la
conformité des comportements aux principes islamiques, si d'aventure, Maradi se laissait séduire
par un tel projet de société.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
Perception du FIMA (Festival International de la Mode Africaine) 2001
L’organisation d’un défilé de mode (FIMA), en 2001, par
un couturier nigérien a suscité des manifestations dans
certains milieux religieux.
Cet événement a engendré l’arrestation de plusieurs
leaders religieux et la dissolution des associations
islamiques impliquées dans l’organisation de la
manifestation.
Avis/FIMA
600
500
400
300
200
Le FIMA a instauré un débat au sein des populations 100
nigériennes. D’une part les partisans qui soutiennent que
0
Contre Islam
Bonne chose
Autres
c’est un facteur de développement économique et
culturel du pays .Et d’autre part,ceux qui pensent que
c’est une « chose » néfaste parce qu’elle sape les fondements de l’islam. D’après les résultats de
l’enquête, 64% des interrogés condamnent le FIMA parce qu’il est fait la promotion de la nudité
proscrite par l’islam. Mais dans les faits, l’opposition à l’organisation du FIMA, n’a pas abouti à un
mouvement structuré qui soulèverait la population ou une partie de celle-ci sous la conduite d’un
leader contre l’autorité de l’Etat. Il a pris la forme d’une émeute rapidement maîtrisée par les forces
de l’ordre. Cela relèverait-il d’un manque d’engagement des acteurs ou d’une conformité aux règles
de l’islam qui déterminent le comportement d’un musulman face aux abus du pouvoir : « combattre
avec la parole, combattre du fond de son cœur ou frapper avec la main quand il s’agit des
membres de sa famille »
Opinion sur la laïcité de l’Etat
La majorité des personnes enquêtées non-membres
des associations, pensent que la laïcité est une bonne
chose. Cependant l’attitude de l’Etat reste toujours
ambiguë malgré que le Niger ait inscrit dans sa
constitution «une République laïque» ou «non
confessionnelle», cela n’a jamais rien changé à la
réalité de tous les jours. Qu’il s’agisse de ceux qui sont
sensés garantir le respect de ladite Constitution ou même du citoyen ordinaire, l’attitude face à
l’islam a toujours été ambiguë.
Opinions
Bonne chose
Mauvaise chose
Autres
DM
Total
Fréquence
479
200
96
25
800
Pourcentage
59,87%
25%
12%
3,12%
100%
Le citoyen ordinaire déjà lui-même traditionnellement lié à la culture islamique, en tout cas pour la
majeure partie de la population, malgré des signes d’évolution évidente, n’arrive toujours pas à se
départir d’un réflexe acquis. Il faut dire que le nigérien musulman est en quelque sorte musulman
par tradition.
De ce fait, avec le contexte démocratique actuel, il se retrouve tiraillé entre une culture fortement
influencée par l’Islam qui exige l’application de son dogme et une culture démocratique occidentale
qui offre une panoplie de choix dont certains jurent avec les principes islamiques. Et par crainte de
modifier sa tradition religieuse avec tout ce que cela suppose comme menace sociale, le nigérien
est toujours demeuré, sans être le «parfait musulman» ambiguë face à la question de l’Islam. Cette
position le confine dans une inertie face à certaines pratiques, mêmes s’il les juge inopportunes,
dès lors qu’elles revêtent une connotation religieuse. Là dessus, aussi bien les doctrinaires que les
organisations de la société civile hésitent à se prononcer quand ils n’excellent pas dans la fuite en
avant.
Les données historiques sus mentionnées attestent clairement que le syncrétisme, la corruption, la
déshumanisation de la société, sont des facteurs récurrents qui avaient été utilisés pour justifier les
tentatives de conquêtes politiques et religieuses ; mais l’application de loi religieuse a toujours été
objet d’une réticence au niveau des populations qui ne sont prêtes à abandonner leurs traditions
ancestrales...Toujours la recherche de la purification suivie de la non adhésion à l’heure de
l’application ….Telle, est encore la cadence des courants radicaux.
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
7. PARTENARIAT ET PERSPECTIVES
Les différentes associations tissent des liens de collaboration en fonction de leurs objectifs
communs et de leur appartenance à un même courant religieux. C’est le cas par exemple du
collectif des associations islamiques de Maradi qui regroupe des associations comme l’AIN
association mère), l’ANASSI, Albirou Watakawa, Nouril Islam. Au début toutes ces associations se
trouvaient au sein de l’AIN. Avec l’avènement de la démocratie, certains membres de l’AIN se sont
détachés pour fonder leur propre association. Cependant elles sont toutes tidjanistes et sont
modérées en ce sens qu’elles acceptent les autres courants, même les izalistes qui sont les plus
radicaux.
Par contre certaines associations comme Kitab Wa-sounna, Ihya’ou sunna sont en opposition avec
les premières et ne peuvent collaborer qu’entre elles. En dehors de la divergence doctrinale et de
pratique de l’islam, toutes les associations, prônent la promotion et l’épanouissement de l’islam.
En effet, l’ignorance est à la base de l’hostilité qui existe entre les associations. Aujourd’hui avec le
partenariat avec l’ONG Karkara, les différentes associations ont bénéficié d’une formation qui leur a
permis de vivre en symbiose, et de travailler ensemble la main dans la main. Ceci se justifie par les
propos d’un membre d’une association qui affirme : « grâce à l’ONG Karkara, nous avons eu une
ouverture d’esprit. Et l’avantage tiré des différentes types de collaborations : c’est d’abord, la
stabilité dans les rapports qui nous unissent, ensuite le partage de l’information, l’ouverture des
perspectives, les visites et surtout l’entraide ».
La majorité (55%) des associations religieuses à des partenaires qui sont nationaux à 19%,
internationaux à 41% ; et enfin 39% ont des partenaires aussi bien nationaux qu’internationaux. Les
critères de choix du partenaire sont multiples.
Partenaires locaux
Le choix des partenaires n’est jamais fortuit. Il tient compte de certains critères dont les plus
évoqués sont :
L’appartenance à un même courant donne aux associations l’opportunité de nouer des
relations de partenariat
-
la similitude des objectifs visés et les plans d’actions favorisent le partenariat entre les
associations
-
la recherche d’intérêt matériel : Certaines associations, en contractant les alliances,
cherchent les appuis matériels et le renforcement des capacités.
Certains partenaires interviennent dans le processus de réseautage
des associations dans les régions. D’autres ne font aucune offensive pour chercher des
partenaires, elles attendent que les partenaires qui sont dans le besoin fassent le premier pas en
leur direction ; dans ce cas, le niveau d’instruction du leader est assez limité pour adopter une
stratégie de recherche de partenaires.
Partenaires extérieurs
Il s’agit des associations Islamiques internationales et des coopérations, des projets et ONG. Ce
type de partenariat prend deux formes :
la première forme c’est la prestation de service qui relie les associations aux projets et
programmes de développement. C’est le cas des programmes sida, polio, ou elles sont
sollicitées pour mener des actions de sensibilisation auprès des populations ; ce partenariat
basé sur les prestations de services cible le plus souvent un leader (qui a une bonne
écoute) plutôt qu’une association.
-
la deuxième forme constitue les appuis matériel, financier et en renforcement des capacités
reçus par ces associations ; les donateurs sont souvent des ONG nationales et
internationales (surtout arabes)
Ce partenariat porte également sur divers aspects notamment l’amélioration de l’enseignement
coranique par la construction de hangar tenant lieu de classe pour les élèves, la formation des
maîtres coraniques en technique d’enseignement et de prêche, les appuis en intrant agricoles, la
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
réalisation d’activités d’intérêt collectif et social comme la construction de mosquées, le fonçage de
puits, la réalisations des sensibilisations sur des thèmes sensibles d’actualité...
Avantages tirés du partenariat
Au niveau national (89%) les associations apprécient le système de partenariat et estiment que
c’est bénéfique pour elles. Les associations dénoncent tout de même le fait que très souvent le
partenaire choisit son domaine de partenariat sans tenir compte de leurs priorités
La majorité des associations affirment avoir tiré des avantages du partenariat développé : 93% des
associations à Tahoua, 70% à Agadez, 86% à Niamey et 87% sont dans ce cas.
Les avantages les plus évoqués sont relatifs aux échanges : les associations partenaires se
partagent les informations, les expériences nécessaires au rayonnement de leurs structures..
Les principales contraintes évoquées par ces associations s’articulent autour de l’irrégularité du
financement des activités programmées ou le retard toujours accusé pour l’obtenir
En terme de perspectives, les associations envisagent de s’impliquer davantage dans le domaine
du développement qui ne semble pas être leur priorité jusqu’ici. Elles projettent pour ce faire de
diversifier les partenaires afin d’accéder au financement extérieur qui s’offre aujourd’hui comme
une possibilité du fait de la mise en œuvre projet exécuté par Karkara.
8. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
L’univers associatif islamique se compose de 44 associations reconnues ayant des antennes au
niveau des régions et 10 non reconnues. Le nombre total des structures enquêtées (y compris les
antennes) s’élève à 167. Elles se caractérisent par leur précarité notamment le manque de moyens
financiers et matériels comme la majorité des organisations de la société civile nigérienne.
En effet, rares sont celles qui disposent d’un siège ou de matériels de travail suffisants. Certes 78%
de ces associations affirment disposer de ces ressources, mais elles sont dérisoires et se limitent à
l’acquisition des nattes ou de bancs …et rarement d’outils de travail adéquat. Cependant les
associations islamiques se distinguent des autres par leur capacité de mobilisation humaine du fait
de l’enracinement social des leaders religieux qui les dirigent et de la compétence des membres du
bureau qui sont dans la plus part des cas instruits et la propension des musulmans à accepter les
actions à caractère religieux.
Dans le domaine de la prévention et de la gestion des conflits, les associations islamiques mènent
des activités tout aussi ponctuelles et limitées qui consistent au règlement des conflits sociaux,
politiques et familiaux liés au partage de l’héritage ; elles sont souvent sollicitées pour les règlement
de conflits soit en leur qualité d’assesseurs de justice, soit en tant que ressource compétente
socialement reconnue.
Les associations islamiques du Niger ont des atouts qui les prédisposent à intervenir
significativement dans le domaine la prévention et gestion des conflits du fait de la confiance dont
elles jouissent auprès des populations qui s’accroît avec la méfiance affichées vis-à-vis des autres
organisations (partis politiques, ONG) ; leurs interventions assurent une certaine quiétude sociale.
Elles agissent sur :
•
les conflits qui opposent les militants des différents partis politiques, qui sont plus fréquents lors
des campagnes électorales. Ils se manifestent par des expressions verbales et souvent
physiques.
•
Les conflits entre les différentes confréries religieuses : le cas le plus récurrent est celui qui
oppose les innovateurs notamment les izalistes à la Tariqa. Le dernier en date est la tentative
des izalistes à organiser des manifestations de soutien aux activités de Al Ka-ida (Zinder).
« nous nous sommes opposés et avons, à travers des prêches, démontré aux populations que
les évènements tragiques rapportés chaque jour par les médias , malgré leur apparence
religieuse, ne sont que du terrorisme ».
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Etude sur les pratiques de l’Islam au Niger / Rapport provisoire
•
Les conflits entre l’Etat et les syndicats : il s’agit là des grèves des travailleurs et des scolaires
qui aboutissent souvent à des manifestations. Nous faisons à ce niveau plus de la prévention
des conflits. C’est ainsi que nous avons calmé les agents de la santé et de l’éducation qui
étaient déterminés à aller en grève.
Aussi, les différentes associations et courants religieux, ont besoin d’être soutenus pour pouvoir
participer pleinement dans la recherche des pistes des solutions idoines pour la prévention et la
gestion des conflits.
Dans l’ensemble, elles interviennent spécifiquement dans les domaines religieux prêches
construction des mosquées éducation islamique. Elles tentent des actions timides dans le domaine
de développement qui se limitent à des activités ponctuelles couture tricotage assistance sociale
visite aux malades. Peu d’associations envisagent le développement sous l’angle qui susciterait
des changements durables
L’enracinement de ces associations sur toute l’étendue du territoire national offre un dispositif de
proximité, qui s’il est bien structuré peut constituer un partenaire potentiel dans plusieurs
domaines (lutte contre la pauvreté, promotion de la paix, changement de comportement ou même
de mentalité dans des domaines aussi divers que l’hygiène, la citoyenneté, l’environnement…).
La conformité des questions du développement avec les préceptes de l’Islam. Plusieurs versets du
Coran et hadiths prônent le développement. Seulement l’implication des associations dans ces
domaines est confrontée au manque de financement des activités liées à la méfiance instaurée
entre deux acteurs d’une part les bailleurs de fonds potentiels au développement qui ne croient pas
à la capacité des « religieux à faire le développement » et d’autre part les religieux qui ne font rien
pour attirer des partenaires financiers occidentaux.
Cependant les activités initiées prouvent que les associations islamiques sont disposées à rompre
avec cette attitude, pour s’impliquer davantage dans des activités de développement, de prévention
et de gestion de conflit, conformément aux écritures qui mentionnent que les travailleurs
producteurs seront mieux reçus auprès de leur Seigneur qu’un invocateur de Dieu infatigable mais
nourri par une tierce… Et qu’une personne utile à la communauté est celle qui cultive le bien et
s’éloigne de la tentation de provoquer le trouble car le trouble est pire qu’un assassinat, en ce sens
que nul ne sait les limites d’un trouble qui débute.
Un verset du coran stipule « Allez y profitez des richesses de la terre ». L’Islam prône aussi la
plantation et l’entretien des arbres. « Une feuille d’un arbre arrachée qui ne le soit pas à une fin
utile est un péché pour le contrevenant ». Les domaines de l’éducation, de l’hydraulique, la santé,
et environnement semblent être privilégiés du fait de leur caractère social très fort.
Les besoins en appuis mentionnés par les associations sont d’abord des besoins en matière de
renforcement des capacités.
Au niveau de l’éducation, l’amélioration de l’enseignement coranique suppose :
-
Associer l’étude islamique à l’apprentissage des activités professionnels afin d’éviter aux
talibés la situation de délinquance, d’errance ….
-
Utiliser dans les écoles coraniques des matériels modernes comme ceux utilisés dans les
établissements publics : tableaux noirs, tables bancs…..
Certains leaders pensent que « nous pouvons faire mieux dans le domaine du développement en
contribuant à changer les mentalités des populations sur certaines questions relatives à la santé
publique : la malnutrition des enfants qui est d’actualité ; mais pour mener à bien ce travail, nous
avons besoin d’une formation de base sur les principales maladies et les remèdes selon la
médecine moderne. Nous pouvons aussi sillonner les villages et amener les paysans à « ouvrir
leurs greniers » afin de nourrir convenablement leurs familles (ce qui n’est pas le cas en tradition
encore vivace en milieu rural le père de famille attend la saison pluvieuse pour affecter la récolte
précédente à la consommation familiale).
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Un autre ajoute « Nous pouvons aussi contribuer à alléger les souffrances de la femme rurale.
L’islam a suffisamment développé ces questions et il suffit de nous inspirer du droit islamique (droit
de la femme, de l’enfant …. Devoir des parents) pour changer le comportement des citoyens.
Toutes ces activités supposent un appui de l’Etat ou de ses partenaires au développement afin de
pouvoir entrer en contact avec les bénéficiaires.
Les activités en matière de développement définies avec les associations sont les suivantes :
-
formation des leaders religieux pour la prévention et la gestion des conflits.
-
Création de cadre pour un dialogue entre les religions (islam et christianisme) pour la
tolérance et l’acceptation d’autrui,
-
Création d’un cadre de concertation entre les différents courants islamiques afin de
mieux conjuguer leurs efforts pour prévenir et gérer les conflits.
-
Création de cellules de concertation permanente avec statuts et moyens au niveau des
régions, à l’échelon local et au niveau national permettant de prévenir toute situation qui
impliquerait le milieu religieux ;
-
Appuyer le nouveau Conseil Islamique National pour une meilleure coordination des
activités en matière de prévention et de gestion des conflits, le développement devant
être pris en charge par les autres associations islamiques, chacune dans son domaine
d’expérience.
Beaucoup de projets de développement peuvent être conduits par les associations islamiques :
- création d’établissements privés franco-arabe pour le dialogue entre les cultures ;
sensibilisation des populations sur la prévention des conflits à travers les prêches
radiophoniques et télévisés ou sous forme d’IEC (Information Education communication) ou CCC
(Communication pour un changement de comportement).
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CORAN, sourate 50 ayat 16
CORAN, sourate, ayats 137
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ANNEXE
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CARTES DES COURANTS RELIGIEUX
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