ECONOMIE ET
SECURITE
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Original : anglais
Assemblée parlementaire de lOTAN
SOUS-COMMISSION SUR LA COOPERATION ET LA
CONVERGENCE ECONOMIQUES EST-OUEST
L’IMPACT DE LA CRISE FINANCIERE SUR
L’EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE
RAPPORT
ATTILA MESTERHAZY (HONGRIE)
RAPPORTEUR
Secrétariat international 13 novembre 2010
Les documents de l’Assemblée sont disponibles sur son site internet, http://www.nato-pa.int
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TABLE DES MATIERES
I. INTRODUCTION ........................................................................................................... 1
A. COMMENT LA CRISE A DEVASTE LA REGION ......................................................... 2
II. LES CONDITIONS ECONOMIQUES ............................................................................ 4
A. STRUCTURES ECONOMIQUES LOCALES........................................................ 4
B. LE COMMERCE INTERNATIONAL ..................................................................... 5
C. LES (DES-)EQUILIBRES MACROECONOMIQUES : COMPTES COURANTS
ET FLUX DE CAPITAUX ...................................................................................... 7
D. LES RELATIONS ECONOMIQUES INTERNATIONALES ................................. 10
E. MAIN-D’ŒUVRE, MIGRATION ET TRANSFERTS DE FONDS DES
EXPATRIES ........................................................................................................ 12
III. LES IMPLICATIONS POUR LES POLITIQUES BUDGETAIRES ET MONETAIRES. 13
A. LES POSITIONS BUDGETAIRES AVANT LA CRISE ....................................... 14
B. LES MESURES ADOPTEES EN PLEIN COEUR DE LA CRISE ....................... 16
IV. L’EXPERIENCE DE LA LETTONIE ET DE LA BULGARIE ........................................ 18
A. LA LETTONIE ..................................................................................................... 17
B. LA BULGARIE .................................................................................................... 19
V. L’IMPACT SUR LES DEPENSES MILITAIRES .......................................................... 20
VI. RECOMMANDATIONS ET CONCLUSION ................................................................. 21
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................. 24
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I. INTRODUCTION
1. Les conditions économiques dans les vingt pays qui composent l’Europe centrale et
orientale
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(ECO) se sont fortement dégradées lors de la récente crise financière et économique
mondiale. Bien que ces économies en transition aient en grande partie échappé au resserrement
du crédit initial provoqué par l’effondrement du marché des « subprimes » aux Etats-Unis durant le
premier semestre 2008, aucune d’elles n’a pu éviter la contraction des flux financiers et des
échanges commerciaux qui a suivi l’implosion de Lehman Brothers en septembre 2008. Les plus
récentes estimations relatives aux produits intérieurs bruts réels pour 2009 indiquent d’ailleurs que
seuls l’Albanie, le Bélarus et la Pologne ont évité une contraction généralisée de leur économie,
alors que le PIB de la région dans son ensemble reculait de 6,2% par rapport à l’année
précédente. (FMI, 2010c) Ces contractions sont survenues après près d’une décennie de progrès
économique marqué, dans plusieurs cas, par une croissance spectaculaire. Cet incroyable revers
de fortune a rapidement suscité des préoccupations quant à la vitalité économique fondamentale
de la région, tout en agitant le spectre de désordres sociaux et en incitant à se poser des
questions quant à la future orientation des réformes politiques et économiques dans nombre de
ces pays. (Banque mondiale, 2010) Fort heureusement, dès le début 2010, l’Europe centrale et
orientale a retrouvé un minimum de stabilité, même si de graves problèmes subsistent. La région
dans son ensemble demeure par ailleurs vulnérable à un nouveau ralentissement économique
mondial, si celui-ci devait survenir.
2. L’apparition tardive mais spectaculaire de la crise en Europe centrale et orientale peut être
attribuée à la fois à l’origine de cette crise sur les marchés des capitaux occidentaux et à la forte
dépendance de la région envers les marchés extérieurs et les capitaux étrangers. L’épicentre
lointain de la crise a, dans un premier temps, permis aux investisseurs étrangers de préserver
l’engagement de leurs capitaux sur les marchés de l’Europe centrale et orientale. Hormis les pays
baltes, la région a réalisé des bénéfices au cours des trois premiers trimestres 2008. L’Europe
centrale et orientale n’est toutefois pas sortie indemne de la première phase de la crise : de
juillet 2007 à septembre 2008, la création de crédits et les flux de capitaux étrangers vers la région
ont, comme il fallait s’y attendre, commencé à ralentir, sans toutefois exercer initialement un
impact majeur sur la croissance économique. D’après la Banque européenne pour la
reconstruction et le développement (BERD), « la principale raison pour laquelle ces signes ne se
sont pas manifestés par une diminution de la production dans la plupart des pays avant le second
trimestre 2008 s’explique par la poursuite de l’expansion des exportations ». (BERD, 2009) Les
données trimestrielles de l’EIU (Economist Intelligence Unit) le corroborent. Bien que le taux du
crédit dans la région ait nettement ralenti au cours des neuf premiers mois de 2008, les
exportations et les importations n’ont commencé à se tasser qu’au dernier trimestre.
Malheureusement, lorsque la crise financière a fini par frapper de plein fouet l’Europe centrale et
orientale, elle a atteint à la fois les économies financières et réelles de la région de manière
dévastatrice, provoquant l’évaporation simultanée des capitaux étrangers et de la demande
étrangère. Cela explique pourquoi, à partir de fin 2008, « l’activité économique s’est rapidement
contractée, presque sans décalage». (BERD, 2009 : 11)
3. La crise économique et financière a également frappé plus durement l’Europe centrale et
orientale que la plupart des autres régions émergentes et en développement. (Banque mondiale,
2010) Cela est dû, principalement, aux structures économiques, à l’histoire et à la position
géopolitique uniques de l’Europe centrale et orientale. L’héritage laissé par le communisme à ces
pays les place d’ailleurs dans une catégorie analytique particulière, même si le temps passant
1
L’Albanie, le Bélarus, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie, l’ex-République
yougoslave de Macédoine*, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Moldova, le Monténégro, la Pologne,
la République tchèque, la Roumanie, la Russie, la Serbie, la Slovaquie, la Slovénie et l’Ukraine.
* La Turquie reconnaît la République de Macédoine sous son nom constitutionnel.
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cet héritage a tendance à s’alléger. Après l’effondrement du bloc communiste, les pays d’Europe
centrale et orientale sont demeurés pendant cinq à dix ans sous leur niveau de production de
1992. Dans de nombreux cas, leur transition a été marquée par une longue et profonde récession
économique. Cette situation était pratiquement inévitable, étant donné l’affectation catastrophique
des capitaux et de la main-d’œuvre à l’époque de la planification centralisée. Remédier à des
décennies de politique déplorable impliquait inévitablement un processus douloureux. Dès le
début du XXIe siècle toutefois, la perspective d’adhésion à l’Union européenne (UE) a à la fois
accéléré l’intégration économique aux marchés occidentaux développés et servi de catalyseur à
des réformes structurelles cruciales. En dépit des différences au niveau des réformes libérales
entreprises par chacun des nouveaux membres de l’UE (Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie,
Lituanie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie et Slovénie), tous ces pays ont
connu une croissance substantielle à partir de 2000/01, grâce à la diminution des entraves aux
échanges commerciaux et financiers intra-régionaux et à la rationalisation des structures
économiques intérieures, pour les rendre plus logiques au plan intérieur et plus concurrentielles au
plan international.
4. Les dix autres pays d’Europe centrale et orientale ont toutefois connu une transition moins
homogène. Dans les années 90, la majeure partie de l’Europe du Sud-Est est restée marquée par
des économies relativement sous-développées et davantage affaiblies par les conflits liés à
l’éclatement de la Yougoslavie et par tous les problèmes découlant de ces violences : corruption,
fermeture des frontières et dirigisme économique. Le retour de la stabilité dans les Balkans a
cependant permis aux gouvernements de la région d’entamer des réformes substantielles,
conçues pour ouvrir la voie à une adhésion à terme à l’UE. Parallèlement, les quatre pays de la
Communauté des Etats indépendants (CEI) de la région ECO Bélarus, Moldova, Russie et
Ukraine
2
ont adopté des approches assez différentes en matière de réformes économiques et
de relations économiques extérieures. Au sein de la CEI, l’Etat assume un rôle beaucoup plus
important dans la vie économique nationale que ce n’est le cas dans les autres pays ECO. Les
vestiges de l’économie dirigée y sont plus apparents, la marge de manœuvre des acteurs
économiques autonomes y est plus étroite et ces marchés sont généralement moins ouverts aux
opportunités économiques mondiales.
5. La diversité manifeste des expériences, des cultures et des structures économiques
implique de profondes divergences quant aux impacts de la crise économique mondiale et aux
réactions politiques dans l’ensemble de l’Europe centrale et orientale.
A. COMMENT LA CRISE A DEVASTE LA REGION
6. De nombreuses sources attestent que la crise des liquidités a débuté aux Etats-Unis, sur le
marché hypothécaire des subprimes, au cours de l’été 2007. Alors que les liquidités se tarissaient
et que le coût des emprunts à court terme enflait, les investisseurs fortement endettés étaient
contraints de se désengager, en retirant leurs capitaux des placements les plus risqués pour
acquitter leurs obligations ou pour privilégier des placements plus sûrs, tels que le dollar américain
et les matières premières. Cela a provoqué une formidable volatilité des prix dans de nombreuses
classes d’actifs et sur les marchés financiers. Très vite, cette volatilité s’est propagée aux marchés
européens des capitaux, car de nombreuses grandes banques européennes détenaient des avoirs
sur les marchés américains des valeurs mobilières. Les banques occidentales qui avaient
massivement investi en Europe centrale et orientale retirèrent leurs capitaux de la région afin de
préserver leurs bilans dans leur pays d’origine, mais cet exode demeura relativement limité dans
un premier temps, c’est-à-dire tout au long du premier semestre 2008. Les pays baltes ont
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L’Ukraine n’est pas membre, au sens strict du terme, de la Communauté des Etats indépendants, car
le parlement ukrainien n’a pas ratifié le traité instaurant la CEI. L’Ukraine participe néanmoins à cette
Communauté en tant que membre de facto à part entière.
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toutefois fait exception à la règle. En effet, leur taux de croissance vertigineux, largement financé
par un afflux massif de capitaux étrangers, avait créé une bulle financière qui avait déjà
commencé à se dégonfler fin 2007. Quoi qu’il en soit, avec l’effondrement de plusieurs grandes
firmes américaines en septembre 2008 (Lehman Brothers, AIG et la Bank of America), la crise
des liquidités s’est muée en une crise financière et économique mondiale généralisée dans la
majeure partie de la région.
7. Alors que les incertitudes semaient le trouble sur les marchés financiers du monde entier au
cours du dernier trimestre 2008, l’Europe centrale et orientale fut confrontée à « l’arrêt brutal » des
prêts bancaires. (BERD, 2009) La situation empira lorsque la contraction de la demande
occidentale de produits importés pénalisa les programmes de production de biens ECO destinés à
l’exportation. La rareté des capitaux et l’accroissement des primes de risque pour l’obtention de
nouveaux capitaux avaient également déclenché une hausse brutale des coûts du crédit pour les
gouvernements et le secteur privé de la région. De 2007 à 2009, les investissements nets en
Europe centrale et orientale passèrent soudain d’un niveau record de 255 milliards de dollars à
20 milliards de dollars environ, soit une chute de plus de 90%. (CEE-ONU, 2010)
3
Les
exportations de biens et de services s’effondrèrent brutalement, fin 2008 et début 2009. Un
rapport de la CEE-ONU indique que la valeur des exportations de la région ECO s’est ainsi
contractée de 27,5% en 2009, tandis que la valeur totale de ses importations a diminué de pas
moins de 30%. (CEE-ONU, 2010)
8. Dans une région fortement tributaire des marchés étrangers, il n’a fallu que peu de temps
pour que ces contractions provoquent de graves difficultés. Le chômage a connu une
augmentation vertigineuse, les pertes d’emplois les plus nombreuses étant enregistrées dans les
secteurs à plus forte valeur ajoutée. Pour les quinze pays qui peuvent fournir des statistiques, la
moyenne non pondérée du chômage officiel est passée de 9,5% à 12,6% entre le premier
trimestre 2009 et le premier trimestre 2010. (EIU, 2010) Ces chiffres masquent cependant
d’importantes disparités régionales. C’est ainsi, par exemple, que les trois pays baltes ont connu
plus qu’un doublement de leur taux de chômage, qui est passé de 6,3% en 2008 à 16,8% au
premier trimestre 2010 (moyenne non pondérée). Bien que l’on constate actuellement des signes
de reprise dans toute la région ECO, le chômage s’y accroît, une situation qui génère des tensions
budgétaires et politiques.
9. Il est important de noter dans quels secteurs sont survenues ces pertes d’emplois. Dans
l’ensemble de la région, la production industrielle et la construction ont connu un recul plus rapide
que tout autre secteur et ont donc enregistré le plus grand nombre de pertes d’emplois. Bien que
ceci soit le résultat logique de la contraction des marchés à l’exportation et du resserrement du
crédit, cela signifie que de nombreux travailleurs qualifiés figurent parmi les plus gravement
touchés par la crise.
10. Les retombées économiques (de la crise) sont passées de manière presque imperceptible
des marchés financiers aux marchés d’exportation, puis à la production industrielle. En fin de
compte, aucun secteur du marché du travail n’a été épargné. Les gouvernements nationaux ont
cherché à faire face à la crise et à raviver la flamme économique qui avait animé la région
pendant dix ans. Certains d’entre eux ont commencé à corriger les faiblesses les ayant rendus si
vulnérables au récent ralentissement économique mondial. Sur tout le continent européen et en
Amérique du Nord, les réactions politiques optimales n’ont toutefois pas toujours été évidentes et
continuent à susciter des différends. Alors que, d’une part, l’effondrement de la consommation
privée et des investissements alimente les demandes en faveur d’un accroissement des dépenses
budgétaires de type keynésien afin de combler le fossé de la demande globale, la montée en
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Ces données concernent les 17 pays d’Europe centrale et orientale fournissant des chiffres, des
données actualisées faisant défaut pour l’ex-République yougoslave de Macédoine, le Monténégro et
la Serbie.
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