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I. INTRODUCTION
1. Les conditions économiques dans les vingt pays qui composent l’Europe centrale et
orientale
(ECO) se sont fortement dégradées lors de la récente crise financière et économique
mondiale. Bien que ces économies en transition aient en grande partie échappé au resserrement
du crédit initial provoqué par l’effondrement du marché des « subprimes » aux Etats-Unis durant le
premier semestre 2008, aucune d’elles n’a pu éviter la contraction des flux financiers et des
échanges commerciaux qui a suivi l’implosion de Lehman Brothers en septembre 2008. Les plus
récentes estimations relatives aux produits intérieurs bruts réels pour 2009 indiquent d’ailleurs que
seuls l’Albanie, le Bélarus et la Pologne ont évité une contraction généralisée de leur économie,
alors que le PIB de la région dans son ensemble reculait de 6,2% par rapport à l’année
précédente. (FMI, 2010c) Ces contractions sont survenues après près d’une décennie de progrès
économique marqué, dans plusieurs cas, par une croissance spectaculaire. Cet incroyable revers
de fortune a rapidement suscité des préoccupations quant à la vitalité économique fondamentale
de la région, tout en agitant le spectre de désordres sociaux et en incitant à se poser des
questions quant à la future orientation des réformes politiques et économiques dans nombre de
ces pays. (Banque mondiale, 2010) Fort heureusement, dès le début 2010, l’Europe centrale et
orientale a retrouvé un minimum de stabilité, même si de graves problèmes subsistent. La région
dans son ensemble demeure par ailleurs vulnérable à un nouveau ralentissement économique
mondial, si celui-ci devait survenir.
2. L’apparition tardive mais spectaculaire de la crise en Europe centrale et orientale peut être
attribuée à la fois à l’origine de cette crise sur les marchés des capitaux occidentaux et à la forte
dépendance de la région envers les marchés extérieurs et les capitaux étrangers. L’épicentre
lointain de la crise a, dans un premier temps, permis aux investisseurs étrangers de préserver
l’engagement de leurs capitaux sur les marchés de l’Europe centrale et orientale. Hormis les pays
baltes, la région a réalisé des bénéfices au cours des trois premiers trimestres 2008. L’Europe
centrale et orientale n’est toutefois pas sortie indemne de la première phase de la crise : de
juillet 2007 à septembre 2008, la création de crédits et les flux de capitaux étrangers vers la région
ont, comme il fallait s’y attendre, commencé à ralentir, sans toutefois exercer initialement un
impact majeur sur la croissance économique. D’après la Banque européenne pour la
reconstruction et le développement (BERD), « la principale raison pour laquelle ces signes ne se
sont pas manifestés par une diminution de la production dans la plupart des pays avant le second
trimestre 2008 s’explique par la poursuite de l’expansion des exportations ». (BERD, 2009) Les
données trimestrielles de l’EIU (Economist Intelligence Unit) le corroborent. Bien que le taux du
crédit dans la région ait nettement ralenti au cours des neuf premiers mois de 2008, les
exportations et les importations n’ont commencé à se tasser qu’au dernier trimestre.
Malheureusement, lorsque la crise financière a fini par frapper de plein fouet l’Europe centrale et
orientale, elle a atteint à la fois les économies financières et réelles de la région de manière
dévastatrice, provoquant l’évaporation simultanée des capitaux étrangers et de la demande
étrangère. Cela explique pourquoi, à partir de fin 2008, « l’activité économique s’est rapidement
contractée, presque sans décalage». (BERD, 2009 : 11)
3. La crise économique et financière a également frappé plus durement l’Europe centrale et
orientale que la plupart des autres régions émergentes et en développement. (Banque mondiale,
2010) Cela est dû, principalement, aux structures économiques, à l’histoire et à la position
géopolitique uniques de l’Europe centrale et orientale. L’héritage laissé par le communisme à ces
pays les place d’ailleurs dans une catégorie analytique particulière, même si – le temps passant –
L’Albanie, le Bélarus, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, l’Estonie, l’ex-République
yougoslave de Macédoine*, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Moldova, le Monténégro, la Pologne,
la République tchèque, la Roumanie, la Russie, la Serbie, la Slovaquie, la Slovénie et l’Ukraine.
* La Turquie reconnaît la République de Macédoine sous son nom constitutionnel.