Extrait de la revue En Question, n°98 – septembre 2011 – du Centre

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Extrait de la revue En Question, n°98 – septembre 2011 – du Centre AVEC
www.centreavec.be
Voir le sommaire du numéro à la fin de ce document
Le développement durable, un concept multiforme
Par Claire Wiliquet, chargée de formation et de communication au Centre Avec
Sociologue et économiste, David Petit est chargé d’éducation au développement à la FUCID 1.
Son travail consiste à sensibiliser les étudiants des Facultés de Namur aux thématiques qui
touchent les pays du Sud. L’engagement de David est également local puisqu’il s’investit
dans le Réseau de Consommateurs Responsables2. Il a accepté de nous rencontrer pour nous
partager sa réflexion sur le concept du développement durable.
Le développement durable, qu’est-ce que c’est ? D’où vient ce concept ?
Le concept de développement durable émerge avec le rapport Brundtland3 en 1987. Il part du
constat que le développement tel qu’il se pratique à cette époque n’est pas durable, pas
tenable – c’est d’ailleurs toujours le cas maintenant. Il fallait donc trouver une voie qui intègre
la dimension environnementale pour ne pas compromettre le développement des générations
futures.
La définition que l’on donne le plus souvent du développement durable est un développement
qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la satisfaction des
besoins des générations futures. Cette définition soulève au moins deux questions essentielles.
Celle des besoins : quels sont nos besoins et quels seront les besoins des générations futures ?
Et celle de la finitude de la planète : nos actes, notre consommation actuelle, influencent les
capacités de satisfaction des besoins des générations futures.
Le développement durable repose sur trois piliers : le pilier écologique, le pilier social et le
pilier économique. Ces trois piliers sont souvent représentés comme trois ensembles qui
s’entrecroisent ; le développement durable se réaliserait à leur intersection. Il y a donc un
compromis qui doit se faire entre les dimensions sociale, écologique et économique d’une
pratique de développement.
Dans la pratique, comment s’articulent les dimensions sociale, environnementale et
économique ?
Avec l’émergence du développement durable, on a essentiellement rajouté des éléments
écologiques à des pratiques de développement qui sont toujours avant tout pensées de façon
économique, matérialiste. La dimension sociale est le plus souvent laissée de côté. Par
exemple, quand un groupe – une famille, une entreprise,… – veut adopter une démarche de
1
Le Forum Universitaire pour la Coopération Internationale au Développement (FUCID) est une ONG
universitaire liée aux Facultés de Namur (www.fucid.be).
2
Ce réseau a pour objectif de soutenir la création d’initiatives de consommation responsable telles que les
groupes d’achat commun, les réseaux d’échange de savoirs et/ou de services, les « donneries », les potagers
collectifs,… www.asblrcr.be
3
Rapport publié par la commission mondiale sur l’environnement et le développement des Nations Unies (voir
le site : http://www.un-documents.net/wced-ocf.htm).
développement durable, il va chercher à faire des économies d’énergie. Ces groupes se posent
rarement la question de l’allocation du bénéfice financier qu’amène cette économie. Si cette
économie sert à acheter une voiture ou une télévision, il y a un non sens écologique.
Pour illustrer la différence entre un développement plus écologique mais qui reste dans une
logique économique et un développement qui sort de cette logique, on peut prendre l’exemple
de la consommation de produits issus de l’agriculture biologique. La production et la
distribution de ces produits dans un supermarché restent dans une logique économique où le
producteur est peu considéré. Par contre, dans un groupe d’achat commun4, la dimension
sociale est remise au centre. Les consommateurs connaissent et soutiennent le producteur. Dès
lors, c’est moins le label qui importe que cette relation qui se noue. Les deux démarches sont
écologiques mais l’une est sociale, l’autre pas.
Pour moi, le problème principal du développement actuel est que la sphère économique a pris
de plus en plus de place au point de ne plus être un moyen au service d’objectifs sociaux mais
un objectif en soi. Or, c’est le développement social qui devrait être primordial. Dans cette
perspective, l’écologie est le social de demain, quant à l’économie, elle doit être au service du
social et non une fin en soi.
On ne peut mettre les trois dimensions sur un pied d’égalité : si le social doit être une fin en
soi l’économique ne peut pas l’être. Quant à l’écologie, certains considèrent que la
préservation de la biodiversité peut être un but en soi indépendamment des services que cela
va rendre aux générations futures. Cela pose la question de mettre uniquement l’humain au
centre ou pas. Si on prend la préservation de l’environnement comme fin en soi, sans la
subordonner au social, cela peut aussi être dangereux.
Vous disiez que le développement tel qu’il a été pensé initialement n’est pas tenable. Quelle
est cette conception du développement ? De quelle façon le concept de développement
durable remet-il en cause le développement classique ?
Dès son origine, le concept de développement a été lié à l’économie, au développement
matériel. Dans le discours de Truman5, où le concept de développement a été utilisé pour la
première fois, il parle de pays développés et de pays sous-développés dans le sens matériel du
terme. Cette signification est encore très présente dans nos imaginaires aujourd’hui. Si on
prend le terme développement dans cette optique uniquement économique, alors le concept de
développement durable est un oxymore car la logique du profit ne va pas dans le sens de
l’environnement et du social.
Si le concept de développement durable remet en question un modèle de développement
uniquement économique en se contentant de proposer des pistes pour d’autres pratiques, le
paradigme d’un développement matérialiste n’est pas profondément remis en cause. Il s’agit
toujours d’une conception économique du développement où l’on a tenté d’annexer des
dimensions écologiques. Il n’y a pas eu de remise en cause de la croissance. Il faudrait revoir
entièrement et de façon radicale le paradigme de développement.
Pour plus d’information sur les groupes d’achat commun voir : Les groupes d’achat commun, une initiative
socialement juste et écologiquement durable, analyse du Centre Avec, janvier 2011. www.centreavec.be
5
20 janvier 1949 : dans son discours d'investiture, Truman utilise pour la première fois le terme « sousdéveloppé » pour justifier l'aide aux pays sous-développés dans le cadre de la lutte contre le communisme.
4
Croissance et développement durable, cela vous semble inconciliable ?
Pour commencer, il faut faire la différence entre, d’une part, la croissance économique
comme phénomène comptable, c’est-à-dire la croissance du PIB, qui en soi n’est pas un mal.
Et d’autre part, la logique de croissance à tout prix, que l’on pourrait appeler le croissantisme.
C’est une logique qui s’impose à tous les niveaux de notre vie, dans toutes nos pratiques de la
vie quotidienne et plus généralement dans toute la société, si bien qu’il est difficile d’en sortir.
Pourtant, la croissance montre des limites évidentes qui se traduisent par des dégradations
sociales et environnementales. Alors que le PIB ne cesse d’augmenter, on constate que le
fossé entre riches et pauvres se creuse. De plus, dans les pays riches les indicateurs de bienêtre ainsi que des indicateurs sociaux tels que la santé, l’éducation, l’espérance de vie à la
naissance,… au mieux stagnent et au pire chutent.
Bien entendu, une amélioration matérielle dans les pays pauvres amène une augmentation du
bien-être, mais dès qu’un certain niveau est atteint, ces indicateurs n’augmentent plus : la
hausse du PIB cesse d’augmenter le bien-être. A partir d’un moment, la croissance n’est donc
plus un moyen d’améliorer le social6.
Un bel exemple est celui de la France qui, il y a environ 40 ans, était durable au niveau de
l’empreinte écologique. A l’époque, la population mondiale aurait pu avoir le niveau de vie
des Français sans qu’il y ait de désastre écologique. Le niveau de vie des Français à cette
époque était déjà très bon. A partir de là, on aurait pu imaginer une amélioration du social par
une meilleure répartition des richesses, l’assurance de l’accès aux droits fondamentaux pour
tous,… tout en maintenant le même niveau économique et la même empreinte écologique. Cet
exemple n’appelle pas à un retour en arrière mais plutôt à mettre en place une réflexion pour
sortir de la logique de croissance. Dans cette perspective, on peut par exemple accepter des
nouvelles technologies mais seulement si elles servent le social et/ou l’environnemental, et
non pas si elles ont uniquement un but économique.
Aujourd’hui, dans un système croissantiste, s’il y a une diminution de la croissance, il y a une
crise. Cela vient du fait que nous avons une mentalité croissantiste qui repose sur la
consommation. C’est d’ailleurs tout un métier de parvenir à créer des besoins là où ils ne sont
pas. On y parvient notamment en poussant des mécanismes d’imitation et de distinction basés
sur la consommation. Considérant mon niveau de richesse personnel, je me suis rendu compte
l’an dernier que j’étais dans une situation contradictoire : je faisais à la fois partie des 20% des
Belges les plus pauvres et à la fois des 10% des personnes les plus riches au monde. J’en
comprends que notre société d’accumulation sans fin crée plus de frustration que de bien-être
et qu’elle est « à côté de la plaque ». Le développement durable ne peut se réaliser dans cette
logique croissantiste.
Comment mettre en place un développement durable ?
A mon sens, le développement durable se fait à trois niveaux. Au niveau individuel d’abord,
ce que l’on fait chez soi, dans sa famille. Si la logique croissantiste imprègne toute notre vie,
la mise en pratique d’un développement durable passe alors par un questionnement personnel
et un changement de soi. En ce qui me concerne par exemple, j’évite de regarder la télévision
et d’aller dans des supermarchés, je connais et je parle à mes voisins,… les gens ont trop
souvent tendance à réduire les gestes individuels à des gestes écologiques. Pour ce niveau
6
Voir notamment : Prospérité sans croissance, Tim Jackson, Bruxelles, De Boeck, 2010.
individuel d’un réel développement durable, je trouve le plus d’inspiration dans la simplicité
volontaire. Il s’agit de vivre plus simplement matériellement pour laisser la place à une vie
plus riche en terme relationnel, spirituel, avoir plus de temps pour soi,… chacun utilise
comme il veut ce temps libéré. La simplicité volontaire amène un cercle vertueux où vivre
simplement conduit à réduire sa consommation et donc à réduire son empreinte écologique.
Un second niveau où doit se mettre en œuvre le développement durable est le niveau politique
à l’échelle d’un pays ou d’une région. Enfin, il y a un niveau intermédiaire, le niveau des
initiatives locales qui remettent la consommation à sa juste place dans nos vies. Par exemple
dans un SEL7, les gens se connaissent, ils sont autonomes. Ils réalisent une consommation en
dehors de la logique croissantiste. Ces initiatives permettent la sensibilisation et l’ouverture
d’une réflexion sur un autre développement. Par cette expérience dans l’action, et non
simplement dans des discours savants, ces personnes sont capables de penser un
développement à une échelle supérieure.
Pour conclure, quelles sont les forces et les faiblesses du concept de développement durable ?
La faiblesse du concept est de ne pas avoir remis fondamentalement en cause le paradigme du
développement croissantiste. Le flou du concept permet à tout le monde de dire qu’il fait du
développement durable. Toutes les entreprises ont aujourd’hui un responsable développement
durable, cela sert surtout à améliorer leur image de marque, on est donc toujours dans un
système où l’économie subordonne l’écologie et le social. Cependant, même si les piliers
écologique et social restent subordonnés à l’économique, même si le concept a parfois été
récupéré, il est consensuel et fédérateur. Ce concept a permis de faire comprendre la nécessité
d’intégrer le pilier écologique dans notre société, il a permis de rassembler les gens pour
interpeller les pouvoirs publics et les entreprises. Enfin, il a permis une grande
sensibilisation : à 12 ans, je ne savais pas qu’une voiture polluait et maintenant personne n’en
doute même plus. Il y a donc une évolution positive des mentalités.
Sommaire de En Question n°98 – septembre 2011
Penser l’espace autrement
03 ÉDITORIAL
Par Guy COSSEE de MAULDE
04 COMMUNICATION
04 • L’extrême droite : émergence d’une nouvelle génération autour des thèmes identitaires
Par Jean-Yves CAMUS
07 • Le développement durable, un concept multiforme . Entretien avec David Petit
Par Claire WILIQUET
10 • Les potagers collectifs : un panier de cultures…
Par Xavier LEROY
Service d’Echange Local : réseau d’échange de service où une heure de service donné donne droit à une heure
de service reçu et ce quel que soit le service.
7
13 DOSSIER
Penser l’espace autrement
13 • Villes en transition : vers une économie conviviale post-pétrole
Par Claire WILIQUET
17 • Vivrons-nous demain en écovillages ?
Par Charlotte LUYCKX
21 • L’avenir est dans les quartiers. Entretien avec Oliver Jung
Par Oliver JUNG
25 • Penser le territoire autrement ? Quelles réponses apporte l'enseignement de l'architecture et de
l'urbanisme ?
Par Roger HAGELSTEIN
30 CARTE DE VISITE
30 Le Début des Haricots
31 CHOIX DE LIVRES
32 EXPRESSION
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