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Contrairement aux Grecs, qui ne les considéraient pas comme des parties du
discours, les grammairiens latins, à la suite de Quintilien, tiennent les interjections et les
exclamations pour une catégorie de mots propre
qui, sur le plan formel, se rapprochent
des adverbes et, sur le plan fonctionnel, servent à faire passer des émotions
. Du point de
vue de la syntaxe, les interjections sont la classe de mots la plus libre, car elles sont
presque toutes indépendantes d’une autre partie du discours. Elles se trouvent ainsi,
intrinsèquement, en dehors de la structure, qu’elles s’emploient isolées ou incises dans
une phrase. Les interjections n’étant pas l’expression de concepts séparés, mais bien de
pensées entières, elles apparaissent seulement dans des contextes déterminés en fonction
de la situation de parole. Elles indiquent l’état d’esprit du locuteur, lui permettent
d’exercer une fonction conative sur l’interlocuteur ou l’aident à établir ou à maintenir le
contact (fonction phatique). Dans ces éléments porteurs d’une lourde charge affective,
l’émotion passe avant l’organisation. La Cena est un texte caractéristique à cet égard, car
cet épisode se présente comme un « vaste spectacle audio-visuel », comme le définit F.
Biville
, où l’on s’exclame beaucoup, parfois de façon très bruyante. Les exclamations
primaires à structure phonétique brève et signifiante sont totalement indépendantes au
point que, se suffisant à elles-mêmes, elles sont aptes à former le tout d’un énoncé : heu
heu
, exprimant le regret ou l’inquiétude [44, 12 (Ganymède) et 64, 3 (Trimalchion)
],
au au, la surprise [56, 13 (Fortunata)
], io Saturnalia, avec un nom propre interjectif [58,
2 (un convive)], uah, la peine [58, 12 (un convive)]) et les formules de serment par les
dieux comme mehercules (43, 2)
. On trouve aussi des interjections enchâssées dans la
structure.
[7a] (37, 9 [Herméros]) familia uero babae babae, non mehercules puto decumam
partem esse quae dominum suum nouerit
« quant à sa maisonnée – oh ! là là ! – je
crois bien par Hercule qu’il n’y en a pas le dixième qui connaisse son maître ».
L’interjection géminée emphatique d’origine grecque
babae babae, qui marque
l’étonnement, rompt la structure normale de la construction et fait ainsi obstacle au
développement naturel de la pensée et de son expression linguistique. Elle met en relief
un autre élément hors structure, le syntagme nominal familia, un nominatiuus pendens
syntaxiquement marqué, qu’elle isole du reste de la proposition, sans pronom de rappel
subséquent
. Tour familier et oral, le nominatiuus pendens confère de la vivacité à
F. BIVILLE (1996a) ; G. GRAFFI (1996).
M. Plotius Sacerdos, GL, VI, 447, 2 Keil (cf. TLL, VII/1, 2201).
F. BIVILLE (2003 : 38).
On trouve un cas de heu inséré dans la phrase chez Martial, I, 3, 3.
Sur la gémination de l’interjection, A. DELL’ERA (1970 : 171).
A. DELL’ERA (1970 : 173).
H. PETERSMANN (1977 : 108-109).
A. ERNOUT, Fr. THOMAS (1953² : 12).
M.G. CAVALCA (2001 : 37-38).
Comparer avec Bell. Afr. 25, 1 (sans reprise anaphorique).