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conduit au remplacement progressif de la quasi-totalité des chaînes d’immunoglobulines
monoclonales murines par des structures humaines réduisant considérablement le potentiel
immunogène de ces biomédicaments. Les suffixes momab, ximab, mumab, zumab retracent
les progrès effectués dans la production respectivement d'anticorps monoclonaux murins,
chimériques, humanisés puis humains (Figure 1). A chaque progrès, la diminution de
l'immunogénicité de ces biomédicaments a augmenté leur durée d'action et leur efficacité in
vivo.
Cependant, quel que soit le degré d’humanisation, et même si l’anticorps dérive de gènes
d’immunoglobulines humains, l’idiotype reste issu d’une recombinaison génétique unique et
garde un certain potentiel d’immunogénicité. Autrement dit, tout anticorps humain reste
immunogène, ne serait-ce que par son idiotype.
Par ailleurs, dès l’utilisation d’anticorps monoclonaux murins modifiés pour posséder une
portion Fchumaine, la diminution de l’immunogénicité a été accompagnée de nouvelles
propriétés de ces biomédicaments. En effet, cette portion Fc entraîne une augmentation de
la demi-vie de l’anticorps par liaison aux récepteurs FcRn, et le recrutement d’effecteurs de
l’immunité par liaison au C1q et/ou aux récepteurs FcR des cellules cytotoxiques ou
phagocytaires. Ces propriétés pharmacologiques intéressantes sont également exploitées
dans toutes les protéines de fusion comportant un Fc humain. A noter que les médicaments
de ce type se terminent par le suffixe cept.
III-Anticorps thérapeutiques neutralisants
Si l’anticorps se lie à l’antigène avec suffisamment d’affinité et que l’épitope reconnu
concerne un site critique dans la fonction de l’antigène-cible, l’anticorps exerce une action de
neutralisation. Cette neutralisation concerne des cibles antigéniques solubles, comme des
toxines ou des cytokines, ou des virus ou des récepteurs de virus. Le biomédicament
empêche alors l’interaction entre ces molécules ou ces virus et leur cible cellulaire.
Les immunoglobulines anti-tétaniques, qui sont des IgG humaines polyclonales sont encore
largement utilisées pour la neutralisation de ces toxines microbiennes. Il existe également
une IgG1 monoclonale anti-toxine du bacille du charbon qui pourrait être utile en cas
d’attaque bioterroriste (raxibacumab).
En ce qui concerne la prévention des infections virales, il existe des préparations
polyclonales d’IgG humaines à teneur garantie en anticorps neutralisants anti-hépatite B ou
en anticorps anti-virus de la varicelle. Un anticorps monoclonal neutralisant, le palivizumab,
est dirigé contre la protéine F du virus respiratoire syncytial. Ces anticorps ont une visée
prophylactique, et il est donc important qu’ils aient une demi-vie longue, ce qui explique qu’il
s’agisse d’IgG entières.