Mondialisation Globalisation - Site de la promo DESS CI 2002

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INTRODUCTION
L'accélération du phénomène d'internationalisation des économies occidentales,
l'insertion de nombreux pays nouvellement industrialisés dans l'économie mondiale et la place de
plus en plus prépondérante des firmes multinationales dans les relations économiques
internationales sont autant d'éléments qui marquent l'avènement de la mondialisation-
globalisation.
Mais, le terme même de mondialisation est aujourd'hui trop souvent galvaudé et le
phénomène parfois méconnu, tenu pour responsable d'une bonne partie des maux économiques et
sociaux qui frappent notre société.
Il convient donc d'expliquer ce que recouvre ellement le concept de mondialisation et
en quoi il se distingue de celui de globalisation.
Nous nous attacherons ensuite à montrer que cette dynamique puise sa particularité dans
la nouvelle logique stratégique des acteurs majeurs de la globalisation : à savoir, les grandes
firmes industrielles et/ou financières.
Enfin, nous tenterons d'aborder les limites du phénomène et présenterons la montée d'un
mouvement citoyen anti-mondialisation dans le but de créer au niveau mondial, un "espace
démocratique".
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I/ Le concept de mondialisation
La mondialisation est un processus d'extension de l'interdépendance à l'ensemble de la
planète en 3 étapes. Elle débute avec l'internationalisation au cours de laquelle les Etats
développent les flux d'exportation. Elle se poursuit par la multinationalisation qui multiplie
investissements et implantations à l'étranger, et doit, en théorie, s'achever par la globalisation qui
met en place un espace mondial de production et un réseau planétaire d'informations.
A. L'économie internationale
Elle correspond à une phase spécifique de l'histoire du capitalisme prenant naissance au
16ème siècle et s'achevant au début des années 60.
Au cours de cette phase, les marchés nationaux largement protégés, voire régulés par les
Etats, constituent la base première de l'accumulation du capital. L'échange tout comme
l'investissement international reste fondé pour l'essentiel sur des critères de complémentarité.
L'internationalisation a pour but les échanges de biens et services entre les Etats-Nations. Les
délocalisations permettent donc, par exemple, de développer les exportations et importations de
produits rares, et non pas de profiter d'un coût du travail plus bas sur un marché étranger.
L'économiste Charles-Albert Michalet explique en substance que le partage des
marchés à l'échelle mondiale est d'abord un partage des sources de matières premières pour
satisfaire les besoins d'une industrialisation européenne en plein essor.
C'est l'ère de la banalisation de la production de masse en vue d'obtenir des économies
d'échelle. La stratégie des firmes est celle de la pénétration des marchés.
Cependant l'économie internationale est loin d'être l'application parfaite des théories du
libéralisme économique. Bien au contraire, le protectionnisme règne en maître, le libre-échange
est perçu comme une menace pour l'autonomie économique des Etats, hostiles aux
investissements. Et ni le secteur privé, ni l'esprit d'entreprise et la rentabilité ne sont vraiment
privilégiés, ce qui va être radicalement remis en cause dès le début des années 60 avec la
multinationalisation.
B. L'économie multinationale
Comme son nom l'indique, cette logique économique se base sur l'apparition des firmes
multinationales (FMN) et leur rôle prépondérant à côté des Etats-Nations.
Les systèmes productifs deviennent multinationaux, les FMN privilégient les flux
d'investissements directs à l'étranger, les échanges intra-firmes croissent. Il devient plus
percutant dans ce contexte de parler de PNB que PIB. Les délocalisations demeurent cependant
des substitutions aux exportations car la production des filiales étrangères, appelées filiales
relais, est essentiellement destinée et surtout adaptée aux marchés locaux.
C'est d'ailleurs en raison de l'aggravation des mesures protectionnistes que
l'investissement direct s'avère nécessaire. Les entreprises découvrent en effet qu'une fois établies
dans le pays d'accueil, les barrières protectionnistes imposées par les Etats leur servent à se
protéger de la concurrence.
Mais l'économie multinationale est également l'espoir pour les pays en voie de
développement de s'industrialiser un jour en mettant fin à l'échange inégal inhérent à la
dynamique d'internationalisation.
En France, cette période se traduit par de fortes concentrations et fusions encouragées et
même aidées par l'Etat pour constituer des "Champions nationaux" qui deviendront
multinationaux grâce aux IDE.
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Les relations entre maison mère et filiale sont verticales, les profits générés vont
directement à la maison mère.
Les FMN, bien plus rentables que les firmes nationales, définissent des stratégies
communes à leurs filiales étrangères dans un univers de concurrence de concurrence
oligopolistique. C'est justement cette idée de faire du "domestique à l'étranger" qui va être
bouleversée par la phase suivante, celle de l'économie globale.
C. L’économie globale
a/ Origines
Cette dynamique de la mondialisation s’inscrit à la suite de l’exportation, de
l’internationalisation et de la multinationalisation, comme une stratégie de conquête des marchés
extérieurs dès les années 80 jusqu’à nos jours. A l’origine de ce processus, on retrouve des
facteurs d’environnement tels que l’évolution de la technologie (ou ce que Michalet appelle
« déréglementation » avec l’amélioration de la diffusion de l’information au niveau mondial) et
de la concurrence. Déclenchée par la libéralisation des échanges et l’intégration économique au
niveau mondial (ex : Uruguay Round, OMC, ALENA), la globalisation est aussi liée à la
demande et aux marchés (globalisation de l’offre, homogénéisation de la demande, suppression
du contrôle des prix et des salaires, amélioration de la communication, des transports). De plus,
elle est indissociable du retrait de l’Etat dans l’économie par le biais de privatisations et donc
d’une extension du secteur privé.
Enfin, l’économie globale trouve son origine dans la recherche de la compétitivité. En effet, les
firmes vont chercher à réaliser des économies d’échelle et à accroître leur parts de marché de
façon à réduire leurs coûts. A cette recherche s’ajoutent le niveau de recherche et de
développement, un rapport qualité-prix important et l’évolution de la concurrence. Les firmes
doivent mettre en place des stratégies globales car leur position concurrentielle varie d’un pays à
un autre : elles doivent répondre à des demandes différentes et donc doivent décentraliser ou
« décloisonner » leurs activités stratégiques. Cependant, l’entreprise ne doit négliger aucun de
ses marchés pour ne pas perdre ses clients. Il est important de proposer une offre importante sur
le marché global.
b/ Une prédominance de la dimension financière
Aujourd’hui l’économie globale revêt de plus en plus un caractère financier. Ceci est dû à
la crise qu’a connu la multinationalisation dans les années 70 suite aux chocs pétroliers et à la
crise de la dette dans les pays en voie de développement. Les banques font appel aux pays
industrialisés, mais ce sont les Etats-Unis qui retirent une grande masse de capitaux.
Après la fin du système de Bretton Woods, on s’intéresse à l’idée d’un marché de
capitaux unique. Les Etats vont accélérer la libéralisation financière, et aux anciens acteurs de la
globalisation, firmes industrielles ou financières, vont s’ajouter les banques qui vont faire
l’interface entre les firmes et le marché des capitaux. Phihon considère une dimension
supplémentaire par rapport à Michalet d’un point de vue financier : la sintermédiation. Selon
lui, pour être globale, une économie doit avoir une mobilité parfaite des capitaux sur un marché
unique sans contraintes temporelles ni géographiques. On verra dans la deuxième partie
comment les firmes vont adoptées des stratégies en fonction des concepts de la sphère financière.
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c/ Vers quels concepts tend l’économie globale ?
Les quatre mots-clés que l’on doit retenir sont : exacerbation de la concurrence,
dépérissement des Etats-Nations et apparition de nouvelles formes de régionalisation et
« glocalisation ».En effet, l’économie globale s’inscrit dans une optique de concurrence accrue
entre les firmes ce qui se répercute sur les territoires qui tentent de les attirer pour qu’elles s’y
implantent. D’un autre côté, on se rend compte que cette globalisation n’est pas forcément
mondiale en ce sens certaines firmes multinationales s’implantent à l’étranger mais restent
nationales en ce sens elles laissent leur capital et leur recherche et développement sur leur
territoire national. De plus, aujourd’hui, le mot « glocalisation » est de plus en plus présent. On
entend par ce mot la formation de grands ensembles régionaux (exemple : ALENA) dans le but
d’une intégration économique dans une zone plus vaste. Le rôle des Etats n’a plus lieu d’être,
l’heure est à l’émergence de nouveaux territoires. Suivant ce principe, les firmes combineraient
leurs avantages comparatifs avec leur compétitivité sur le marché mondial.
Afin de mieux appréhender la réactions des firmes face à cette dynamique de
globalisation, nous allons étudier les différentes stratégies qu’elles ont mis en place.
II/ La globalisation : une nouvelle donne pour les firmes
La globalisation a eu un impact certain sur l’évolution des firmes. Les entreprises ont subi
de profondes transformations organisationnelles. Se sont d’autre part transformées leurs
manières de produire, de distribuer des biens et services, de financer leurs activités, de privilégier
le commerce, investissement financier ou investissement direct (leur manière d’opter pour la
croissance interne ou l’acquisition ou fusion d’entreprises, de localiser leurs activités dans
différents pays). Face à la globalisation de l’économie, les entreprises ont effectivement adopté
de nouvelles stratégies. Si bien qu’aujourd’hui on parle d’entreprises globalisées et de stratégies
globales qui leur sont propres.
Et dans ce sens, quelles sont les stratégies utilisées par ces entreprises globalisées? En
quoi les stratégies mises en œuvre par ces dernières se distinguent de celles adoptées par les
entreprises durant les étapes précédentes de la mondialisation (précédemment décrites) soit
l’internationalisation, et la multinationalisation ? Enfin, quelles sont les modifications que ces
entreprises ont subies en terme d’organisation et de gestion des compétences?
A ces questions il semble difficile de répondre de façon assurée. Plusieurs théories ont
essayé d’expliquer la multinatinationalisation des firmes, leur motivation à exporter ou à investir
à l’étranger (Vernon, Dunning…), mais aucune n’explique réellement les décisions stratégiques
prises par les firmes globales. Certains auteurs ont également tenté de faire un portrait de
l’entreprise globale et de sa stratégie. Reste que ces approches sont parfois bien différentes. C’est
pourquoi, nous allons tenter d’énoncer ici les principales caractéristiques d’une entreprise
globalisée et d’une stratégie globale en présentant deux grandes approches de l’entreprise
globale soit celle de C.A. Michalet, et celle de R.Reich, sans oublier de faire référence à des
penseurs comme M. Porter ou Bernard Lassudrie Duchêne. Enfin, nous présenterons comme
exemple type de firme globale l’entreprise FORD.
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A. L’entreprise globale selon MICHALET (professeur d’économie à paris
dauphine et membre de l’IRI CGEMP…)
Michalet distingue trois étapes de la mondialisation. De la même façon, il distingue trois
types de stratégies d’entreprises : la stratégie d’accès aux ressources naturelles caractérisant les
entreprises internationales, la stratégie de marché qui est apparue dans le contexte d’économie
multinationale. Enfin, la troisième stratégie que Michalet expose est celle de la minimisation des
coûts apparue dans les années 80 avec l’émergence de la globalisation. Aussi, c’est cette dernière
stratégie que nous allons à présent étudier.
a/ La stratégie de minimisation des coûts de l’entreprise globale :
Face à la montée de la concurrence, l’objectif des entreprises n’est plus l’accès au marché
(comme cela était le cas au début du siècle) mais la recherche de la compétitivité. Les entreprises
souhaitent renforcer leur compétitivité ; et cela en minimisant leurs coûts. D’autre part,
comparativement à l’entreprise multinationale, l’entreprise globale ne vise plus la production
pour le marché local mais pour le marché mondial. La vision de M. Porter (82) recoupe cette
approche. Elle oppose les stratégies multinationales et les stratégies globales. Les stratégies
multinationales consistent à produire sur plusieurs marchés nationaux des biens adaptés à chaque
marché. La production des filiales n’est donc pas spécialisée. Chaque filiale est un centre de
profit en soi qui entretient des relations verticales avec la maison mère mais non avec les autres
filiales. A l’inverse la stratégie globale vise à unifier la gamme de produits au niveau mondial et
à faire de chaque filiale une unité spécialisée dans la fabrication d’un composant particulier du
produit fin. Ces filiales sont appelées filiales ateliers par opposition aux filiales relais de la
multinationalisation et, le choix de leur localisation vise à faire coïncider leur fonction de
production avec les dotations factorielles des pays d’accueil . Rejoignant cette conception de
l’entreprise globale, Bernard Lassudrie Duchêne parle de décomposition internationale des
processus productifs (DIPP). Pour résumer, afin de renforcer sa compétitivité, l’entreprise
globale adopte selon Michalet une stratégie de minimisation des coûts qui passe par l’utilisation
des facteurs de production à bas prix et la réalisation d’économies d’échelle (économies
d’échelle engendrées par la spécialisation des filiales)
b/ Organisation de l’entreprise globale :
Les entreprises globales ont également une organisation qui diffère de celles des entreprises
traditionnelles. En terme d’organisation, l’approche de Michalet porte essentiellement sur les
relations entre la maison mère et ses filiales. Les filiales sont devenues étroitement
interdépendantes. La stratégie de minimisation des coûts génère effectivement un réseau
internalisé (technologies, produits, savoir circulent entre les unités du groupe). D’autre part, pour
la gestion des activités internationales, c’est le modèle multidivisionnel qui semble être adopté
au sein de l’entreprise globale.
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