
GESTUALITÉ DE LA CONNAISSANCE G. Olivier
Licence 3 Cours de Neuropsychologie, Janvier 2010 1
Plan détaillé du cours téléchargeable sur :
http://portail.unice.fr/jahia/Jahia/engineName/logout/pid/11745?engine_params=logout
PREAMBULE : Objectif du cours = présenter une alternative à la métaphore cerveau/système de traitement de l’information.
1. L’idée de gestualité de la connaissance et une illustration expérimentale :
« La connaissance n’est pas dans le fruit mais dans l’acte de le cueillir » Saint Bernard.
Expérience des polygones à perspective réversible. Face à une même « réalité optique », ce que
les sujets reconnaissent dépend de ce qu’ils ont « cueilli » du regard.
2. Ambitions « métaphysiques » de la neuropsychologie : La neuropsychologie peut être
définie comme l’étude des corrélations existant entre le déroulement d’un comportement du sujet
sur l’objet et les activations cérébrales qui accompagnent le déroulement de ce comportement.
Exemple des 2 consciences perceptives distinctes face à une même réalité optique. Métaphysique
= étude des relations entre réalité et pensée. Le « nœud du monde » de Schopenhauer.
« Ambitions métaphysiques » de la neuropsychologie: expliquer la conscience.
3. Tentatives de défaire le nœud du monde : La tentative de Freud dans l’esquisse d’une
psychologie scientifique. Schéma du refoulement. Problème des neurones observateurs, d’après
Sulloway. Magnéto encéphalographie (MEG) : distribution et simultanéité des activations
corrélées. Expérience de la concurrence binoculaire. Présence du stimulus = augmentation de
l’activité ; plutôt partie postérieure. Conscience perceptive corrélée avec l’émergence
simultanée d’activations distribuées sur l’ensemble de la surface du cortex. Elles
correspondent à un instantané du mouvement cérébral.
I. LE MOUVEMENT CÉRÉBRAL GLOBAL
1. Illustration et définition : Succession des états globaux d’activation cérébrale, caractérisée par certaines propriétés.
2. Notions préalables :
a. Représentation autoréférentielle : Dans le cadre d’une représentation alloréférentielle, un objet (toile du peintre) représente un
autre objet (montagne) situé ailleurs dans l’espace. Représentation autoréférentielle et métaphore de la fin de représentation théâtrale.
Un mouvement présent (2ème salut au public) re-présente sa répétition passée (1er salut au public). Le mouvement (salut au public) se
représente lui-même. Dans le cadre d’une représentation alloréférentielle, ce qui est représenté (la montagne) est ailleurs dans le
l’espace. Alors que dans le cadre d’une représentation autoréférentielle, ce qui est représenté (le 1er salut au public) est ailleurs dans
le temps.
b. Autopoïèse : Métaphore du mouvement de l’eau de pluie sur les flancs de la montagne. Mouvement passé de l’eau de pluie a creusé
des ravines. Le mouvement présent de l’eau de pluie est guidé par les ravines que les mouvements passés de l’eau de pluie ont
creusées. Le mouvement présent est donc guidé par des traces qu’il a lui-même créées dans le passé. Des sources de variations
externes (i.e., éboulements bouchant une partie des ravines) peuvent entrainer des modifications locales du ruissèlement de l’eau de
pluie. Ce mouvement modifié de l’eau de pluie crée une nouvelle trace dans le sol qui guidera les écoulements futurs de l’eau de
pluie. Sous l’influence de sources de variations externes, le ruissèlement de l’eau de pluie modifie à chaque répétition la trace qui
guidera ses répétitions futures. Il se modifie ainsi lui-même en permanence. Ce mouvement est autopoïétique.
c. Clôture opérationnelle : Métaphore du système S composé de cellules. Les cellules sont connectées réciproquement à des
« voisins », cellules proches ou lointaines. Le système ne peut communiquer avec l’extérieur que par l’intermédiaire d’un sas
d’entrée. Certaines cellules du système S sont connectées à des cellules du sas d’entrée, mais ces « voisins » du sas d’entrée sont
connectés uniquement dans le sens SasSystème. Les cellules du système et du sas peuvent être soit activées, soit inactivées. Le
contact avec un élément extérieur active une cellule du sas d’entrée. L’activation de la cellule du sas « entre » dans le système.
Qu’elle est la conséquence dans le système de l’entrée d’une activation venant du sas ? Si le système est ouvert, l’activation se
déplace à l’intérieur du système. L’entrée rapprochée de plusieurs activations successives entraine un continuum d’états globaux
d’activation du système. Ce continuum est déterminé par les déplacements des activations entrées par le sas. Si le système est clos,
l’état d’activation d’une cellule est déterminé par des règles locales de voisinage simples (dépendant au Tps « t » du nombre de
voisins activés et du nombre de voisins inactivés). L’important à retenir est que le continuum d’états globaux d’activation est
entièrement déterminé par les règles locales de voisinage, autrement dit, entièrement déterminé par les influences réciproques de
cellules entre elles. Par convention, on appellera ce mouvement entièrement déterminé par des règles locales, un mouvement global
(système clos). Le mouvement global se distingue des déplacements internes des activations entrées à l’intérieur d’un système ouvert.
Dans un système clos, que devient l’activation venue de « l’extérieur » et entrée par le sas? Elle influence localement le mouvement
global par l’activation de la cellule du système S connectée unilatéralement au sas. Un système fonctionnant ainsi est dit en clôture
opérationnelle.
3. La représentation autoréférentielle cérébrale : La représentation cérébrale est-elle alloréférentielle ou auto référentielle ? Si l’on
considère qu’elle est alloréférentielle, alors des informations concernant l’objet présent rentrent dans le cerveau (par le thalamus) et
se déplacent à l’intérieur du cerveau (par exemple vers le cortex occipital) puis vers le cortex temporal pour y être comparées à des
prototypes mnésiques. Ce prototype mnésique est un objet mental qui représente à l’intérieur du cerveau un objet du monde se
trouvant à l’extérieur du cerveau. Notons que dans ce cas, le système nerveux central est considéré comme un système ouvert.
Si l’on considère qu’elle est autoréférentielle, alors on part de l’activité perceptive du sujet sur l’objet du monde extérieur. Cette
activité perceptive s’accompagne d’un mouvement cérébral qui se déroule dans un système nerveux central considéré comme un
système clos. Les répétitions antérieures de ce mouvement cérébral ont laissé une trace : un marquage synaptique entre les neurones
concernés. Le mouvement cérébral présent réactive cette trace (un noyau dynamique). Le mouvement cérébral se re-présente lui-
Figure 1. L’acte de cueillir
le fruit de la connaissance.