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Histoire de France par Jacques Bainville

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Jacques Bainville, Histoire de France
Chapitre I. Pendant cinq cents ans, la Gaule partage la vie de Rome
Les Gaulois, indigènes ou venus du nord et d’outre-Rhin, se sont mêlés aux Ligures et aux Ibères. La
France est de fait, depuis l’origine, un espace diversifié qui présente une grande variété sous tous les
aspects. Cette diversité est renforcée par une géographie que Bainville juge imparfaite. La situation du
pays l’écartèle entre les Flandres, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Si elle s’ouvre à la fois sur l’océan
et sur la mer, ses frontières maritimes sont trop étendues pour être facilement défendues.
La France doit ce qu’elle est à la conquête romaine, facilitée par les divisions de la Gaule et des Gaulois,
qui ne parviennent au mieux qu’à former des coalitions temporaires autour de Vercingétorix. Mis à
part leur valeur guerrière, les Gaulois reçoivent de Rome l’essentiel de leurs apports civilisationnels.
Déjà pénétrés par la civilisation gréco-romaine, notamment grâce aux échanges commerciaux, ils
savent s’imprégner de la civilisation romaine et partagent pleinement la vie de Rome.
Selon Bainville, la présence romaine protège également la Gaule contre les peuples germaniques.
Marius avait déjà repoussé les Cimbres et les Teutons une cinquantaine d’années avant que César ne
prenne la menace germanique comme prétexte pour entreprendre la conquête des Gaules. De concert
avec Rome, la Gaule doit continuellement repousser les incursions germaniques jusqu’à l’époque des
grandes invasions. Cette collaboration trouve son illustration la plus célèbre dans la bataille des Champs
Catalauniques, en 451, au cours de laquelle Romains et Gallo-Romains triomphent des Huns d’Attila
avec l’aide des Francs et des Goths.
Les Francs, d’abord auxiliaires des Romains, sont appelés à jouer un rôle majeur au moment du déclin
de l’Empire. Installés sur les principales routes d’invasion qui mènent vers Paris, ils occupent une
position stratégique. De plus, demeurés païens, ils se distinguent des autres peuples barbares installés
en Gaule, majoritairement convertis à l’arianisme, doctrine combattue par l’Église. Orpheline de
l’Empire romain, l’Église se rapproche alors des Francs, qui finissent par se convertir à la foi catholique.
La monarchie franque remplace progressivement l’Empire romain. Jacques Bainville considère ce
moment comme l’acte fondateur de la France en tant que telle.
Chapitre II. L’essai mérovingien
Protecteur des catholiques et vainqueur des barbares ariens, Clovis (481-511) acquiert une légitimité
renforcée par les insignes consulaires que lui envoie l’empereur Anastase depuis Constantinople. Il
achève également l’unité des Francs en éliminant plusieurs chefs de tribus franques restés païens et
peu disposés à lui obéir. Il n’y a donc pas lieu de parler de conquête, mais plutôt d’alliance puis de
fusion entre Francs et Gallo-Romains. Les traditions gallo-romaines l’emportent même largement sur
les traditions franques, notamment dans les domaines de la langue et du droit. L’administration
demeure en grande partie aux mains des Gallo-Romains et ce sont davantage les Francs qui doivent
s’adapter à ces nouvelles règles juridiques et politiques.
Cette monarchie franque conserve toutefois une coutume qui ne cesse de la fragiliser jusqu’au VIIIe
siècle : le partage du royaume entre les fils du roi. Coexistent alors la Neustrie, l’Austrasie, la Bourgogne
et l’Aquitaine. La faide royale oppose durablement, entre 570 et 613, la Neustrie de Chilpéric à
l’Austrasie de Sigebert. Le règne de Clotaire II (613-629) rétablit une certaine unité, mais celle-ci est
déjà largement entamée par les privilèges et les immunités que les grands personnages du royaume
ont obtenus. Clotaire II et Dagobert (629-639) apparaissent ainsi comme les deux derniers grands rois
mérovingiens. Par la suite, les divisions successorales et l’habitude prise par les grands du royaume de
désobéir au pouvoir central contribuent à forger l’image de rois impuissants. Dans le même temps,
profitant notamment des minorités royales, les maires du palais d’Austrasie deviennent de plus en plus
puissants.
Face à la déliquescence de la dynastie mérovingienne émerge une famille de plus en plus influente,
étroitement liée à la fonction de maire du palais d’Austrasie. La situation géographique de l’Austrasie,
véritable rempart chrétien face aux Germains encore païens, permet, comme cela avait été le cas pour
Clovis, d’envisager une restauration de l’unité de la Gaule. S’opère alors une concentration progressive
du pouvoir au profit des maires du palais, tandis que l’historiographie carolingienne qualifie
rétrospectivement les derniers souverains mérovingiens de « rois fainéants ». Toutefois, si le pouvoir
se concentre en Austrasie, les rapports de force en Neustrie et en Bourgogne ne permettent pas encore
un changement de dynastie.
C’est finalement le rôle joué par Charles Martel dans la défense du royaume contre les invasions qui
marque une nouvelle étape dans l’affirmation des Carolingiens. Après avoir vaincu les révoltés
neustriens et les Saxons, il remporte la bataille de Poitiers contre les Arabes en 732. Il ne remplace
toutefois pas le roi mérovingien et partage lui-même ses États entre ses deux fils, Carloman et Pépin.
Ces derniers achèvent le renversement de la dynastie mérovingienne. Carloman abdique finalement
pour se retirer dans la vie religieuse et laisse le champ libre à son frère Pépin (751-768). Celui-ci
bénéficie du soutien du pape Zacharie qui, se souvenant des services rendus par Charles Martel à la
papauté, estime que le titre de roi doit revenir à celui qui exerce effectivement le pouvoir.
Chapitre III. Grandeur et décadence des Carolingiens
La nouvelle dynastie s’impose sans résistance. Pépin noue une alliance étroite avec la papauté en
assurant sa défense contre les Lombards, posant ainsi les bases de la relation privilégiée entre la France,
future « fille aînée de l’Église », et le Saint-Siège. Cette alliance répond également à une ambition plus
vaste : la reconstitution d’un Empire d’Occident.
Charlemagne (768-814) peut mener à bien ce projet après la mort de son frère Carloman en 771. En
Italie, il vainc les Lombards tandis qu’en Germanie il pousse ses conquêtes plus loin qu’aucun Romain
avant lui. Il apparaît ainsi comme le César de la Germanie barbare, mais selon des modalités très
différentes de celles de Rome. Alors que les Gaulois avaient largement accepté la civilisation romaine,
les Germains conservent notamment leur langue et leurs particularismes. Leur christianisation et leur
civilisation s’effectuent donc largement sous la contrainte.
Couronné empereur en 800, Charlemagne cherche également à organiser le gouvernement et la
société de son vaste empire. Il consacre ainsi le système féodal, né des siècles d’anarchie qui ont suivi
la chute de l’Empire romain. À la tête de cette hiérarchie, l’empereur délègue une partie de son autorité
en concédant des portions de son domaine à ses fidèles, à l’origine des fiefs. Toutefois, cet empire
apparaît trop vaste et rassemble trop de peuples en voie de nationalisation pour pouvoir durer aussi
longtemps que l’Empire romain.
Le règne de son fils, Louis le Pieux (814-840), est marqué par les révoltes et les conspirations. À deux
reprises, il est même renversé. À sa mort, ses trois fils se disputent son héritage. Lothaire entend
préserver l’unité impériale, tandis que ses frères défendent leurs propres intérêts. Cette rivalité conduit
au traité de Verdun de 843 qui partage l’empire, l’absence de primogéniture étant le mal originel des
Francs.
L’empire est alors divisé en trois ensembles : la Francie occidentale revient à Charles le Chauve, la
Francie médiane à Lothaire et la Francie orientale à Louis le Germanique. Selon Bainville, cette
répartition marque une évolution décisive. Louis devient progressivement un roi allemand, tandis que
Charles se « nationalise » et apparaît comme un roi français. La séparation entre les espaces français
et allemand, appelée à structurer durablement l’histoire européenne, est ainsi engagée.
Chapitre IV. La révolution de 987 et l’avènement des Capétiens
Les invasions sarrasines et normandes du Xe siècle contribuent à discréditer profondément le pouvoir
royal, qui apparaît désormais comme une autorité fictive dont on n’attend plus de protection. Dans le
même temps, l’organisation féodale héritée de l’époque carolingienne se désagrège. Les souverainetés
se multiplient et le pouvoir se morcelle entre une multitude de seigneurs locaux. Cette fragmentation
est largement acceptée par les populations, dont la principale préoccupation est de trouver un
protecteur capable d’assurer leur sécurité, quitte à accepter la dépendance personnelle et parfois le
servage. La féodalité cesse ainsi d’être un système hiérarchisé dominé par une autorité supérieure
pour devenir un ensemble de pouvoirs concurrents. L’éclatement de la souveraineté rompt l’unité
politique du royaume et nourrit de nombreuses rivalités entre seigneurs. Bainville voit dans cette
dispersion du pouvoir l’une des causes profondes des difficultés futures du royaume et notamment de
la guerre de Cent Ans.
Malgré cet affaiblissement général, les Carolingiens conservent encore un important prestige
dynastique. Comme les Carolingiens avant eux, les Capétiens doivent cependant leur ascension aux
services rendus dans la lutte contre les envahisseurs. Robert le Fort, considéré comme le fondateur de
la maison capétienne, s’illustre dans la lutte contre les Normands. Son fils Eudes renforce encore cette
réputation en défendant Paris contre ces mêmes adversaires. Élu roi en 888, il choisit toutefois, à sa
mort, de favoriser la restauration de la dynastie carolingienne avec Charles le Simple (898-922),
préférant ne pas exposer sa maison au risque d’être écrasée par une coalition des grands du royaume.
La disparition successive de Lothaire puis de son fils Louis fournit finalement à la famille capétienne
l’occasion qu’elle attend depuis la mort d’Eudes. En 987, Hugues Capet (987-996) est élu roi face à
Charles de Lorraine, dernier prétendant carolingien de premier plan. Cette élection marque une
véritable révolution politique : une nouvelle dynastie succède aux Carolingiens tout en conservant le
principe de l’élection royale.
Toutefois, si Hugues Capet porte le titre de roi, son autorité réelle demeure limitée par la puissance des
grands féodaux et par la multiplication des souverainetés locales. Son principal succès consiste à faire
élire son fils de son vivant. Cette pratique transforme progressivement l’élection royale en simple
formalité et assure la transmission héréditaire de la couronne. La dynastie capétienne se trouve ainsi
solidement établie et est appelée à régner pendant près de huit siècles. Néanmoins, au moment de
son avènement, la monarchie reste encore fragile et doit composer avec des feudataires dont la
puissance rivalise souvent avec celle du roi lui-même.
Chapitre V. Pendant 340 ans, l’honorable maison capétienne règne de père en
fils
Pendant près d’un siècle, les premiers rois capétiens ne sont véritablement souverains que dans leur
propre principauté. Le domaine royal est largement limité à l’Île-de-France et demeure lui-même
couvert de châteaux qui cristallisent l’autorité de seigneurs locaux. Plus largement, la souveraineté du
roi est concurrencée par les grands princes territoriaux qui gouvernent leurs fiefs comme de véritables
États indépendants. Le règne de Louis VI (1108-1137) marque une première étape dans l’affirmation
de la royauté. Il s’attache à soumettre les seigneurs turbulents du domaine royal et à imposer son
autorité. Son successeur, Louis VII (1137-1180), poursuit cette œuvre mais doit faire face à un
adversaire autrement plus redoutable : le roi d’Angleterre. Celui-ci est également comte d’Anjou, duc
de Normandie et, par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, maître d’immenses territoires allant de
l’Aquitaine au Poitou.
Philippe II Auguste (1180-1223) consacre son règne à la lutte contre les Plantagenêts. En 1202, il
confisque les fiefs de Jean sans Terre au motif de ses manquements féodaux et entreprend la conquête
de la Normandie, qui redevient française. Cette politique atteint son apogée avec la victoire de
Bouvines en 1214 contre Jean sans Terre et l’empereur Otton IV. Bainville souligne l’importance de
cette victoire, obtenue notamment grâce au soutien des milices communales des villes du royaume.
Parallèlement, Philippe II Auguste renforce l’administration monarchique grâce à l’action de ses baillis,
chargés de représenter l’autorité royale dans les provinces. À sa mort, la monarchie est suffisamment
solide pour que son fils lui succède sans avoir été associé au trône de son vivant, ce qui consacre
définitivement le principe héréditaire.
Louis VIII (1223-1226) ne règne que brièvement et laisse le royaume à son fils Louis IX, âgé de onze ans.
Durant sa minorité, sa mère Blanche de Castille doit affronter plusieurs révoltes féodales afin de
préserver l’autorité royale. Le règne de Louis IX (1226-1270) s’inscrit dans une dimension à la fois
politique et spirituelle. Sa profonde piété le conduit à participer à deux croisades, dont les résultats
demeurent limités. Dans ses relations avec les Plantagenêts, il privilégie l’apaisement. Par le traité de
Paris de 1259, il restitue la Guyenne au roi d’Angleterre en échange de la reconnaissance de sa
suzeraineté, tandis que la Normandie, l’Anjou, le Maine et la Touraine restent définitivement intégrés
au royaume de France. Louis IX se distingue également comme législateur. Sous son règne se
développent les institutions d’une justice royale centralisée, notamment grâce au Parlement de Paris
et au renforcement de la justice d’appel.
Après le règne de Philippe III (1270-1285), principalement marqué par des expéditions en Espagne et
en Italie, Philippe IV le Bel (1285-1314) reprend la lutte contre les Plantagenêts et engage parallèlement
un conflit majeur avec la papauté. Le différend avec Édouard Ier d’Angleterre naît notamment de son
refus de remplir pleinement ses obligations féodales envers le roi de France. Malgré plusieurs
affrontements, notamment maritimes, le conflit s’achève par un accord qui réaffirme la suzeraineté du
roi de France sur les possessions anglaises du continent. L’opposition avec le pape Boniface VIII est plus
profonde encore. Philippe IV refuse les interventions pontificales qu’il considère comme des atteintes
à sa souveraineté. Le conflit dégénère en condamnations réciproques, menaces d’excommunication et
projets de déposition. L’épisode d’Anagni, marqué par l’arrestation temporaire du pape, précède la
mort de Boniface VIII.
La mort de Philippe IV le Bel met fin au « miracle capétien ». Ses trois fils se succèdent sur le trône :
Louis X (1314-1316), puis Philippe V (1316-1322), et enfin Charles IV (1322-1328). Aucun d’eux ne laisse
d’héritier mâle capable d’assurer la continuité directe de la dynastie. À la mort de Charles IV s’ouvre
alors une crise successorale majeure. La couronne revient à Philippe VI de Valois (1328-1350), cousin
du dernier roi capétien, inaugurant ainsi la dynastie des Valois. Cependant, Édouard III d’Angleterre,
petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle de France, revendique lui aussi la couronne. Cette
contestation dynastique ouvre une nouvelle période de l’histoire de France et constitue l’une des
causes immédiates de la guerre de Cent Ans.
Chapitre VI. La guerre de Cent Ans et les révolutions de Paris
Au début de la guerre de Cent Ans, la France dispose encore d’une armée féodale, fondée sur le service
des vassaux, tandis que celle d’Édouard III apparaît déjà plus moderne par son organisation et son
emploi de l’archerie. Le conflit débute sur mer et tourne rapidement à l’avantage des Anglais. En 1340,
la flotte française est anéantie à la bataille de l’Écluse, défaite que Bainville compare à Trafalgar. Dans
un premier temps, les succès anglais demeurent limités en Flandre et en Bretagne, mais ils progressent
rapidement en Normandie et menacent bientôt Paris. Philippe VI doit alors remonter précipitamment
de Guyenne pour livrer bataille à Crécy en 1346. La défaite française est sévère et ouvre la voie à la
prise de Calais par les Anglais après un long siège. Le conflit entre ensuite dans une période de trêves
successives, tandis que la monarchie doit faire face aux intrigues de Charles le Mauvais, roi de Navarre
et petit-fils de Louis X, qui s’estime lésé dans ses prétentions.
Jean II le Bon (1350-1364) rencontre de grandes difficultés pour financer la poursuite de la guerre.
L’impôt nécessite en effet le consentement des provinces et celui-ci n’est pas toujours obtenu,
notamment en Normandie, en Artois ou en Picardie. L’armée française, qui n’a guère évolué depuis
Crécy, subit une nouvelle défaite majeure à Poitiers en 1356. Plus grave encore, Jean II est fait
prisonnier et emmené en Angleterre. La captivité du roi provoque une véritable crise politique. Le
dauphin Charles, futur Charles V, devient lieutenant général du royaume et doit faire face à une
situation révolutionnaire. Le parti navarrais réclame la libération de Charles le Mauvais tandis que les
critiques contre la noblesse et le gouvernement se multiplient. À Paris, le prévôt des marchands Étienne
Marcel prend la tête de l’opposition. Après la libération de Charles le Mauvais, la tension atteint son
paroxysme lors de la journée du 22 février 1358. Étienne Marcel, accompagné d’une troupe armée,
adresse de vives remontrances au dauphin et fait assassiner sous ses yeux les maréchaux de
Champagne et de Normandie. Le régent demeure quelque temps sous la pression des insurgés avant
de parvenir à s’échapper de Paris. Alors que le dauphin organise le blocus de la capitale, le royaume
est frappé par une nouvelle crise avec l’éclatement de la Jacquerie. Finalement, Étienne Marcel est
assassiné en juillet 1358 et Paris se rallie au dauphin. Pour Bainville, cette épreuve joue un rôle décisif
dans la formation politique de Charles V, de la même manière que la Fronde marquera plus tard Louis
XIV.
Le traité de Brétigny-Calais de 1360 suspend provisoirement la guerre. La France conserve la
Normandie mais cède d’importants territoires du Sud-Ouest aux Plantagenêts. L’avènement de Charles
V (1364-1380) marque cependant le début d’un redressement spectaculaire. Le roi réorganise l’État,
restaure les finances et entreprend de reconstruire la puissance militaire du royaume. Avec l’aide de
son connétable Bertrand du Guesclin, il constitue une armée plus efficace en s’appuyant notamment
sur les compagnies de mercenaires. Il développe également une flotte de guerre et bénéficie du
concours naval de la Castille, son alliée. Refusant les grandes batailles qui avaient causé les désastres
de Crécy et de Poitiers, Charles V privilégie une stratégie d’usure. Progressivement, les Anglais perdent
la plupart de leurs conquêtes. À la mort du roi, en 1380, la situation du royaume est redevenue très
favorable et l’autorité monarchique apparaît solidement restaurée.
Le règne de Charles VI (1380-1422) voit cependant cet héritage progressivement compromis. La folie
du roi, qui se manifeste à partir de 1392, ouvre une longue période de luttes entre princes. Deux partis
rivaux se disputent alors le pouvoir : les Armagnacs, partisans du duc d’Orléans puis du comte
d’Armagnac, et les Bourguignons, dirigés par les ducs de Bourgogne. Jean sans Peur, duc de Bourgogne,
fait assassiner Louis d’Orléans en 1407, déclenchant une véritable guerre civile qui affaiblit
considérablement le royaume. Profitant de ces divisions, Henri V d’Angleterre reprend la guerre. En
1415, la bataille d’Azincourt se solde par une nouvelle catastrophe pour la noblesse française. Les
principales familles du royaume sont décimées et le pouvoir royal se trouve profondément affaibli.
Dans les années qui suivent, les Bourguignons se rapprochent des Anglais. L’assassinat de Jean sans
Peur sur le pont de Montereau en 1419 pousse même son fils Philippe le Bon à conclure une alliance
durable avec l’Angleterre. Cette situation conduit au traité de Troyes de 1420. Charles VI reconnaît
Henri V comme héritier de la couronne de France et lui donne sa fille Catherine en mariage. Le dauphin
Charles est exclu de la succession et déclaré illégitime. Toutefois, le destin bouleverse rapidement ces
arrangements. Henri V meurt en août 1422, quelques semaines avant Charles VI. Le trône revient alors
théoriquement à un enfant de quelques mois, Henri VI, ce qui fragilise considérablement la position
anglaise.
Charles VII (1422-1461), quatrième fils du roi fou, ne contrôle alors qu’une partie réduite du royaume.
Contesté par le traité de Troyes, il n’est reconnu que par une minorité de ses sujets tandis qu’une large
partie du territoire demeure sous domination anglaise ou bourguignonne. Il n’est qu’un prétendant
parmi d’autres. Le salut de la monarchie vient finalement d’Orléans. En 1429, alors que la ville est
assiégée par les Anglais, Jeanne d’Arc affirme agir sous l’inspiration divine pour délivrer le royaume et
conduire le dauphin au sacre. La levée du siège d’Orléans puis le sacre de Charles VII à Reims restaurent
la légitimité dynastique du souverain. Dès lors, la situation se renverse progressivement. Servi par les
divisions de ses adversaires, notamment pendant la minorité d’Henri VI, Charles VII reconquiert peu à
peu le royaume. La réconciliation avec le duc de Bourgogne par le traité d’Arras en 1435 isole les
Anglais. Les réformes militaires et fiscales du roi permettent ensuite la création d’une armée
permanente. La victoire de Castillon en 1453 met pratiquement fin à la guerre de Cent Ans et marque
le triomphe définitif de la monarchie française.
Chapitre VII. Louis XI : l’unité sauvée, l’ordre rétabli, la France reprend sa
marche en avant
Avant même son accession au trône, le futur Louis XI entretient des relations difficiles avec son père,
Charles VII. Ambitieux et impatient d’exercer le pouvoir, il participe à la Praguerie de 1440, révolte
menée par plusieurs grands seigneurs contre l’autorité royale. Bien que cette rébellion échoue, les
tensions persistent entre le roi et son fils. Louis est finalement éloigné du pouvoir et se réfugie quelque
temps auprès du duc de Bourgogne avant de succéder à son père en 1461. À son avènement, Louis XI
(1461-1483) hérite d’un royaume renforcé par l’œuvre de Charles VII, mais doit immédiatement
affronter la résistance des grands féodaux. Ceux-ci craignent l’affermissement de l’autorité
monarchique et forment en 1465 la Ligue du Bien public. Derrière le discours de défense des libertés
féodales, il s’agit essentiellement d’une coalition de princes hostiles à la centralisation royale. Parmi
eux figure le plus puissant de tous : Charles le Téméraire, duc de Bourgogne.
Le conflit entre Louis XI et Charles le Téméraire domine une grande partie du règne. Le duc de
Bourgogne cherche à constituer entre le royaume de France et l’Empire un vaste État indépendant
reliant ses possessions bourguignonnes aux Pays-Bas. Cette ambition menace directement l’unité du
royaume. Par la diplomatie, la patience et l’exploitation des rivalités locales, Louis XI parvient
progressivement à isoler son adversaire. La situation se dénoue en 1477 lorsque Charles le Téméraire
trouve la mort devant Nancy, en combattant René II, duc de Lorraine. La disparition du duc constitue
un tournant majeur. Une grande partie de ses possessions, notamment le duché de Bourgogne, revient
à la couronne de France. En revanche, les Pays-Bas bourguignons échappent au roi et passent à Marie
de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, qui épouse Maximilien de Habsbourg, fils de l’empereur
Frédéric III. Cette union prépare l’encerclement futur de la France par la maison de Habsbourg.
Sous le règne de Louis XI, le domaine royal s’agrandit considérablement. La monarchie récupère ou
rattache plusieurs territoires et réduit durablement la puissance des grands féodaux. À la fin du règne,
seule la maison de Bretagne conserve une véritable autonomie politique. L’œuvre essentielle de Louis
XI est ainsi d’avoir consolidé l’unité du royaume et rétabli l’autorité de l’État après les troubles de la
guerre de Cent Ans. À sa mort en 1483, Louis XI laisse pour héritier son fils Charles VIII, âgé de treize
ans. La régence est confiée à sa fille Anne de Beaujeu, qui fait preuve d’une grande habileté politique.
Malgré l’opposition des princes, elle parvient à maintenir l’autorité royale et à poursuivre l’œuvre de
son père. Anne de Beaujeu réalise également l’un des objectifs majeurs de la monarchie en obtenant
le rattachement de la Bretagne. Pour y parvenir, elle fait épouser Charles VIII à Anne de Bretagne,
héritière du duché. Cette décision implique de rompre les projets diplomatiques de Louis XI, qui avait
destiné le jeune roi à Marguerite d’Autriche, fille de Maximilien de Habsbourg et de Marie de
Bourgogne, dans l’espoir de récupérer l’Artois et la Franche-Comté. Elle nécessite également
l’annulation, avec l’appui du pape, du mariage par procuration conclu entre Anne de Bretagne et
Maximilien.
Charles VIII se retrouve ainsi à la tête d’un royaume pacifié et consolidé. L’Allemagne demeure
profondément divisée et l’Angleterre est affaiblie par les guerres des Deux-Roses. La France ne fait donc
face à aucune menace immédiate sur ses frontières. Le roi peut alors tourner son attention vers l’Italie
en faisant valoir les droits hérités de la maison d’Anjou sur le royaume de Naples. L’expédition de 1494
ouvre les guerres d’Italie. Charles VIII traverse la péninsule avec une facilité remarquable et s’empare
de Naples. Cependant, son succès provoque la formation d’une vaste coalition regroupant plusieurs
puissances italiennes, l’Espagne et l’Empire. Le roi doit abandonner ses conquêtes et regagner la
France, même s’il parvient à éviter l’anéantissement de son armée lors de la bataille de Fornoue en
1495. La mort accidentelle de Charles VIII en 1498, sans héritier survivant, met fin à la branche directe
des Valois. La couronne passe alors à son cousin Louis d’Orléans, arrière-petit-fils de Charles V, qui
devient Louis XII (1498-1515).
Le règne de Louis XII est marqué par une prospérité intérieure qui lui vaut une grande popularité. À
l’extérieur, il reprend les guerres d’Italie afin de faire valoir ses droits sur le duché de Milan puis sur le
royaume de Naples. Les succès initiaux sont importants, mais la France se heurte rapidement à
l’hostilité des autres puissances européennes. Malgré plusieurs revers, le royaume n’est jamais
réellement menacé d’invasion durable. Les difficultés sont finalement surmontées grâce à une
combinaison de succès militaires, d’accords diplomatiques et de compromis qui permettent à la
monarchie de préserver l’essentiel de sa puissance tout en poursuivant son affirmation sur la scène
européenne.
Chapitre VIII. François Ier et Henri II : la France échappe à l’hégémonie de
l’empire germanique
Neveu et successeur de Louis XII, François Ier (1515-1547) ouvre son règne par un éclatant succès
militaire. En 1515, la victoire de Marignan contre les Suisses lui permet de reprendre le contrôle du
duché de Milan et contribue à forger sa réputation de roi-chevalier. L’essentiel du règne de François Ier
est cependant dominé par sa rivalité avec Charles Quint. Ce dernier a réuni un ensemble territorial sans
précédent : héritier des Pays-Bas et des possessions autrichiennes des Habsbourg par son grand-père
Maximilien, il reçoit également l’Espagne, ses colonies et les royaumes italiens par sa mère. François
Ier doit ainsi affronter à plusieurs reprises l’Empire et l’Espagne de Charles Quint, souvent soutenus
par l’Angleterre d’Henri VIII. La situation atteint son point le plus critique en 1525 lors de la bataille de
Pavie. L’armée française est écrasée et le roi lui-même est fait prisonnier.
Malgré cette catastrophe, le royaume ne sombre ni dans l’anarchie ni dans la guerre civile. La régence
assurée par Louise de Savoie, mère du roi, maintient l’ordre et la continuité de l’État. Charles Quint
exige pour la libération du souverain des concessions considérables. Les projets évoqués prévoient
notamment l’abandon de la Normandie à l’Angleterre et la restitution des anciennes possessions
bourguignonnes à Charles Quint. Ces exigences apparaissent toutefois inacceptables pour la monarchie
française. Henri VIII finit par s’éloigner de l’alliance impériale, évolution facilitée par l’action
diplomatique et financière de la France. François Ier retrouve finalement la liberté en échange de la
remise de ses deux fils comme otages.
Face à la puissance des Habsbourg, le roi est conduit à rechercher des alliances inhabituelles. Il soutient
les princes protestants allemands lorsqu’ils s’opposent à Charles Quint et conclut également une
alliance avec l’Empire ottoman de Soliman le Magnifique. Cette politique suscite de nombreuses
critiques dans la chrétienté, car le roi très chrétien se retrouve allié à la fois à des princes en rupture
avec Rome et à une puissance musulmane.
Henri II (1547-1559) poursuit la lutte contre les Habsbourg avec détermination. Profitant des difficultés
de Charles Quint, il obtient plusieurs succès importants. En 1552, il intervient en Lorraine et s’empare
des Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun, positions stratégiques qui renforcent considérablement la
frontière orientale du royaume. Lorsque Charles Quint tente de reprendre Metz, il essuie un échec
retentissant devant la résistance organisée par François de Guise. Les dernières années du règne voient
également l’affaiblissement progressif de la puissance impériale. Charles Quint, épuisé par ses guerres
incessantes, abdique en 1556. Son immense héritage est partagé entre son fils Philippe II, qui reçoit
l’Espagne et les Pays-Bas, et son frère Ferdinand, qui obtient la dignité impériale.
Toutefois, au moment même où la menace extérieure recule, une crise intérieure se prépare. La
diffusion des idées protestantes entraîne l’apparition de profondes divisions religieuses. Deux grands
groupes commencent à se structurer autour de puissantes familles aristocratiques. Les Guise
apparaissent comme les principaux défenseurs du catholicisme. Ces oppositions se manifestent déjà
dans l’armée, à la cour et au sein de la magistrature. À la mort accidentelle d’Henri II en 1559, la
monarchie semble plus puissante que jamais sur le plan international. Pourtant, les tensions religieuses
et politiques qui traversent le royaume annoncent les guerres de Religion.
Chapitre IX. Les guerres civiles et religieuses remettent la France au bord de la
ruine
À la mort d’Henri II, la France se trouve divisée entre trois grands partis. Le parti catholique est dominé
par la puissante famille de Guise. Le parti protestant s’organise autour des princes de Bourbon,
notamment le roi de Navarre et le prince de Condé. Entre les deux se situe le parti des « politiques »,
influencé par Michel de L’Hospital et Catherine de Médicis, qui place la préservation de l’État et de
l’unité du royaume au-dessus des querelles confessionnelles. La mort prématurée de François II (15591560) en 1560 ouvre une période de régence exercée de fait par Catherine de Médicis, assistée du
chancelier Michel de L’Hospital, au nom du jeune Charles IX (1560-1574). Leur objectif est de rétablir
la paix civile par une politique de conciliation. Les protestants obtiennent ainsi plusieurs concessions,
ce qui suscite l’inquiétude et l’hostilité des catholiques. Les Guise sont momentanément écartés du
pouvoir tandis que le roi de Navarre est appelé à participer au gouvernement. Dans un contexte
économique difficile, L’Hospital cherche également à alléger les charges de l’État et à réformer
l’administration. Certaines mesures contribuent cependant à affaiblir l’autorité royale. La garde
écossaise est licenciée, les moyens de la force publique sont réduits et les pouvoirs des municipalités
sont renforcés. Selon l’interprétation reprise par Bainville, ces décisions ont davantage favorisé le
développement des partis qu’elles n’ont consolidé l’État. Michelet lui-même souligne que cette
politique a contribué à accroître les divisions au lieu de les résorber.
Les tensions religieuses dégénèrent rapidement en guerre civile. Le conflit attire bientôt les puissances
étrangères : l’Espagne soutient le parti catholique tandis que l’Angleterre apporte son concours aux
protestants. Peu à peu, le parti catholique acquiert une influence prépondérante. Le duc de Guise
parvient notamment à exercer une forte emprise sur la reine mère et sur le jeune roi. Toutefois, son
assassinat en 1563 modifie les rapports de force et redonne à Catherine de Médicis une plus grande
liberté d’action. La reine mère tente alors de restaurer un équilibre fragile. Sa politique peut se résumer
par une formule : le gouvernement aux catholiques et le respect de la légalité aux protestants. Cette
solution ne satisfait cependant pleinement aucun des deux camps. Les protestants, qui aspirent à
davantage de garanties et d’influence, multiplient les actes de résistance et parfois de rébellion. Face à
cette situation, la monarchie s’éloigne progressivement des positions conciliatrices de L’Hospital et se
rapproche de nouveau des Guise. La répression s’intensifie alors.
Charles IX entreprend pourtant une dernière tentative de rapprochement avec les protestants. La pièce
maîtresse de cette politique est le mariage de sa sœur Marguerite de Valois avec Henri de Navarre,
principal chef du parti huguenot. Cette union doit symboliser la réconciliation du royaume et associer
durablement la monarchie aux protestants. Cependant, quelques jours après le mariage survient le
massacre de la Saint-Barthélemy, en août 1572. Plusieurs facteurs expliquent cet événement. La
présence à Paris d’un grand nombre de chefs protestants à l’occasion des noces royales joue un rôle
essentiel. S’y ajoute la volonté de vengeance des Guise contre l’amiral de Coligny, qu’ils considèrent
responsable de l’assassinat du duc François de Guise quelques années plus tôt. Craignant également
une réaction protestante après l’attentat manqué contre Coligny, le pouvoir royal décide finalement de
frapper les principaux chefs huguenots.
Le massacre s’étend rapidement de Paris aux provinces. Aux tueries s’ajoutent de nombreuses
conversions forcées et abjurations. Henri de Navarre lui-même est contraint d’abjurer temporairement
le protestantisme pour sauver sa vie. Pour Bainville, cet épisode marque l’échec définitif de la politique
de rapprochement menée par Charles IX. La Saint-Barthélemy transforme également le parti
protestant. Débarrassé de plusieurs de ses éléments les plus modérés et les plus proches de la
monarchie, il tend à se radicaliser. Les théories de résistance au pouvoir royal se développent davantage
et le conflit religieux prend une dimension politique de plus en plus marquée. La tentative de
collaboration entre la monarchie et les huguenots, engagée sous Charles IX, apparaît alors
définitivement compromise.
Henri III (1574-1589), frère et successeur de Charles IX, tente à son tour d’apaiser les tensions entre la
monarchie, les catholiques et les protestants. Cette politique de conciliation provoque cependant
l’hostilité d’une partie des catholiques. Ceux-ci se constituent progressivement en un véritable parti
politique : la Ligue catholique, dirigée par Henri de Guise. La monarchie se trouve alors affaiblie dans
un royaume ravagé par la guerre civile. Le roi ne contrôle plus pleinement son autorité. La Ligue
acquiert une puissance considérable et concurrence directement le pouvoir royal. Henri de Guise
apparaît même plus influent que le roi lui-même. Face à cette situation, Henri III envisage de supprimer
son rival, même si Henri de Guise pense le roi incapable d’un tel acte. Pourtant, il est assassiné en
décembre 1588. Son frère, le cardinal de Guise, est exécuté peu après.
La disparition d’Henri de Guise ne met pas fin à la Ligue. Celle-ci survit à son chef et poursuit la lutte
contre la monarchie. Henri III se retrouve alors isolé. Pour combattre la Ligue, il se rapproche
définitivement du parti huguenot et s’allie à Henri de Navarre, chef des protestants et héritier légitime
de la couronne. En août 1589, Henri III est mortellement poignardé par le moine ligueur Jacques
Clément. Avant sa mort, il reconnaît Henri de Navarre comme son successeur. À sa disparition, la
dynastie des Valois s’éteint tandis qu’Henri de Navarre devient Henri IV, premier roi de la maison de
Bourbon.
Chapitre XI. Henri IV restaure la monarchie et relève l’État
Henri IV (1589-1610) est loin de faire l’unanimité lorsqu’il accède au trône. Ancien chef du parti
huguenot, il suscite la méfiance des protestants qui craignent son rapprochement avec les catholiques.
Il est surtout rejeté par les ligueurs, qui refusent de reconnaître un roi protestant. La monarchie doit
alors reconquérir un royaume profondément désorganisé par près de quarante années de guerres
civiles. De nombreuses villes, dont Paris, échappent encore à son autorité et sont contrôlées par la
Ligue.
Henri IV parvient à s’imposer en trois étapes. Il abjure le protestantisme en 1593 afin de devenir
catholique. Il est ensuite sacré roi à Chartres en 1594, Reims étant aux mains de ses adversaires. Enfin,
il obtient du pape Clément VIII son absolution en 1595. Son statut de catholique, son sacre et le pardon
pontifical privent ses adversaires de tout argument sérieux contre sa légitimité.
Une fois sa position consolidée, Henri IV s’attache à rétablir la paix dans le royaume. En avril 1598, l’édit
de Nantes accorde aux protestants des garanties religieuses, judiciaires et militaires. Henri IV rétablit
également la paix à l’extérieur face à l’Espagne de Philippe II au travers de la paix de Vervins, signée en
mai 1598.
Chapitre XI. Louis XIII et Richelieu : la lutte nationale contre la maison
d’Autriche
L’assassinat d’Henri IV en 1610 fait craindre le retour de la guerre civile du fait de la minorité de Louis
XIII (1610-1643). La régence de Marie de Médicis s’attache toutefois à maintenir l’ordre intérieur en
respectant l’édit de Nantes. À l’extérieur, elle cherche à préserver la paix en concluant un
rapprochement avec l’Espagne. Cette politique se concrétise par le mariage de Louis XIII avec Anne
d’Autriche, infante d’Espagne. Les princes protestants prennent cette alliance avec l’Espagne
catholique pour prétexte afin de contester le gouvernement. Ils s’allient à plusieurs grands seigneurs
du royaume et réclament la convocation des États généraux. Pour désamorcer la crise, Marie de
Médicis distribue pensions et faveurs aux principaux opposants tout en convoquant les États généraux
de 1614. Ceux-ci se réunissent alors que Louis XIII est devenu majeur, ce qui contribue à renforcer
l’autorité monarchique.
Le principal conseiller de la régente, Concino Concini, devient rapidement très impopulaire. Convaincu
que Concini nuit à son autorité, Louis XIII décide de s’en débarrasser. Avec l’appui du duc de Luynes, il
fait arrêter puis tuer Concini en 1617. Après la mort du duc de Luynes, le cardinal de Richelieu entre au
Conseil du roi en 1624. Il en devient rapidement la figure dominante. Au moment où éclate la guerre
de Trente Ans, la lutte contre la maison d’Autriche redevient l’enjeu majeur de la politique française.
Toutefois, Richelieu refuse dans un premier temps d’engager directement la France dans le conflit. Sa
priorité est de rétablir pleinement l’autorité royale à l’intérieur du royaume.
Richelieu s’attaque d’abord au parti huguenot, qui conserve encore des places fortes et une
organisation politique propre. Après plusieurs campagnes, notamment le siège de La Rochelle, la
résistance protestante est définitivement brisée. La paix d’Alès et l’édit de grâce de Nîmes de 1629
maintiennent la liberté de culte accordée par l’édit de Nantes mais suppriment les privilèges politiques
et militaires des protestants. Le cardinal s’impose ensuite face aux grands du royaume. La Journée des
Dupes, en 1630, marque une étape décisive. Marie de Médicis tente alors d’obtenir son renvoi, mais
Louis XIII choisit finalement de maintenir sa confiance à Richelieu. Dès lors, son autorité devient
incontestable.
Ce n’est qu’en 1635 que la France entre officiellement dans la guerre de Trente Ans. Jusqu’alors, elle
s’était limitée à soutenir financièrement et militairement les ennemis de la maison d’Autriche,
notamment les princes protestants allemands et la Suède. Les débuts de la guerre sont difficiles, mais
la situation évolue progressivement en faveur de la France. Les armées françaises remportent alors
plusieurs succès contre les Habsbourg sur différents fronts : dans les Pays-Bas espagnols, en FrancheComté, en Allemagne et contre l’Espagne elle-même. À la mort de Richelieu en 1642 puis de Louis XIII
en 1643, la position de la France est solidement rétablie. Les succès militaires obtenus depuis plusieurs
années assurent désormais l’avantage au royaume. Cette évolution est consacrée par les traités de
Westphalie de 1648. La France sort renforcée du conflit tandis que l’autorité de l’empereur sur
l’Allemagne est considérablement affaiblie. Le Saint-Empire demeure morcelé en une multitude d’États
largement autonomes, réunis au sein de la Diète impériale.
Chapitre XII. La leçon de la Fronde
La Fronde débute en 1648 à l’initiative du Parlement de Paris. Il s’agit là d’une révolte parlementaire
dirigée contre la politique de Mazarin et les mesures fiscales imposées par le gouvernement. Le
Parlement multiplie les remontrances et cherche à limiter l’autorité royale. L’arrestation de plusieurs
parlementaires parisiens, notamment Pierre Broussel, provoque une vive réaction de la population.
Paris se couvre alors de barricades lors de la journée des Barricades d’août 1648. Cette agitation
marque le début de la Fronde parlementaire (1648-1649). Face à la révolte, la monarchie est contrainte
à plusieurs reprises de quitter Paris.
Cependant, le mouvement évolue rapidement. À la contestation des magistrats succède celle des
grands princes du royaume. Cette seconde phase, appelée Fronde des princes (1650-1653), voit de
grands seigneurs, notamment le prince de Condé, s’opposer à l’autorité royale dans l’espoir d’accroître
leur influence politique. La crise s’aggrave au point de contraindre Mazarin à quitter temporairement
le royaume. Malgré ces difficultés, la monarchie conserve l’essentiel de ses soutiens et profite des
divisions de ses adversaires. Les frondeurs, parlementaires comme princes, poursuivent des objectifs
différents et peinent à s’entendre durablement. À terme, la monarchie l’emporte. Mazarin revient au
pouvoir et la révolte s’éteint progressivement.
Louis XIV (1643-1715), encore jeune au moment des événements, est profondément marqué par cette
crise. La Fronde lui montre les dangers que représentent à la fois les grands seigneurs, les parlements
et les désordres de la capitale. La Fronde révèle également le rejet du système du ministériat, mis en
place sous Richelieu et poursuivi sous Mazarin. À la mort de ce dernier en 1661, Louis XIV décide de
gouverner personnellement. Il renonce à nommer un principal ministre et exerce directement le
pouvoir tout en empêchant l’émergence de ministres trop puissants (comme Nicolas Fouquet).
Chapitre XIII. Louis XIV
Le règne de Louis XIV (1643-1715) se caractérise par le retour de l’ordre intérieur, contrairement à ceux
d’Henri IV et de Louis XIII. Le royaume ne veut plus des guerres de Religion, des ligues, de la Fronde ni
du ministériat. En conséquence, le roi règne et gouverne personnellement. À l’intérieur, le règne n’est
véritablement marqué que par deux événements. Le premier est l’arrestation de Nicolas Fouquet en
1661, qui consacre la fin du système du principal ministre. Le second est la révocation de l’édit de
Nantes par l’édit de Fontainebleau en 1685, qui met fin aux garanties accordées aux protestants. À
l’extérieur, la politique de Louis XIV poursuit un objectif constant : consolider et protéger les frontières
du royaume. Bainville distingue deux périodes. La première correspond aux succès français, avant la
chute de Jacques II d’Angleterre. La seconde est marquée par les difficultés nées de l’avènement de
Guillaume d’Orange, qui parvient à coaliser durablement l’Europe contre la France.
La guerre de Dévolution (1667-1668) constitue la première grande guerre du règne. Louis XIV
revendique une partie de l'héritage de Philippe IV d'Espagne au nom du droit de dévolution, selon
lequel, dans certaines provinces des Pays-Bas espagnols, les enfants issus d'un premier mariage sont
prioritaires pour la succession. Le roi agit au nom de son épouse, Marie-Thérèse d’Autriche, dont la
renonciation aux droits sur la couronne d’Espagne est, selon lui, devenue caduque puisque sa dot n’a
jamais été versée. Après avoir envahi les Pays-Bas espagnols puis la Franche-Comté, la paix d’Aix-laChapelle en 1668 laisse à la France plusieurs places fortes en Flandre, mais l’oblige à restituer la
Franche-Comté.
La guerre de Hollande (1672-1678) s’enlise rapidement. Guillaume d’Orange, stathouder des
Provinces-Unies, parvient à former une coalition avec l’Espagne et l’empereur contre la France. Les
combats s’étendent alors au Rhin, aux Pays-Bas et à la Franche-Comté. Les traités de Nimègue (16781679) mettent fin au conflit. La France conserve définitivement la Franche-Comté et obtient plusieurs
places fortes dans les Pays-Bas espagnols, renforçant ainsi sa frontière du Nord. Louis XIV poursuit
ensuite la politique des Réunions. Par des décisions de justice rendues par les Chambres de réunion, il
annexe plusieurs territoires dépendant des acquisitions précédentes, notamment Strasbourg en 1681.
Cette politique provoque la guerre des Réunions (1683-1684), qui reste limitée. La trêve de Ratisbonne,
conclue en 1684, laisse provisoirement à la France la possession de ses annexions sans les reconnaître
définitivement.
En 1686 est créée la Ligue d'Augsbourg, qui réunit le Saint-Empire, l’Espagne et plusieurs princes
allemands. Elle est renforcée en 1688 par l’adhésion des Provinces-Unies et de l’Angleterre, où
Guillaume d’Orange vient de renverser Jacques II lors de la Glorieuse Révolution. La guerre de la Ligue
d’Augsbourg (1688-1697) oppose alors la France à une vaste coalition européenne. Sur terre, la France
résiste efficacement. La « ceinture de fer » de Vauban protège les frontières du royaume et n’est jamais
véritablement percée. Sur mer, en revanche, la défaite de La Hougue en 1692 marque un tournant. Elle
ruine les ambitions navales développées sous Colbert. Faute de moyens financiers, la flotte française
décline progressivement au profit de l’armée de terre. Le traité de Ryswick (1697) met fin au conflit.
Louis XIV conserve Strasbourg, mais restitue notamment la Lorraine à son duc et renonce à plusieurs
annexions récentes. Cette paix est surtout dictée par l’imminence de la succession d’Espagne.
La question de la succession de Charles II d’Espagne, dernier Habsbourg espagnol, préoccupe alors
toute l’Europe. Louis XIV et l’empereur Léopold Ier sont tous deux apparentés au roi d’Espagne par
leurs épouses, sœurs de Charles II. Un premier projet de partage est envisagé, mais il échoue avec la
mort prématurée du prince-électeur de Bavière, auquel devait revenir l’essentiel de l’héritage
espagnol. Refusant le démembrement de leur monarchie, les Espagnols convainquent finalement
Charles II de désigner comme héritier Philippe, duc d’Anjou, second petit-fils de Louis XIV. Le roi de
France doit alors choisir entre accepter le testament, au risque de provoquer une guerre, ou revenir au
projet de partage avec l’Autriche. L’acceptation du testament entraîne immédiatement la guerre de
Succession d’Espagne. En 1701, l’Autriche, l’Angleterre, les Provinces-Unies, puis la Prusse se coalisent
contre la France. Louis XIV doit soutenir militairement son petit-fils Philippe V, incapable de défendre
seul la monarchie espagnole. Après plusieurs défaites et un épuisement financier croissant, la France
accepte d’ouvrir des négociations. Les traités d’Utrecht (1713), complétés par celui de Rastatt (1714),
mettent fin au conflit. Philippe V est reconnu roi d’Espagne mais renonce définitivement à ses droits
sur la couronne de France afin d'empêcher toute union des deux monarchies. L’Espagne cède Gibraltar
et Minorque à l’Angleterre ainsi que les Pays-Bas espagnols et plusieurs possessions italiennes à
l’Autriche. La France conserve néanmoins son influence en plaçant un Bourbon sur le trône d’Espagne.
À sa mort en 1715, Louis XIV laisse un État fortement centralisé et une monarchie absolue consolidée.
Les guerres ont cependant épuisé les finances du royaume et suscité une méfiance durable des
puissances européennes envers la France. Malgré cela, le royaume ne retombe pas dans les troubles
des siècles précédents alors qu’une nouvelle régence s’ouvre avec la minorité de Louis XV.
Chapitre XIV. La Régence et Louis XV
À la mort de Louis XIV en 1715, son arrière-petit-fils Louis XV (1715-1774) n’a que cinq ans. Se méfiant
de son neveu, Philippe d’Orléans, premier prince du sang, Louis XIV organise par testament une
régence confiée en grande partie à ses fils légitimés, le duc du Maine et le comte de Toulouse. Avec
l'appui du Parlement de Paris, Philippe d'Orléans fait casser ce testament et obtient la régence pleine
et entière. En échange, il rétablit le droit de remontrance du Parlement, qui retrouve ainsi un rôle
politique. La Régence (1715-1723) n'apparaît pas comme une période heureuse. Plusieurs échecs la
marquent. Le système de Law, fondé sur le papier-monnaie et la spéculation autour de la Compagnie
du Mississippi, s'effondre en 1720 et ruine de nombreux investisseurs. Le projet de mariage entre Louis
XV et l'infante d'Espagne est abandonné, ce qui dégrade les relations avec Madrid. Enfin, la politique
étrangère manque de stabilité et rompt avec plusieurs orientations du règne précédent.
Après le bref ministère du duc de Bourbon de 1723 à 1726, le cardinal de Fleury devient le principal
conseiller du roi. De 1726 à 1743, les « années Fleury » sont marquées par le redressement des finances
et le retour de la stabilité intérieure. En politique extérieure, Fleury est, comme le ministre britannique
Walpole, partisan de la paix. La France intervient néanmoins dans la guerre de Succession de Pologne
(1733-1738). Le conflit se termine par un compromis favorable à la monarchie française. Stanislas
Leszczynski, beau-père de Louis XV, reçoit le duché de Lorraine. À sa mort en 1766, celui-ci revient
définitivement à la France.
La situation européenne change avec la mort de Charles VI en 1740. Pour assurer la succession de sa
fille à la tête su saint empire, Marie-Thérèse, Charles VI fait adopter la Pragmatique Sanction. Les
puissances européennes l'acceptent officiellement, mais plusieurs remettent ensuite cet engagement
en cause. À la mort de Charles VI, la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748) éclate. La France
soutient d'abord l'électeur de Bavière contre Marie-Thérèse, tandis que Frédéric II de Prusse profite du
conflit pour s'emparer de la Silésie. La France remporte plusieurs succès militaires et s'allie avec la
Prusse. La victoire de Fontenoy en 1745 constitue le principal succès du règne. Louis XV assiste à la
bataille, ce qui lui vaut le surnom de « Bien-Aimé ». Les armées françaises occupent les Pays-Bas
autrichiens, mais le traité d'Aix-la-Chapelle en 1748 restitue l'essentiel des conquêtes.
La guerre de Sept Ans (1756-1763) marque un profond changement diplomatique. La France
abandonne son hostilité traditionnelle envers l'Autriche et conclut avec elle le « renversement des
alliances ». L'Angleterre se rapproche au contraire de la Prusse de Frédéric II. Le conflit débute lorsque
Frédéric II envahit la Saxe sans déclaration de guerre. En Europe, les armées françaises subissent
plusieurs défaites, notamment à Rossbach en 1757, qui symbolise l'échec de la campagne continentale.
La guerre est encore plus désastreuse outre-mer. La France perd progressivement le Canada, la plupart
de ses comptoirs des Indes et plusieurs possessions stratégiques. Le traité de Paris de 1763 consacre
cette défaite. Le Canada est cédé à l'Angleterre. La Louisiane occidentale est remise à l'Espagne en
compensation de la perte de la Floride. La France conserve toutefois quelques îles des Antilles, dont la
Martinique et la Guadeloupe, ainsi que quelques comptoirs commerciaux en Inde.
À l'intérieur, les dernières années du règne sont marquées par le conflit entre la monarchie et les
parlements. Ceux-ci utilisent leur droit de remontrance pour s'opposer aux réformes royales. En 1771,
le chancelier Maupeou met fin à cette opposition par un véritable coup d'État judiciaire. Les anciens
parlements sont supprimés et remplacés par de nouvelles cours supérieures entièrement soumises au
pouvoir royal.
Chapitre XV. Louis XVI et la naissance de la Révolution
Le règne de Louis XVI (1774-1792) s'ouvre par une rupture avec celui de Louis XV. Le nouveau roi
rappelle les anciens parlements supprimés par Maupeou et rétablit leur droit de remontrance. Cette
décision lui vaut d'abord une grande popularité. Elle redonne cependant aux parlements un rôle
d'opposition qui compliquera toutes les tentatives de réforme. À l'extérieur, Louis XVI engage la France
dans la guerre d'indépendance américaine à partir de 1778. Cette intervention répond avant tout à une
volonté de prendre sa revanche sur l'Angleterre après les défaites de la guerre de Sept Ans. La France
contribue à la victoire des insurgés américains, notamment grâce à son soutien financier, naval et
militaire. Ce succès diplomatique a toutefois un coût considérable. Il aggrave une situation financière
déjà très dégradée et accélère la banqueroute de l'État.
La question des finances domine alors tout le règne. Plusieurs ministres tentent de réformer le
royaume. Turgot cherche à réduire les dépenses, à supprimer certains privilèges économiques et à
libéraliser le commerce des grains. Il se heurte aux privilégiés et est renvoyé en 1776. Necker améliore
provisoirement les finances par le recours à l'emprunt et par une politique de transparence, illustrée
par le Compte rendu au roi de 1781. Il évite cependant une véritable réforme fiscale. Calonne propose
ensuite une réforme plus ambitieuse, fondée sur un impôt territorial payé par tous les propriétaires, y
compris les privilégiés. L'Assemblée des notables refuse ce projet en 1787. Son successeur, Loménie de
Brienne, échoue à son tour face à l'opposition des parlements. L'État est désormais au bord de la faillite.
Incapable d'imposer de nouveaux impôts sans consentement, Louis XVI décide de convoquer les États
généraux, qui ne s'étaient plus réunis depuis 1614. Ils s'ouvrent à Versailles le 5 mai 1789. Le roi espère
résoudre la crise financière mais leur réunion entraîne finalement la disparition de l'Ancien Régime.
Les députés du tiers état contestent rapidement les modalités de vote par ordre et réclament le vote
par tête. Le 17 juin 1789, ils se proclament Assemblée nationale, affirmant représenter la nation tout
entière. Le 20 juin, exclus de leur salle de réunion, ils prêtent le Serment du Jeu de paume et jurent de
ne pas se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. Le 23 juin, Louis XVI tente de rétablir
son autorité lors de la séance royale, mais les députés refusent de se disperser. Le 27 juin, le roi cède
et ordonne aux députés du clergé et de la noblesse de rejoindre l'Assemblée. Celle-ci devient
Assemblée nationale constituante. Le renvoi de Necker et la concentration de troupes autour de Paris
provoquent une vive agitation populaire. Le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille symbolise l'entrée du
peuple dans la Révolution. Dans les campagnes, la Grande Peur pousse les paysans à attaquer les
symboles de la féodalité. Dans la nuit du 4 août 1789, l'Assemblée vote l'abolition des privilèges et met
fin à la société d'ordres. Le 26 août, elle adopte la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui
pose les principes de la souveraineté nationale, de l'égalité devant la loi et des libertés individuelles.
Les journées des 5 et 6 octobre 1789 contraignent enfin le roi et la famille royale à quitter Versailles
pour s'installer aux Tuileries, à Paris. La monarchie est désormais placée sous la surveillance directe de
la capitale.
Chapitre XVI. La Révolution
La Révolution française ouvre une rupture avec l'Ancien Régime. Elle détruit progressivement les
anciennes institutions sans parvenir immédiatement à les remplacer par un ordre stable. De 1789 à
1799, tous les gouvernements révolutionnaires sont confrontés aux mêmes difficultés : les divisions
intérieures, la crise financière et la guerre contre l'Europe.
La Constitution de 1791 instaure une monarchie constitutionnelle. Le roi conserve le pouvoir exécutif
tandis que le pouvoir législatif appartient à une Assemblée élue. À l'intérieur, la Révolution divise
rapidement le pays. La Constitution civile du clergé (1790) oppose prêtres jureurs et réfractaires et
provoque une rupture durable entre une partie des Français et le nouveau régime. La fuite du roi à
Varennes en juin 1791 détruit la confiance entre Louis XVI et la Révolution mais n'empêche pas l'entrée
en vigueur de la Constitution. La situation financière demeure très difficile. Les assignats, créés grâce à
la nationalisation des biens du clergé, permettent d'abord de financer l'État. Leur multiplication
provoque cependant une forte inflation et une dépréciation de la monnaie. La vente des biens
nationaux profite surtout à la bourgeoisie et aux grands propriétaires ruraux. À l'extérieur, les Girondins
imposent la guerre contre l'Autriche en avril 1792, persuadés qu'elle renforcera la Révolution. Cette
décision rompt avec la politique traditionnelle de la monarchie française et ouvre une longue période
de guerre européenne.
Les premières défaites militaires aggravent les tensions. Le 10 août 1792, les sans-culottes et les
sections parisiennes renversent la monarchie. Louis XVI est suspendu puis emprisonné. La Convention
est élue au suffrage universel masculin et proclame la République le 21 septembre 1792. La Convention
est d'abord dominée par les Girondins. Ceux-ci font juger Louis XVI, qui est exécuté le 21 janvier 1793.
Son exécution entraîne la formation de la Première Coalition contre la France. À l'intérieur, la
République est confrontée à une crise sans précédent. La guerre de Vendée éclate au printemps 1793.
De nombreuses villes, comme Lyon, Bordeaux ou Marseille, se soulèvent également contre la
Convention montagnarde. La guerre civile s'ajoute ainsi à la guerre étrangère. Les Jacobins, conduits
par Robespierre, renversent les Girondins lors des journées des 31 mai et 2 juin 1793. Le Comité de
salut public concentre alors l'essentiel du pouvoir. La Terreur (1793-1794) vise à sauver la République.
La levée en masse fournit de nouvelles armées. Le maximum général tente de limiter l'inflation. Les
tribunaux révolutionnaires répriment sévèrement les opposants. Cette politique permet de rétablir la
situation militaire mais accentue profondément les divisions du pays. Les victoires de 1794 rendent la
Terreur moins nécessaire. Robespierre est renversé le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794) puis exécuté
le lendemain. La Convention thermidorienne met progressivement fin au gouvernement
révolutionnaire.
La Constitution de l'an III fonde le Directoire. Le pouvoir exécutif est confié à cinq directeurs afin d'éviter
toute concentration des pouvoirs. Le régime reste fragile. À gauche, les Jacobins souhaitent reprendre
la Révolution. À droite, les royalistes espèrent restaurer la monarchie. Le gouvernement survit grâce à
plusieurs coups d'État, notamment ceux de Fructidor (1797), Floréal (1798) et Prairial (1799). Les
difficultés financières persistent. Les assignats s'effondrent définitivement. La banqueroute des deux
tiers en 1797 réduit une grande partie de la dette publique mais ruine les créanciers de l'État. Les
finances ne sont rétablies que grâce aux contributions imposées aux territoires conquis. À l'extérieur,
les armées françaises remportent d'importants succès. Bonaparte se distingue lors de la campagne
d'Italie (1796-1797), qui permet à la France d'étendre son influence. L'expédition d'Égypte (1798-1799)
échoue cependant à affaiblir durablement la puissance britannique.
Chapitre XVI. Le Consulat et l’Empire
Le 18 Brumaire ne met pas fin à la Révolution. Il prétend au contraire la sauver. De retour d’Égypte,
Bonaparte est accueilli aux cris de « Vive la République ! ». Le coup d'État bénéficie du soutien de deux
des cinq directeurs, Sieyès et Roger Ducos. Lucien Bonaparte, frère de Napoléon, préside le Conseil des
Cinq-Cents. Cette assemblée s'oppose toutefois vivement à Bonaparte et tente de le déclarer hors la
loi. La République, incapable de se gouverner, trouve finalement son salut dans le pouvoir personnel.
Le Consulat rétablit l'autorité de l'État. Bonaparte assainit les finances en distinguant l'héritage de la
Révolution de celui de l'Ancien Régime. Il rétablit notamment les impôts indirects, crée la Banque de
France en 1800 et améliore le recouvrement de l'impôt. La Constitution de l'an VIII, largement inspirée
par Sieyès mais profondément remaniée par Bonaparte, rompt avec les expériences révolutionnaires.
Le Premier consul concentre l'essentiel du pouvoir. Deux autres consuls, Cambacérès et Lebrun,
l'assistent. Le Conseil d'État prépare les lois tandis que le Tribunat les discute sans les voter.
Bonaparte cherche à concilier la Révolution et l'Ancien Régime. Il maintient les principaux acquis
révolutionnaires, comme l'égalité civile, la suppression des privilèges et la vente des biens nationaux.
En revanche, il rétablit un pouvoir exécutif fort. L'élection disparaît dans l'administration. Les préfets,
créés en 1800, rappellent les anciens intendants en représentant directement l'État dans les
départements. La justice demeure soumise au pouvoir exécutif : les magistrats sont nommés par le
gouvernement, même s'ils bénéficient de l'inamovibilité. Le Code civil de 1804 fixe durablement les
principes juridiques du nouveau régime.
À l'extérieur, la guerre se poursuit contre l'Autriche et l'Angleterre. Bonaparte remporte la victoire de
Marengo en 1800. Le traité de Lunéville en 1801 confirme la domination française en Italie et la paix
avec l'Autriche. Avec l'Angleterre, la paix d'Amiens en 1802 ne constitue qu'une trêve. Londres
demeure hostile à la France, notamment en raison de l'annexion de la Belgique et de l'expansion
française sur le continent. À l'intérieur, Bonaparte poursuit la réorganisation du pays au moyen des «
masses de granit » : les préfets, les lycées, la Banque de France, le Concordat de 1801, la Légion
d'honneur et le Code civil. Après plusieurs complots et tentatives d'assassinat, il renforce encore son
autorité en devenant consul à vie en 1802. Cette évolution prépare le retour du pouvoir personnel. En
1804, il se fait proclamer empereur des Français. Le rétablissement d'un pouvoir héréditaire est
largement accepté par une société façonnée par plusieurs siècles de monarchie.
L'Empire demeure cependant en guerre. Depuis le camp de Boulogne, Napoléon envisage un
débarquement en Angleterre. La formation de la troisième coalition l'oblige à intervenir sur le
continent. La victoire d'Austerlitz, en 1805, lui permet d'écraser l'Autriche et la Russie et de dominer
l'Europe continentale. En revanche, la défaite navale de Trafalgar, la même année, met définitivement
fin aux ambitions maritimes françaises. Bainville la compare à la bataille de La Hougue en 1692, qui
avait déjà consacré la suprématie navale anglaise. Les campagnes se poursuivent avec les victoires
d'Iéna en 1806 contre la Prusse puis d'Eylau en 1807 et de Friedland en 1807 contre la Russie. La paix
de Tilsit en 1807 fait momentanément de la Russie une alliée de la France. Malgré ces succès, la paix
générale demeure impossible en raison de l'opposition constante de l'Angleterre.
Pour vaincre cette dernière, Napoléon met en place le blocus continental. Son application suppose le
contrôle de l'Allemagne, de l'Italie, du Portugal et de l'Espagne. En 1808, il remplace les Bourbons
espagnols par son frère Joseph. Cette politique provoque une guerre d'Espagne longue et coûteuse.
Les occupations françaises nourrissent les résistances nationales. Les annexions successives renforcent
également la détermination britannique, qui refuse toujours de reconnaître les conquêtes de la
Révolution et de l'Empire.
L'éveil des nationalités fragilise progressivement l'Empire. Si les victoires militaires se poursuivent
jusqu'en 1812, la campagne de Russie marque un tournant décisif. La retraite, illustrée par le passage
de la Bérézina, détruit une grande partie de la Grande Armée. Une nouvelle coalition se forme alors
contre la France. Après la défaite de Leipzig en 1813, les Alliés envahissent le territoire français.
Napoléon abdique une première fois en 1814. Les Cent-Jours en 1815 ne permettent pas de rétablir
durablement l'Empire. La défaite de Waterloo entraîne la seconde abdication de Napoléon et son exil
définitif.
Chapitre XVII. La Restauration
La Révolution et l'Empire ont profondément transformé la France. À la volonté révolutionnaire
d'atteindre les frontières naturelles s'est ajoutée, sous Napoléon, une expansion démesurée qui
conduit finalement le pays à la défaite. En 1814, seule la restauration des Bourbons apparaît capable
de réconcilier la France avec l'Europe et de conclure une paix durable. Louis XVIII (1814-1824) adopte
une politique pragmatique. Il cherche à concilier l'héritage de l'Ancien Régime et les acquis de la
Révolution. La Charte de 1814, octroyée par le roi et non votée par la nation, établit un régime
intermédiaire entre la monarchie absolue et la monarchie constitutionnelle. Le roi conserve
d'importantes prérogatives, mais partage le pouvoir législatif avec deux chambres. La monarchie
restaurée ne procède pas à une épuration générale de l'administration. Elle maintient une grande
partie des institutions napoléoniennes, notamment les préfets, le Conseil d'État, les tribunaux et le
Code civil.
Au congrès de Vienne, Talleyrand rétablit le rang diplomatique de la France. Il exploite les rivalités entre
les vainqueurs, en particulier les ambitions de la Russie et de la Prusse, et défend le principe de la
légitimité des souverains. Le premier traité de Paris en 1814 ramène la France à ses frontières de 1792,
relativement modérées au regard de la défaite. Pour Bainville, cette modération est un succès
diplomatique. Les Français l'attribuent pourtant souvent à une faiblesse des Bourbons plutôt qu'à leur
habileté. Les Cent-Jours compromettent cette situation. Le retour de Napoléon provoque une nouvelle
guerre et la défaite de Waterloo. Le second traité de Paris en 1815 est beaucoup plus sévère. La France
perd plusieurs territoires au nord et à l'est. Elle est occupée pendant plusieurs années par des troupes
étrangères et doit verser une lourde indemnité de guerre.
À l'intérieur, Louis XVIII doit faire face à plusieurs oppositions. La Chambre introuvable, élue en 1815,
est dominée par les ultras. Plus royalistes que le roi lui-même, ils souhaitent revenir sur une partie de
l'héritage révolutionnaire. Ils entendent également peser directement sur la politique du
gouvernement. Louis XVIII refuse cette orientation. Soucieux de préserver l'équilibre de la Charte, il
dissout la Chambre en 1816. Les élections suivantes donnent une majorité plus modérée, favorable à
une monarchie constitutionnelle conciliant autorité royale et libertés publiques.
À partir des années 1820, les tensions politiques s'accentuent. Les ultras retrouvent progressivement
de l'influence, notamment après l'assassinat du duc de Berry en 1820. À la mort de Louis XVIII, son
frère Charles X (1824-1830) poursuit une politique plus conservatrice. Il favorise les milieux ultraroyalistes, fait voter la loi du milliard des émigrés et renforce l'influence de l'Église. Cette orientation
suscite une opposition croissante des libéraux. Charles X cherche finalement à gouverner contre la
majorité de la Chambre. Les ordonnances de Saint-Cloud du 25 juillet 1830 suspendent la liberté de la
presse, dissolvent la Chambre nouvellement élue et modifient le système électoral. Elles provoquent
l'insurrection des Trois Glorieuses des 27, 28 et 29 juillet 1830. Charles X abdique et quitte la France.
La branche aînée des Bourbons disparaît ainsi du pouvoir au profit de la monarchie de Juillet.
Chapitre XVIII. La monarchie de Juillet
Née des Trois Glorieuses, la monarchie de Juillet ne rompt pas avec l'héritage révolutionnaire. LouisPhilippe devient « roi des Français » et non plus « roi de France », signe que sa légitimité repose sur la
nation. Le régime conserve toutefois le suffrage censitaire et la distinction entre citoyens actifs et
passifs. La révolution de 1830 est rapidement confisquée par les libéraux, qui écartent les républicains
et les révolutionnaires. La monarchie de Juillet apparaît ainsi comme le gouvernement de la
bourgeoisie et des élites.
À l'intérieur, le régime doit faire face à de nombreuses oppositions. La vie politique est marquée par
une forte instabilité ministérielle. Plusieurs gouvernements se succèdent autour de grandes figures
comme Adolphe Thiers et François Guizot. Les républicains réclament le suffrage universel, tandis que
les légitimistes demeurent fidèles aux Bourbons et que les bonapartistes entretiennent le souvenir de
l'Empire. Les tensions sociales s'accroissent également avec l'industrialisation.
À l'extérieur, Louis-Philippe mène une politique résolument pacifique. Bainville estime que cette
prudence sert les intérêts de la France, même si elle lui vaut de vives critiques. Lors de la révolution
belge de 1830, Louis-Philippe refuse de faire élire son fils sur le trône de Belgique afin d'éviter un conflit
avec les grandes puissances, notamment l'Angleterre. Il soutient finalement la candidature de Léopold
de Saxe-Cobourg. Beaucoup y voient une humiliation diplomatique, mais cette décision préserve la paix
européenne. Une seconde crise éclate en 1840 lors de la question d'Orient. Adolphe Thiers soutient
l'Égypte de Méhémet Ali contre l'Empire ottoman, appuyé par l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la
Russie. Refusant une guerre pour laquelle la France est isolée, Louis-Philippe renvoie Thiers et confie
le gouvernement à Guizot. Cette décision est également dénoncée comme un recul diplomatique, mais
Bainville y voit une nouvelle preuve du choix délibéré de la paix.
Chapitre XIX. La Deuxième République et le Second Empire
La révolution de Février 1848 se distingue de celle de 1830. Cette fois, les bourgeois libéraux ne
parviennent pas à reprendre immédiatement le contrôle du mouvement. Alors qu'en 1830 Charles X
avait simplement été remplacé par Louis-Philippe, la monarchie disparaît en 1848 au profit de la
République. Ce changement inquiète les élites, qui gardent le souvenir de la Première République et
de la Terreur. La Deuxième République se veut à la fois démocratique et sociale. Le suffrage universel
masculin est instauré. Le gouvernement provisoire crée les ateliers nationaux pour lutter contre le
chômage et ouvre la Garde nationale à l'ensemble des citoyens. Ces mesures sont largement obtenues
sous la pression des insurgés parisiens, qui continuent de peser sur le pouvoir après la révolution.
Toutefois, Paris ne représente pas la France. Les premières élections au suffrage universel, en avril 1848,
donnent une large majorité aux républicains modérés et aux monarchistes. Les républicains les plus
avancés deviennent minoritaires. Après la révolution, les électeurs expriment avant tout un désir
d'ordre. Cette évolution se confirme lors des journées de Juin 1848. La fermeture des ateliers nationaux
provoque une insurrection ouvrière à Paris. Le général Cavaignac réprime durement le soulèvement.
Les violences, les exécutions et notamment l'assassinat de l'archevêque de Paris, Mgr Affre,
discréditent durablement la République sociale.
En décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République au suffrage universel.
Il s'inscrit rapidement dans le camp de l'ordre. Sa position demeure toutefois fragile. L'Assemblée
législative élue en 1849 est majoritairement monarchiste, tandis que les bonapartistes restent peu
nombreux. L'incapacité des légitimistes et des orléanistes à s'entendre pour restaurer la monarchie
permet à Louis-Napoléon de renforcer sa position. Le président tire également profit des erreurs de
l'Assemblée. Par crainte d'une nouvelle poussée révolutionnaire, celle-ci restreint le suffrage universel
par la loi du 31 mai 1850. Louis-Napoléon se présente alors comme le défenseur du suffrage universel
contre les partis. Lorsque l'Assemblée refuse de réviser la Constitution afin de lui permettre de briguer
un second mandat, il réalise le coup d'État du 2 décembre 1851. Il met ainsi fin à une République
parlementaire encore fragile.
Le coup d'État est approuvé par plébiscite. En 1852, un nouveau plébiscite rétablit l'Empire. Comme
son oncle, Napoléon III cherche à concilier une pratique du pouvoir monarchique avec l’héritage
démocratique. Son régime est d'abord autoritaire, puis s'oriente progressivement vers davantage de
libéralisme dans les années 1860. À l'extérieur, Napoléon III doit rassurer les puissances européennes,
inquiètes d'un retour de la politique impériale. Il affirme que « l'Empire, c'est la paix ». Pourtant, au
nom du principe des nationalités, il engage la France dans plusieurs conflits. La guerre de Crimée de
1853 à 1856 renforce le prestige français. La campagne d'Italie en 1859 permet l'unité italienne et
apporte à la France la Savoie et le comté de Nice. En revanche, l'expédition du Mexique de 1862 à 1867
se solde par un échec coûteux. C’est finalement l'unité allemande qui provoque la chute du Second
Empire. La montée en puissance de la Prusse de Bismarck bouleverse l'équilibre européen. La guerre
franco-prussienne de 1870 se conclut par la défaite de Sedan, où Napoléon III est fait prisonnier. Le 4
septembre 1870, l'Empire est renversé et la République est proclamée.
Chapitre XX. La Troisième République
Comme pour Napoléon Ier, c'est une guerre qui provoque la chute de Napoléon III. La situation est
toutefois plus complexe qu'en 1815. La fin du Second Empire se rapproche davantage de 1830. Le
pouvoir est rapidement repris par les bourgeois libéraux, qui proclament la République le 4 septembre
1870. Ceux-ci sont cependant divisés entre les républicains les plus ardents, favorables à la poursuite
de la guerre, et les modérés, convaincus que la défaite est désormais inévitable. Le Gouvernement de
la Défense nationale poursuit les combats quelques mois avant de demander l'armistice, signé en
janvier 1871. Les élections législatives de février 1871 donnent, comme en 1848, une large majorité
aux hommes de l'ordre. Les monarchistes, légitimistes et orléanistes dominent l'Assemblée nationale.
Pourtant, ils échouent une nouvelle fois à restaurer la monarchie.
Cet échec tient d'abord aux circonstances. Les monarchistes refusent d'assumer la responsabilité d'une
paix qui ampute le territoire national de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. Ils laissent donc la
République conclure le traité de Francfort en mai 1871. De la même manière, ils laissent le
gouvernement républicain réprimer l'insurrection de la Commune de Paris au printemps 1871. Ainsi,
la République accomplit le programme d'ordre pour lequel les conservateurs avaient été élus. Les
craintes traditionnellement associées au régime républicain — la guerre extérieure et le désordre
intérieur — s'atténuent progressivement. Ce qui devait être un régime provisoire s'installe
durablement.
À l'origine, la République repose pourtant sur une majorité monarchiste. Les divisions entre légitimistes
et orléanistes empêchent toute restauration. Le comte de Chambord, prétendant légitimiste, refuse
toute concession sur le drapeau blanc et rejette l'idée d'une monarchie parlementaire. Son
intransigeance rend impossible un compromis avec les orléanistes. Dans cette attente, les lois
constitutionnelles de 1875 organisent un régime qui peut, selon Bainville, servir de « monarchie
provisoire ». Le président de la République, le maréchal Mac Mahon, monarchiste convaincu, apparaît
comme une sorte de roi temporaire, susceptible d'être remplacé un jour par un Bourbon si la
restauration devient possible.
Les républicains progressent toutefois à chaque scrutin. Les élections de 1876 leur donnent la majorité
à la Chambre des députés. Mac Mahon tente de reprendre l'initiative en renvoyant le président du
Conseil Jules Simon en 1877 et en dissolvant la Chambre. Les nouvelles élections confirment pourtant
la majorité républicaine. Cette crise marque l'échec définitif de la tentative monarchiste de gouverner
contre la Chambre. En 1879, les républicains obtiennent également la majorité au Sénat. Mac Mahon
démissionne la même année et est remplacé par Jules Grévy. Pour Bainville, cette date marque le
véritable enracinement de la Troisième République. Née presque par accident et d'abord soutenue par
une majorité monarchiste, elle s'impose finalement parce que les divisions des royalistes rendent toute
restauration impossible.
Chapitre XXII. La guerre et la paix, les travaux et les jours
Pour Bainville, l'Allemagne souhaite la guerre mais cherche à ne pas apparaître comme son
provocateur. Berlin entend préserver son alliance avec l'Autriche-Hongrie et laisser à cette dernière
l'initiative diplomatique. L'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 déclenche ainsi une crise austro-serbe.
L'ultimatum adressé par l'Autriche à la Serbie entraîne progressivement l'entrée en guerre de toutes
les grandes puissances par le jeu des alliances. D'un côté se trouvent les Empires centraux, l'Allemagne
et l'Autriche-Hongrie, bientôt rejoints par l'Empire ottoman et la Bulgarie. De l'autre, la Triple Entente,
composée de la France, du Royaume-Uni et de la Russie, est progressivement rejointe par d'autres
États, notamment l'Italie en 1915 puis les États-Unis en 1917. En France, les premières semaines du
conflit sont marquées par les offensives prévues par le plan XVII. Les armées françaises subissent de
lourdes pertes et l'offensive allemande progresse rapidement à travers la Belgique. La victoire de la
Marne, en septembre 1914, empêche toutefois la prise de Paris et met fin à la guerre de mouvement.
Les deux camps s'enterrent alors dans les tranchées. Le conflit devient une guerre d'usure.
La conduite de la guerre provoque de nombreux changements politiques et militaires. Plusieurs
gouvernements se succèdent, tandis que le commandement militaire évolue au gré des difficultés.
Après les échecs de 1917 et les mutineries qui touchent une partie de l'armée française, le général
Pétain rétablit la discipline tout en améliorant les conditions de vie des soldats. La même année,
Georges Clemenceau devient président du Conseil. Il concentre les pouvoirs afin de mener la guerre
jusqu'à la victoire et incarne le retour à l’union sacrée. L'entrée en guerre des États-Unis en 1917,
l'épuisement des Empires centraux et l'échec des offensives allemandes de 1918 conduisent finalement
à la victoire des Alliés. L'armistice est signé le 11 novembre 1918.
Pour Bainville, gagner la guerre ne signifie pas réussir la paix. Les négociations ouvertes à Paris en 1919
doivent concilier des intérêts souvent contradictoires. La France, représentée par Clemenceau, cherche
avant tout à garantir sa sécurité face à une future renaissance de la puissance allemande. Les ÉtatsUnis de Wilson défendent au contraire une paix fondée sur le droit des peuples et la Société des
Nations, tandis que le Royaume-Uni souhaite préserver l'équilibre européen sans affaiblir
excessivement l'Allemagne.
Le traité de Versailles du 28 juin 1919 impose de lourdes conditions à l'Allemagne. Celle-ci perd l'AlsaceLorraine, voit son armée fortement limitée, doit reconnaître sa responsabilité dans le conflit et accepter
le principe des réparations. Les réparations sont rapidement remises en cause et les clauses militaires
sont progressivement contournées. Faute d'être pleinement appliqué et garanti par les Alliés, le traité
de Versailles ne parvient pas à assurer durablement la paix européenne. Cette faiblesse prépare, selon
Bainville, les conditions d'un nouveau conflit.
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