Surveillance des Maladies Infectieuses Transmissibles

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145 – SURVEILLANCE DES MALADIES INFECTIEUSES TRANSMISSIBLES
DÉFINITIONS -
Maladies transmissibles
Épidémie
Les maladies infectieuses transmissibles sont :
Des maladies causées par un agent infectieux : bactérie,
virus, parasite, champignon ou prion
ET se transmettent directement ou indirectement, d’un
individu à un autre, au sein d’une même espèce ou d’une
espèce à une autre
- Maladie contagieuse : maladie susceptible de transmettre
directement de l’homme à l’homme Toutes les maladies
contagieuses sont transmissibles, mais l’inverse n’est pas vrai
(paludisme, toxoplasmose, légionellose…)
Augmentation rapide de l’incidence d’une maladie transmissible dans une zone géographique
donnée sur une période donnée
Pandémie
Propagation mondiale d’une nouvelle maladie
Endémie
Fréquence de cas + ou
élevée,
habituelle et permanente
: «
bruit de fond
»
;
Dans une zone géographique donnée
Indicateur
Un indicateur est une variable que l’on mesure et qui permet de décrire et de suivre l’état de santé
d’une population (mortalité, morbidité, incidence…)
Réservoir endogène = microbiote - Infections exogènes -
- L’organisme humain héberge
𝟏𝟎
𝟏𝟑
à
𝟏𝟎
𝟏𝟒
MO au niveau de la peau et des muqueuses
- Ces microorganismes peuvent devenir pathogènes :
Du fait d’une prolifération excessive (Candida ou C. Difficile suite ATB)
Du fait d’une effraction des barrières naturelles (drogues injectées, cathéter de perfusion,
chirurgie, péritonite par perforation…)
Du fait d’un déficit immunitaire = infections opportunistes (certains microorganismes
saprophytes ou commensaux deviennent pathogènes)
- Ces agents infectieux peuvent secondairement se transmettre entre individus
- Le réservoir est en dehors de l’organisme infecté
- Les réservoirs peuvent être :
Humains +++ : un sujet infecté ou colonisé le transmet à d’autres
humains ; si réservoir strictement humain (variole, rougeole,
poliomyélite) possibilité d’éradication /!\ Seule la variole est
éradiquée pour le moment !
Animaux = zoonose
Environnementaux : sol (tétanos), air (aspergillose), eau (légionellose)
MODE DE TRANSMISSION DES AGENTS INFECTIEUX -
- La transmission d’une maladie infectieuse résulte de l’interaction entre :
Un agent infectieux : caractérisé par sa pathogénicité (capacité à provoquer la maladie), sa
virulence (capacité à développer une infection), son inoculum (charge infectieuse dans l’organisme),
sa résistance aux anti-infectieux…
Un réservoir : lieu écologique où vit et se multiplie l’agent infectieux (parfois l’Homme)
Un vecteur : support animé ou inanimé qui transporte l’agent infectieux
Une source : lieu de multiplication inhabituel (ex : eau chaude pour Legionella)
Un hôte : individu caractérisé par sa réceptivité (immunité, lésions cutanées...) ou un
comportement à risque (drogue IV)
- L’interaction entre un agent infectieux et un hôte peut :
Pathogènes stricts : entraîne toujours une infection (BK, Vibrio
cholerae, virus des fièvres hémorragiques…)
Se traduire par une colonisation tolérée par l’hôte : flore
commensale si l’agent fait partie de la flore habituelle de l’hôte ;
agent opportuniste s’il ne fait pas partie de la flore le passage
de la colonisation à l’infection résulte d’une rupture d’équilibre
entre l’agent infectieux et l’hôte par altération des défenses
locales ou générales
Transmissions directes - Transmissions indirectes -
-
L’agent infectieux passe du réservoir à l’hôte
sans intermédiaire
Transmission INTER-HUMAINE : horizontale directe d’une personne à une autre :
o Transmission air : particules < 5µm qui restent en suspension pendant plusieurs heures et sont transmises à
une distance > 1 mètre (tuberculose, rougeole, varicelle)
o Transmission gouttelettes : particules > 5µm émises lors de la toux ou éternuement ; ne restent pas en
suspension, transmission < 1 mètre (méningite, grippe, viroses respiratoires)
o Transmission par contact direct : proximité suffisante via peau ou muqueuse
Manuportée +++ (infections virales respiratoires, infections à transmission féco-orale, gale, bactéries
multirésistantes en milieu de soins)
Sexuelle (syphilis, Chlamydia trachomatis, HPV, VHB, VIH)
Sanguine (VIH VHB VHC)
Transmission horizontale directe D’UN ANIMAL À UNE PERSONNE :
o Par contact direct lors d’une morsure (rage)
o Par contact direct ou inhalation d’aérosols de liquides biologiques contaminés (leptospirose)
o Par consommation d’aliments d’origine animale (Creutzfeldt, E. Coli) ou produits laitiers (brucellose, listériose)
Transmission VERTICALE = de la mère à l’enfant (hématogène placentaire = grossesse ; ascendante transcervicale ; par la
filière génitale lors de l’accouchement ; allaitement)
- Vecteur inerte ou vivant nécessaire :
Eau et alimentation contaminées (typhoïde,
choléra, GEA, VHA, shigella, amibiase)
Eau en aérosol (légionellose, aspergillose)
Sol (tétanos, parasitoses digestives)
Eaux douces de baignade (schistosomoses)
Arthropodes vecteurs : moustiques
(paludisme, dengue, fièvre jaune), tiques
(borréliose de Lyme), mouches (onchocercose,
trypanosomiases africaines)
Hôtes intermédiaires participant au cycle
de vie de l’agent pathogène (bétail pour
Tænia, mollusques pour distomatose et
schistosomose)
INDICATEURS ÉPIDÉMIOLOGIQUES -
Prévalence
Taux d’attaque
Nombre de personnes atteintes d’une infection dans une population à un moment donné, rapporté à
l’ensemble de la population Rapport du nombre de nouveaux cas d’infection durant une
période déterminée sur le nombre total des contacts non
infectés au début de la période
Permet de caractériser la transmissibilité d’une infection
au cours du temps et au sein d’un groupe
Incidence
Nombre de nouveaux cas d’infection dans une population, pendant une période donnée, rapporté à
l’ensemble de la population suivie pendant la période.
Mortalité
Nombre de reproduction de base (R
0
)
Rapport entre le nombre de décès dans une période donnée (1 an le plus souvent) et l’ensemble d’une
population (généralement rapportée pour 100 000 personnes). Nombre moyen attendu de nouveaux cas d’une maladie
transmissible directement générés par une personne
contagieuse dans une population où tous les individus sont
sensibles à l’infection (sans immunité)
Létalité
Rapport entre le nombre de décès dans une période donnée et la population atteinte de l’affection
145 – SURVEILLANCE DES MALADIES INFECTIEUSES TRANSMISSIBLES
INDICATEUR DE PERFORMANCE DES EXAMENS DIAGNOSTIQUES -
Sensibilité
Spécificité
VPP
VPN
Proportion de
sujets classés malades
parmi l’ensemble des sujets réellement
atteints de la maladie
Proportion de
sujets classés non
malades parmi l’ensemble des sujets
non atteints par la maladie
Proportion de sujets malades parmi les
sujets classés malades
Proportion de sujets non malades
parmi les sujets classés non malades
Les VPP et VPN dépendent de la sensibilité/spécificité et de la prévalence de la maladie
SURVEILLANCE DES MALADIES INFECTIEUSES TRANSMISSIBLES -
Passive = déclaration spontanée des acteurs de terrain
Active = collecte de données par un personnel dédié qui recueille des
informations (+ exhaustives et élaborées que la surveillance passive)
Semi-active = rappels ou relances adressés aux acteurs de terrain, recherche
de cas supplémentaires
Territorial maillage de sources variées (réseau Sentinelles, labo de microbiologie
pour l’observatoire national de l’épidémiologie de la résistance bactérienne aux ATB)
National SPF, réseaux de surveillance et centres nationaux de référence
International OMS, ECDC en Europe (European Center for Disease Control),
CDC aux USA (Centers for Disease Control and Prevention)
SANTÉ PUBLIQUE FRANCE -
-
Établissement
public
placé sous l’autorité du gouvernement français qui
assure des missions de veille
sanitaire comme :
Surveillance et observation de l’état de santé de la population française : couverture vaccinale,
résistance de bactéries, incidence des MDO
Veille et vigilance concernant les risques sanitaires, leurs causes et leur évolution
Alerte sanitaire = information du ministre de la Santé en cas de menace et recommandations
pour prévenir/atténuer la menace
Contribution à la gestion des crises sanitaires
- Il s’occupe des maladies infectieuses transmissibles + des
effets de l’environnement sur la santé, des risques d’origine
professionnelle, des maladies chroniques et des risques
internationaux infectieux ou non
- Il dispose d’un réseau régional constitué des cellules
interrégionales d’épidémiologie (CIRE) qui exercent une partie
des missions au niveau régional.
MALADIES À DÉCLARATION OBLIGATOIRE (MDO) -
- Transmission individuelle des données à l’ARS via la plateforme de veille et de
sécurité sanitaire régionale Transmission nationale à l’agence nationale de
Santé publique France – anonymat garanti
- Les 3 acteurs sont :
Les déclarants biologistes et médecins confrontés à une MDO confirmée
ou suspectée dans certains cas
Les médecins inspecteurs des ARS
Les épidémiologistes de Santé Publique France
-
2 étapes
:
Signalement : en urgence, sans délai, à la plateforme de veille et
d’urgence sanitaire de l’ARS TOUTES les MDO sauf VIH, VHB, tétanos
et COVID-19 ; NOMINATIF (pour permettre d’investiguer, mais pas conservé +
longtemps que nécessaire) ; par TOUT moyen
Notification : après signalement et vérification du diagnostic sur fiche
spécifique ANONYMISÉE TOUTES les MDO ; fiche de notification à
télécharger sur santé publique France et à transmettre
- 38 MDO ajout en 2023 du COVID-19 (nécessitant uniquement une notification) et de la
LEPTOSPIROSE, dont 36 maladies infectieuses
RÉSEAUX SENTINELLES -
-
Réseau de recherche et de veille en soins de premiers recours
(
médecine générale
et pédiatrie) en France métropolitaine
- Créé en 1984 sous la tutelle de l’INSERM et de Sorbonne Université
- Composé de 1314 médecins généralistes libéraux (2% des MG libéraux) et de 116
pédiatres libéraux (4,3% des pédiatres libéraux)
- Édition d’un bulletin hebdomadaire sur le site SentiWeb à titre de rétro-
information : suivi +/- en temps réel de la progression des épidémies saisonnières
- Les objectifs du réseau Sentinelles sont :
Constitution de grandes bases de données : recherche et veille sanitaire
Développement d’outils de détection et de prévision épidémique
Mise en place d’études cliniques et épidémiologiques
- D’autres réseaux de surveillance nationaux existent tels que RéPIAS (réseau de
prévention des infections associées aux soins).
145 – SURVEILLANCE DES MALADIES INFECTIEUSES TRANSMISSIBLES
CENTRES NATIONAUX DE RÉFÉRENCE (CNR) -
- Laboratoires situés au sein d’établissements publics ou
privés de santé, d’enseignement ou de recherche
- Rôle d’expertise microbiologique des souches que leur
envoient les laboratoires ; surveillance épidémiologique et
alerte si nécessaire
- Chaque centre est spécifique d’un MO
- Nommés par arrêté pour 5 ans par le ministre de la Santé
sur proposition de Santé Publique France
Les objectifs des CNR sont
:
D’apporter une expertise concernant la microbiologie et la pathologie des agents infectieux ; le
développement, la diffusion et la validation d’examens de biologie médicale
Le conseil scientifique ou technique en réponse à une demande du ministre de la Santé, de Santé
publique France ou des professionnels
La contribution à la surveillance épidémiologique par l’animation de réseau de laboratoires qui
réalisent certains examens puis en transmettent les résultats et par la réalisation des analyses
nécessaires à la surveillance des agents pathogènes
L’alerte immédiate de Santé Publique France, du ministre de la Santé et de l’ARS de tout risque
ou menace sur l’état de santé de la population
PRINCIPALES MESURES DE PRÉVENTION DES MALADIES INFECTIEUSES TRANSMISSIBLES -
Contrôle des réservoirs
Principales barrières au mode de
transmission Contrôle des vecteurs Susceptibilité de l’hôte
Utilisation d’un préservatif
Éviction scolaire ou d’une collectivité
Isolement géographique
Mesures vétérinaires si vecteur animal
Assainissement de l’environnement,
traitement des eaux, éradication des larves…
Hygiène des mains et hygiène
respiratoire
Hygiène domestique
Précautions standards et
complémentaires en milieu de
soins
Hygiène alimentaire
Contrôle vétérinaire
Lutte antivectorielle
Entretien et stérilisation
des dispositifs médicaux
lors des soins
Contrôle des portes d’entrée
Prophylaxie médicamenteuse
Immunisation passive par les
immunoglobulines
Immunisation active par des
vaccins
PRÉCAUTIONS STANDARDS ET COMPLÉMENTAIRES -
Précautions standards
Précautions complémentaires
- Doivent être appliquées pour tout soin, en tout lieu et
pour tout patient, quel que soit son statut infectieux
- Contribuent à la prévention des infections associées
aux soins, à la maîtrise de la diffusion des bactéries
résistantes aux antibiotiques et à la sécurité des soins
lors de la prise en charge d’un patient
- PRÉ-REQUIS : vaccinations à jour, hygiène individuelle
correcte, tenue de travail propre dégageant les avant-
bras, absence de bijoux sur les mains et avant-bras,
cheveux attachés
L’hygiène des mains (désinfection avec du SHA +++)
Le port d’équipements de protection individuels
dépendant du type d’exposition (gants, tablier en
plastique, surblouse, masque, lunettes…)
Mesures d’hygiène respiratoire
La prévention du péril fécal
La prévention des AES
Des mesures de gestion de la contamination de
l’environnement
-
Peuvent être
ajoutées
aux
précautions
standards si risques infectieux spécifiques
identifiés.
- 3 types :
Précautions complémentaires « contact »
gale, diarrhée à C. Difficile, portage de
BMR ou BHR…
Précautions complémentaires
« gouttelettes » méningite, grippe…
Précautions complémentaires « air »
tuberculose, rougeole et varicelle
MESURES D’ÉVICTION -
- Éviction = exclusion temporaire d’une personne atteinte d’une maladie
infectieuse transmissible.
- L’éviction n’est cependant pas possible partout (ex : EHPAD) doit parfois être
remplacée par des mesures d’isolement via précautions complémentaires
adaptées
- 52 maladies nécessitant des mesures d’éviction ou d’isolement en collectivité
- Pour certaines maladies comme la varicelle ou les infections virales du tube
digestif ou des VAS l’éviction n’est pas recommandée mais la fréquentation de la
collectivité à la phase aiguë n’est pas souhaitable.
- Liste consultable sur le site du Haut Conseil de Santé Publique
À TITRE INDICATIF
(source : santé
publique France)
BOTULISME ; BRUCELLOSE ; CHARBON ; CHIKUNGUNYA ; CHOLÉRA ; COVID-19 (uniquement notification) ; DENGUE ; DIPHTÉRIE ; ENCÉPHALITE À TIQUES ; FIÈVRES
HÉMORRAGIQUES AFRICAINES ; FIÈVRE JAUNE ; FIÈVRES TYPHOÏDES et PARATYPHOÏDES ; HÉPATITE A aiguë ; HÉPATITE B (uniquement notification) ; VIH (uniquement
notification) ; INFECTION INVASIVE À MÉNINGOCOQUE ; LÉGIONELLOSE ; LEPTOSPIROSE ; LISTÉRIOSE ; MÉSOTHÉLIOME (uniquement notification) ; ORTHOPOXVIROSES (dont
variole) ; PALUDISME autochtone et d’importation dans les DOM-TOM ; PESTE ; POLIOMYÉLITE ; RAGE ; ROUGEOLE ; SATURNISME chez les mineurs ; SCHISTOSOMOSE
urogénitale autochtone ; CREUTZFELDT-JAKOB ; TÉTANOS (uniquement notification) ; TOXI-INFECTION ALIMENTAIRE COLLECTIVE (TIAC) ; TUBERCULOSE ; TULARÉMIE ;
TYPHUS ; WEST NILE VIRUS ; ZIKA
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