Constance Hamblenne
Au fil de ce parcours, il construit progressivement une nouvelle place sociale et professionnelle. Il
transforme son expérience de la précarité en un véritable savoir, qu’il mobilise aujourd’hui dans son
rôle d’expert du vécu. Comme il le souligne lui-même, cette évolution lui permet de donner du sens
à son parcours et de se sentir exister.
Frédéric présente Johnny, expert du vécu, comme une personne ayant connu une situation de
grande précarité et animée par la volonté de se mettre au service de la collectivité. Il insiste sur un
moment clé de son parcours, en soulignant que « il y a un moment où il s'est rendu compte qu'il
avait envie d'aider, qu'il pouvait aider et qu'il allait en faire quelque chose ».
Cet élément met en évidence la transformation d’un vécu personnel en ressource mobilisable, ce
qui renvoie directement à la question du savoir expérientiel et de sa reconnaissance dans l’action
sociale. En effet, le parcours de Johnny illustre comment une expérience de précarité peut devenir
un savoir utile pour comprendre les réalités vécues par les publics accompagnés.
Toutefois, cette transformation pose également la question de la légitimité des savoirs dans les
institutions. Comme le montre le témoignage, ce type de savoir est encore parfois moins reconnu
que les savoirs académiques, ce qui crée des tensions entre différents types d’expertise.
Enfin, cet exemple permet d’interroger les logiques d’activation des politiques sociales : si les
individus sont invités à se mobiliser pour se réinsérer, comme Johnny, leur parcours montre que
cette réussite repose aussi sur des opportunités, des accompagnements et une reconnaissance
institutionnelle qui ne sont pas accessibles à tous.
2) Articulation avec ma Recherche en Ingénierie et Action Sociales
(RIAS)
2.1 Contexte
Dans le cadre de ma recherche exploratoire en ingénierie et action sociales, je me suis intéressée
au dispositif Article 60, qui s’inscrit dans les politiques d’insertion socioprofessionnelle mises en
place par les CPAS. Ce dispositif vise à accompagner des personnes éloignées du marché du
travail en leur proposant une expérience professionnelle encadrée, dans le but de favoriser leur
réinsertion et l’ouverture de droits sociaux.
Cette recherche s’ancre dans mon contexte professionnel, en tant que directrice d’une ASBL active
dans le secteur du logement social, où je suis régulièrement amenée à accueillir et encadrer des
travailleurs sous contrat Article 60. Cette position m’a permis de constater des expériences
contrastées quant à l’intégration de ces travailleurs au sein des équipes, mettant en évidence à la
fois des apports concrets pour la structure et des difficultés liées aux profils des bénéficiaires ou aux
contraintes organisationnelles.
Dans ce cadre, ma recherche s’inscrit dans une réflexion plus large sur les enjeux d’insertion
socioprofessionnelle, les logiques d’activation des politiques sociales et les relations entre
institutions et publics précarisés. Elle vise plus particulièrement à analyser la plus-value de
l’intégration de travailleurs Article 60 pour les ASBL, tant au niveau organisationnel que du
fonctionnement quotidien.
Ce contexte permet de mettre en lumière les tensions existantes entre les objectifs institutionnels
d’insertion, les réalités du terrain et les profils des bénéficiaires, offrant ainsi un cadre pertinent pour