Savoir expérientiel en action sociale : Analyse des experts du vécu

Telechargé par constance.hamblenne
Constance Hamblenne
Année académique 2025-2026
UE 08
Production de savoirs et participation
Naoual Boumedian
Constance Hamblenne
1) Présentation des communications
férence de la communication
Dans le cadre du cours « Production des savoirs et participation », mon analyse s’appuie sur
l’intervention du service des experts du vécu en matière de pauvreté et d’exclusion sociale,
présentée le 20 février 2026 par Johnny Kean (expert du vécu) et Frédéric Lemaire (coordinateur
du service « experts du vécu).
Thématique centrale
La thématique centrale retenue dans ce travail est celle de la reconnaissance du savoir expérientiel
dans l’action sociale et de la légitimité.
Cette thématique renvoie à la place accordée aux personnes ayant vécu des situations de pauvreté
dans les institutions, mais aussi à la manière dont leur expérience personnelle peut être mobilisée
comme une ressource professionnelle. La richesse du vécu de ces personnes précaires est trop
souvent minimisée, voir réduite à presque rien. Le fait des les inclure au sein des institutions leur
procure une forme de reconnaissance nouvelle.
Cette thématique interroge également les rapports entre les différents types de savoirs :
Savoirs académiques
Savoir professionnels
Savoirs issus de l’expérience
J’aborderai également la thématique des logiques d’activation des politiques sociales, en lien direct
avec ma RIAS.
Points de vue des intervenants
Les 2 intervenants travaillent au sein du SPF Intégration sociale.
Le Service public de programmation Intégration sociale (SPP IS) est un service public fédéral
chargé de préparer et de mettre en œuvre la politique d’intégration sociale en Belgique. Il vise à
garantir une existence digne en luttant contre la pauvreté et lexclusion sociale, notamment via le
soutien aux CPAS. Le SPP IS agit également en faveur de la cohésion sociale et du développement
des grandes villes. Il développe des actions spécifiques, dont celles liées aux experts du vécu, afin
d’améliorer l’accès aux droits pour les publics précarisés.
Johnny Kean se présente comme une personne issue de la grande précarité. Il évoque notamment
un épisode marquant de son parcours, lorsqu’il travaillait au noir et qu’il a dû s’enfuir à travers
champs pour échapper à un contrôle. Cet événement constitue un moment de rupture, à partir
duquel il décide de reprendre sa vie en main.
Il s’engage alors dans un parcours d’insertion, en suivant plusieurs formations et en développant
progressivement ses compétences, notamment en reprenant un apprentissage en alphabétisation.
Il rencontre également le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, au sein duquel il commence à
s’impliquer activement. Cet engagement lui permet de développer une dimension militante,
notamment à travers l’écriture et la participation à des actions collectives.
Constance Hamblenne
Au fil de ce parcours, il construit progressivement une nouvelle place sociale et professionnelle. Il
transforme son expérience de la précarité en un véritable savoir, qu’il mobilise aujourd’hui dans son
rôle d’expert du vécu. Comme il le souligne lui-même, cette évolution lui permet de donner du sens
à son parcours et de se sentir exister.
Frédéric présente Johnny, expert du vécu, comme une personne ayant connu une situation de
grande précarité et animée par la volonté de se mettre au service de la collectivité. Il insiste sur un
moment clé de son parcours, en soulignant que « il y a un moment où il s'est rendu compte qu'il
avait envie d'aider, qu'il pouvait aider et qu'il allait en faire quelque chose ».
Cet élément met en évidence la transformation d’un vécu personnel en ressource mobilisable, ce
qui renvoie directement à la question du savoir expérientiel et de sa reconnaissance dans l’action
sociale. En effet, le parcours de Johnny illustre comment une expérience de précarité peut devenir
un savoir utile pour comprendre les réalités vécues par les publics accompagnés.
Toutefois, cette transformation pose également la question de la légitimité des savoirs dans les
institutions. Comme le montre le témoignage, ce type de savoir est encore parfois moins reconnu
que les savoirs académiques, ce qui crée des tensions entre différents types d’expertise.
Enfin, cet exemple permet d’interroger les logiques d’activation des politiques sociales : si les
individus sont invités à se mobiliser pour se réinsérer, comme Johnny, leur parcours montre que
cette réussite repose aussi sur des opportunités, des accompagnements et une reconnaissance
institutionnelle qui ne sont pas accessibles à tous.
2) Articulation avec ma Recherche en Ingénierie et Action Sociales
(RIAS)
2.1 Contexte
Dans le cadre de ma recherche exploratoire en ingénierie et action sociales, je me suis intéressée
au dispositif Article 60, qui s’inscrit dans les politiques d’insertion socioprofessionnelle mises en
place par les CPAS. Ce dispositif vise à accompagner des personnes éloignées du marché du
travail en leur proposant une expérience professionnelle encadrée, dans le but de favoriser leur
réinsertion et l’ouverture de droits sociaux.
Cette recherche s’ancre dans mon contexte professionnel, en tant que directrice d’une ASBL active
dans le secteur du logement social, où je suis régulièrement amenée à accueillir et encadrer des
travailleurs sous contrat Article 60. Cette position m’a permis de constater des expériences
contrastées quant à l’intégration de ces travailleurs au sein des équipes, mettant en évidence à la
fois des apports concrets pour la structure et des difficultés liées aux profils des bénéficiaires ou aux
contraintes organisationnelles.
Dans ce cadre, ma recherche s’inscrit dans une réflexion plus large sur les enjeux d’insertion
socioprofessionnelle, les logiques d’activation des politiques sociales et les relations entre
institutions et publics précarisés. Elle vise plus particulièrement à analyser la plus-value de
l’intégration de travailleurs Article 60 pour les ASBL, tant au niveau organisationnel que du
fonctionnement quotidien.
Ce contexte permet de mettre en lumière les tensions existantes entre les objectifs institutionnels
d’insertion, les réalités du terrain et les profils des bénéficiaires, offrant ainsi un cadre pertinent pour
Constance Hamblenne
interroger la place et la reconnaissance des personnes accompagnées dans les dispositifs d’action
sociale.
2.2 Articulation avec le témoignage des experts du vécu
Le témoignage des experts du vécu colle avec les constats issus de ma recherche sur le dispositif
Article 60. Dans les deux cas, il met en lumière la place occupée par les personnes en situation de
précarité au sein des dispositifs d’action sociale et les difficultés liées à la reconnaissance de leur
expérience.
Tout d’abord, le parcours de Johnny Kean raconte la transformation d’une expérience de pauvreté
en un savoir mobilisable au sein des institutions. Cette valorisation du vécu permet d’apporter un
regard complémentaire sur les réalités de terrain, notamment en matière d’accès aux droits et de
compréhension des dispositifs. De manière similaire, dans le cadre du dispositif Article 60, les
bénéficiaires disposent parfois, en fonction des profils, d’un savoir issu de leur parcours de vie et de
leur confrontation aux institutions. Toutefois, comme le montrent les résultats de ma recherche, ce
savoir reste peu valorisé dans les pratiques professionnelles, les bénéficiaires étant davantage
considérés sous l’angle de leurs difficultés que de leurs compétences. On a du mal à leur laisser de
l’autonomie, on ne leur confie pas les mêmes tâches qu’aux salariés « classiques ». Bien souvent,
ils restent sous la supervision dun coordinateur ou d’un chef d’équipe.
Le témoignage de Frédéric met en évidence que le savoir expérientiel constitue une forme
d’expertise à part entière, puisqu’il repose sur « une expérience transformée en connaissances et
compétences utiles, il définit l’expert du vécu :
« c'est une personne qui a elle-même vécu des situations de pauvreté ou
d'exclusion sociale, mais pas que ça, parce que sinon le nombre impressionnant
d'experts du vécu augmenterait. Or, c'est pas tout à fait le cas. C'est une
personne qui a tiré de son expérience des connaissances et des compétences
utiles pour cette fonction.
Ensuite, le témoignage met en évidence les limites des institutions dans la prise en compte des
réalités vécues par les publics précarisés. Les experts du vécu soulignent notamment les obstacles
liés au langage administratif, à la complexité des démarches ou encore au manque d’adaptation
des services. Ces constats rejoignent ceux observés dans le dispositif Article 60, où l’intégration
des travailleurs est souvent conditionnée par leur capacité à répondre à des exigences
institutionnelles qui ne tiennent pas toujours compte de leurs contraintes individuelles. Cela renvoie
plus largement à une logique d’activation des politiques sociales, où la responsabilité de l’insertion
repose en grande partie sur les individus.
Comme le souligne Johnny Kean, quand on ne comprend le document, on abandonne, ce qui
illustre concrètement les obstacles rencontrés par les publics précarisés dans leurs démarches.
Mais non. Moi, je ne viens pas d'un milieu où on parle le langage administratif,
les documents ont peur. Et quand on a du mal à écrire, ça m'est arrivé de rentrer
Constance Hamblenne
dans une salle et on me dit de remplir un document, je ne comprenais déjà rien au
document.
En plus, j'écris mal, c'est plié, j'abandonne.
Par ailleurs, la question de la légitimité des savoirs apparaît comme un point central dans les deux
contextes. Le témoignage montre que les experts du vécu doivent encore se faire reconnaître au
sein des institutions, malgré leur expertise issue de l’exrience. De la même manière, les
bénéficiaires de l’Article 60 occupent souvent une position peu valorisée dans les organisations
d’accueil, leur contribution étant parfois perçue comme secondaire ou limitée à des tâches peu
qualifiées. Cette situation met en évidence des rapports de pouvoir entre acteurs institutionnels et
publics accompagnés, où certains savoirs (académiques ou professionnels) sont considérés
comme plus légitimes que d’autres. [
Enfin, le témoignage des experts du vécu invite à repenser les modalités d’intervention sociale en
intégrant davantage la parole et l’expérience des personnes concernées. Il souligne l’importance de
passer d’une logique descendante, où les institutions définissent seules les besoins et les
réponses, à une approche plus participative. Ce constat fait écho aux limites observées dans ma
recherche, où les bénéficiaires du dispositif Article 60 sont peu impliqués dans la construction de
leur parcours ou dans l’organisation des dispositifs qui les concernent.
Ainsi, l’articulation entre ce témoignage et ma recherche permet de mettre en évidence une
problématique commune : celle de la reconnaissance et de la valorisation des publics précarisés
dans les dispositifs d’action sociale. Elle ouvre également la voie à une réflexion critique sur les
pratiques institutionnelles et sur la place accordée aux savoirs expérientiels dans la production des
politiques sociales.
3) Analyse et articulation avec les concepts du cours
L’articulation entre le témoignage des experts du vécu et ma recherche exploratoire permet de
mettre en évidence plusieurs enjeux centraux liés aux dispositifs d’action sociale. Cette analyse
s’appuie sur les concepts vus au cours, notamment ceux de champ social, de reconnaissance des
savoirs et d’activation des politiques sociales.
3.1 L’autonomie des champs
L’analyse du témoignage des experts du vécu et du dispositif Article 60 peut être éclairée à partir du
concept d’autonomie des champs, développé dans le cours. Celui-ci permet de comprendre que le
travail social ne constitue pas un champ autonome, mais un univers fortement dépendant d’autres
champs, notamment le champ politique et le champ économique (Peeterbroeck, 2025).
En effet, comme le montre Bourdieu, un champ est d’autant plus autonome qu’il est capable de
fonctionner selon ses propres règles. Or, dans le cas du travail social, les pratiques, les dispositifs
et les conditions d’intervention sont largement influencés par des décisions extérieures, notamment
celles liées aux politiques publiques.
1 / 12 100%
La catégorie de ce document est-elle correcte?
Merci pour votre participation!

Faire une suggestion

Avez-vous trouvé des erreurs dans l'interface ou les textes ? Ou savez-vous comment améliorer l'interface utilisateur de StudyLib ? N'hésitez pas à envoyer vos suggestions. C'est très important pour nous!