
Corps et sensorialité : les formes primaires de symbolisation dans les épreuves projectives
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métaPSyChologie fReudienne : leS tRaCeS PeRCePtiveS
Les fondements de la psychologie scientifique que Freud écrit dès 1895
sont inspirés par les théories associationnistes de la fin du
e siècle et par
la tradition de l’empirisme sensualiste : pour les résumer en quelques mots,
les impressions sensorielles se combinent par associations. Freud s’inscrit
dans cette continuité philosophique et il cite le célèbre aphorisme de Locke
(1689), « Rien n’est dans la pensée qui ne fut d’abord dans les sens », ou,
selon les traductions, « Il n’est rien dans l’intellect qui n’ait été dans les
sens », « si ce n’est l’intellect lui-même » ajoute Leibniz (1703). Dans cette
lignée, Freud décrira avec des concepts spécifiques les processus de trans-
formation du registre sensoriel à celui des représentations.
Freud a notamment insisté, dès le début de son œuvre, sur l’importance
d’une première mémoire archaïque 2 de nature essentiellement perceptive,
composée de traces perceptives, qui ne sont pas traduites ni en images, ni
en mots, en termes freudiens, ni en représentations de chose ni en repré-
sentation de mot.
Une lettre célèbre de Freud, adressée à Fliess en 1896, propose un
modèle des différents types de traces dans l’appareil psychique et de leur
connexion. À cette époque, Freud distingue trois types de signes : percep-
tifs, affectifs, conceptuels, qu’il conceptualisera ultérieurement comme trois
types de traces : traces perceptives et traces représentatives enregistrées sous
forme de représentations de chose ou de représentations de mot. René
Roussillon (2001) a particulièrement souligné l’importance de la différen-
ciation de ces traces perceptives d’avec les autres niveaux de représentation
et, comme on le verra ultérieurement, le retour possible de ces traces percep-
tives dans l’hallucination. Il rappelle que Freud, après ses premiers travaux,
raisonne souvent, par exemple en 1915 dans Métapsychologie, comme s’il
n’y avait pas de traces perceptives, ou comme si elles étaient superposables
aux traces mnésiques inconscientes, et il insiste sur la nécessité clinique de
maintenir l’écart entre la trace perceptive et la trace mnésique inconsciente,
qui compose la représentation de chose.
Dans les processus psychotiques, psychosomatiques et limites, on
repère en effet un manque de liens entre le niveau des traces perceptives
2. Ces premiers écrits de Freud, sous forme de lettres dans des échanges avec Fliess, et la publication
d’Esquisse pour une psychologie scientifique sont regroupées sous le titre La Naissance de la psychanalyse,
et plus récemment, en version intégrale, sous celui de Sigmund Freud. Lettres à Wilhelm Fliess.
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