
3D’autre part, dans le domaine de recherche qu’est le «magnétisme des roches», l’étude
approfondie de l’aimantation thermorémanente(ATR) des matériaux de construction
d’argile cuite (tuiles, briques), à partir de1987au laboratoire d’Archéométrie, a montré
qu’il était désormais nécessaire d’effectuer un certain nombre de vérifications et
corrections pour obtenir une estimation fiable et précise de la direction vraie duCMT
au moment de la cuisson. Il s’agit en particulier d’éliminer les effets de l’anisotropie
d’aimantation thermorémanente. Depuis le début des années1990, au laboratoire
d’Archéométrie, ces corrections sont aussi appliquées aux prélèvements sur structures
en place (fours de potiers, de tuiliers, fours à chaux...), constituées de briques et tuiles
prises en réemploi dans les parois et soles des fours. Un travail de recherche est
actuellement en cours afin d’étendre ces corrections aux argiles très cuites, mais
friables, prélevées sur les fonds ou parois de fours.
4Le présent exposé fait état de travaux d’analyse effectués entre1978et1989sur les
fonds vitrifiés de quatre fours de potiers situés respectivement à Trans, Guipel,
Chartres‑de‑Bretagne (Ille‑et‑Vilaine) et Meudon (Morbihan), ainsi que sur un lot de
fonds de pots retrouvés dans le four de l’atelier de Guipel. Il s’agit donc de travaux plus
ou moins anciens, qui n’ont pas toujours bénéficié des récentes améliorations de la
méthode. C’est pourquoi, après un exposé méthodologique, nous ferons une étude
critique des résultats obtenus, au vu de nos connaissances actuelles.
1.2 Aspects méthodologiques
1.2.1 Historique de la méthode
5Les études archéomagnétiques ont connu un essor très important en géophysique dans
les années1950‑1960; de nombreuses thèses ont été soutenues sur le magnétisme des
argiles cuites, sous l’impulsion du professeur É.Thellier, alors initiateur de la méthode
et directeur de l’institut de physique du Globe de Paris. Par la suite, la découverte du
magnétisme des roches océaniques a permis d’étudier très précisément les mécanismes
de la dérive des continents. Les recherches dites paléomagnétiques, c’est‑à‑dire
appliquées au temps géologiques, se sont considérablement diversifiées et étendues
(près d’une dizaine de laboratoires en France et plus d’une soixantaine dans le monde).
Depuis les années70, dans la lignée des travaux d’É.Thellier, les études
archéomagnétiques, en France, ont été poursuivies par I.Bucur et J.‑C.Tanguy au
laboratoire de Géomagnétisme de St‑Maur‑des-Fossés(CNRS) (Tanguyetal. 1985;
Bucur1986). Parallèlement, des recherches ont été effectuées au Proche‑Orient par
A.Hesse, du Centre de recherches géophysiques de Garchy(CNRS). Àpartir des
années80, L.Goulpeau et L.Langouët, rejoints par P.Lanos en1983dans le cadre d’une
thèse, mettent en œuvre cette méthode au laboratoire d’Archéométrie de l’université
de RennesI, en collaboration avec le laboratoire de Géophysique interne de cette même
université (dirigé alors par N.Bonhommet). Ces auteurs relancent les recherches sur
l’archéomagnétisme des matériaux d’argile cuite dits «déplacés» (tuiles, briques),
grâce à l’utilisation de grands échantillonnages (Goulpeau, Langouët1980), et étendent
ainsi les applications de l’archéomagnétisme à l’ensemble des matériaux de
construction en argile cuite (Goulpeauetal. 1986a; Lanos1987a; Lanos, Querré1987;
Goulpeau, Lanos1989; Lanos, Goulpeau1990). Ces travaux ont en particulier permis de
mettre en lumière l’importance de phénomènes magnétiques jusque‑là sous‑estimés
Ateliers de potiers médiévaux en Bretagne
2