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celle de la Gambie. Cette première tentative se solda par un échec
car les membres de l’expédition furent décimés par la fatigue. Le 23
juin 1685, une deuxième expédition conduite par Chambonneau,
directeur de la Concession, s’arrêta au Fuuta Tooro car le souverain
du pays ne voulait pas « qu’il allât en Galam à cause de Samba-
boüé (Samba Booy), son ennemi, qui s’y était réfugié, avec qui il
craignait qu’il n’eût quelque commerce7 ». Par la suite, le Fuuta
obligera plusieurs expéditions à renoncer au voyage de Galam. Les
souverains de ce royaume, de même que ceux de tous les pays rive-
rains du fleuve, conditionnaient le droit de commerce dans leurs
territoires, ainsi que le passage au pays de Galam, au paiement
de redevances appelées « coutumes ». Le souverain du Fuuta, par
exemple, percevait des traitants européens, avec force protocole,
divers articles de traite désignés sous les noms évocateurs de « bon-
jour du Roy », « grand bonjour du Roy », « coutume du Roy »,
« coutume des femmes du Roy », « coutume de l’alquier du Roy »,
« coutume de Camalinque8 ».
Le directeur de la Compagnie était désigné familièrement par
les indigènes sous le nom « Borom Ndar » (le Seigneur de Ndar).
Ce qui précède montre qu’il n’était pas tout puissant, loin s’en
fallait. André Brüe, directeur de la Compagnie du Sénégal à partir
de 1697 et premier concepteur d’une présence impérialiste fran-
çaise en Afrique occidentale bien avant Faidherbe9, l’apprit à ses
dépens pour avoir cherché à imposer les intérêts de la Compagnie
au détriment de ceux de ses partenaires au Sénégal. Il s’en tira
après de longs jours de captivité et une forte rançon au profit de
Lat Sukaabe Faal, souverain des royaumes Wolof du Kajoor et du
Bawol, de 1695 à 172010. La faiblesse relative du « Borom Ndar »
explique à cette époque sa propension à utiliser ses partenaires afri-
7. P. Cultru (éd.), Premier voyage du Sieur de la Courbe fait à la coste d’Afrique
en 1685, op. cit., p. 35 et p. 66.
8. Alquier ou Alcati, percepteur du Roi. Camalinque (kamalinku), prince hé-
ritier du trône des Satigi du Fuuta.
9. André Delcourt, La France et les Établissements Français au Sénégal entre
1713 et 1763, op. cit., p. 108.
10. D’après Boubacar Barry, André Bruë fut arrêté par le roi du Kajoor et du
Bawol en 1701. Voir « La Sénégambie du 17e au 18e siècle », op. cit., p. 338 et
Rokhaya Fall, Les souverains sénégambiens et la traite négrière : Latsukaabe Ngoné
Dièye et André Brüe, 11 p. ronéo, 1997. Voir également Jean-Michel Deveau,
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