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Les Français et la traite des esclaves en Sénégambie
Ibrahima Seck
Dans Dix-huitième siècle 2012/1 n° 44, pages 49 à 60
Éditions Société Française d'Étude du Dix-Huitième Siècle
ISSN 0070-6760
ISBN 9782707173850
DOI 10.3917/dhs.044.0049
Article disponible en ligne à l’adresse
https://shs.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2012-1-page-49?lang=fr
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DIXHUITIÈME SIÈCLE, n° 44 (2012)
LES FRANÇAIS ET LA TRAITE
DES ESCLAVES EN SÉNÉGAMBIE
L’histoire de la traite des esclaves en Sénégambie au 18e siècle
est essentiellement celle de la concurrence franco-anglaise, surtout
après l’expulsion des Hollandais de la côte à la suite de la guerre de
la gomme dans les années 1720. Le premier contact des navigateurs
français avec le fleuve Sénégal remonte au milieu du 15e siècle mais
leur premier établissement fixe n’a été fondé qu’en 1638 quand
omas Lambert construisit une loge de commerce sur la pointe
de Bieurt, située à trois lieues de l’embouchure du fleuve1. En 1628
déjà, il avait fallu déloger les Anglais de cet endroit. Le capitaine
dieppois Bontemps avait alors enlevé aux Anglais deux navires (le
James et la Bénédiction) portant cent Nègres et une cargaison esti-
mée à 130 000 livres2.
omas Lambert était un capitaine marchand qui, depuis 1626
au moins, fréquentait l’Afrique. En 1638, les négociants associés de
Rouen et Dieppe le choisirent pour conduire au Sénégal deux vais-
seaux chargés de marchandises et de matériaux pour bâtir une habi-
tation. Celle-ci fut construite en briques avec un appontement sur
la rivière pour recevoir les cuirs et charger les barques. Elle subsista
jusqu’en 1658 quant elle fut détruite par la mer qui avait rompu la
barre. La seconde habitation, construite par le commis Louis Caulier,
ayant étruite aussi, les Dieppois furent obligés d’abandonner la
place et de se retirer dans une petite île située au milieu du fleuve et
mieux protégée contre l’assaut des vagues. Louis Caulier y construisit
1. Sur la présence française au Sénégal et les différentes compagnies qui y
contrôlèrent le commerce, voir l’ouvrage de référence d’Abdoulaye Ly, La Com-
pagnie du Sénégal, Paris, Karthala, 1993.
2. Prosper Cultru (éd.), Premier voyage du Sieur de la Courbe fait à la Coste
d’Afrique en 1685, Champion et Larose, Paris, Société de l’histoire des colonies
françaises, 1913, p. XXIII.
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un fort en 1659. L’endroit, appelé Ndar par les autochtones, sera
baptisé du nom de Saint-Louis en l’honneur du roi Louis XIV.
Premier établissement permanent des Français en Afrique,
Saint-Louis du Sénégal a servi de base pour la mise en valeur des
colonies françaises d’Arique. Chef-lieu de la Concession du
négal et entret ral de vivres et marchandises de traite,
la ville devint rapidement un foyer humain où se côtoyaient des
Noirs, des Blancs et des mulâtres. Les limites de la Concession
française du Sénégal avaient été fixées par les lettres patentes du roi
de France de 1696, à savoir du Cap Blanc au nord, jusqu’à l’em-
bouchure de la rivière Sierra Leone au sud. Mais, en fait, pendant
la première moitié du 18e siècle, les Français se désintéressèrent de
la partie de la côte située entre les Bissagos et la Sierra Leone. Les
deux centres principaux de la concession étaient les établissements
côtiers de Saint-Louis, à l’embouchure du fleuve négal, et Gorée,
au large de la presqu’île du Cap-Vert3.
La Sénégambie au 18e siècle,
carte établie par Boubakar Barry
(d’après M. Abitbol, 1979)4,
dans Histoire générale de l’Afrique,
tome V, Paris,
Éditions de l’UNESCO, 1998.
3. André Delcourt, La France et les Établissements Français au Sénégal entre
1713 et 1763, Mémoires IFAN, Dakar, 1952, p. 91.
4. Cette carte de la Sénégambie se trouve dans l’Histoire générale de l’Afrique, V,
L’Afrique du 16e eu 18e siècle, éditions UNESCO, 1999, Boubacar Barry, chap. 10,
« La Sénégambie du 16e au 18e siècle », p. 319-361. Carte p. 321.
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LES FRANÇAIS ET LA TRAITE DES ESCLAVES 51
Le fort de Saint-Louis était la résidence du directeur général
de la Concession. Protégée des incursions venant de la mer par
la langue de Barbarie à l’ouest et, au sud, par la barre qui gêne le
franchissement de l’embouchure, Saint-Louis commandait l’entrée
dueuve Sénégal. Les Français avaient l’habitude d’engager des
équipages noirs, surtout des mulâtres libres de Saint-Louis et Gorée
appelés Gourmettes, pour le cabotage le long des côtes africaines et
le franchissement de la barre. Cette opération réussie, les navires de
haute mer s’arrêtaient devant le fort d’où partait une flottille pour
assurer le commerce du fleuve. Pendant la saison des basses eaux, le
commerce ne se faisait guère au-delà de Podor à cause de la rupture
du cours d’eau en plusieurs endroits du fait du retrait des eaux. Le
mil, les cuirs et peaux et surtout la gomme étaient alors négociés
aux « escales » dites du Désert, du Coq et du Terrier Rouge dans le
Fuuta Tooro5. Au moment de la crue, la flottille remontait le fleuve
Sénégal jusqu’au confluent de la Falémé et ses environs, c’est-à-dire
au pays de Galam.
Ce pays était le poumon économique de la Concession avec l’or
et les esclaves comme principaux produits de traite. Pour Saugnier,
c’est « le lieu des bonnes affaires …. On se procure chez cette
nation beaucoup d’esclaves que les caravanes y conduisent de diver-
ses contrées de l’Afrique. On y traite en abondance, or, morphil,
pagnes et mille autres objets6 ». Au-delà du Galam, toute la région
du Haut-négal-Niger était intégrée à la mouvance de Saint-Louis
du gal. Cette ville aurait é le plus grand centre de traite
négrière en Afrique n’eussent été les difficultés de la navigation sur
le fleuve Sénégal et la concurrence des Anglais, solidement implan-
tés en Gambie, qui parvenaient à détourner vers ce pays une partie
des caravanes qui allaient au Galam.
Selon Prosper Cultru, la première expédition française au
Galam date de 1667. Les Français avaient alors envoyé une tren-
taine d’hommes dans des barques, au moment de la crue, l’objectif
étant de savoir si l’on pouvait naviguer de la rivière du Sénégal à
5. Voir Boubacar Barry, « La Sénégambie du 17e au 18e siècle », dans Histoire
générale de l’Afrique, V, L’Afrique du 16e eu 18e siècle, éditions UNESCO, 1999,
p. 319-361. Citation p. 327.
6. Saugnier, Relations de plusieurs voyages à la côte d’Afrique, à Maroc, au Séné-
gal, à Gorée, à Galam, etc., Roux et Compagnie, Paris, 1791, p. 182.
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celle de la Gambie. Cette première tentative se solda par un échec
car les membres de l’expédition furent cimés par la fatigue. Le 23
juin 1685, une deuxième expédition conduite par Chambonneau,
directeur de la Concession, s’arrêta au Fuuta Tooro car le souverain
du pays ne voulait pas « qu’il allât en Galam à cause de Samba-
boüé (Samba Booy), son ennemi, qui s’y était réfugié, avec qui il
craignait qu’il n’eût quelque commerce7 ». Par la suite, le Fuuta
obligera plusieurs expéditions à renoncer au voyage de Galam. Les
souverains de ce royaume, de même que ceux de tous les pays rive-
rains du fleuve, conditionnaient le droit de commerce dans leurs
territoires, ainsi que le passage au pays de Galam, au paiement
de redevances appelées « coutumes ». Le souverain du Fuuta, par
exemple, percevait des traitants européens, avec force protocole,
divers articles de traite désignés sous les noms évocateurs de « bon-
jour du Roy », « grand bonjour du Roy », « coutume du Roy »,
« coutume des femmes du Roy », « coutume de l’alquier du Roy »,
« coutume de Camalinque8 ».
Le directeur de la Compagnie était désigné familièrement par
les indigènes sous le nom « Borom Ndar » (le Seigneur de Ndar).
Ce qui précède montre qu’il nétait pas tout puissant, loin s’en
fallait. André Brüe, directeur de la Compagnie du Sénégal à partir
de 1697 et premier concepteur d’une présence impérialiste fran-
çaise en Afrique occidentale bien avant Faidherbe9, l’apprit à ses
dépens pour avoir cherché à imposer les intérêts de la Compagnie
au détriment de ceux de ses partenaires au Sénégal. Il s’en tira
après de longs jours de captiviet une forte rançon au profit de
Lat Sukaabe Faal, souverain des royaumes Wolof du Kajoor et du
Bawol, de 1695 à 172010. La faiblesse relative du « Borom Ndar »
explique à cette époque sa propension à utiliser ses partenaires afri-
7. P. Cultru (éd.), Premier voyage du Sieur de la Courbe fait à la coste d’Afrique
en 1685, op. cit., p. 35 et p. 66.
8. Alquier ou Alcati, percepteur du Roi. Camalinque (kamalinku), prince hé-
ritier du trône des Satigi du Fuuta.
9. André Delcourt, La France et les Établissements Français au Sénégal entre
1713 et 1763, op. cit., p. 108.
10. D’après Boubacar Barry, André Bruë fut arrêté par le roi du Kajoor et du
Bawol en 1701. Voir « La Sénégambie du 17e au 18e siècle », op. cit., p. 338 et
Rokhaya Fall, Les souverains sénégambiens et la traite négrière : Latsukaabe Ngoné
Dièye et André Brüe, 11 p. ronéo, 1997. Voir également Jean-Michel Deveau,
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