
Analyse de l’effet de l’appartenance religieuse et du niveau d’éducation du chef de ménage sur la
pauvreté et la santé des ménages au Bénin : approche économétrique sur micro-données (EHCVM
2021–2022, DHS 2017–2018).
Réalisé par Tony Yann DADJO Page 3
La littérature théorique et empirique internationale et africaine met en lumière plusieurs
mécanismes plausibles par lesquels l’appartenance religieuse peut influencer la pauvreté et la
santé : (i) capital social et réseaux d’entraide religieuse (redistribution informelle, assistance
mutuelle) ; (ii) normes et comportements (attitudes vis-à-vis de l’éducation, du travail et des
pratiques sanitaires) ; (iii) héritage historique lié aux missions et aux investissements en capital
humain (qui a parfois favorisé certains groupes religieux) ; (iv) la structuration locale des
institutions religieuses (présence d’organisations confessionnelles actives). Des travaux récents à
l’échelle africaine montrent aussi que la mobilité éducative et les niveaux d’éducation diffèrent
selon les confessions, et que ces différences éducatives expliquent en grande partie des écarts
ultérieurs de revenus et d’accès aux services. Ainsi, la religion agit fréquemment par des canaux
indirects (via l’éducation, le capital social) autant que par des effets directs.
Au Bénin, si des travaux multidimensionnels et des mémoires ont largement étudié les
déterminants de la pauvreté (en mettant en évidence l’importance de l’éducation, de la zone de
résidence et du statut d’emploi), la variable « religion » a souvent été incluse seulement comme
contrôle et rarement analysée comme facteur explicatif central susceptible d’expliquer des écarts
intergroupes de pauvreté et de santé. Des études nationales (EMICoV, rapports INSAE) utilisent
par ailleurs des modèles logit pour identifier les déterminants de la pauvreté, ce qui confirme la
pertinence méthodologique de notre approche économétrique (logit pour la pauvreté, probit pour
la santé). Les quelques études focales et mémoires qui abordent la religion (ou la combinent à
l’éducation) indiquent des effets nuancés : la religion peut à la fois offrir des filets informels de
protection et contribuer à des inégalités d’accès à l’éducation selon les zones et traditions locales.
Ces éléments conduisent à identifier une lacune empirique et politique : les décideurs publics
manquent d’estimations récentes et fines indiquant si, et dans quelle mesure, l’appartenance
religieuse (et son interaction avec le niveau d’éducation du chef de ménage) contribue à la pauvreté
monétaire et aux vulnérabilités sanitaires, et comment ces effets varient selon l’espace (région,
rural/urbain). Or, connaître ces relations est essentiel pour concevoir des politiques sociales mieux