La Fin de la Recherche Spirituelle : Psychologie Non-Duelle

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LA FIN DE LA RECHERCHE
SPIRITUELLE
BRIAN THERIAULT
Brian Theriault est titulaire d’une maîtrise en psychologie de l’orientation et il
incorpore l’approche transpersonnelle non-duelle dans sa pratique clinique de conseil
à ses patients. Il a exercé comme thérapeute au sein de divers cadres de soutien, y
compris des centres de toxicomanie et de santé mentale et il anime des groupes non-
duels avec Gary Tzu en Alberta, au Canada.
Il est aussi le rédacteur adjoint de Paradoxica : The Journal of Nondual Psychology et
il a publié plusieurs articles qui démontrent le pouvoir transformateur de la
psychologie non-duelle. Il s’inspire du travail des psychologues non-duels Gary Tzu et
A.H. Almaas et des enseignements zen et mystiques d’Osho et de Lao Tseu.
RÉSUMÉ
Cet article est issu d’une thèse de maîtrise intitulée ‘’L’expérience non-duelle :
enquête phénoménologique-herméneutique sur le voyage du chercheur en quête de
plénitude’’ et il explore les transformations psycho-spirituelles rencontrées au cours
du voyage vers la vie non-duelle, avec un accent spécial sur la fin de la recherche
spirituelle. Dans l’arène spirituelle, on peut facilement observer un rush vers les
expériences transcendantales et la vie non-duelle. Ce travail de recherche vise à
interpréter et à comprendre les expériences vécues par des chercheurs spirituels qui
dans leurs propres quêtes en sont arrivés à comprendre l’inanité et l’échec total de la
recherche personnelle, ce qui a facilité leurs premières expériences d’éveil à la nature
non-duelle de l’existence. Une approche de recherche phénoménologique
herméneutique transpersonnelle à été utilisée pour cette étude et six thèmes
essentiels sont présentés dans cet article :
1) Chercher = souffrir
2) Nulle part où aller
3) Le chercheur illusoire
4) L’effondrement du temps
5) Au-delà du savoir
6) L’extinction gracieuse de l’ego
LA SAGESSE NON-DUELLE
Nous vivons actuellement dans un monde où le mariage entre la pensée occidentale
conventionnelle et les traditions de sagesse contemplative orientales est bien vivant et
florissant. Un groupe toujours croissant de théoriciens transpersonnels intégralement
informés reconnaît que la conscience humaine se développe bien au-delà de l’identité
égoïque normale jusqu’aux niveaux du transpersonnel avec la Conscience non-duelle
comme substrat transcendantal de l’existence (Assagioli, 1971 ; Aurobindo, date
inconnue ; Combs, 2002 ; Grof, 1985 ; Welwood, 2002 ; Wilber, 1999, 2000). Par
l’entremise d’un processus radical d’investigation expérientielle, ce qui est
normalement supposé être le sens de l’existence individuelle distincte et séparée et de
la réalité extérieure se révèle finalement être le substrat non-duel de l’existence. En
voyant au-delà des pensées, des images personnelles et des échafaudages psychiques,
une expérience radicale peut survenir :
En passant complètement par l’état de cessation ou d’absorption causale non
manifestée, on dit que la conscience se réveille enfin à sa demeure antérieure
et éternelle d’Esprit non-duel radieux et omniprésent, une et multiple, seule et
totalité l’intégration et la complète identité de la forme manifestée et du
sans-forme non manifesté…A strictement parler, l’absolu n’est pas un niveau
parmi d’autres, mais la réalité, l’état ou l’ainséité de tous les niveaux (Wilber,
1999, p.88).
Ce sommet de la conscience est si incroyablement vaste et infini qu’il transcende et
qu’il englobe les limites et les attachements de l’existence indépendante et du monde
extérieur. Il s’agit d’une pure Conscience inconditionnée dans laquelle la création
apparente de l’identification personnelle s’élève, et puis retombe. Selon le sage
Nisargadatta Maharaj (1999) : ‘’Tous les objets dans la Conscience constituent
l’univers. Ce qui se situe au-delà des objets et de l’univers et qui les soutient, c’est
l’état suprême et c’est un état de pure immobilité et de silence. Tout qui va là-bas
disparaît’’ (p. 35). C’est ici, dans les profondeurs du silence et de la Conscience
absolue que toute la structure du dualisme sujet-objet s’écroule en révélant la Réalité,
telle qu’elle est avant les empiètements des conceptualisations mentales. La sagesse
que l’on découvre dans la réalisation non-duelle, c’est être libre de la séparation, du
moi étroit, contracté, comprimé qui perpétue une souffrance interminable. Il n’y a
pas d’entité indépendante qui soit séparée du monde extérieur. Tous sont un et
semblables, coémergeant dans l’instant éternel, intemporel. Et pourtant, il
semble
y
avoir un sentiment d’existence indépendante. C’est l’attachement et l’identification
avec cette
apparence
, avec n’importe quelle forme au demeurant, qui produit ce moi
auto-existant et qui coupe ainsi la connexion spontanée, l’aisance d’être et la vie non-
duelle.
La réalisation non-duelle, c’est s’éveiller soudainement du monde imaginaire de
l’individualité à la vie, telle qu’elle se présente d’instant en instant :
C’est la vie très ordinaire, cette vie simple qui vous entoure, mais quand vous
ne bataillez pas, cette vie ordinaire devient extraordinairement belle. Alors, les
arbres sont plus verts, les oiseaux chantent des airs plus riches, tout ce qui se
passe autour de vous est chéri et les cailloux ordinaires sont des diamants.
Acceptez cette vie simple et ordinaire. Lâchez prise sans qu’il n’y ait
personne qui lâche ! (Rajneesh, 1977, p. 49)
L’éveil est le passage de l’identification au moi illusoire à la Présence
inconditionnelle, comme telle. On ne peut pas le provoquer par l’entremise de l’effort
et pourtant, c’est par l’épuisement complet de tous les efforts que l’on fait l’expérience
d’une telle Réalisation. C’est voir, directement et spontanément, par-delà tous les
points de vue, personnels et impersonnel, subtils et grossiers, élevés ou au ras des
pâquerettes.
LA RECHERCHE HABITUELLE
Le périple vers la Réalisation non-duelle commence avec un chercheur qui cherche un
accomplissement spirituel durable. Toute cette recherche pour se libérer se fonde sur
le désir et sur la conviction qu’il faut avoir un type d’expérience qui offrira au
chercheur la Félicité éternelle et qui lui révélera ultimement la vérité de son identité
(Balsekar, 1992 ; Gangaji, 2005 ; Krishnamurti, 1969). A l’insu du chercheur qui,
d’une manière prévisible, est rempli d’espoir et de la promesse de la recherche, il y a
le problème sous-jacent que la recherche elle-même ne serve qu’à soutenir et à
consolider l’identité de l’ego. Même ces expériences d’une nature transcendantale
sont utilisées comme un moyen d’auto-identification. Il semble qu’il y ait un moi
subtil qui continue d’enregistrer chaque expérience comme étant la sienne propre et
qui ainsi se crée et se recrée à l’infini tout au long du périple. La recherche peut
devenir et elle devient souvent une forme habituelle d’addiction. C’est un autre
moyen plus subtil et raffiné d’établir une identité personnelle (Adyashanti, 2004).
Liquorman (2000) précise :
La recherche est effectuée par un mécanisme corps-mental qui se considère
comme un auteur/acteur qui va faire quelque chose et ainsi obtenir quelque
chose. Et même s’il existe une compréhension intellectuelle que ce n’est pas le
cas, il reste néanmoins le sentiment d’être celui qui agit personnellement, de la
part du chercheur (p.63).
Fondamentalement, le chercheur ne réalise pas la complétude essentielle de l’instant
en raison des tendances irrésolues de son mental à juger, comparer et
compartimenter les expériences, ce qui repousse le chercheur dans le monde de la
dualité duquel il veut se libérer. Se détendre dans l’ainséité essentielle de l’instant,
c’est renoncer à toutes les formes intérieures et extérieures de recherche, ce qui
révèlera par- la nature illusoire du chercheur individuel.
EXPÉRIMENTER L’ÉCHEC TOTAL
Comme nous pouvons le voir, la recherche de la Réalisation est d’une nature
paradoxale : un ego présupposé recherchant l’Illumination dans le futur et qui rate
l’éternel instant qui existe déjà dans l’ici et maintenant. L’invitation, c’est de stopper
toute activité de recherche pour voir ce qui est déjà immédiatement accessible. La
sagesse de Papaji (1998) se situait dans l’interruption de la recherche : juste s’arrêter
pour observer ce qui est toujours accessible d’instant en instant et qui ne requiert
absolument aucun effort. Il nous invitait directement à cesser toute activité mentale
juste un instant pour voir la situation, telle qu’elle est, sans que le mental ne la
touche :
La Vérité se situe au-delà de la pensée, du concept et du conditionnement et
cette Vérité est ce que vous êtes et seule la Vérité est.
Cessez donc votre recherche et restez tranquille. Ne remuez surtout pas la
moindre pensée, ne faites aucun effort et la Vérité se révélera d’Elle-même à
Elle-même (pp. 400-401).
La Révélation, c’est l’anéantissement du moi séparé et l’embrassement de toute
l’existence. La compréhension expérientielle de ceci est l’instant où le mental cède
sous la pression. Le mental fini ne peut jamais comprendre l’infinité de l’existence. Il
est simplement réduit à néant en révélant la Conscience pure et sans objet. La notion
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