Sociologie : Épistémologie des sciences sociales - Notes de cours

Introduction à la Sociologie
Chapitre 1 : Epistémologie des Sciences Sociales
I.) Qu’est-ce qu’une science ?
Epistémologie : l’étude portant sur les sciences, une interrogation sur les conditions de
production des connaissances
Partie de la philosophie qui a pour objet l'étude critique des postulats (= proposition que l'on
demande d'admettre avant un raisonnement, que l'on ne peut démontrer et qui ne saurait être
mise en doute), conclusions et méthodes d'une science particulière, considérée du point de vue
de son évolution, afin d'en déterminer l'origine logique, la valeur et la portée scientifique et
philosophique
Quelles sont les règles propres à un savoir, une discipline et comment ont-elles été
instaurés ?
Pourquoi n’y a-t-il pas eu de sociologie au sens propre avant le 19e ? Pourquoi est-elle
parue au 19e ?
Aucun savoir sur la société n’est utile ?
Se demander comment, sur quel principe repose la science
Proposition célèbre de Thomas Kuhn (pas sociologue, historien et philosophe des
sciences), ouvrage incontournable Structure des Révolutions Scientifiques 1962
Il essai de rendre compte de l’évolution de la physique de Ptolémée (Terre au centre et autres
planètes et soleil tournent autour)
Kuhn se concentre sur la manière dont se règlent les conflits dans la communauté scientifique.
Il développe la notion de paradigme : ensemble de théories reliées les unes aux autres, basées
sur une idée ou une manière de penser principale.
Exemples : éco : paradigme repose autour de l’équilibre ; Marx : la lutte des classes est un
paradigme (sans la lutte des classes il n’y a plus rien)
Etudie réfutation de cette théorie et comment on est passés d’une vision de
l’astrophysique à une autre (Terre qui tourne autour du soleil)
Changer de paradigme (= ensemble de propositions, de théories qui sont dépendantes
les unes des autres si on enlève un élément de la théorie la théorie s’effondre)
Dans chaque science il y a des paradigmes qui s’imposent comme une évidence
Idée de Kuhn consiste à dire que les paradigmes s’imposent comme une vérité incontestable
jusqu’au moment le paradigme traverse une crise généralement interne il va être remis
en cause de manière assez explicite = révolution scientifique
(Comme Galilée et Copernic) émission de doutes sur la validité du paradigme sans
faire de théorie ou contre-théorie aboutie
Théorie héroïque pas forcément réaliste
Heuristique : qui produit des connaissances, aide à comprendre/analyser un phénomène
Vision sociologique dans sa théorie on peut à partir de la théorie de Kuhn se demander de
quelle façon /par quelle modalité s’instaure une « science normale » ? (Comme l’appelle Kuhn)
Comment advient la science normale ? C’est gouverné par quelles règles/principes/
institutions ? (Normal au sens du norme + normes changent)
Comment s’établissent les normes scientifiques ? Comment ces croyances s’installent ?
Comment sont-elles remises en cause ? Comment se passe/produit la révolution scientifique ?
Il y a-t-il des caractéristiques propres aux personnes qui remettent en question les normes
scientifiques qui font des révolutions scientifiques ? Qu’est-ce qui rend possible les révolutions
scientifiques, les pensées divergentes de la norme ? Il y a-t-il des conditions favorables aux
révolutions scientifiques ? // Conformisme scientifique
Ex : Tchernobyl
savoir scientifique plus ou moins admis reconnu comme tel mais le
scientifique pour imposer science normale il faut que cette science soit admise par les autres
Contexte historique qui rend les idées possibles
Ex : Keynes (révolution keynésienne) autre vision de la macroéconomie, s’oppose à la vision
néoclassique d’auto-équilibre en proposant vision de non-équilibre
Paradigme keynésien
Si Keynes a pu imposer/diffuser/populariser sa vision grâce à la crise de 1929
il faut les
conditions/un contexte favorable
De façon radicale, la science normale désignerait simplement ce sur quoi s’accordent les
scientifiques relativiste car le contenu scientifique apparait moins important, est-ce que ce
qui est produit par la science a de la valeur ?
Science = activité qui présuppose un minimum d’accord et de consensus
Idée que la science avancerait par révolution, il faut donc des crises (changement de paradigme)
Le champ de Bourdieu
Bourdieu va notamment construire la notion de champ (= espace relativement autonome de
concurrence, de partage d’illusio de personnes qui partagent des sujets communs et qui évoluent
en commun en se jugeant, s’évaluant entre eux toute partie de l’espace social ayant acquis
un degré d’autonomie suffisant pour reproduire elle-même (autos) la croyance dans le bien-
fondé de son principe fondateur (nomos))
Champ scientifique : partir du principe dans laquelle il existerait un espace en partie autonome
(individus qui évoluent dans un espace en partie autonome avec des caractéristiques
spécifiques) // côté agonistique, conflictuel
« Illusio » : croyance pour lui absolument indispensable à l’intérieur du champ l’adhésion
de l’agent social, avec les effets qui en coulent, aux normes et aux valeurs régissant son
champ d’appartenance
Si tu es physicien tu crois en la physique etc.
Science Normale
Kuhn : il y a une science normale mais il y a de plus en plus de gens qui remettent en question
les « faits » scientifiques critiques qui se trouvent chez ceux qui arrivent (entrants dans le
champ, les plus jeunes pas complétement socialisés dans la science normale)
Rivalité au sein du champ remettent en cause les théories et les personnes dans statuts établis
qui dominent
Considérer qu’il y a un illusio, considérer que les croyances sont immuables
Illusio = fait de partager les règles communes, propres à l’espace en question
Gérard Noiriel : « Eric Zemmour tente de discréditer tous les historiens de métier »
Comment délimiter le champ ?
Shapin et Schaffer
Léviathan et la pompe à air Hobbes et Boyle, entre science et politique controverse
scientifique qui a émergé dans les années 1660
Débat porte sur la pression atmosphérique (amène à l’existence, la matière, le vide etc.)
Boyle se voit comme un scientifique un des inventeurs de la pompe à air, essaie de rendre
compte de son invention et Hobbes inventeur de la science politique
Shapin et Schaffer auront pour principal interlocuteur Hobbes (philosophe)
Boyle doit justifier sa découverte/valeur scientifique auprès d’un philosophe qui ne comprend
pas la dimension scientifique/technique champs différents
Philosophe au-dessus des autres à cette époque mais n’a pas la compétence pour justifier
démonstration scientifique
Boyle a dû écrire en langue naturelle pour expliquer pédagogiquement ce qu’il fait et va devoir
raconter/expliciter ses expériences en français preuve de sérieux en racontant protocole
d’enquête, pour montrer honnêteté intellectuelle, même les expériences qui ont échoués
Nécessité d’emporter la conviction des lecteurs en expliquant comment on arrive à notre résultat
Notre modernité : l'invention d'un pouvoir scientifique à la fois proche et séparé du pouvoir
politique
Querelles
Démarche qui s’est pas mal diffusée débats polémiques (Bloor)
Baptiser le Programme Fort (école d’Edinbourg), principal auteur = David Bloor,
cherche à expliquer la formation des connaissances scientifiques, leur réussite ou leur
rejet, par des facteurs sociaux et culturels
Idée : histoire des sciences raconte histoire enchanté (casi-tautologique) qui vise à
expliquer que si un auteur/scientifique l’a emporté, a eu sa vision corroborée par
l’histoire c’est parce que sa théorie était supérieure à une autre
Eviter forme de lecture rétrospective, Bloor propose de mettre en œuvre le principe de
symétrie (discuté au-delà de la sociologie de la science) il faudrait mettre les théories
« fausses » et ceux qui ont emporté sur le même plan, faire comme si on ne savait pas
lequel avait emporté, s’intéresser aux controverses pour étudier les positions, voir si on
est d’accord ou non
Selon de telles approches l'échec de théories scientifiques s'expliquerait par des biais
tels que les intérêts politiques ou économiques de leurs défenseurs. La sociologie ne
saurait expliquer la réussite de théories scientifiques, celle-ci étant attribuable à leur
validité intrinsèque. Le programme fort propose de traiter de manière symétrique les
théories scientifiques, qu'elles soient « vraies » ou « fausses ». La formation et le devenir
de ces deux types de théories sont soumis au même déterminisme, incluant des facteurs
sociaux comme le contexte culturel ou l'intérêt personnel au même titre que des facteurs
naturels
Critiques : théorie qui a emporté va donner plus d’informations pas possibilité de
symétrie + faire semblant de ne pas savoir quelle théorie a emporté = difficile
Ex : glysophates
Il faut dénaturaliser ce qui nous semble naturel en considérant que la chose qui est
advenu ne l’est pas (travail sociologique et historique)
Latour 1984 Guerre et Paix des Microbes porte sur Pasteur et la révolution
o Comment révolution Pasteurienne est advenu une partie de l’activité des
scientifiques est d’être un entrepreneur scientifique (rencontrer personnes,
convaincre, faire de l’argent, avoir des contrats/financement etc.) savant pas
enfermé dans tour d’ivoire, isolé du reste du monde
Montrer l’intérêt de la recherche
Hygiénisme et promiscuité à l’époque de Pasteur
Air du temps = la science, les positivistes, science = merveilleux, respecté
Triomphe de la bactériologie s’explique en réalité par la mobilisation de réseaux
d’acteurs tout à fait hétérogènes
Existe-t-il un paradigme prédominant en sciences sociales/sociologie ?
Dans les faits c’est très compliqué
En sociologie, l’idée qu’il y ait un paradigme prédominant ne parait pas envisageable
Pas évident qu’il y ait une science « normale » (normes), pas une façon de se définir, plusieurs
points de vue, manières d’analyser un même phénomène
Pluralisme méthodologique, d’un point de vue épistémologique avoir un monopole explicatif
est invraisemblable
Dans ces conditions il n’y a pas une seule piste d’analyse
Elias : La Dynamique Sociale de la Conscience
Manière dont les sociologues mobilisent les théories des sciences sans les discuter
Il dit de Kuhn : la vision de Kuhn consiste à mettre l’accent sur les ruptures des paradigmes et
cette vision possède une dimension héroïque, celui qui revient sur les faits à méconnaitre, les
apports de prédécédeurs
Dans l’écrasante majorité des cas un scientifique permet l’avancée d’une théorie en s’appuyant
sur ce que son prédecédeur avait fait chacun amène sa pierre à l’édifice
Kuhn est plus dans la rupture que la continuité et l’évolution dans les sciences
L’idée que le progrès scientifique avance par la rupture est une idée discutable
Popper : j’ai une théorie, je la confronte à l’épreuve de la réalité
Elias : une vision de philosophe qui (de sa hauteur) nous décerne un critère dans la
pratique une sorte de savant dans son coin qui essaie de trancher une fois pour toute sa
théorie, en pratique ça ne se passe jamais comme ça ils doivent formuler des
hypothèses, ils ont des hésitations, des doutes, tu trouves ce que tu ne cherchais pas
(sérendipité = trouver par hasard lorsque tu cherchais autre chose)
Il critique Popper : le fait que le savant ait sa théorie préparée, qu’il sache quoi faire et
qu’il ait son résultat est trop beau, quelque chose de philosophe, cherche un critère sans
être scientifique
Différence entre théorie et pratique
Falsifiabilité n’est pas quelque chose que font tous les jours les scientifiques
Il faut renoncer à la métaphysique transcendantale pour expliquer la science au profit des
théories de la science parce que l’idée qu’il n’y ait qu’une seule théorie de la science a très peu
de chance à correspondre à la réalité
Si on veut rendre la science comme activité sociale il faut restituer d’avantage que donner l’idée
qu’une théorie est pensée directement par un philosophe ou un savant ayant tout pensé de lui-
même il faut aller contre cette idée très héroïque de la science dimension plus pratique
II.) Quel est l’objet de la sociologie ?
Durkheim et Weber
Weber : sociologue allemand, Economie et Société
La sociologie est une discipline qui s’intéresse aux et étudie les activités sociales, il y a du social
à partir du moment où l’action se rapporte au comportement d’autrui coprésence avec autrui
Coprésence physique (wagon dans le métro) ou mental (tu penses à quelqu’un)
Exemple pris par Weber dans Economie et Société : collision entre 2 cyclistes n’est pas social,
c’est mécanique, pour devenir social, l’action doit s’orienter vers autrui
Durkheim : sociologue français
Le social, pour lui, est avant tout un phénomène collectif a une existence propre
Le social n’est pas de l’individuel, la société existe avant l’individu
Le sociologue doit étudier les « faits sociaux » (= un phénomène antérieur à moi, extérieur à
moi, et contraignant)
Ex : le mariage, un droit avec une valeur religieuse mais il y a eu un changement qui a fait que
le mariage n’a de valeur que si c’est civil
Fait social ne dépend pas des volontés personnelles/individuelles
Il a une fonction sur l’institution sociale la société dépasse les individus, a existé avant les
individus, elle s’impose aux individus : sans même que nous nous en apercevions, il existe tout
un ensemble de règles et de contraintes qui pèsent sur les actions d’un individu
Terme de contrainte renvoie à une contrainte générale à tous donc elle n’apparait pas forcément
comme tel mais peut paraitre naturel pour les individus concernés
Les individus n’éprouvent pas forcément une contrainte avec une peine puisque le fait de se
socialiser renvoi aussi au fait de s’humaniser
Quand Durkheim dit qu’à l’Homme physique se rajoute l’Homme social tu as un corps, des
caractéristiques physiques données mais tu as aussi l’Homme social qui fait que tu vas te
déployer avec les autres, tu vas vivre avec autrui, et cela va t’humaniser (prendre en compte
l’existence d’autrui, te socialiser etc.)
Elias discute Durkheim et Weber « Qu’est-ce que la sociologie ? »
Il reprend les définitions classiques de la sociologie et dit qu’il y a un problème dans la manière
En réalité Weber et Durkheim rapportent dans leur réflexion sans le vouloir des idées
philosophiques
Weber : imaginez qu’il y ait un individu constitué qui devient ensuite social, on rencontre un
individu avec les mêmes caractéristiques que les nôtres préserver une sorte d’essence de
l’individu
L’individu qui vient au monde, s la minute où il arrive, il est mis en relation avec autrui
tu n’es pas seul
Idée d’envisager un individu constitué seul (un homoclosus, ampacté) ne correspond pas à la
réalité car les individus sont d’emblée plongés dans des activités qui les relient aux autres
Weber prétend que celui qui ouvre un parapluie ne se livre pas à une action sociale MAIS les
parapluies n’existent pas dans toutes les sociétés (société en voie d’individualisation, se
protéger soi-même contre la pluie/société urbaine) quand même dimension sociale : qu’est-
ce qui fait que les parapluies apparaissent
Pas besoin d’attendre autrui pour que le social apparaisse social déjà en partie là, il
y a du social dans moi, dans le bébé
Homme physique achevé mais l’apparence physique ne cesse de se transformer de la
naissance à la mort ce n’est pas un état c’est un processus (Elias) Il y a également la
pensée, les structures mentales ce ne sont pas des choses données mas ce sont des choses
qui se transforment et qui ne cessent de se transformer avec le temps ET dans un
environnement en transformation constante aussi.
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