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Calenge Idéologie verte

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Communications
Idéologie verte et rhétorique paysagère
Mr Christian Calenge
Résumé
L'analyse des divers documents d'urbanisme et d'aménagement des territoires montre à l'évidence une prégnance
croissante du « vert » dans les cartes et du vocabulaire végétal et paysager dans les textes. Il y a incontestablement là
une forme de discours « politiquement correct » et thaumaturge face aux maux des villes et aux difficultés de l'action
urbaine. Prendre ce discours au sérieux peut permettre d'identifier des gestes urbanistiques en fait divergents, mais qui
semblent aller souvent vers une dissolution de la ville « en nature ».
Citer ce document / Cite this document :
Calenge Christian . Idéologie verte et rhétorique paysagère. In: Communications, 74, 2003. Bienfaisante nature. pp. 3347;
doi : 10.3406/comm.2003.2127
http://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_2003_num_74_1_2127
Document généré le 06/03/2018
Christian Calenge
Idéologie verte
et rhétorique paysagère
Après avoir marché sept jours à travers bois, celui qui va à Baucis ne
réussit pas à le voir, et il est arrivé. Des perches qui s'élèvent du sol à
grande distance les unes des autres et se perdent au-dessus des nuages
soutiennent la ville. On y monte par de petits escaliers. Les habitants
se montrent rarement à même le sol : ils ont déjà là-haut tout le
nécessaire et ils préfèrent ne pas descendre. Rien de la ville ne touche terre
en dehors de ces longues pattes de phénicoptère sur lesquelles elle
s'appuie et, les jours où il y a de la lumière, d'une ombre dentelée,
anguleuse, qui se dessine sur le feuillage.
On fait trois hypothèses sur les habitants de Baucis : qu'ils haïssent la
Terre ; qu'ils la respectent au point d'éviter tout contact avec elle ; qu'ils
l'aiment telle qu'elle était avant eux, et que, s'aidant de longues-vues
et de télescopes pointés vers le bas, ils ne se lassent pas de la passer en
revue, feuille par feuille, rocher par rocher, fourmi par fourmi, y
contemplant fascinés leur propre absence1.
Aux trois hypothèses d'Italo Calvino, nous pouvons imaginer faire
correspondre trois figures connues : l'adepte du Mouvement moderne,
suspect d'avoir sinon haï, du moins négligé et méprisé la nature ; l'écologiste
radical, pour qui la nature doit rester un sanctuaire protégé de la foule ;
le nostalgique rêvant d'une Arcadie heureuse ou d'un paradis perdu...
Mais aujourd'hui surgit peut-être la figure nouvelle du citadin désireux
de voir la nature envahir la ville, au point de la rendre invisible...
Le vert (et le bleu, souvent symbole des eaux bénéfiques) est devenu
la couleur de la plus grande partie des documents d'urbanisme et
d'aménagement des territoires. Ces documents constituent des matériaux
privilégiés pour l'analyse d'un discours qui s'est par ailleurs enrichi avec la
création de nombreux sites Internet. Quelques exemples, pour la plupart
situés dans les périphéries urbaines (couronne parisienne, banlieues de
Tours et de Grenoble), illustreront l'existence de la doxa paysagère.
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Christian Calenge
Une rhétorique paysagère.
Ainsi, la Ville de Grigny, dans l'Essonne, développe un Grand Projet
de ville 2 qui cherche à définir une « finalité 3 » aux actions urbanistiques
diverses, déjà entreprises ou à venir. Les objectifs ne sont pas nouveaux.
Ils sont classés en « objectifs sociaux » (« réduire le chômage, aider les
personnes en difficulté, améliorer la sécurité, rééquilibrer le peuplement,
mettre en place un projet éducatif, améliorer la vie collective, etc. 4 »), en
« objectifs économiques » (augmenter le nombre d'emplois, améliorer les
finances communales...) et en « objectifs urbains » (constituer une ville
offrant les fonctions que l'on trouve généralement dans une agglomération
de 25 000 habitants : création d'un centre-ville, réalisation d'équipements
et d'espaces publics, implantation de commerces et de services... ;
améliorer l'accessibilité et les communications avec le reste de
l'agglomération). Les modes d'action pour obtenir la meilleure qualité de vie possible
dans une ville « normale » sont divers, mais la plupart portent sur un
traitement paysager des espaces publics. En 2000 par exemple, est mise
en chantier l'esplanade des Droits-de-1'Homme qui « relie et fédère
plusieurs équipements publics municipaux... [Elle] s'inscrit dans un contexte
urbain fort, elle est desservie par les nouvelles voies de liaison du centreville avec les quartiers de Grigny II, les quartiers de la Grande-Borne et
la zone d'activité des Radars » . Cette esplanade sera « un des points forts
d'articulation de la trame verte », et son traitement paysager, à la fois
minéral et végétal, permettra de réunifier « un ensemble jusque-là
disparate ». Plus loin, on apprend qu'il s'agit de créer « un mail piéton, et
encore un grand espace libre traité en pelouse avec encadrement d'arbres,
qui permettra d'accueillir différentes manifestations festives et
culturelles ». Et surtout, « à terme, la trame verte articulera l'ensemble aux
aménagements extérieurs du centre-ville ».
Dans ce premier exemple, on peut retenir certaines figures presque
classiques du discours « vert » : la « trame verte », qui revient comme un
leitmotiv ; l'arbre, multiplié et quasi sacralisé dans les représentations
habitantes ; le mail ou le boulevard dit « urbain », qui succède en lieu et
place aux routes et rues principales d'un quartier ou d'une ville ; le «
préverdissement » des lotissements ; les fleurissements divers qui gagnent le
moindre espace urbain, à l'image des ronds-points. Tout l'espace urbain,
banlieusard et périurbain environnant est l'objet d'actions et de discours
paysagers, et aucun projet d'aménagement, aussi modeste soit-il, ne
saurait oublier le « volet paysager » : le Syndicat intercommunal de la vallée
de l'Orge aval centre son activité sur l'aménagement des berges et la mise
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Idéologie verte et rhétorique paysagère
en valeur d'une trame verte ; le Syndicat intercommunal d'aménagement
de la vallée de la Bièvre veut faire « redécouvrir la Bièvre » (au sens propre
aussi dans certaines communes, où elle sera remise à ciel ouvert), «
maintenir et développer la faune et la flore. Les techniques végétales de défense
des berges seront préférées » °. Une trame verte « concrétisera cette mise
en valeur », une fois la Bièvre « délivrée de ses pollutions ». Tout près de
là, la Ville d'Athis-Mons affirme dans son Projet urbain global avoir « déjà
une trame verte (les coteaux, le Val de l'Orge, les berges de Seine) ». Elle
veut transformer la RN7 en « boulevard urbain », reconquérir les rives
de la Seine, mettre au point un plan d'embellissement, et valoriser le
patrimoine architectural des maisons de banlieue. Là encore, c'est tout
un programme paysager reposant sur le végétal et les eaux (mais incluant
pour une fois l'architecture) qui est chargé de fournir un sens à l'action
municipale.
Mise en scène de la ville.
Une réflexion de même nature est menée à La Riche, commune
limitrophe et periurbaine de Tours. Elle s'appuie sur une étude effectuée par
une agence d'urbanisme, dont le travail est dû pour l'essentiel à une
paysagiste6. Le Projet global de développement urbain ainsi défini affiche
les objectifs de la municipalité7, qui a notamment renouvelé le POS à
partir de ses prescriptions.- L'ambition est globalement «de créer un
nouveau paysage communal, de mettre en scène la ville » pour lui
redonner du sens. Cette commune offre en effet un espace extrêmement
hétérogène - sinon hétéroclite -, qui mêle des quartiers de banlieue classiques,
des lotissements récents, des cités d'immeubles collectifs (parmi les plus
socialement stigmatisés de l'agglomération), des zones industrielles, des
exploitations maraîchères (en recul mais encore vivaces), des jardins
ouvriers (en friche ou recréés), des voies ferrées qui segmentent le
territoire communal, des bâtiments patrimoniaux prestigieux (le prieuré de
Saint-Cosme, où repose Ronsard, et ce qui demeure du château du Plessis,
où résida longtemps Louis XI). L'ensemble n'offre guère de logique ni
d'intelligibilité : c'est une « mosaïque un peu folle » . En fait, la commune
s'est développée depuis Tours, par l'habituelle urbanisation « en doigts
de gant » sur des terres maraîchères entre la Loire et le Cher. Elle a été
morcelée par de lourdes emprises ferroviaires, qui ont isolé des espaces
en cul-de-sac, plus ou moins marginalisés. C'est le tableau classique de
nombre de communes de banlieue. Les friches (exploitations maraîchères,
jardins ouvriers, fermes anciennes, pavillons et même immeubles en
déshérence...) traduisent la déprise des lieux et, d'une certaine façon, l'inef35
Christian Calenge
ficacité ou du moins l'impuissance des édiles. Le passage récent de la
rocade,- qui renverse l'accès habituel par Tours et intègre La Riche à
l'ensemble - de l'agglomération, a transformé le regard porté sur ces
espaces. Plus ou moins oubliés (et vécus comme tels), ils se retrouvent
accessibles, proches, visibles. La rocade « ouvre une nouvelle façade
urbaine », et il va donc falloir « tisser des liaisons fortes au sein de l'espace
urbain, promouvoir une nouvelle image qualitative de la ville » . Presque
les mêmes mots qu'à Grigny. Concrètement, il s'agit « d'édifier un centreville élargi et qualifié, et de mettre en perspective un nouvel
environnement8 ». Les contraintes de site sont très fortes, car la commune est
entièrement en zone inondable, bien que la partie urbaine proprement
dite, enserrée par les levées de la Loire et du Cher, soit hors d'eau. C'est
un nouvel environnement. Pas au sens physique (les inondations ne sont
pas nouvelles), mais au sens performatif. Il faut redéfinir l'espace, en
affirmer la maîtrise par les mots et les images, édifier les formes prédites
comme adéquates, constituées en paysage lisible.
Etendre les liaisons piétonnes et les continuités paysagères, en utilisant
les espaces verts et les perspectives existantes, réaliser un front urbain
et paysager s'inspirant des coulées vertes.
Telles sont quelques-unes des préconisations du Projet global de
développement urbain. Ce plan est fondé sur la Loire (sans trop de surprises), et
sur « le végétal dans la ville, soulignant l'identité horticole, faubourienne
et ligérienne ». C'est un véritable programme paysager, qui affirme et
justifie des actions urbanistiques au fond très • banales : dessiner un
centre-ville plus visible (les quartiers voisins, une cité d'immeubles
sociaux et un nouvel ensemble pavillonnaire sont plantés d'arbres alignés
vers la mairie), créer des équipements (une piscine, de l'éclairage, un
centre commercial, une nouvelle rue, etc.). Mais ce qui est dit fait sens,
et du moins doit être pris au sérieux. Le paysage est aussi une rhétorique
qui se traduit en acte.
Cette action touche ' la ' plupart des communes de l'agglomération
tourangelle. Elle porte tantôt sur des espaces limités mais multipliés,
comme dans le cadre du plan d'embellissement de la ville de Tours,
tantôt sur un axe ou un quartier, voire sur l'ensemble de l'aire du
Schéma directeur, ou plutôt du SCOT en cours d'élaboration pour la
communauté d'agglomération Tours Plus. Des institutions, des
entreprises, des personnes de plus en plus nombreuses participent à cette intense
production d'espaces urbains.* Or, pour faire sens, l'action urbaine doit
s'ancrer dans un discours légitimant9, qui la rend racontable, donc
acceptable, puis effective. Les élus - et en particulier les premiers d'entre
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Idéologie verte et rhétorique paysagère
eux - ont besoin de rendre visible une action légitime sur leur espace
légitime. Ils privilégient donc une transformation des formes matérielles
immédiatement signifiante, qui peut donner à voir le passage du
discours aux actes. Pourtant, en matière d'urbanisme, il existe de moins
en moins de registres du discours capables de constituer un récit de
l'action recevable. C'est à l'évidence un des aspects de ce que beaucoup
ont nommé la « crise de la ville », qui est sans doute d'abord une crise
des mots pour la dire 10.
Depuis que l'exigence de modernité s'est effacée, ou du moins
n'apparaît plus comme suffisante, d'autres champs sémantiques sont mobilisés
pour exprimer les différents registres nécessaires à l'action urbaine, en
construire les économies et les rhétoriques d'exposition. Cela est d'autant
plus difficile que la très grande variété des lieux, des territoires et des
formes rend délicate toute édification de sens. La multiplication des
conflits à propos des actions d'urbanisme le démontre, et ces conflits
forment certainement une des entrées pertinentes pour dévoiler quelquesunes des représentations en jeu. Ainsi, à Tours, les services des espaces
verts ont entrepris au printemps 2001, après information du public,
l'abattage de deux platanes de l'avenue de Grammont, axe central de
circulation, pour faire place à un couloir de bus, voire plus tard de
tramway, dans le cadre du Plan de déplacements urbains. Objectif
éminemment écologique et « vert », auquel la loi contraint. Cet abattage a été,
malgré la modestie de l'enjeu, une occasion de conflit entre les résidents
et commerçants proches, les services techniques, la municipalité, etc. La
presse locale en a rendu compte n, des tracts « sauvages » affichés dans
le quartier ont parlé de « crime » commis contre les arbres... Si menu
soit-il, le conflit met au jour la diversité des représentations, et engage
bien plus que l'objet qui le fait naître.
Les références à la nature, au paysage ou à l'environnement tendent
donc à envahir les documents d'urbanisme et à s'autonomiser en une
rhétorique porteuse d'idéologie, sinon en une « cité de la grandeur 12 » .
Une idéologie un peu molle et pleine de contradictions, mais qui constitue
bien un ensemble de représentations en actes, qui peuvent ou, du moins,
veulent faire sens. Cette rhétorique paysagère est particulièrement prégnante : compris très généralement comme étant « de nature », le paysage
autorise un véritable travail sur les formes proposées au regard, et par là
permet une transformation in visu des espaces.
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Christian Calenge
Réparer le grand ensemble.Une fonction première des projets urbains est de dire ce qui ne va pas,
de construire le récit de la déchirure et de la décomposition, d'exprimer
la perte de sens (« une mosaïque un peu folle »), la fragmentation du
tissu urbain. Le discours sur la fracture urbaine s'applique en tout
premier lieu aux cités de logements sociaux. A Joué-les-Tours - ville
limitrophe de la ville centre -, la cité de La Rabière, qui porte une image très
négative, fait l'objet d'une politique de traitement paysager depuis 1996,
« pour ramener le parc dans la ville 13 » . L'action de créer du vert, du
« paysage », dans une cité d'immeubles qui fait figure de repoussoir 14," de
lieu du déclassement ' urbain, se rattache à une tradition urbanistique
connue et explicite. Comme à l'époque haussmannienne, elle se double
aujourd'hui d'une dimension thaumaturge implicite, évoquant la guérison
d'un mal. Il s'agit ici de « réintégrer le quartier dans la ville15 ».
Déjà un peu enflé par l'activité vigneronne et la proximité de Tours, le
village est rejoint par la ville dans les années 60. Les industriels s'installent
alors dans ce qui devient une périphérie urbaine. Ils engendrent un
puissant appel de main-d'œuvre, qu'ils n'hésitent pas à aller chercher hors
de France, pour compléter les effectifs locaux issus de l'exode rural.
Conçue au départ pour 45 000 habitants (8 000 appartements et
quelques pavillons), la cité de La Rabière a presque les dimensions d'une Ville
Nouvelle ; en tout cas, elle en porte les espoirs. A ses débuts, elle est censée
incarner la « bonne » ville : fonctionnelle, claire, pratique, saine.
L'architecte (qui disparaît prématurément) est Jacques Poirrier, un élève
d'Auguste Perret. Il veut créer une rupture radicale, aussi bien avec la
campagne toute proche et son « vieux » village qu'avec la vieille ville
voisine. Certes, la réalisation concrète n'est qu'un reflet assez pâle des
idéaux « modernes », qui transparaissent tout de même dans les plans,
dans les bâtiments, aussi bien que dans les discours. Ainsi, en 1962, le
Bulletin municipal (n° 4) affirme :
cette vaste opération fera de notre commune dans les cinq années qui
vont suivre non plus une cité campagnarde, mais une belle ville vivante,
attrayante, munie de tous les équipements indispensables et nécessaires
à notre vie moderne...
La nature n'est pas absente de cette « belle ville », ce qui peut paraître
étonnant aujourd'hui, tant ces grands ensembles semblent porter à eux
seuls les stigmates de la ville-béton. Libéré de l'encombrement des rues
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Idéologie verte et rhétorique paysagère
traditionnelles, le sol est propre, transformé en pelouse. L'ensemble est
aéré, ensoleillé (l'une des grandes innovations des appartements est la
générosité des fenêtres), bref, hygiénique. Des espaces dévolus au sport
accompagnent ces quartiers d'immeubles modernes. Les parcs urbains,
les espaces verts, les pelouses, les quelques massifs de fleurs ont pour
mission de « surcoder la ville16 ».
La cité de La Rabière ne sera pas achevée, l'idéal pavillonnaire ayant
remplacé dans le temps de son édification celui des « cités radieuses ».
La désertion rapide des classes moyennes, attirées par les lieux où se
développe la maison individuelle, déqualifie en moins de dix ans l'utopie
moderniste et les habitants restés sur place. L'association de locataires
créée dès les premiers emménagements à La Rabière 1T s'étiole et disparaît.
Le modèle même de la cité est remis en question. Dès 1970, le Bulletin
municipal n° 25 (le maire est le même qu'en 1962) constate :
Les villes anciennes sont attractives par la variété des ambiances
offertes : rues commerçantes illuminées, mouvements de la rue, avenues
plantées, places découvertes ; sans doute le premier quartier de la zone
d'habitation de Joué apparaît-il aujourd'hui comme un peu froid.
Le quartier, par un retournement brutal du discours, est donc. très vite
désigné comme une sorte d'anti-ville, résultat des politiques d'attribution
de logements et de l'intériorisation, notamment chez les jeunes, d'une
situation de relégation. Alors que la périurbanisation déborde largement
la cité de La Rabière 18, les immeubles se retrouvent enkystés, verticaux
dans une ville devenue horizontale, trop visibles pour être oubliés.
L'étalement urbain (la « tache » urbaine...) pousse les municipalités à
réparer le grand ensemble.
A Joué-les-Tours, qui abrite désormais 40 000 habitants, les enjeux
sont complexes. Mais le « paysage » fournit les formes visibles de l'action,
les signes et les codes de sa lisibilité. Le contrat de ville (intégré depuis
1999 dans le Projet de ville) porte en premier lieu sur le traitement de
La Rabière, qui pose tant de problèmes, sans qu'il soit facile de discerner
si ces problèmes sont ceux des résidents ou ceux des populations voisines.
Le projet devrait résorber les coupures spatiales entre la cité et le reste
de la ville, briser la compacité minérale, et « recomposer les îlots 19 » .
C'est-à-dire casser le « grand ensemble ». Il faut unifier le lieu et donner
des éléments visuels qui permettent de se repérer dans le cadre de petites
unités, rendues plus intimes par l'exclusion de la voiture. Cela suppose
d'« adosser le stationnement à la rue, en façade principale », sur des
parkings ombragés. Des cœurs d'îlots seront ainsi récupérés et
transformés par la création de jardins familiaux en pied d'immeubles. Les actions
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Christian Calenge
principales consistent à valoriser les espaces extérieurs, voiries et cœurs
d'îlots, en privilégiant les accès, autant de « points sensibles » qui doivent
permettre de « renouer avec la ville » par un traitement végétal. Il en est
ainsi pour le boulevard Jean- Jaurès, voie de forte circulation qui devrait
être transformée en mail. La métamorphose a été rendue possible par le
passage de la rocade d'agglomération, qui a intégré La Rabière dans son
tracé en libérant le centre-ville d'une partie du trafic. Le schéma général
d'aménagement se présente en fait comme un rapiéçage, un travail de
couture ou de chirurgie esthétique. Le grand ensemble découpé en îlots
sera tramé de voies rendues plus lisibles par leur ; traitement végétal,
notamment par des alignements d'arbres qui seront prolongés très au-delà
centre-ville20.'
de la cité, jusqu'au
Une nature civilisée, une ville de qualité.
L'urbaniste se mue en jardinier et joue le végétal contre le bâti minéral, *
rejoignant en cela une représentation commune, qui oppose la nature à
l'artifice. Mais ici la nature n'est pas le « sauvage », cette nature
spontanée, incivile, dangereuse, qui surgit dès que s'efface l'emprise sociale,
dans les jardins ouvriers retournés à la friche, dans les interstices du bâti,
sur des voies ferrées délaissées, le long des berges de rivières inusitées.
L'action paysagère rend la nature à l'homme, elle la civilise ; et, à
l'évidence, ce qui civilise la nature doit aussi civiliser l'homme lui-même. On
pouvait piétiner les pelouses entre les immeubles ; il sera plus difficile de
mépriser ou d'ignorer les arbres, les haies, les cheminements piétonniers,
les ronds-points « paysagers », les massifs et les compositions florales, les
jardins et les enclos de jeux (figures classiques de l'aménagement des
cœurs d'îlots), les jeux d'eau, les bassins. Bref, la trame verte, l'ensemble
plus ou moins élaboré des figures paysagères qui envahissent l'espace
public. Le travail de création du paysage jardiné* apparaît donc comme
une des mises en œuvre essentielles du projet urbain. Le discours paysager
et environnementaliste qui l'accompagne devient une quasi-idéologie,
dans la mesure où il fournit un jeu de représentations liées structurant
l'imaginaire de la ville dans ses rapports à l'espace et à la nature. Reste
à comprendre le rôle joué par celle-ci, et les sens implicites ou explicites
qu'elle légitime.
Il est toujours possible d'objecter qu'il y a une différence entre les
rhétoriques produites et les effets matériels avérés, les résultats « concrets » de
l'action. C'est évident,- mais ce que je cherche à comprendre ici, c'est le
sens conféré à ces rhétoriques d'exposition et le rôle qu'elles sont amenées
à jouer au sein des projets urbains. Le projet urbain s'offre déjà lui-même
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Idéologie verte et rhétorique paysagère
comme un résultat (les textes, images ou maquettes diffusés et exhibés
participent bien du concret). Mais son rôle est moins de produire
concrètement des objets que de mobiliser des acteurs et d'inventer des références
communes, et donc de fournir du sens commun. Le projet revêt une
dimension médiatique, affichée comme telle21. Il diffuse de l'information,
et d'abord celle-ci : les responsables de l'aménagement urbain agissent,
et ils savent ce qu'ils font. Le projet possède par ailleurs une valeur
performative, car il autorise des actions qui autrement resteraient
virtuelles. La construction de récits métaphoriques22 est une action de pouvoir
qui permet de légitimer un ensemble d'instrumentations spatiales de la
ville. Le champ métaphorique, c'est le paysage au « naturel ».
Il faut requalifier les lieux, produire une « ville de qualité23 ». Une
nature civilisée, contrôlée, travaillée, ordonnée, fournit cette qualité. Les
voies, les boulevards et les mails sont ponctués de ronds-points paysagers
sur un mode de plus en plus spectaculaire. Les places et les esplanades
sont également jardinées avec de plus en plus de soin. Ce sont les mailles
d'une trame verte construite sur l'ensemble de l'espace urbain et qui
aurait la vertu dé résoudre l'hétérogénéité. Le texte d'accompagnement
du Schéma directeur de l'agglomération tourangelle (1993) précise que
la trame verte doit permettre « un cadre de vie de qualité pour les
Tourangeaux en participant à l'embellissement de l'agglomération ». Mettre
plus de nature en ville — du végétal, mais aussi de l'animal ? — se veut
une action guérisseuse. La nature, la bonne nature, établit une distance
vis-à-vis de l'artificiel, du béton, des voitures, stigmates du mal.
L'idéologie verte propose un remède pour la ville malade.
Rendre la ville invisible.
Certes, toutes les actions ne vont pas jusqu'à proposer de « traverser
la ville sans la voir », comme Fa proposé une association de randonneurs
à la municipalité de Joué-les-Tours. Mais il apparaît clairement que le
travail de paysagement cherche souvent à cacher les formes urbaines.
C'est une façon de rendre la ville invisible. Corollairement, la trame verte
se voit assigner la mission de contrôler et de limiter l'extension spatiale
de la ville, de « donner une délimitation bien étudiée au développement
de l'agglomération24». Le travail de verdissement des espaces vise à
rendre la ville moins dense, du moins au regard. A tout le moins, il est
chargé de créer des tracés, des barrières, des clôtures, des limites.
Il y a d'autres façons de mettre à distance que le simple éloignement
des constructions. Une haie peu épaisse ou une simple clôture sont
également efficaces. Les jardins en pied d'immeubles éloignent la voiture
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Christian Calenge
— les habitants des immeubles le vivent toutefois souvent assez mal, car
surveiller son véhicule est très important dans certains quartiers - tout
en favorisant l'intimité, car un jardin familial est plus privé qu'une place
de parking, même exposé au regard des passants. De nombreux exemples
existent en France de reconquête des espaces extérieurs des quartiers
« sensibles » à partir des pratiques jardinières et de la sociabilité qu'elles
engendrent. Dans un autre registre, la transformation des voies urbaines
en boulevards ou en mails, destinée à écarter la voiture, peut permettre
également, a contrario, de resserrer l'espace en le remplissant d'objets
paysagers. Si l'un, des rôles tenus par les ! jardins -de pavillons est de
prolonger l'espace intime du domicile vers le dehors et de faire écran à
l'espace public extérieur25, le même procédé peut désormais se retrouver
en ville dense, et dans les nouveaux quartiers programmés. Souvent, la
végétation y est instrumentalisée sous forme d'écrans de verdure, de
jardins ou de mails. Cette façon* de traiter les rapports entre l'intime et
l'« extime », le public et le privé, le dedans et le dehors devient un nouvel
indicateur de l'urbanité.
Un autre registre significatif est celui de la cohérence de l'espace urbain,
de , sa lisibilité, peut-être d'ailleurs plus évidente dans les documents
d'urbanisme que dans le paysage. Les alignements d'arbres ordonnent
voiries et esplanades et structurent parfois les parkings, comme à
La Riche, les trames vertes tissent un réseau sur tout l'espace urbain, en
le reliant à l'environnement rural, de plus en plus souvent confondu avec
l'espace naturel. Les communes s'efforcent par ailleurs de forger leur
identité par un travail de fleurissement et d'embellissement, que
sanctionnent les concours de villes et villages fleuris, étendus aux habitats par
les concours de maisons fleuries. Ce travail est souvent à la base d'une
redéfinition complète de l'espace urbain.
Un dernier registre est constitué par le paysagement préalable au
chantier de construction : la création d'un nouveau quartier s'annonce par le
« préverdissement ». Dans le cas de la Plaine de France à Saint-Denis, la
proposition du paysagiste Michel Corajoud a été de redéfinir les espaces
publics en les associant à des lieux privés « pour une ville hétérogène 26 » .
Les lignes d'arbres, les squares et l'eau confèrent de la qualité au futur
quartier. Ils créent notamment son « encodage », rendant possible l'action
urbanistique elle-même. D'autres exemples ne manquent pas ; il en est
ainsi aux Deux-Lions, à Tours, ou encore à Montpellier, dans le projet
des jardins de la Lironde, qui s'offre d'emblée comme une cité- jardin,
reprenant une forme déjà séculaire de production de la ville, dont
l'inspiration hygiéniste se trouve ainsi recyclée. Christian de Portzamparc veut
y « retrouver un imaginaire de la nature » en créant notamment un parc
public et privé de vingt-deux hectares, sur les quarante que comporte le
42
Idéologie verte et rhétorique paysagère
projet27. La Porte des Alpes, l'un des cinq grands projets de la
communauté urbaine de Lyon, opère à bien plus vaste échelle. Les boisements
existants seront renforcés. Les mails, les parcs (paysagers, technologiques,
d'affaires, de loisirs...), les promenades, les lacs (l'eau est appelée à jouer
un rôle important, ne serait-ce que pour des raisons d'assainissement du
site...) sont les principaux motifs d'une urbanisation qui se présente
comme « un vrai parc d'agglomération, en libérant de vastes espaces
naturels28 ». Ajoutons que « les espaces publics principaux seront
délimités par des boisements qui institueront un paysage lisible » . Les espaces
végétaux devraient occuper plus de la moitié des cinq cents hectares de
ce nouveau quartier. La nature est ici fondatrice.
Il y aurait d'autres figures à relever dans le jeu de l'« idéologie verte »
en actions. Mais l'analyse qui précède permet déjà d'établir que l'appel
à une « cité » de la nature, ou du moins (voir note 28) à un registre
environnemental du discours, pour construire la ville participe non
seulement d'une rhétorique légitimante, mais encore d'une attitude qui se
veut politiquement correcte. Le vocabulaire et les thèmes du
développement durable n'ont fait que renforcer ces dispositifs, depuis leur
popularisation médiatique au début des années 90. De l'écologie urbaine au
développement urbain durable, les mêmes notions floues — mais agrégatrices, surtout autour de certains mots « fétiches » - circulent dans le
discours. Elles ont la vertu de donner de la cohérence à ce qui n'en a pas,
d'afficher comme nouvelles des politiques souvent assez classiques, et
d'intégrer des actions nouvelles qui risqueraient d'être rejetées. Cette
analyse vaut pour le projet lui-même et pour ses mots, pour l'espace et
pour ses formes.
La nature absorbe le béton,
la ville est soluble en nature.
Meylan, ville-satellite de Grenoble, s'enorgueillit de sa trame verte. Sans
elle!, dit une animatrice de l'Atelier public d'environnement urbain de
qualité (APEUQ),
la commune ne serait que cacophonie et banalité, comme toute autre
ville nouvelle de banlieue réalisée au coup par coup par le remplissage
progressif des délaissés agricoles. C'est le paysage naturel qui a absorbé
le béton, relié l'ensemble et donné à Meylan son identité 29.
Il faut réduire la cacophonie, échapper à la banalité, à l'insignifiance.
L'ancienne ville est renvoyée à l'enfer du béton, la nature absorbe ce
43
Christian Calenge «
béton, le digère. La ville maudite (mal dite) est soluble en nature, le
paysage l'efface. C'est une manière somme toute plutôt classique de
disqualifier une époque, de l'envoyer aux oubliettes de la mémoire, en
habillant le vieux discours anti-urbain de nouveaux oripeaux. Dans l'idéal, la
ville devient invisible. Formidable science des poètes... Mais il ne suffit
pas de lutter contre l'hétérogénéité, de réaliser de l'harmonie. La
cacophonie est banale, et le travail de verdissement, de paysagement, de mise
au naturel permet d'échapper à l'insignifiance. L'identité de Meylan, c'est
son aspect de ville-parc. Son quartier des Béalières résulte d'une «
opération qualifiée de "pilote", pour son double caractère social et
écologique30 ». Il a été conçu et réalisé par les architectes de l'Atelier public
d'urbanisme dans les années 80, avec une active participation des
associations d'habitants. Pionnière en matière d'écologie urbaine, Meylan
bénéficie aujourd'hui de quarante mètres carrés d'espaces verts par
habitant et pratique la gestion différenciée de ces espaces dans le cadre d'un
« code vert » ; elle a été l'une des premières à adhérer à la charte d'Aalborg, qui rassemble les villes soucieuses d'appliquer les conclusions du
sommet de Rio de Janeiro31. L'identité revendiquée est donc ici ancrée
non pas dans telle ou telle forme d'aménagement mais dans une action
politique militante, prônant l'écologiquement correct.
La dimension du merveilleux n'est pas absente. La crise de la ville ne
peut pas se résoudre par une médication simple (la trame verte, ou même
l'ensemble des formes paysagères valant nature). Certes, il est toujours
possible d'étendre le champ de la ville soutenable. Tout un savoir tend
ainsi à se constituer autour des « approches biogéographiques de la nature
en ville32 », qui valorisent les friches végétales, les espaces verts et les
parcs comme supports de la biodiversité. Les « corridors » et les « liens
verts » prennent alors une valeur supplémentaire, et même, pour certains
acteurs, une valeur intrinsèque. Les jardins familiaux se voient souvent
accorder la même mission, moins par les institutions les plus établies (qui
conservent généralement un discours social, moral et hygiéniste33) que
par de nouveaux pratiquants34. Les jardins familiaux, « comme forme
travaillée et dominée de la nature, soulèvent immédiatement la question
du rapport ville/nature. Figure de l'Éden, il [s] évoque [nt] la mélancolie
du Paradis perdu35... ». Il s'avère donc bien que, en ville, les jardiniers
et les paysagistes « aiment la Terre telle qu'elle était avant eux ».
Une demande sociale vague, polysémique mais insistante est adressée
aux élus, aux aménageurs et aux utilisateurs du territoire pour qu'ils
assurent à tous la jouissance d'un nouveau bien public, le paysage36. La
pratique paysagère si puissamment affirmée au sein des projets urbains
participe d'une émergence de valeur, donc de sens, qui est instrumentalisée pour la fabrique de la ville. La démarche n'est toutefois ni sans
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Idéologie verte et rhétorique paysagère
ambiguïté ni sans confusions, et la question déborde largement la
ville37. Sept parcs nationaux, trente-huit parcs naturels régionaux, cent
quarante-six réserves naturelles : les ZNIEFF (zones naturelles d'intérêt
écologique faunistique et floristique) recouvrent aujourd'hui presque
25 % du territoire français. Mais c'est en ville que la question du nouveau
statut de la nature se pose avec le plus d'acuité. Le discours anti-urbain
ambiant, généralement utilisé dans la phase de diagnostic des projets,
illustre sans aucun doute une perte de sens, un oubli des relations à la
nature que les villes avaient édifiées au cours des époques antérieures.
Augustin Berque, le créateur du concept de médiance, nous met d'ailleurs
en garde :
défaire le sens de la ville, c'est défaire le sens de la nature. Le sens en
effet, aujourd'hui comme hier, a besoin de formes pour s'exprimer, de
formes de ville en particulier38.
L'utilisation de formes paysagères pour civiliser l'espace public se fait
trop souvent au prix d'une perte de la densité urbaine ou d'une
homogénéisation réductrice, au risque d'engendrer une evanescence de la ville,
qui par nature est densité et diversité.
Christian CALENGE
[email protected]
CNRS, MSH Tours
NOTES
1. Italo Calvino, Les Villes invisibles, Paris, Éditions du Seuil, 1974, p. 94.
2. Le terme de « projet » est devenu d'usage courant en urbanisme ; il s'est même développé
une « science du projet ». Pourtant, il n'a généralement pas de valeur réglementaire ou légale,
sauf dans le « Projet de ville », associé par la Loi d'aménagement et de développement durable
du Territoire aux agglomérations. « Grand Projet de ville » ou « Projet global de développement
urbain » sont cependant des expressions que l'on retrouve fréquemment dans les documents
officiels d'urbanisme.
3. Les expressions ou extraits des divers documents figurent entre guillemets.
4. Site de la Ville de Grigny : www.ville-grigny91.fr.
5. Site Internet : www.siavb.fr.
6. Florence Bosc, agence 81/2, à Angers.'
7. Commune de La Riche, dossier de synthèse du PGDU, 2000.
8. Pour de plus amples développements, voir Christian Calenge, « Retisser une ville, le paysage
comme projet urbain », Les Carnets du paysage, n° 7, 2001, p. 84-103.
9. Voir Christian Calenge et Michel Lussault, « Recoudre le tissu », dans Figures de l'urbain.
Des villes, des banlieues et de leurs représentations, sous la direction de Christian Calenge, Michel
Lussault et Bernard Pagand, Tours, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1997, p. 87-99.
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Christian Calenge
10. Voir Lorenza Mondada, Décrire la ville. La construction des savoirs urbains dans Vinteraction et dans le texte, Paris, Anthropos, 2000.
11. Notamment La Nouvelle République du Centre-Ouest.
12. Voir Luc Boltanski et Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur,
Paris, Gallimard, 1991. Ces « économies de la grandeur » sont pour l'essentiel celles du discours,
qui tend à s'organiser autour d'ensembles de représentations (ou « cités ») plus ou moins cohérents,
telles la cité « domestique », la cité « industrielle », etc. Il s'agit donc de mettre ici en lumière une
« cité » de l'environnement, ou de la nature, ce qui paraît difficile dans une approche « moderne »
de ces notions. Ce travail est entrepris en particulier par Bruno Latour, par exemple dans «
Moderniser ou écologiser ? À la recherche de la "septième cité" », Écologie politique, n° 13, 1995, p. 5-27.
13. Entretien avec le chef de projet, 1998.
14. En fait, les représentations et les pratiques liées à ce quartier sont assez complexes, et pas
toutes négatives ; pourtant, c'est bien un discours hostile et stigmatisant qui domine, nourri d'un
certain nombre de faits divers plus ou moins récurrents.
15. Entretien avec l'adjointe à l'environnement, 1998.
16. Michel Péraldi, « Les espaces verts et leurs mythes », Le Genre humain, n° 12, « Les usages
de la nature », 1985, p. 203-216.
17. Cette association est constituée de cadres et de techniciens de Michelin, de fonctionnaires
et d'employés (source : bulletins municipaux).
18. Le prolongement vers l'est de la cité est remplacé par un vaste quartier pavillonnaire, la
Vallée Violette.
19. Cette expression, comme les propos suivants, sont du chef de projet.
20. En octobre 2002, le projet a évolué, mais les principes qui le guidaient sont toujours valides.
Des démolitions mesurées ont laissé place à des voies nouvelles, une école a été restructurée, des
espaces verts, réalisés ou réhabilités, etc.
21. La Ville de Joué a procédé à l'affichage dans chaque quartier des principes généraux du
projet en septembre 2001, et organisé une rencontre avec les élus et les concepteurs.
22. Le récit et sa mise en intrigue sont notamment analysés et théorisés par Paul Ricœur, Temps
et Récit, 3 vol., Paris, Éditions du Seuil, « Points », 1991. Pour une application à la démarche
géographique, voir Michel Lussault, Images de la ville et Politique urbaine, Tours, Editions de la
Maison des sciences de l'homme, 1993.
23. C'est l'intitulé du projet urbain de Bourges, et son leitmotiv.
24. Schéma directeur de l'agglomération tourangelle, 1993.
25. Dans les lotissements, parfois, des panneaux non officiels rappellent : « Propriété privée.
Circulation réservée aux résidents. »
26. Voir François Chaslin, « Un projet radicalement simple », Projet urbain, n° 5, 1998.
27. Didier Charrier, « Montpellier au vert », Urbanisme, n° 314, septembre-octobre 2000,
p. 312-316.
28. Voir le site Internet de la Courly : www.c-alyon.com.
29. Citée par Pierre Gras, « Les contradictions de la ville-paysage », Urbanisme, numéro cité,
p. 30-33.
30. Ibid.
31. La Conférence européenne des villes durables s'est tenue à Aalborg, au Danemark, le
27 mai 1994. Elle a produit une déclaration d'intention développant les recommandations du
sommet de Rio de Janeiro en 1992. De manière significative, elle figure sur le site Internet de
l'Organisation mondiale de la santé.
32. Titre d'un article de Diane Saint-Laurent, Cahiers de géographie du Québec, 144 (122),
septembre 2000, p. 147-166.
33. L'Office international du coin de terre et des jardins familiaux définit ainsi ses missions
(site Internet : www.jardins-familiaux.org) : « la protection de la nature et de l'environnement ; le
développement durable en conformité avec les recommandations du sommet de la terre en 1992
à Rio de Janeiro ». Cependant, dans la présentation de ses activités, l'Office conserve une tonalité
essentiellement familiale, ouvriériste et sociale.
34. Voir, dans ce même numéro, les articles de Daniel Cérézuelle et d'Agnès Fortier.
35. Liane Mozère, introduction au séminaire Du faubourg à la ville -.jardins urbains, Vailleurs
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Idéologie verte et rhétorique paysagère
« naturel » de la ville, sous la direction de Jean-Loup Gourdon, Paris, METL-DGUHC-PUCA,
1998.
36. Michel Conan, « L'invention des identités perdues », dans Cinq Propositions pour une
théorie du paysage, sous la direction d'Augustin Berque et al, Seyssel, Champ Vallon, 1994,
p. 33-49.
37. Voir Florence Haegel et Jacques Levy, « Urbanités. Identité spatiale et représentation de la
société ». dans Figures de l'urbain, op. cit., p. 35-66.
38. « Des toits, des étoiles », Les Annales de la recherche urbaine, n° 74, 1997, p. 10.
RÉSUMÉ
L'analyse des divers documents d'urbanisme et d'aménagement des territoires montre à
l'évidence une prégnance croissante du « vert » dans les cartes et du vocabulaire végétal et paysager
dans les textes. Il y a incontestablement là une forme de discours « politiquement correct » et
thaumaturge face aux maux des villes et aux difficultés de l'action urbaine. Prendre ce discours
au sérieux peut permettre d'identifier des gestes urbanistiques en fait divergents, mais qui semblent
aller souvent vers une dissolution de la ville « en nature ».
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