Telechargé par Claude Canard

Bois de marine

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CE BOIS DONT ON FAISAIT LES BATEAUX
Claude CANARD
Les navires d'autrefois naissaient dans les forêts, qui fournissaient de la principale matière
première, le bois. Évidemment, on a prélevé tout d'abord ce qui était nécessaire dans les forêts les
plus proches des endroits où il avaient été établis les arsenaux. Mais les ressources s'épuisant, il a
fallu rechercher de plus en plus loin et trouver des solutions pour le transport, à bon port, des
matériaux. On sera sans doute quelque peu étonné de découvrir que notre région a apporté, à
certaines périodes, sa contribution à l'acquisition de la puissance maritime royale.
Un navire, une forêt sur l'eau
Un ancien bâtiment de guerre long de 60 mètres et portant 74 canons exigeait au XVIII e
siècle 2500 chênes centenaires pour construire sa coque, composée à 90 % de cette essence
résistante. Les bateaux les plus gros pouvaient nécessiter jusqu'à 4000 chênes, quantité énorme de
bois provenant d'arbres plus que centenaires arrivés à leur maturité. De plus, il fallait y ajouter les
résineux pour fabriquer les mâts et d'autres essences, du hêtre employé pour les rames et avirons, du
tilleul pour les sculptures des figures de proue, du peuplier et de l'orme pour l'artillerie, les
accastillages* et les pompes. La flotte de ligne et de guerre devait comporter deux cents principaux
navires. Ceux-ci pouvaient être perdus par naufrage, échouement, « fortunes de mer » ou actes de
guerre, tous sans exception avaient une durée de vie maximale d'une vingtaine d'années. Il fallait la
renouveler pour conserver une force navale capable de rivaliser avec les autres grandes nations
maritimes. Donc, il était nécessaire de mettre en construction chaque année dix nouveaux vaisseaux.
Le brick de première classe de 60 mètres Jean de Vienne 1830-1857. Mis en chantier en mai 1830, en
service en 1834, désarmé en 1853, école des mousses à Marseille jusqu'en 1857. Jean de Vienne (13411396) seigneur de Roulans dans le Doubs était devenu en 1373 l'amiral de la flotte du roi Charles V. Il
meurt en compagnie d'autres chevaliers comtois à la bataille de Nicopolis. Coll. privée C.C.
Le savant Baudrillard indique des chiffres dans son dictionnaire 1 : l’entretien de la marine
royale du XVIIe au XVIIIe siècle aurait exigé la production de 100 000 hectares de futaies de chêne
et la coupe blanche de 600 hectares âgés de 160 ans ! Pour cent pièces acceptées sur le chantier, il
fallait disposer du double, sans compter les pièces de radoub* en stock embarquées pour les
réparations. Ce spécialiste estime que 200 chênes de qualité marine exigent trois hectares et une
croissance de 160 ans. Louis XIV inaugure son règne avec vingt navires dont trois seulement
peuvent affronter la mer. Il engage alors en 1662 la construction d'une puissante flotte à hauteur de
ses ambitions. Progressivement, les ressources naturelles les plus proches des arsenaux se trouvent
épuisées. La nécessité est vite apparue de réglementer l'exploitation pour préserver l'avenir.
L'histoire a retenu la grande ordonnance de Louis XIV achevée d'écrire par Colbert 2 en 1669, début
réel d'une organisation centralisée, efficace et qui a su traverser les siècles.
Mais, la disette de bois d’œuvre a incité à rechercher les forêts les plus propres à délivrer les
fournitures aux chantiers navals, au sein du territoire du royaume, et dans le cas qui nous intéresse,
à l'étranger.
Plan aquarellé anonyme de l'époque
du séquestre* vers 1737, détail au
cœur du massif de la Ture.
AD25 série E PM1080
Photo Claude Canard
Le pays de Montbéliard ciblé pour sa conquête
Enclave en mouvance de l'empire germanique, distinct du comté de Bourgogne (FrancheComté) le comté de Montbéliard s'était progressivement agrandi. Tout d'abord en acquérant la
seigneurie d'Étobon et ses grands bois, dont aujourd'hui la vaste forêt domaniale du Chérimont. Puis
au seizième siècle en réunissant les quatre fiefs de Blamont, puis de Clémont, Châtelot et Héricourt.
Chacune de ces terres avait des massifs forestiers intéressants, particulièrement entre Courmont,
1 Baudrillart Jacques-Joseph 1774-1832, auteur de grands ouvrages encyclopédiques, voir infra bibliographie.
2 Colbert Jean-Baptiste 1619-1683, le plus célèbre ministre du roi soleil, la rédaction de cette ordonnance l'a
occupé huit ans.
Saulnot Champey, Luze, Chagey, Chenebier, Étobon l'imposant massif de la Ture et autres
toponymes3. Outre cela, le comté de Montbéliard s'était enrichi de seigneuries allodiales* (restées
en vassalité du comté de Bourgogne) Granges, Passavant et Clerval, et deux terres d'Alsace médiane
Riquewhir et Horbourg, unies à la principauté. Le tout formait un minuscule état sous souveraineté
de la maison de Wurtemberg. Supériorité contestée à cause des démembrements anciens, sources
éternelles de chicanes, de revendications, de conflits juridiques ou d'occupations militaires suivant
les périodes.
Située sur le passage entre Alsace et Bourgogne, l'enclave était convoitée. Lorsque les
Habsbourg perdent la main sur la Haute-Alsace et la Franche-Comté, la France encercle le pays de
Montbéliard et s'efforce de s'en emparer. Ce grignotage prendra quelque temps. Les débuts du
XVIIIe siècle fournissent à la couronne française des opportunités, la pression du royaume prend
diverses formes. Après le décès du controversé duc Léopold Eberhard en 1723, le séquestre royal
s'abat sur les Quatre Terres, Blamont, Clémont, Châtelot, Héricourt, les deux possessions
alsaciennes et les terres simplement allodiales. Ce prince n'a pas laissé de descendance légitime apte
à lui succéder. La dynastie en place à Stuttgart s'oppose aux héritiers bâtards ou non qui recherchent
l'appui français. La mise sous séquestre des revenus des seigneuries au profit de Louis XV place
une administration royale très efficace. Un bailli du roi était déjà en fonction à Héricourt en 1715,
précédé en 1703 par un garde forestier de la maîtrise de Vesoul et en 1705 d'un tabellion (notaire.)
En 1717, les quarts de réserve prévus par l’ordonnance de Colbert en 1669 sont imposés. Des
magistrats tout dévoués, le tout sous l'autorité des intendants de la province et d'un parlement
régional souvent plus royaliste que le roi. Une occupation militaire française de Montbéliard de
1734 à 1736, complète le dispositif qui met en place et enracine des curés catholiques en
remplacement des pasteurs luthériens et institue des officiers royaux au plus près des affaires des
territoires. Les forêts du comté de Montbéliard tombent à ce moment sous le contrôle de la maîtrise
royale. L’application des quarts de réserve est effectuée par voie judiciaire. En 1748, de guerre
lasse, les Wurtemberg admettent de devenir vassaux du roi de France afin de récupérer leurs
revenus féodaux, en signant la convention de Versailles.
Entre temps les officiers de la marine royale sont passés à l'action, voyons comment.
Ossature d'un navire en chantier.Le montage prenait plusieurs années.C'est un travail de charpentier,
l'assemblage à chevilles est semblable à celui des fermes d'une maison.
Coll privée C.C.
3 Remarquable pour sa géologie, la tombée méridionale des Vosges est aussi appelée massif de Saulnot ou de Chagey.
Vaste ensemble forestier jadis au prince de Montbéliard, vendu comme domaine national au maître de forges
Rochet, puis à la Cie des forges d'Audincourt. Nombreux toponymes pour les sections forestières, la Ture est l'un
d'entre eux, pour sa partie sommitale à 520 mètres.
Les riches forêts du pays de Montbéliard mises à contribution pour la marine royale
Les souverains montbéliardais avaient, avant le colbertisme, pris des dispositions
rigoureuses pour la gestion et l'épargne de leur patrimoine forestier. Le comte, puis duc Frédéric I er,
seigneur mercantiliste de la Renaissance avait édicté des ordonnances comprenant la conduite
forestière dès l'an 1568. Il les précise en 1584, puis en promulgue une plus détaillée et spécifique en
1595 portant tant sur les domaines seigneuriaux que ceux des communautés villageoises. Ces actes
avaient de l'avance sur leur temps, ils sont renouvelés et complétés en 1779 ; plus novateurs et
rigoureux que les édits comtois de l'époque de Philippe VI de Bourgogne dit « le Beau » et des
archiduchesses. Un corps d'agents forestiers est constitué pour inspecter, faire délimiter les coupes
par arpentage, surveiller et sévir. (Voir extrait en annexe I.) Il fallait veiller étroitement, pour
d'évidentes raisons économiques, à une bonne régénération des peuplements forestiers tout en
prévenant « les mesus ». On désigne par ce mot les abus et délits des particuliers ainsi que des
coupeurs et charbonniers réprimés par une surveillance et des sanctions sévères. Depuis des siècles,
la forêt était pour les communautés paysannes le lieu familier de toutes sortes de ressources, garanti
par les us et coutumes non écrits. Mais les temps changent, la démographie en croissance,
l'expansion des industries sont une menace pour les forêts, la législation va imposer des
changements. La mise en roulement des installations sidérurgiques de Chagey à partir de 1590
promettait de dévorer en charbon végétal et bois d’œuvre une part importante de la production de la
sylve. En 1616 s'y ajoute une filiale à Audincourt qui va rapidement la surpasser en puissance.
De plus, la saline de Saulnot disposait de sa portion de combustible pour la cuite du sel.
La seigneurie
d'Héricourt et ses
frontières, de part et
d'autre de la rivière, les
forêts.
Fonds SEM. Photo C.C
La carte des industries du XVIIIe siècle coïncide avec la présence des massifs forestiers et
les rivières qui fournissent la force motrice.
Entre les hauts fourneaux, les feux d'affinage en fer marchand et les aciers de renardière* le
bois carbonisé va être une ressource logistique de première importance pour les forges, parfois en
situation critique. De plus les rouages mécaniques, les manches des énormes masses des martinets*
et leur usure, les bâtiments exposés aux inondations ou au feu comme les halles à charbon vont
requérir des quantités importantes en bois de réparation.
Par suite de la conquête de la Franche-Comté par Louis XIV, les forêts proches du Doubs
vont être mises en coupes réglées. Les lettres patentes ont été délivrées le 13 mars 1694, ce qui
marque les débuts de l'application en Franche-Comté de l'ordonnance de Colbert sur les domaines
du roi, en fait ceux qui appartenaient d'office au comte régnant sur la province. C'est en 1741 que
l'extension en est faite envers les communautés.
Sept maîtrises des Eaux et Forêts sont instituées, et des gardes recrutés au niveau de la seigneurie,
dans notre cas celle d'Héricourt-Châtelot.4
Les guerres du monarque obligent à une cadence accélérée de renouvellement de sa marine.
On y ajoute la priorité du bois de chauffage pour la ville de Besançon. Selon les prescriptions les
bûches de 9 pieds* de tour sont confiées au flottage à Mouillevillers ou Mathay et récupérées au
pont de Rivotte. Dès 1720 la disette des forêts proches des arsenaux se fait cruellement sentir. Ceuxci sont répartis en deux groupes, la flotte du Ponant, sur la façade atlantique comprend Dieppe,
Cherbourg, Brest, La Rochelle, Rochefort et Bayonne, hors de portée pour le flottage par les fleuves
de notre bassin versant. Par contre, en ce qui concerne la flotte du Levant et les arsenaux de
Marseille et de Toulon, le Doubs et la Saône vont véhiculer un cubage assez important en
provenance des forêts comtoises et montbéliardaises. Les ordonnances colbertistes avaient été
introduites dans la province, de façon prudente et mesurée afin d'éviter de heurter les usages hérités
des temps médiévaux et la fierté des Comtois fraîchement conquis.
Montage d'extraits de plusieurs planches d'après originaux.
Des livres avec des vues en coupe, des planches imprimées dépliables permettant la production de gabarits à
l'échelle 1 servaient au choix des arbres sur pied lors des visites de reconnaissance, martelage et débitage. On
voit ici des pièces équarries et une méthode de palissage pour obtenir des courbes artificiellement. À la fin du
XVIIIe siècle et au début du XIXe paraît une floraison d'ouvrages savants d'étude sur le développement des
arbres, l'exploitation, les métiers et l’aménagement raisonné des forêts. Voir infra bibliographie.
Sources des illustrations : Gallica, Vial de Clairbois dictionnaire de la Marine, musée de la Marine
et Google books. Voir infra bibliographie.
4 Les deux seigneuries ont été réunies sous la même administration royale, bien qu'elles n'étaient pas limitrophes.
Mais cet expédient épuise rapidement les bois situés à une lieue* de la partie flottable du
Doubs et de la Saône. L'exploitation est portée jusqu'à six lieues des cours d'eau et la préemption de
la marine, originellement réservée au domaine royal est étendue aux bois communaux. C'est à ce
moment que le royaume porte un intérêt accru au pays de Montbéliard, d'autant plus qu'il a en main
la situation, aux plans géopolitique, économique, diplomatique et militaire. Dès 1725, les
commissaires de la marine prospectent les forêts domaniales du prince, heureux d'y trouver dans les
hautes futaies des sujets de bonne qualité propres à la construction des navires. Pendant toute une
période, une mission diplomatique agit à Versailles afin de tenter de préserver les intérêts des
Wurtemberg. Les affaires forestières sont au cœur de ces laborieuses négociations.
On assiège les personnages importants de la cour, distribuant quelques louis d'or à des
secrétaires pour les rendre complaisants. Un aveu écrit de l'avocat Fesch au gouverneur de
Gemingen à Montbéliard : « Monsieur de Beaumont (l'intendant de la province) paraît tout réduire
à une permission indéterminée et toujours dépendante de sa bonne volonté et le grand maître (des
eaux et forêts comte de Fleury-Villayer, en charge pour la Franche-Comté, la Bresse et l'Alsace) ne
cherche qu'à exercer sa charge et à s’acquérir une inspection sur nos bois de nos villages. »5 La
permission en question porte sur la demande de permettre un échange de charbon de bois entre
Chagey et Audincourt au plus proche des forêts de ces forges. Les gens du roi souhaitent imposer
une transaction ; l'acceptation préalable par Montbéliard de laisser prendre du bois de marine.
L'autorisation tarde à être accordée, elle l'est en 1752 par le conseil d'État, mais du bois à vaisseaux
a déjà été prélevé il y a belle lurette !
L'exploitation pour la marine a laissé des documents
C'est ainsi qu'en 1736, le sieur Louis-Charles Maillart de la Motte, commissaire de la marine
résidant à Auxonne vint à la seigneurie d'Héricourt afin de faire marquer de la fleur de lys 3208
chênes des forêts des communautés de Chenebier, Échavanne et Chagey. Opération très officielle
effectuée en présence de nombreuses personnes qualifiées. La contribution de Chenebier était de
2444 arbres, d'Échavanne de 725, et de 39 pour Chagey. La martelle* des officiers forestiers était
appliquée sur le pied afin d'assurer la conservation d'une preuve après l’abattage. Une autre marque
était frappée sur le tronc. Un protocole légal minutieusement observé. Ce martelage a été dûment
consigné dans des actes formels, remis devant témoins à la magistrature d'Héricourt. Il n'y était pas
omis les ordres impératifs de faire signifier aux maires et échevins des communautés concernées de
veiller à la conservation des arbres destinés au roi, sous menaces de poursuites judiciaires.
Ces chiffres de milliers d'arbres paraissent assez élevés, mais on doit les comparer à ceux
des mésus commis par des habitants ou par des villages voisins, au cours de la même période.
Notamment à Chenebier réputé pour la contrebande énorme de chênes avec la toute proche HauteAlsace via Belfort. Ces délits ne portaient pas toujours sur des arbres de petite taille.
Au moins, ceux coupés pour la marine étaient censés rapporter à la cassette des communes. La
transaction était loyale, le conseil du roi tenait à ce que les habitants ne subissent pas de préjudice à
cet égard. Le conquérant tenait à apparaître sous son meilleur jour.
Pris à la gorge par la privation de revenus due au séquestre, le prince de Montbéliard était peu porté
à faire la fine bouche sur la vente profitable des arbres de ses propres forêts seigneuriales ou celles
des communes des Quatre Terres ou du comté, qui devaient être payés rubis sur l'ongle. Un tarif
avait été précisé.6 Mais à vrai dire, ce point reste encore nébuleux. Ce qui est certain c'est que la fin
du séquestre a laissé des dettes impayées.
Ainsi en 1732, plus de mille arbres du parc du prince de Montbéliard longs de 10 à 20
mètres et jusqu'à 4 mètres de tour furent cédés. Déjà en 1726, 3000 chênes du Chérimont et de la
Nanue auraient rapporté presque 20 000 francs au duc Eberhard Louis de Wurtemberg.
5 Archives départementales du Doubs AD 25 EPM 270 lettre de l'avocat Fesch à la régence de Montbéliard.
6 « Les arbres de cinq à six pieds de tour seront payés à Son Altesse Sérénissime à raison de six livres la pièce mesure
et monnoye de France. » Archives Municipales Montbéliard A.M.M. DD60
Une recherche n'est jamais achevée
Il reste sans doute des découvertes à faire. Cet article en cours d'examen par le comité de
lecture a provoqué une interrogation perspicace de Jean Hennequin. À quel moment exactement les
gens du roi ont pris en main les forêts des seigneuries adjacentes et du comté ?
En 1736, le duc Charles-Alexandre de Wurtemberg signe un accord en forme de contrat avec
le gouverneur militaire royal de la principauté, le baron de Tornaco et Jean Babaud, l'entrepreneur
concessionnaire fournisseur de la marine. Les quatorze articles précisent les conditions de la mise
en exploitation, du façonnage, du voiturage et de la livraison au port fluvial, le tarif sur pied.7
La communication d'un document que Jean a trouvé aux Archives Nationales apporte un
éclairage inédit sur plusieurs autres aspects de la coupe du bois de marine. Il en ressort ceci.
Le 24 décembre 1740, le ministre de la guerre de Breteuil émet trois pages au nom du
Conseil d'État. En 1736 ; 5 713 arbres ont été marqués à la fleur de lys, mais il n'ont pas encore été
coupés. Ils ont été reconnus dans les forêts de communautés d'Héricourt, Chenebier et SaintMaurice. Il est demandé de procéder en tout ou partie à leur coupe. Ordre est donné de payer
comptant au receveur général royal du séquestre, le prix décidé de gré à gré ou à dire d'expert. Une
dîme (un dixième) doit être prélevée au profit « des pauvres communautés de filles religieuses. »
Pour couvrir les frais de recollement conduits par les offices forestiers, un ou deux sols par livre
seront soustraits si la somme globale excède 10 000 livres.8
Des règles minutieusement observées
Au milieu d'un long texte d’une liasse de 17 pages apparaît une mention précisant la rigueur
des opérations légales de gestion forestière. En date du 10 décembre 1742, un aréopage de
personnages importants procède au recollement* de l'assiette pour l'an 1743 de quatre cantons de
bois à exploiter en combustible pour la forge de Chagey.
Amusant détail dessiné sur un plan d'arpentage, le
personnage porte l'échelle graduée en perches
ou toises valant à Montbéliard 2 m 89
et en France 1 m 92.
En 1742, il est décidé de se référer à l'arpent de 300
toises de Montbéliard, qui est double de celui utilisé
en France, occasion de jongler avec les mesures, en
pieds, pouces, lignes pour calculer la conversion de
surface. A.M.M. DD27
Plan partiel A.D.70 E425 bis.
L'opération est conduite par le bailli royal d'Héricourt Charles-Eugène Sirebon accompagné
de Joseph-Philippe Petitot greffier ordinaire du bailliage. Il s'agit de procéder aux balivage* et
martelage de la contenance de cinquante arpents, aire habituelle dévolue à la consommation de
charbon de bois de la prochaine campagne de fondage de la grande forge.
Les fermiers en titre, damoiselle Goblet veuve récente du sieur Bertier co-amodiataire et son
frère exhibent l'ordre exprès de l'intendant de Franche-Comté commettant le bailli. Ils sont rejoints
par le procureur fiscal Ligey, la veuve du sieur Bressand fermier général du séquestre, de ClaudeFrançois Arbilleur avocat en parlement, du garde général de la maîtrise des Eaux Forêts de Vesoul
Feldener, des gardes héricourtois Doucelance et Jardin et de l'arpenteur royal de Baume-les-Nonnes
Joseph Girardin.
7 A.M.M. DD60 De Tornaco est officier du roi.
8 Archives Nationales A.N. K 2302, liasse 3 Trouve transcrit et communiqué par Jean Hennequin.
Alors que l'on commande à ce géomètre de faire le ré-arpentage du canton des Trois
Fontaines, on fait le recollement des arbres de limites dûment marqués au marteau de la maîtrise.
Cependant, un pied cornier* est manquant : « un arbre-chêne de dix pieds de tour que l'on avait
marqué pour cornier à l'angle du midy qui s'est trouvé coupé, surquoy ledit Goblet nous a dit qu'il
avoit été abattu par les officiers de la marine. Et nous a requis d'examiner que le marteau de la
marine étoit empreint sur cet arbre, ce qu'ayant fait nous avons effectivement remarqué que sur la
racine du tronc de cet arbre encore gisant l'on y avoit empreint trois fleurs de lys... »9
François Vion-Delphin dans ses études croisées approfondies sur la gestion des forêts à
l'époque moderne dénombre 12 000 arbres du comté montbéliardais cédés à Jean Babaud,
entrepreneur-exploitant pour les arsenaux de la flotte du Levant.
Entre le comté, les seigneuries d'Étobon et d'Héricourt la surface de 13 212 hectares de
forêts tant du prince, des communautés et des rares particuliers offrait de généreuses possibilités. Le
prélèvement à l'usage de la marine soumis à des règles strictes et bien surveillé n'excédait pas les
capacités de régénération. Prélever cinq à six chênes à l'hectare, sur des hautes futaies âgées n'avait
rien de déraisonnable. Du reste, plusieurs tornades ont sévi au XVIII e siècle, signalées dans les
archives comme ayant renversé plusieurs milliers d'arbres, y compris bien entendu ceux marqués de
la fleur de lys royale. Notons que la marine s’intéressait en priorité aux arbres courbes, ayant subi
des anomalies de croissance. Précisément ceux qui étaient délaissés comme bois d’œuvre ordinaire.
Ce prélèvement, très critiqué à l'époque nous apparaît assez modéré. Ce qui n'était pas le cas pour
les salines, la sidérurgie et autres usines à feu et les mésus nombreux et croissants dont les causes
sont la démographie montante et les années de récoltes difficiles qui précédent la Révolution,
période qui voit exploser les délits constatés.
Et le transport aux arsenaux ?
Avant de flotter en mer assemblées en vaisseaux de haut-bord, les pièces de bois vont
effectuer un long et périlleux voyage au fil de l'eau. Le flottage était une pratique déjà ancienne,
mais elle ne concernait que le bois de chauffage. Technique qui porte un nom, c'est la méthode à
bûches perdues. Les bûches sont jetées dans les cours d'eau, presque au petit bonheur. On se
contente de veiller à ce qu'elles parviennent en bon nombre à la destination prévue en suivant à pied
la rivière armé de gaffes. Au point d'arrivée, on a installé un râtelier pour les recueillir. Celles qui
ont coulé, appelées bois canards sont laissées aux soins des riverains si elles n'ont pas été repêchées
dans les quarante jours. On avait prescrit un diamètre convenable, 9 pieds de tour, soit environ 80
cm de diamètre. De quoi façonner de bons quartiers, longs de 3 pieds 6 pouces (environ un mètre.)
Généralement on lançait les bûches en automne ou après la fonte des neiges. Au besoin on relâchait
l'eau des étangs pour activer le débit. On ignore statistiquement le taux de réussite.
On trouve trace de cette activité en 1535. Trente habitants de Luze et de Chagey sont traduits
en justice pour avoir refusé de participer à une corvée seigneuriale. Une partie d'entre eux sont
condamnés à une amende de 60 sols pour s'être abstenus de « mettre, jeter, conduire et tirer hors de
l'eau le bois de chauffage » des forêts de Chenebier destiné au château de Monbéliard. 10 Le
parchemin de fondation de la forge de Chagey paraphé en 1586, évoque cette pratique. 11 Frédéric de
Wurtemberg a fait écrire que les exploitants seraient prévenus d'un flottage une semaine à l'avance.
En cas de dégâts aux écluses et autres ouvrages hydrauliques, le prince offrait les matériaux de
réparation. Mais il ne s'agissait que d'accompagner à Montbéliard ce bois de feu.
C'était une autre affaire que d'acheminer jusqu'à Marseille le précieux bois de marine. On ne
l’expédiait d'ailleurs pas sous forme de grumes.
9 Archives Départementales de la Haute-Saône A.D.70 B3003.
10 A.N. Z2 Recherche et transcription de Jean Hennequin.
11 A.D.70 E 97 Parchemin paraphé par le duc Frédéric, Joseph et Nicolas Morlot & Mémoire Société d’Émulation de
Montbéliard MSEM vol. 118-1995, Chagey première forge du pays de Montbéliard, Claude Canard p.47-94.
Un train de flottage. Source Alphonse Mathey, inspecteur des eaux et forêts.
Exploitation commerciale des bois. Coll. CC.
Une fois abattu par les coupeurs, un premier travail de charpenterie était réalisé. Le choix
sur pied portait sur trois espèces : bois droit, tordu ou courbe, fourchu. Les pièces étaient ébauchées
en réservant une surépaisseur. La taille de ces pièces était très variable, tantôt destinées aux
membrures courbes, aux parties droites de quille et des bordés, aux varangues* fourchues du fond,
jusqu'aux parties prévues pour en tirer les chevilles appelées en charpente de marine : gournables.
La finition devait s'achever en arsenal en travaillant avec des gabarits.
Quant au flottage il ne pouvait se faire que sur des cours d'eau navigables. Pas question donc
de jeter les pièces en vrac dans la Lizaine, ni même en amont des points de rupture de charge du
Doubs ou de la Saône. On avait recours aux charretiers pour rejoindre L'Isle-sur-le-Doubs pour la
seigneurie d'Héricourt, ou Port-sur-Saône pour le reste du bailliage d'Amont. Ces rouliers ne
manquaient pas à proximité des forges qu'ils approvisionnaient en matières premières et
combustible, et livraient aux clients parfois assez éloignés d'Alsace ou de Suisse les fers marchands.
Sans doute que comme pour le service des forges, leurs attelages comprenaient le suif de graissage
des fusées des roues de chariot et le vin pour le conducteur.
Le relais était passé ensuite aux radeliers, spécialistes chargés de confectionner la flotte et de
la conduire. Les pièces étaient assemblées par ligatures à l'aide de hart (lien en bois vert souple,
cordages) pour former un radeau, appelé bosset de plus de deux mètres de large et long d'environ
quatre mètres. Les radeaux étaient attachés les uns aux autres pour former un train ou flotte d'une
trentaine de bossets capable de passer du Doubs à la Saône, puis au Rhône. Le dernier bosset était
muni d'un gouvernail sommaire. Cet acheminement revenait à la corporation de la batellerie
fluviale. Trois hommes pouvaient conduire une flotte allant jusqu'à cent mètres de long, à la vitesse
moyenne de trois à six kilomètres à l'heure. Les grandes étapes ; le port de Saint-Jean-de-Losne,
Chalon-sur-Saône, Mâcon, Trévoux, Lyon, Beaucaire, Arles, Marseille pour un parcours de 650
kilomètres.
En 1825 la marine est de retour à Chagey
Cinq pièces des archives communales de Chagey évoquent la continuité des prélèvements
institués sous Louis XV. Elles sont complétées de façon manuscrite sur un grand format imprimé de
belle facture, portant en en-tête les armes de Charles X. Trois pages pour le « PROCÈS-VERBAL de
Martelage des Bois propres à la construction des Vaisseaux, Frégates et autres Bâtimens de guerre
de la Marine royale.
Procès-verbal de 1826 portant les armes de Charles X et la représentation de la marque royale.
Archives communales de Chagey.
Le soussigné Jean-Frédéric Silly, contremaître forestier de la marine en résidence à Lure
s'est transporté le 8 octobre 1826 dans le canton d'affouage de Chagey, à six demi-myriamètres du
port flottable de Lisle-sur-le-Doubs. En compagnie du sieur La Chaise* (sic) garde communal il a
visité le bois et marqué et frappé du marteau de la marine, portant comme empreinte une ancre
ayant une fleur de lis fixée sur la verge vingt-deux arbres essence de chêne. Suit une estimation du
cubage de 22 pièces énoncées dans le tableau, dont 21 plançons,* pour un total de 11,45 m 3. La
seconde page décrit par le menu la marche à suivre. L'abattage devra se faire « en décours de lune
entre le premier novembre et le 31 mars inclus ». Aussitôt le contremaître devra être prévenu « par
mains sures » aux fins de marquer avant toute autre intervention les découpes du corps des arbres et
des branches susceptibles de procurer des courbes. Il était formellement interdit de raccourcir au
pied ou à la tête et d'ébrancher, même en prétextant des défauts quelconques. Seul l'officier du génie
maritime pouvait décider de la découpe, donnant un délai de 15 à 20 jours au plus pour sa visite
consécutive à l’abattage.
Les adjudicataires prenaient toutes les responsabilités en cas de mauvais travail. Ils devaient
s'occuper du transport par charrois à L'Isle-sur-le-Doubs. Le bois devait être remis au fournisseur
officiel de la marine siégeant à Vesoul ou à son fondé de pouvoir, sur le port. Les dispositions
n'omettaient pas la fourniture de la main-d’œuvre à prévoir selon le cahier des charges pour : « virer
les pièces, et les empiler au fur et à mesure qu'elles seront reçues provisoirement... afin d'éviter que,
restant éparses, elles ne puissent être entraînées dans les grandes crues... » De même, le personnel
journalier de manœuvre tombait à charge de l'adjudicateur lors de la réception finale, s'il était
absent.
En 1825, le même contremaître avait émis un autre document, faisant état de bois de rebut.
Ce qui révèle la difficulté d'obtenir à coup sûr à partir de bois sur pied, la qualité exigée après
équarrissage. Deux pièces sont refusées. Elles cubent 1,41 m 3, leurs dimensions indiquées sont pour
la première 66 centimètres de long, 40 cm de large pour 38 cm d'épaisseur, et pour la seconde 40 cm
par 32 cm par 2 cm. La lettre R (pour rebut) a été apposée à la rouanne* sur une face et au marteau
au gros bout. Ainsi, le propriétaire pouvait en disposer librement comme bois de feu ou à
carboniser.
Les bois de marine étaient divisés alors en plusieurs catégories : arbres en grumes pour
pièces de construction, pour merrains* ou pour gournables, le merrain devant être écarrie (sic) ou
débité et se classant en trois classes chacune comptée séparément selon une valeur décroissante.
Conclusion
Assimilé à la France en 1793 par la République, grignoté dans ses terres adjacentes par les
rois de France, le Pays de Montbéliard a apporté sa richesse forestière, contribution au destin
national. Le cahier de doléances de 1789 de Champagney a dénoncé l'esclavage. Demande
humaniste qui n'a pas dépassé l'assemblée du bailliage à Vesoul. Mais les chênes de notre région ont
contribué à la puissance maritime, donc indirectement à l'ignoble trafic d'êtres humains des
colonies.
Annexe I ; extrait de l'ordonnance de Frédéric de Wurtemberg de 1565
« Touchant des bois et fouretz
Item estans dehuement informez des degatz et ruyne des bois et fouretz bannables dud. Seigneur
conte Friederich comme de ceulx des villes villaidges et communaultez desd. terres et seigneuries,
les mesus et abus qui se commettent journellement nonobstant les edictz et mandementz cy devant
publiez, et prevoyans que si a ce n'est briefvement pourveu, lesd.bois et foretz seront du tout mis en
essarts a la grande diminution de chasse dud. Seigneur comte Friederich, dont en adviendra
grands inconvenians et dommaiges et interretz tant sur le faictz des maisonnements des maisons,
d'orvalles* de feu, que Dieu veulle preserver ou aultrement, aussi que par le moyen de telz degatz
les successeurs advenir deds.subiectz en tumberont en grande necessité... »
Suivent les prohibitions et peines assorties pour les délits reconnus, les recommandations
destinées à épargner les arbres fruitiers (chênes, hêtres, pommiers, poiriers et cerisiers) et choisir
des épineux de peu de valeur pour clôturer les jardins.
Source : Les ordonnances inédites du comte Frédéric GODARD Charles Mémoire Société
d'Émulation de Montbéliard 1889.
Annexe II ; extraits de l'ordonnance montbéliardaise de 1779
« Article premierLe Grand Forétier fera deux fois par année la Visite de toutes les Forêts du
Païs pour reconnoitre leur Etat, dont il fera procès-verbal ; il s'informera en même tems de la
conduite des Forétiers et sous-Forétiers, en fera son rapport pour le tout être remis à Notre Conseil
avec son Avis sur les moyens, qu'il croira les plus propres à remédier aux Abus qu'il découvrira.
Article VI
Tout Forètier aura un Marteau à l'empreinte de Nos Armes, avec lequel il marquera les Assiettes
les Balliveaux, Pieds corniers & Arbres de Lizière, de même que tous les Bois qui devront être
coupés pour Batiments ou autres usages, ensuite des Ordres par écrit du Grand Forétier ; leur
enjoignant de le garder soigneusement avec défense de le confier à personne, sous quelque prétexte
que ce soit. »
Le pluriel de majesté impose la majuscule, mais donnée à Stuttgart par S.A.S. le duc Charles
on trouve curieusement des majuscules à la mode germanique sur les noms communs. Pour le
marteau, il y a simple recommandation. Les ordonnances du roi de France étaient plus rigoureuses ;
l'outil légal était gardé dans un coffre à trois clés, possédées par trois officiers.
Annexe III ; extraits de l'ordonnance de Charles X
Au titre IX de cette ordonnance promulguée le 21 mai 1827 :
« Affectations spéciales des Bois à des Services Publics, Section première :
122. Dans tous les bois soumis au régime forestier, lorsque les coupes devront avoir lieu, le
département de la marine pourra faire choisir et marteler par ses agens les arbres propres aux
constructions navales, parmi ceux qui n'auront pas été marqués en réserve par les agens forestiers.
123. Les arbres ainsi marqués seront compris dans les adjudications et livrés par les adjudicataires
à la marine, aux conditions indiquées ci-après.
124. Pendant dix ans, à compter de la promulgation de la présente loi, le département de la marine
exercera le droit de choix et de martelage sur les bois des particuliers, futaies, arbres de réserve,
avennes*, lisières et arbres épars. Ce droit ne pourra être exercé que sur les arbres en essence de
chêne, qui seront destinés à être coupés, et dont la circonférence, mesurée à un mètre du sol, sera
de quinze décimètres au moins. »
Il est institué des gardes-ventes qui doivent rechercher les délinquants « à l'ouïe de la
cognée » le législateur ayant considéré que la distance de cette audition pouvait s'effectuer à 250
mètres des limites de la coupe. C'est ainsi que le respect du permis d'exploiter était surveillé. De nos
jours les outils d'abattage sont un peu plus audibles de loin !
Glossaire
Accastillages : Accessoires servant à la manœuvre d'un voilier, tel que treuils, cabestans et poulies.
L'orme, bois résistant était employé pour faire les affûts de canons et les corps de pompes
employées dans les cales.
Allodiales : Les terres allodiales sont celles du « revenu utile » rapportant un revenu féodal, sans
pour autant que le seigneur bénéficiaire soit le suzerain. Le comte de Montbéliard était souverain du
comté et de la seigneurie d'Étobon, et se considérait comme souverain des Quatre Terres. Mais il
devait l'hommage comme vassal au comte de Bourgogne pour Granges, Clerval et Passavant. Puis
après 1748 au roi de France pour les Quatre Terres.
Avennes :Il s'agit d'une coquille, lire « avenues », des ormes et d'autres essences ombraient les
routes.
Balivage : Chaque assiette délimitée pour une coupe devait comporter un nombre défini d'arbres
jeunes en réserve : les baliveaux. Ce devaient être des arbres dits des cinq fontes, des chênes ou à
défaut des hêtres de beau brin, ou autres fruitiers, pommiers, poiriers, cerisiers, portants fruits et
bien enracinés. Ils étaient marqués au plus près du pied et on ne devait pas les couper. On imposait
pour chaque arpent (soit 25 ares 11 centiares) la présence de 25 baliveaux.
La Chaise : En fait, la graphie de ce patronyme était Lachèze ou Lachèse.
Lieue : Unité de distance proche de 4 kilomètres.
Martelle : Terme plus exact que marteau. Outil composé d'une hachette et à l'opposé d'un poinçon
portant une marque. La lame permettait de blanchir en ôtant l'écorce (miroir) pour rendre bien
visible le marquage, frappé deux fois, à la souche et à hauteur d'homme.
Martinet : Grand marteau hydraulique de forge pouvant peser plus de 100 kilos, le manche était fait
d'un tronc entier de hêtre.
Merrain : Pièce obtenue par fendage dans le fil du bois. La méthode de fendage était préférée au
sciage pour éviter de couper le fil. De même les pièces étaient façonnées à la hache et l'herminette
pour la même raison.
Orvalles : Nom ancien qui désignait les calamités, inondations, incendies.
Pied : Unité de mesure valant à Montbéliard 285 mm (pied d'Allemagne). La toise (ou perche) y est
de 10 pieds. En France c'est le pied du Roy valant 32 cm. La perche française est de 22 pieds (ou 24
pieds montbéliardais, sept pouces, quatre lignes.) Les unités de mesures anciennes sont à manier
avec précaution, la conversion est un exercice à risques. L'arpent forestier de Montbéliard vaut deux
arpents français, cinq toises, huit pieds, huit pouces, huit lignes, huit neuvièmes, suivant un calcul
homologué en 1742 par les éborneurs-jurés. AMM DD 27.
Pied cornier : Les cantons de bois étaient bornés par marquage à la martelle sur le périmètre, on
distinguait la marque des pieds corniers aux angles, des arbres tournants ou de parois en lisière, qui
doivent subsister après la coupe comme repères d'arpentage.
Plançon : Terme de marine donné à une pièce cylindrique droite et longue, nous dirions aujourd'hui
une bille ce mot ayant perdu sa signification d'origine. À l'arsenal on retirait en sciant de long les
deux dosses opposées, une tranche du milieu pour éliminer le cœur, pour obtenir deux madriers
destinés au bordage ou au vaigrage ( paroi intérieure.) Les bordés, fixés sur les membrures devaient
être épais et les membrures assez rapprochées de façon à s'opposer au percement total de la coque
par les boulets de canon.
Radoub:Opération d'entretien ou de réparation d'un navire qui s'effectue en arsenal dans un bassin.
Nom du bassin qui permet de se mettre en cale sèche.
Recollement : Opération de vérification de contenance d’une assiette ( du verbe asseoir,) de la
présence des arbres-repères marqués, des bornes et de la conformité de l'exploitation et du balivage.
Génère un procès verbal officiel.
Renardière : Atelier métallurgique spécialisé dans la production de fers de martinets aciérés. On y
recyclait les ferrailles et rebuts de forge mêlés ; battitures (hammerschlag, éclats de fer oxydé
tombés des enclumes, FE3O4), horniaux (gros résidus de fondage du haut fourneau) refondus
façonnés après chauffe dans un four en ambiance réductrice. La renardière de Chagey disparaît vers
1755.
Rouanne : petit outil tranchant permettant un marquage scriptural manuel.
Séquestre : En position de force, Louis XV profite des questions de succession de la principauté de
Montbéliard pour saisir, en garantie, les revenus féodaux des terres allodiales ou contestées. Il met
en place une administration et donne à bail la perception des revenus et la conduite de la forge de
Chagey à des fermiers, pour la plupart des marchands et bourgeois de Besançon. La comptabilité est
soigneusement tenue. L'administration du séquestre verse même sa rente à la comtesse douairière de
Sponeck retirée au château d'Héricourt. Par contre, à l'issue du séquestre, les revenus perçus de
1723 à 1748 ne sont pas restitués aux Wurtemberg. Nombre de créanciers se trouvent lésés.
Varangues : Pièces destinée à la membrure tirées de la partie fourchue d'un arbre, varangues
acculées ou varangues de fond. Le vocabulaire de charpente de marine est riche d'un jargon
technique qui apparaît dans certains procès-verbaux des commissaires. Par exemple, pour 1012
chênes marqués au Bois Bourgeois à Montbéliard en 1736, chaque arbre est affecté du nom de la
pièce à fournir avec les dimensions prévues au premier façonnage.(AMM DD 60.)
Bibliographie et sources documentaires
BADRÉ Louis, Histoire de la forêt française Arthaud Paris 1983.
BALLU Jean-Marie, Bois de marine les bateaux naissent en forêt 3e édition CNPF, Institut pour le développement
forestier, Marine Nationale 2014.
BOSC ET BAUDRILLARD, Dictionnaire de la culture des arbres et de l'aménagement des forêts vol. 7 in Encyclopédie
méthodique de l'agriculture Paris 1821. Google books.
DUHAMEL DU MONCEAU,Traité complet des bois et des forests. Exploitation des bois 1764 Gallica.
GIBERT André, La porte de Bourgogne Armand Colin Paris 1930.
GRESSER P. et collègues. Les hommes et la forêt en Franche-Comté éditions Bonneton Paris 1990.
MATHEY, Exploitation commerciale des bois 2 vol.Lucien Laveur Paris 1908.
VION-DELPHIN François., L'exploitation du bois de marine dans la principauté de Montbéliard au XVIII e siècle. MSEM
vol. 102 – 1979.
VION-DELPHIN F, Les forêts du comté de Montbéliard au XVIII°siècle MSEM vol. 115 – 1992.
VION-DELPHIN F., Les délits forestiers dans la seigneurie d'Héricourt au XVIII° siècle MSEM vol. 126 – 2003.
GODARD Ch., Les ordonnances inédites du comte Frédéric 1565-1584 avec introduction, notes et variantes tiré à part
MSEM 1896.
Ordonnances du prince Frédéric touchant les bois et forêts en ses comtés de Montbéliard et seigneuries jointes
Montbéliard, Jacques Foillet 1595.
Ordonnance des eaux & forêts du comté de Montbéliard J.L. Becker relieur et imprimeur de SAS Montbéliard 1784.
Bulletin des lois N° 176,Ordonnance de Charles X N° 6731 Code Forestier Imp. Nationale 1827.
Vieillard-Migeon & Cie aux forges de Morvillars, Instructions forestières imprimerie Chaix 1889.
Archives communales de Chagey 70400 A.C.C.
Archives municipales de Montbéliard A.M.M.
Archives départementales de la Haute-Saône A.D.70 séries E, B & C.
Archives départementales du Doubs A.D. 25 série E PM.
Archives nationales A.N. transcrites et communiquées aimablement par Jean Hennequin.
Charpentier de marine au XVIe siècle.
Chronique de Nuremberg
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