universite de nice sophia antipolis section de psychologie le

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UNIVERSITE DE NICE
SOPHIA ANTIPOLIS
FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
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SECTION DE PSYCHOLOGIE
LE TRANSFERT DANS LE CADRE DE L’INTERVENTION
PSYCHOLOGIQUE BRÈVE EN INSTITUTION PSYCHIATRIQUE.
MÉMOIRE DE D.E.A. PRÉSENTÉ PAR :
RENÉ IMASSI
En vue de l’obtention du diplôme d'étude approfondie de Psychopathologie clinique.
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DIRECTEUR DE RECHERCHE
MONSIEUR LE PROFESSEUR C. MIOLLAN
1990
REMERCIEMENTS
Je tiens à exprimer ma reconnaissance à monsieur Le Professeur Claude MIOLLAN
dont les précieux conseils m'ont permis, entre autres, d'axer ce travail sur l'essentiel
des questions que je soulevais.
Mes remerciements vont aussi à messieurs Yvan CHEVALLIER et Joël PAYMAL
dont les séminaires ont contribué à cette recherche.
Je tiens enfin à remercier monsieur Michel CARIOU qui a bien voulu faire partie de
mon jury de soutenance.
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SOMMAIRE
INTRODUCTION
p.1
CHAPITRE PREMIER : HISTORIQUE ET DÉFINITION DES CONCEPTS
p.4
A/ La notion psychanalytique de transfert
1. Définition et pratique du transfert
2. Perspective historique du concept de transfert
p.4
p.4
p.6
B/ Les psychothérapies brèves
1. Psychothérapie et psychanalyse
2. Fondements des psychothérapies brèves d'inspiration psychanalytique
3. Histoire et profil actuel.
p.9
p.9
p.11
p.13
CHAPITRE II : L’INTERVENTION BRÈVE EN INSTITUTION PSYCHIATRIQUE p.20
A/ Note sur l'omniprésence des phénomènes transférentiels
p.20
B/ Le cadre de l'intervention psychologique en institution psychiatrique
1. La notion de cadre
2. Les facteurs déterminant notre cadre
3. La fonction du temps
p.21
p.21
p.22
p.29
CHAPITRE III :
PREMIÈRES OBSERVATIONS
ET ASPECTS MÉTHODOLOGIQUES
p.32
A/ Fondements cliniques de cette recherche
p.33
B/ Le transfert en psychologie et le contre-transfert du psychologue
p.34
C/ Détermination de la méthode clinique
1. Détermination du matériel clinique concerné
2. L'intervention du cadre dans l'intensification des processus psychiques
p.38
p.39
p.46
CONCLUSION
p. 51
BIBLIOGRAPHIE
p. 55
Nota :
Ce texte a fait l’objet d’une numérisation par O.C.R. Il peut comporter des erreurs de
reconnaissance de caractère.
La pagination d’origine a été conservée afin de correspondre aux renvois du texte.
Les notes de renvois alphabétiques sont des références implicites, destinées à la soutenance.
Elles ne font pas partie du texte imprimé, et peuvent être ignorées.
1
INTRODUCTION
L'histoire de la psychopathologie clinique témoigne de la dialectique entre pratique
et théorie ; entre confrontations aux problèmes cliniques, et travail réflexif de
conceptualisation visant à rendre compte de ces problèmes. Notre démarche se fonde
sur cet échange, car elle s'enracine dans une pratique clinique déterminée, sur la base
de laquelle nous tenterons d'articuler des concepts jugés opportuns et efficaces.
Les échanges transférentiels, phénomènes polymorphes et omniprésents, ont été
conceptualisés par la psychanalyse. Le transfert est essentiellement une manifestation
de la résistance, luttant contre la mise à jour de désirs inconscients relatifs à l'enfance
et qui, pour ce faire, actualise ces désirs dans une relation présente. Mais ce
phénomène général n'est considéré comme l'œuvre d'une résistance que dans un cadre
psychothérapique visant la mise à jour de déterminants pathogènes inconscients. C'est
pourquoi la psychanalyse s'est tout particulièrement attachée à combattre cette création
de la maladie, puis ensuite à l'utiliser dans le traitement. En effet, ce n'est que
progressivement que S. FREUD, réalisant la prépondérance de cet ennemi de la cure, le
retournera en un allié de la modification psychique. Ainsi, la névrose de transfert sert à
« piéger » l'ensemble des comportements pathologiques, offrant ceux-ci à la
reconnaissance de l'analyste, puis à la remémoration du patient. L'avènement de cet
outil central pour la cure a accentué la longue durée du processus analytique. Cette
longueur n'a pas été sans poser problème aux psychanalystes, à commencer par S.
FREUD qui, malgré les tentatives visant à écourter les cures auxquelles il prit part, finit
par considérer que ces méthodes portent atteinte à l'essentiel du processus curatif.
Malgré cela, de nombreuses psychothérapies brèves d'inspiration psychanalytique
n'eurent de cesse de se développer ; notamment dans des contextes excluant le
prolongement d'une prise en charge.
2
Cette contrainte du contexte concerne notre étude, car si le cadre d'exercice de la
cure analytique ne s'oppose pas à de longs traitements, il en est tout autrement de
l'institution psychiatrique, cadre de l'intervention psychologique. Ceci étant, parmi les
raisons contestant les moyens mis en œuvre pour écourter les traitements, nous nous
intéresserons plus particulièrement à la question de la névrose de transfert, car ce
principe central du processus thérapeutique a, selon notre propos, tout à perdre d'être
négligé, ou régressé aux premières considérations freudiennes d'un simple symptôme
parmi les autres.
Ainsi se dégage notre problématique : l'intervention psychologique en milieu
institutionnel psychiatrique étant nécessairement brève, l'instauration, puis la
reconnaissance et l'utilisation thérapeutique de la névrose de transfert en sont-elles de
ce fait exclues ?
Nous centrant dès lors sur la question du temps, le premier chapitre de notre
travail aura pour objet une approche théorique et historique du transfert et de sa
pratique en psychanalyse d'une part, et des modèles « abrégés » de thérapies
analytiques d'autre part.
Sur cette base conceptuelle, nous serons amenés, dans un deuxième chapitre, à
rendre compte de la nature précise du cadre de l'intervention psychologique, pratique
intéressant cette étude. Là aussi, nous nous centrerons sur la fonction du temps au
niveau de laquelle l'intervention psychologique est contrainte, et qui pourtant apparaît
comme l'allié nécessaire du processus thérapeutique analytique dont participe la
névrose de transfert.
Le troisième et dernier chapitre proposera une méthode d'investigation de la
problématique en jeu, en y associant les premières observations cliniques de cette
recherche. Nous verrons que notre hypothèse centrale concernant la possibilité pour la
névrose de transfert d'être utile à l'intervention psychologique brève nous conduira à
préciser nos interrogations en axant notre regard sur le rôle potentiel du cadre de la
relation intersubjective dans l'intensification des processus psychiques sollicités.
Ce texte ne vise pas à clore une question en y répondant, mais à aborder divers
terrains de réflexions qu'il s'avérera plus ou moins opportun de reprendre, ce
notamment lors de la recherche sur laquelle il est censé ouvrir.
3
La conclusion rendra compte de l'essentiel des éléments réflexifs que nous aurons
progressivement agencés, ainsi que des premières constatations théoriques et cliniques
nous invitant à approfondir ce domaine d'étude.
4
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE ET DÉFINITION DES CONCEPTS
A. LA NOTION PSYCHANALYTIQUE DE TRANSFERT.
1. Définition et pratique du transfert
C'est dans Fragment d'une analyse d’hystérie publiée en 1905, que FREUD, à
propos du cas Dora, introduit explicitement la notion de transfert. Sa définition des
transferts est la suivante : « Ce sont de nouvelles éditions, des copies des tendances et
des fantasmes qui doivent être éveillés et rendus conscients par les progrès de
l'analyse, et dont le trait caractéristique est de remplacer une personne antérieurement
connue par la personne du médecin. Autrement dit, un nombre considérable d'états
psychiques antérieurs revivent, non pas comme états passés, mais comme rapports
actuels avec la personne du médecin » (1). La notion de transfert apparaît donc ainsi
formulée dans la théorie psychanalytique. Mais ce phénomène plus que tout autre
restera au plus proche de la pratique analytique, notamment parce qu'il s'exerce en une
dialectique l'unissant au contre-transfert (2).Le caractère singulier des échanges
transférentiels de chaque cure rend délicat, voire impossible de proposer une définition
exhaustive du transfert en ce sens qu'elle en éclairerait tous les aspects et le
fonctionnement. En somme, si le transfert peut être défini comme un déplacement
inconscient et inadéquat d'une relation d'objet intense de
------------------------------------------
(1) S. FREUD (1954 — 8e édition 1977) Cinq psychanalyses, Paris, PUF, pp.86-87.
(2) Dans un chapitre évoquant les rapports entre le contre-transfert et la métapsychologie, M.
NEYRAUT pointe les difficultés d’intégration du transfert dans la monade métapsychologique. (1974)
Le transfert, Paris, PUF, pp.57 sq.
5
l'enfance sur une personne du présent, aussi son « métabolisme » ne va bien au-delà
d'un simple retour à un prototype relationnel infantile. En effet, ce déplacement de tout
un pan du passé sera actualisé sous une forme bien particulière, et qui tiendra sa
particularité de la situation présente, face au thérapeute. Le transfert, par son caractère
de renaissance psychique de réalités anciennes, peut être considéré comme le rapport
unissant deux moments relationnels. À l'instar du Proton-Pseudos freudien, il s'agira
pour M. NEYRAUT de deux événements traumatiques, passés et présents, générateurs
d'une réalité psychique à cheval sur ces deux temps (1).
La genèse chez S. FREUD de la notion de transfert et de son utilisation dont nous
rend compte Fragment d'une analyse d'hystérie de 1905, nous montre comment cette
« création de la maladie », cette résistance sera « retournée » pour devenir le principe
actif dynamisant la thérapie. À l'herméneutique des rêves et associations s'ajoute alors
celle du sens que véhicule cette résistante. Son langage sera ainsi utilisé contre elle, et
sa destruction incessante fera d'une aptitude à répéter, une aptitude à évoluer. Ce point
de vue plus pratique invite à considérer que tout comme sa définition, l'exercice du
transfert nous apparaît comme délicat.
En somme, cette notion est étroitement liée à son contexte, c'est-à-dire à
l'environnement qui voit émerger le transfert ; nous pensons ici en premier lieu à la
dimension contre-transférentielle. Cette notion est également indissociable de l'évolution
qui caractérise son activité, celle-ci relevant de la dialectique unissant transfert et
contre-transfert. Il n'y a pas de transfert en soi, mais il y a instauration inévitable
d'échanges transférentiels unissant des sujets, et dont la nature unique tirera sa
singularité du contexte présent. Ceci étant, la question qui nous occupera dans ce travail
sera celle d'une utilisation potentielle de ce principe actif thérapeutique psychanalytique
qu'est le transfert, dans le contexte des interventions brèves auxquelles le psychologue
exerçant en institution psychiatrique est convié. Ne pas décontextualiser le transfert
nécessite en premier lieu de le concevoir dans son histoire.
------------------------------------------
(1) M. NEYRAUT, op.cit., pp.185 sq. (chapitre sur la réalité dans le transfert)
6
2. Perspectives historiques du concept de transfert
Les origines du concept freudien de transfert s'enracinent dans la méthode
cathartique de J. BREUER dont S. FREUD s'inspira jusqu'en 1895, date à laquelle la
parution des Études sur l'hystérie marqua la naissance de la psychanalyse. Son créateur
allait progressivement abandonner hypnose et suggestion pour y substituer la libre
association, toujours dans le cadre fondamental du seul rapport intersubjectif entre le
patient et le médecin. Les Études sur l'hystérie proposent un modèle de cure cathartique
dont l'efficacité repose sur l'abréaction par l'expression verbale des représentations
liées au réseau associatif isolant un noyau traumatique de la conscience accessible.
Mais, dès lors, les associations libres se voyaient opposer des résistances. S.
FREUD parla tout d'abord de fausses associations (1), sorte de rationalisations (2)
entravant la remémoration de l'idée pathogène (a), il s'en remettait à l'époque à la
technique de la pression des mains pour y remédier. L'efficacité de cette technique
s'avérait toute relative (b). S. FREUD, observant la nature de ce travail de résistance,
constate qu'au sein de ce jeu de fausses associations, le désir refoulé se manifeste alors
à la conscience en s'adressant à la personne présente du thérapeute (c). Ainsi se profile
l'idée du thérapeute récupéré par ce schéma associatif défensif ; le transfert (dont le
terme apparaît pour la première fois à cette époque (d)) est en premier lieu une
résistance tendant à isoler un émoi traumatique du reste du psychisme (e).
M. NEYRAUT définit ce qu'il en est du transfert freudien à cette époque en disant
qu'il s'agit d'un « quiproquo à contre-temps » (3), mettant l'accent sur l'idée d'un
déplacement de personne et un déplacement dans le temps. À ce moment de la théorie
psychanalytique, la gestion technique de ce transfert consiste à le dépasser en le
renvoyant « à qui de droit et à sa place » (4) ; c'est-à-dire que les manifestations
présentes de cette résistance devaient être explicitées en référence à l'histoire du sujet
pour être détruites. Dès le début de l'élaboration conceptuelle du transfert, celui-ci nous
apparaît comme appartenant autant au passé qu'au présent, et comme se fondant sur le
rapport entre ces deux temps.
-----------------------------------------(1)
(2)
(3)
(4)
S. FREUD et J. BREUER (1956) Études sur l'hystérie, Paris, P.U.F. p.52 (note en bas de page)
M. NEYRAUT(1974) Le transfert, Paris, PUF, p.128.
M. NEYRAUT1 op. cit., p.131.
Ibidem.
(a)
(b)
(c)
(d)
(e)
M. NEYRAUT(1974) Le transfert, Paris, PUF, p.125.
S. FREUD et J. BREUER (1956) Études sur l'hystérie, Paris, P.U.F., p. 244
Ibidem.
Idem, p. 245 (« Le transfert au médecin se réalise par une fausse association »)
M. NEYRAUT, op. cit., Paris, PUF, p. 129.
7
C'est confronté aux difficultés qu'oppose le transfert dans la cure, et notamment à
l'échec de celle de Dora, que S. FREUD élabore plus précisément la nature et le rôle de
ce faux rapport (a). En conclusion de Fragments d’une analyse d’hystérie paru en 1905,
l'auteur définit donc les transferts (1), et introduit à ce qui sera son vis-à-vis dialectique
à savoir le contre-transfert, en pointant le rôle prépondérant de la « personne du
médecin » dans l'efficacité thérapeutique (2). D'un point de vue technique, S. FREUD
constate le caractère systématique et inévitable de cet obstacle. Ce sera l'occasion pour
lui d'affirmer encore la spécificité de la cure psychanalytique, seul traitement s'attachant
à utiliser ces tendances, affectueuses ou hostiles, afin d'alimenter le connatus
thérapeutique. L'analyse fait feu de tout bois : en plus du texte que rêves et associations
fournissent au patient, le thérapeute doit alors être attentif à cette dimension implicite
de la relation. C'est en ce sens que J. NATANSON définit l'essentiel de cette « répétition
en acte » qu'est le transfert en l'opposant à la « remémoration » censée fournir la
majeure partie du matériel à interpréter (3). Cette résistance est porteuse de sens, et S.
FREUD convie à traduire ce sens au malade, c'est-à-dire à interpréter le matériel issu du
transfert tout comme celui issu du texte du patient. Il fait du transfert un « puissant
auxiliaire »(4) à la cure, mais à condition de réussir à la « deviner » (5). Cette dimension
divinatoire ne va pas sans poser problème. M. NEYRAUT, évoquant S. FREUD face aux
problèmes techniques liés au transfert dans la cure de Dora, pointe le fait « que le
transfert ne peut être compris sur les seuls dires du patient, mais qu'il doit être
deviné » (6). Dans Métapsychologie, S. FREUD sera plus explicite sur la manière dont
l'analyste est amené à considérer l'importance de la pensée analogique dans ses
inférences (7). Il s'agit là bien de l'importance du contre-transfert, de la subjectivité du
thérapeute comme partie intégrante dans cette dialectique transférentielle.
------------------------------------------
(1) Définition dont nous donnions le texte au début de ce chapitre (p. 4)
(2) S. FREUD (1954 — 8e édition 1977) Cinq psychanalyse, Paris, PUF, p.86.
(3) J. NATANSON
(1986) L’évolution
du concept
de transfert chez FREUD,
psychothérapiques, Nº 64, Toulouse, Privat, p.79. [S. FREUD développe cette
Remémoration, répétition et élaboration, in De la technique psychanalytique, pp. 105-115]
(4) S. FREUD, op. cit., p.88.
(5) Ibidem. [Aussi : De la technique psychanalytique, p. 105]
(6) M. NEYRAUT(1974), Le transfert, Paris, PUF, p.71.
(7) S. FREUD
(1952)
Métapsychologie, Paris,
Gallimard,
pp.97-98
(évoquant
épistémologique de l’inconscient). [c.f. M. NEYRAUT citant S. FREUD en p. 71]
in Études
idée dans
le
statut
(a) S. FREUD et J. BREUER (1956) Études sur l'hystérie, Paris, P.U.F. p. 246 (je fais ici référence à
1895 où cette expression était utilisée)
8
Par la suite, S. FREUD affinera la conception et l'utilisation du transfert. La
dynamique du transfert (a), article publié en 1912, présente le transfert tel des
« prototypes » relationnels anciens souvent liés à des images parentales dont le
thérapeute accueillera les déplacements. Ceci l'amène à considérer l'ambivalence des
sentiments pouvant animer le transfert, tantôt positif, tantôt négatif ; composantes
opposées que l'on retrouve dans le complexe d'Oedipe dont la théorie s'était entre
temps élaborée.
Le transfert, qui à l'origine était considéré comme une production pathologique
parmi d'autres, accédera progressivement à un statut théorique essentiel dans la
relation thérapeutique. Ces prototypes relationnels infantiles et leurs conflits vont alors
être considérés comme structurants et centraux pour le fonctionnement de la cure.
Cette idée prend corps en 1914 dans Remémoration, répétition et perlaboration, article
où S. FREUD présente la notion de névrose de transfert dont l'installation dans la
relation thérapeutique est un élément positif en ce sens qu'elle permet la centration et
l'organisation de la pathologie sur le cadre présent de la cure. cela ne constituera qu'une
étape du processus thérapeutique qui consistera alors en une élucidation de cette
névrose de transfert.
Ceci étant, S. FREUD pointera en 1920 la méfiance nécessaire à adopter vis-à-vis
de la névrose de transfert dont la bonne gestion doit amener à tendre vers une
prévalence de la remémoration sur la répétition en acte (1). En somme, cette accession
du transfert à une position centrale dans la gestion de la cure est contemporaine de
l'évolution de la pensée psychanalytique qui a vu la théorie du traumatisme, du souvenir
refoulé et de la question du sens du symptôme être relativisée par l'avènement d'une
théorie du fantasme, de la représentation et de l'organisation de la dynamique
intrapsychique confinant la représentation pathogène dans l'inconscient. Dès lors que la
psychanalyse ne s'intéressa pas tant au souvenir oublié du traumatisme qu'à la
résistance en soi, la relation transférentielle devint centrale dans la cure et sa
théorisation (b).
A ce propos, et relativement au thème de notre travail, une des perspectives
essentielles au travers de laquelle il nous faudra envisager le rôle hypothétique d'un
transfert thérapeutique au cours de l'intervention brève du psychologue, sera celle de
l'aptitude potentielle pour des réactions
------------------------------------------
(1) c.f. S. FREUD (1963) Essais de psychanalyse, Paris, Payot, pp.21 sq., notamment p.22 (Au delà du
principe de plaisir — Principe de plaisir et transfert affectif).
(a) S. FREUD (1953) De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., pp. 50-60
(b) c.f. E. GILLIERON (1983) Les psychothérapies brèves, Paris, P.U.F., pp. 11 et 12. Mais surtout :
Remémoration, répétition et élaboration, in De la technique psychanalytique, pp. 105-106, où S.
FREUD parle « d’étudier l’actuelle surface psychique du patient » ; il évoque cette évolution.
9
de transfert diffuses, flottantes (1) à se cristalliser en une névrose de transfert
s'inscrivant dans un processus thérapeutique. La question centrale est ici le facteur
temps, même si, comme nous le verrons par la suite, ce paramètre est interdépendant
des autres conditions d'exercice de la thérapie brève en psychiatrie. En effet, l'histoire
de la notion de transfert nous éclaire sur l'intime relation entre la manière dont cephénomène va être pensé ainsi qu'utilisé, et le contexte de sa survenue. Ceci nous
incitant d'autant plus à concevoir un transfert et son exercice au cours d'interventions
brèves, en rapport étroit avec la nature du cadre institutionnel accueillant cette prise en
charge. (c.f. chapitre II).
B. LES PSYCHOTHERAPIES BREVES
1. Psychothérapie et psychanalyse
Avant de parler de psychothérapie brève, il nous semble nécessaire de définir la
notion de psychothérapie. Retenons en premier lieu la définition très générale de G.
PALMADE pour qui « la psychothérapie est constituée par l'ensemble des traitements
psychologiques. » (2)
Les psychothérapies se caractérisent généralement par une technique
prédéterminant précisément les objectifs à atteindre. Par exemple la baisse de l'anxiété
par consolidation d'un système défensif, etc. C'est à ce titre que la théorie
psychanalytique considère les psychothérapies comme des techniques de renforcement
du Moi, des techniques qui tendent à améliorer les fonctions de synthèse et d'unification
du Moi. L'analyse (analysis : déliaison) peut de ce fait se concevoir en opposition aux
psychothérapies, car elle considère le Moi comme ayant fonction de méconnaissance,
aliénant le sujet. S. FREUD, utilisant l'image du chimiste dont le travail consiste à
décomposer les éléments fondamentaux d'une substance pour mettre à jour ce que la
composition maintenait
------------------------------------------
(1) Ainsi caractérisées par J. LAPLANCHE et J.B. PONTALIS comme précédant la coordination du
transfert une névrose de transfert, (1967) Vocabulaire de la psychanalyse, P.U.F., p.281.
(2) G. PALMADE (1951 — 9e édition mise à jour : 1990) La psychothérapie, Paris, P.U.F. (collection
« Que sais-je? » nº 480), p.3.
10
méconnaissable, indique la nature composée des activités psychiques (en l'occurrence
les symptômes) dont les motivations élémentaires (les motions pulsionnelles) sont
pathogènes, car méconnues (1). Ainsi, la cure analytique se veut être un processus de
déliaison et de mise à jour du déterminisme (aux conséquences parfois pathologiques)
auquel nous convie la fonction de méconnaissance du Moi. À ce titre, le cadre de
l'analyse tend à une neutralité, une passivité (relativement à la psychothérapie) et une
écoute en rien guidée et restreinte ; l'ambition du psychanalyste étant une
réorganisation plus en profondeur et plus globale de la personnalité du sujet.
Quoique qu’il en soit, psychanalyse et psychothérapie ont en point commun
l'objectif du changement psychique. Et, à l'instar de G. PALMADE que nous citions plus
haut, J. LAPLANCHE et J.B. PONTALIS considèrent une définition élargie de la
psychothérapie, « méthode de traitement des désordres psychiques ou corporels
utilisant des moyens psychologiques », dont la psychanalyse est alors une forme (2). La
psychanalyse ne se limite certes pas à une thérapie, aussi sa dimension thérapeutique
est bien spécifique ; il n'en reste pas moins qu'elle a depuis toujours eu vocation de
traiter la psychopathologie. Ajoutons également cette remarque de G. PALMADE
positionnant la psychanalyse par rapport à la psychothérapie en disant de cette
première qu'« elle s'est constituée, par rapport aux psychothérapies antérieures,
comme la seule psychothérapie systématisée. De nos jours encore, on considère qu'elle
est la seule à l’être d'une façon étendue, et à pouvoir fournir un cadre interprétatif très
général à d'autres psychothérapies. » (3)
Aux vues de notre problématique, il nous a semblé nécessaire d'évoquer ces
considérations ; psychanalyse et psychothérapie étant souvent distinguées (a), alors que
nous allons justement exploiter ce qui les relie.
------------------------------------------
(1) S. FREUD (1953) Les voies nouvelles de la thérapeutique psychanalytique, in De la technique
psychanalytique, Paris, P.U.F., pp.132 sq. [c.f. aussi J. LAPLANCHE et J.B. PONTALIS (1967)
Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, P.U.F., pp. 351-352, ainsi que Amoyel : séminaire, Lacan :
Séminaire II, Le Moi dans la théorie freudienne (Seuil)]
(2) J. LAPLANCHE et J.B. PONTALIS (1967) Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, P.U.F., p.359.
(3) G. PALMADE, op. cit., p.46.
(a) c.f. G. PALMADE (1951 — 9e édition mise à jour, 1990) La psychothérapie, Paris, P.U.F., p. 113
11
2. Fondements des psychothérapies brèves d'inspiration psychanalytique.
Les psychothérapies brèves dont la mouvance théorique nous servira de point de
repère, sont celles inspirées de la psychanalyse. La notion de thérapie brève
d'inspiration psychanalytique doit plutôt son existence à certains impératifs liés aux
contextes dans lesquels elle se développa, qu'à une remise en cause de la théorie
psychanalyse (1). En somme, les psychothérapies brèves se distinguent en premier lieu
de la psychanalyse par les modifications techniques qu'elles proposent, en vue de
s'accommoder à certaines conditions d'exercice.
Les particularités de la psychanalyse que nous mettions plus haut en évidence par
rapport aux psychothérapies (pp.9-10), ont donc pour corollaire technique le cadre de
neutralité et de « liberté de fonctionnement » offert à l'analysant. En plus du cadre,
l'exercice de la cure déterminé par S. FREUD a conduit à faire de l'analyse une thérapie
considérée comme longue. En effet, relativement à l'évolution de la pensée
psychanalytique que nous évoquions également plus haut (p. 8), l'objectif de la cure est
passé d'une recherche de l'origine du symptôme névrotique (substitut pathologique du
souvenir) dans un traumatisme psychique précoce, pour permettre la décharge
émotionnelle thérapeutique par la restitution de ce souvenir, à une centration sur la
résistance de l'accès au souvenir que S. FREUD ne va plus tant combattre qu'utiliser
comme terrain d'investigation du fonctionnement intrapsychique et de la dynamique
pulsionnelle propre au patient. La cure, qui avait dans cette évolution trouvé sa pratique
contemporaine (a), se centra dès lors plus sur la relation au patient. L'avènement de la
névrose de transfert, comme étape technique essentielle, favorisa la position
ambivalente du patient ; entre résistance et changement (b). Aussi, l'activité compulsive
et les bénéfices secondaires de la maladie à l'oeuvre, notamment dans la réaction
thérapeutique négative, amenèrent les cures, jugées au début trop brèves par S.
FREUD, à se prolonger de
------------------------------------------
(1) Il existe certes des thérapies brèves relativement à la cure analytique et n'ayant pas de rapport
avec la théorie psychanalytique, telle que la thérapie brève systémique issue de l’école de Pelo Alto,
ou encore la thérapie non directive centrée sur le client issue des travaux de C. ROGERS. Ce travail
posant le problème des échanges transférentiels dans le cadre de l'intervention brève du
psychologue, nous ne nous intéresserons qu'aux psychothérapies brèves qui se réfèrent à la théorie
psychanalytique.
(a) c.f. E. GILLIERON (1983) Les psychothérapies brèves, Paris, P.U.F., p 12. (Dans Remémoration,
répétition et élaboration, in De la technique psychanalytique, pp. 105-115, S. FREUD évoque cette
évolution, et parle de « vieille façon » et de « technique nouvelle »)
(b) E. GILLIERON, op. cit., p 12-13 (aussi dans LAPLANCHE E PONTALIS, ainsi que Remémoration,
répétition et élaboration, FREUD, 1914.)
12
manière préoccupante (1). Bien que cette préoccupation ne quitta jamais S. FREUD (2),
dès qu'il aura mis au point la cure basée sur le principe central des associations libres, il
s'opposera à toute modification de la technique psychanalytique. Il considérera que la
solution aux problèmes que rencontre l'analyse est à trouver dans l'élaboration
théorique et métapsychologique.
C'est précisément sur ce point que les psychothérapies brèves se distinguent.
L'argument majeur étant qu'il y a bien plus de plaintes et de situations nécessitant un
traitement que de cures analytiques réalisables, et ce, pour diverses raisons
externes (3) : nombre d'analystes, temps, coût (a), conditions socio-culturelles (b), etc ...
En conclusion de quoi, on peut dire que les psychothérapies brèves d'inspiration
psychanalytique posent entre autres l'hypothèse qu'une tentative limitée dans le temps
est préférable à rien. Notre propos n'est pas de discuter du bien-fondé des options
techniques des psychothérapies brèves, mais plutôt de constater que les conditions
d'intervention du psychologue en institution psychiatrique ne permettent qu'à des
techniques brèves d'être appliquées (c.f. chapitre II). Aussi, nos choix théoriques
initiaux devront être confrontés à une clinique validant ou invalidant ces orientations de
départ, et apportant, nous l'espérons, des éléments nouveaux sur la question précise de
la dimension transférentielle particulière à cette clinique.
En somme, les techniques brèves d'inspiration psychanalytique sont entre la
fidélité aux conceptions de base de la psychanalyse, et le souhait d'agir dans des
contextes impropres à la cure classique ; leur choix étant de ne pas sacrifier à
l'orthodoxie là où une certaine efficacité peut malgré tout être obtenue (c). Pour être
complet, sans pour autant nous distancier excessivement de notre axe de réflexion,
soulignons brièvement que certaines thérapies brèves actuelles tendent à l'acquisition
d'une autonomie vis-à-vis de la théorie et de la pratique psychanalytique qui les ont vus
naître. C'est par exemple le cas de la technique proposée par E. GILLIERON, pour qui
l'intransigeance de S. FREUD s'opposant aux modifications techniques était due à
l'impossibilité pour
------------------------------------------
(1) S. FREUD (1953) De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., p.68.
(2) Comme atteste l'article de 1938, Analyse terminée, analyse interminable. [c.f. aussi E. GILLIERON,
pp. 8 et 14]
(3) C'est-à-dire, pour des raisons de contexte contraignant la nature de la rencontre patientthérapeute, et non-pas pour des raisons internes aux processus formalisés par la psychanalyse.
(a) S. FREUD évoque (d’ailleurs de manière un peu dépassée) les questions de temps (pp. 86-87) et
d’argent (pp. 90 sq., notamment p. 92 où il est question des pauvres), dans le début du traitement, in
(1953) De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F.
(b) Il est en fait indéniable que l’ignorance plus que les résistances écarte de la psychanalyse bon
nombre de patients potentiels (c.f. S. MOSCOVICI (1960), Étude de la représentation sociale de la
psychanalyse, Paris, P.U.F.).
(c) E. GILLIERON, op. cit., p. 21
13
l'appareil conceptuel psychanalytique d'alors d'intégrer cette variable qu'aurait constitué
des modifications du cadre technique. Le cadre de la cure devait être une constante, de
manière à ce que l'appareil conceptuel psychanalytique puisse s'ancrer dans une réalité
invariante, et qu'il puisse ainsi rester cohérent. Disons en deux mots que selon cet
auteur, le développement récent de certaines théories (telles que les théories
psychanalytiques groupales et les théories des systèmes et de la communication)
permet l'analyse de la nature et de la fonction d'un cadre d'interactions. En conséquence
de quoi les variations de ce cadre (donc les variations de la technique) peuvent
maintenant être contrôlées et intégrées (1).
3. Histoire et profil actuel
D'un point de vue historique, la question de la durée d'une psychothérapie est
contemporaine de l'histoire de la psychanalyse, car les psychothérapies dites brèves
fondèrent cette qualité par contraste avec la « longue psychanalyse » (a). Différents
ouvrages traitant de la question associent l'origine des thérapies à durée contrôlée et
limitée à S. FERENCZI, compagnon de S. FREUD, qui vers 1918 fut l’instigateur des
techniques dites actives ; activations visant à accélérer le dénouement (b) de la cure.
Ainsi que nous l'évoquions plus haut, la question de la durée de la cure n'allait pas sans
inquiéter les analystes, à commencer par S. FREUD (2).
À la suite de S. FERENCZI, le Psychanalyste F. ALEXANDER est également
considéré comme un pionnier des traitements brefs. ses techniques actives,
développées dans les années trente, sont en amont du succés anglo-saxon de cette
orientation thérapeutique. De nos jours, les psychothérapies brèves d'inspiration
psychanalytique connaissent une
------------------------------------------
(1) E. GILLIERON (1983) Les psychothérapies brèves, Paris, P.U.F., pp.38
également développée dans son ouvrage précédent : (1983) Aux confins
(Psychothérapies analytiques brèves : acquisitions actuelles), Paris, Payot.
(2) La cure de l'homme aux loups, (in S. FREUD (1954 — 8ème édition 1977)
Paris, P.U.F., pp.325-420) fut un exemple marquant de cure interminable dont
le terme.
(a) E. GILLIERON, op. cit., p. 5
(b) dénouement — déliaison — analysis
sq. Cette thèse est
de la psychanalyse
Cinq psychanalyses,
S. PREUD dut activer
14
évolution hétérogène. Selon nous. la diversité de ces écoles est essentiellement la
conséquence de la diversité des cadres d'apparition et d'exercice de ces thérapies ;
divers cadres à partir desquels diverses modifications techniques ont été apportées pour
condenser les traitements (a). Cette hétérogénéité de base semble s'opposer à une
théorie unitaire de ces thérapies brèves. Mais cette apparente faiblesse peut en fait
participer de l'intelligence de ce type de traitement ayant pour vocation de
s'accommoder à une réalité donnée par son lieu d'ancrage.
Il nous a semblé inopportun de développer ici un exposé détaillé des nombreuses
écoles issues de ce mouvement des psychothérapies analytiques brèves. Au-delà des
évolutions historiques et des nuances présentes, il nous a semblé plus utile, compte tenu
de nos objectifs, de faire une synthèse des points essentiels et communs à ces
thérapies.
— Le premier point commun aux psychothérapies analytiques brèves est
évidemment la durée limitée. Il y a donc toujours prédétermination initiale du nombre
approximatif de séances et de leurs durées. Suivant les écoles, cela va de quelques
heures (tel le modèle thérapeutique proposé par J. MANN (1) qui prévoit un total de
douze heures de psychothérapies découpées et réparties selon la nature du problème
en cause, ou encore, et entre autres exemples, la psychothérapie analytique de brève
durée mise au point par P. SIFNEOS (2) proposant avec moins de précision un total de
12 à 18 séances), jusqu'à une année pour les plus longues (c'est le cas de la technique
lausannoise d'E. GILLIERON (3). la plus proche du cadre analytique classique).
— Un autre point commun est la position en face en face du patient et du
thérapeute.
— Le pragmatisme définissant le mouvement des psychothérapies analytiques
brèves (que l'on serait donc tenté d'opposer à un certain dogmatisme technique propre
à la psychanalyse classique qui s'est surtout déployée dans un champ théorique), a
conduit à un certain éclectisme technique (dont le bon exemple est l'utilisation de la
technique comportementaliste du renforcement dans la thérapie brève proposée par
------------------------------------------
(1) MANN J. (1973), Time-limited psychotherapy., Cambridge, Harvard University Press.
(2) SIFNEOS P. (1977), Psychotérapie brève et crise émotionnelle. Bruxelles, Mardaga.
(3) GILLIERON E. (1983), Les Psychothérapies brèves, Paris, P.U.F.
(a) c.f. E. GILLIERON
cette idée)
(1983) Les psychothérapies brèves, Paris, P.U.F., p 5. (sa définition spécifie
15
L. BELLAK et L. SMALL, qui reste cependant en grande mesure d'orientation
analytique (1).
— Ces thérapies brèves qui empruntent tous concepts, notions et modèles
théoriques psychanalytiques, comportent donc des modifications techniques qui sont
parfois étroitement liées aux exigences singulières du lieu de leur mise au point (c'est le
cas par exemple des modèles de J. MANN ou encore E. GILLIERON qui constituèrent leur
technique en fonction des objectifs thérapeutiques et pédagogiques propres aux centres
universitaires dans lesquels ils œuvraient alors). À ce titre, l'aspect technique de ces
psychothérapies revêt un caractère à vocation moins universelle que la psychanalyse. Il
reste à voir dans quelle mesure les échanges transférentiels, phénomènes en tout cas
inéluctables à la relation patient-thérapeute (a), vont être modifiés. Il nous faudra alors
poser la question de la valeur thérapeutique du transfert en fonction des conditions
présentes de sa mise en place et relativement au modèle psychanalytique.
— En ce qui concerne la dimension théorique, ces psychothérapies mettent parfois
l'accent sur un secteur particulier élaboré par la psychanalyse (c'est par exemple le cas
pour K. LEWIN, dont la technique vise surtout les problèmes de culpabilité et de
masochisme qu'il place au centre de tout trouble névrotique (2). Également, le modèle
de J. MANN, mettant l'accent sur les situations conflictuelles liées au problème général
de la séparation-individuation). Aussi de cette théorie émergent parfois des conceptions
plus personnelles (comme le modèle de P. SIFNEOS centré sur sa notion de crise
émotionnelle qu'il place en amont de toute pathologie). Ce « principe de limitation »,
ainsi nommé par E. GILLIERON (3), se rencontre souvent dans les diverses
psychothérapies analytiques brèves qui sont amenées à ne retenir qu'une partie du
processus psychanalytique. Relativement au thème de notre travail. cet aspect des
thérapies brèves nous semble digne d'interrogations. En effet, la sélection que ce type
de thérapie opère dans le champ psychanalytique pose le problème de ce que E.
GILLIERON qualifie de « choix contre-transférentiel des patients » (4). Ceci étant, nous
verrons dans quelle mesure l'intervention du psychologue en
------------------------------------------
(1) BELLAK L. et SMALL L. (1965), Egency pychotherapy and brief psychotherapy, New York, Grune and
Stratton.
(2) LEWIN K, (1970), Brief encounters, Brief psychotherapy, Saint-Louis, Warren H., Green Inc.
(3) E. GILLIERON, op.cit., p.34.
(4) Idem. p.36.
(a) Comme dans toute relation en général : dans Ma vie et la psychanalyse, en p. 65, S. FREUD parle
de « phénomène humain général, il domine toutes les relations d’une personne donnée avec son
entourage humain » (c. f. NATANSON, p. 79). Voir aussi, M. NEYRAUT (1974) Le transfert, Paris,
P.U.F., p. 174 (la métaphore des enveloppes distribuées aux passants).
16
institution psychiatrique est avant tout conditionnée par le cadre de son exercice ; avec
donc ici, comme différence, que les déterminants de ce cadre ne sont pas issus de la
seule nature de l'intervention psychologique (c. f. chapitre II). Ceci relativise, sans pour
autant (bien sûr) l'éliminer, la question du contre-transfert située à ce niveau des choix
théoriques et techniques.
Les points communs suivants concernent plus précisément le fonctionnement des
diverses psychothérapies brèves d'inspiration psychanalytique :
— Bien souvent un secteur conflictuel sera délimité en fonction de la plainte du
patient (ce secteur ne coïncidera pas forcément avec la demande consciente).
— Sur cette base, le thérapeute proposera une hypothèse psychodynamique
(reliée à des sources infantiles selon le modèle psychanalytique). Cette hypothèse sera
plus ou moins générale, allant d'une considération globale de l'économie du sujet, à un
modèle ne considérant que les aspects de la personnalité en rapport avec le secteur
conflictuel délimité.
— La méthode est généralement active. relativement à la « passivité » de
l'analyste. En effet, dans la cure classique, la progression et la durée s'établissent au fur
et à mesure. En thérapie brève, il s'agira d'une activation des mêmes principes de base
qu'en psychanalyse : par exemple, le thérapeute incitera le patient à associer, il le
soutiendra dans ses élaborations, ou encore les interprétations du thérapeute seront
plus directives, son écoute sera plus focalisée sur le problème initialement délimité.
— Cela étant, le processus thérapeutique souhaité reste le même : il s'agira en
somme de vaincre les résistances inconscientes pour amener à des prises de
conscience, et ce, à l'aide d'interprétations sur la base du texte du patient (associations,
remémorations), et sur la nature du transfert et des répétitions pathologiques. Les
abréactions et la perlaboration des déterminants inconscients du conflit considéré étant
les processus visés.
— On note que le transfert est donc essentiellement considéré comme matériel à
interpréter (notamment dans la technique de H.
17
DAVANLOO (1), ou encore celles de K. LEWIN ou de D. MALAN (2)). De ce point de vue,
on constate un certain retour aux origines de la pratique du transfert, avant 1912 (a),
époque à laquelle S. FREUD centrait sa psychanalyse sur l'accès au trauma psychique,
et ce, par la remémoration. Le transfert, alors considéré comme une production
supplémentaire de la maladie, faisait sans plus l'objet du même traitement interprétatif
que le reste du matériel en jeu dans la cure. Ce type de cure tendait effectivement
moins à se prolonger. Par la suite, face à cette résistance particulière qu'offrait le
transfert, S. FREUD, maintenant ses règles de neutralité et d'abstinence, tendit moins à
vaincre les résistances du patient qu'à mettre en· évidence la nature et le
fonctionnement de ces résistances. Il s'intéressa moins aux symptômes et à leur sens
qu'à l'économie psychique globale du patient, en considérant les forces contradictoires
qui l'animent, et portant donc dès lors ses interprétations sur cette totalité relationnelle.
Le transfert et la névrose de transfert devenaient centraux dans le fonctionnement de la
cure. Ce recul de la directivité, pour ainsi dire, laissait le patient plus autonome face aux
forces contradictoires de son économie pulsionnelle, et allait rallonger considérablement
les cures. Rappelons que ce problème de la durée dans la répétition et l'inertie
psychique de certains patients ne cessa de préoccuper la psychanalyse (b).
En matière de psychothérapie brève, il semble que les techniques résolument plus
actives ne se prêtent pas à ce recul de l'implication du thérapeute dont nous venons
d'évoquer l'avènement en psychanalyse. Il va donc de soi que la nature et la fonction de
la relation transférentielle en seront modifiées. Nous pouvons ici nous demander dans
quelle mesure les nécessaires « activations » propres à la technique des thérapies
brèves, respectant un calendrier préétabli, pourraient limiter, voire s'opposer, à
l'organisation d'une névrose de transfert, étape que S. FREUD juge utile à la maturation
de la cure (3). Ceci étant, S. FREUD relativisera par la suite l'importance de la névrose
de transfert, revenant à une nécessaire prépondérance de la remémoration (4). En
conséquence de
------------------------------------------
(1)DAVANLOO H. (1977) Basic principles and techniques in short-term dynamic psychotherapy, New
York, Spectrum Publication.
(2) MALAN D. (1974), La psychothérapie brève, Paris, Payot.
(3) FREUD S. (1953). Remémoration, répétition et élaboration, in De la technique psychanalytique
Paris, P.U.F., pp.105-115, notamment 113 [LAPLANCHE et PONTALIS, p. 280]
(4) FREUD S. (1963) Au-delà du principe de plaisir, in Essais de psychanalyse. Paris, Payot, pp.21 sq.
(Principe de plaisir et transfert affectif). [LAPLANCHE et PONTALIS, p. 281]
(a) Avant l’article La dynamique du transfert (1912), c’était le « style » Dora, même si S. FREUD
parlait déjà de « puissant auxiliaire » à la cure à propos du transfert. La pratique de la névrose de
transfert ne fut théorisée qu’en 1914.
(b) S. FREUD (1938) Analyse terminée, analyse interminable.
18
quoi, il nous semble légitime de nous demander si les conditions techniques
caractérisant les thérapies brèves offrent la possibilité d'une instauration de cet équilibre
dynamique optimal entre répétition et remémoration (a).
En somme, nous avons vu que les psychothérapies brèves s'inspirant de la
psychanalyse ont certaines orientations essentielles en commun. Ces orientations sont
la conséquence de l'objectif premier : limiter la durée de l'intervention. Menées en face
à face, on y constate un certain éclectisme technique. Ces modifications techniques
(relativement à la cure psychanalytique) sont fonction du cadre singulier où s'exercent
les thérapies brèves. Sur le plan théorique, certains auteurs se centrent sur un des
aspects du modèle psychanalytique ; cette centration offre la possibilité d'interventions
posant le problème en termes limités (b). Dans la pratique, c'est sur la base d'un secteur
conflictuel focalisé que sera proposée une hypothèse psychodynamique (hypothèse
susceptible d'évoluer si elle devenait insatisfaisante). La méthode dite active vise
cependant les mêmes processus thérapeutiques souhaités en psychanalyse. Enfin, en ce
qui concerne la prise en compte du transfert, nous avions constaté un retour aux
premières conceptions freudiennes.
Les particularités techniques et théoriques que nous venons d'énumérer
permettent de définir les psychothérapies brèves en fonction du modèle psychanalytique
dont elles sont issues. Cependant, la critique majeure opposée à ce type de thérapie
concerne la mise en cause de conceptions essentielles à l'analyse (c). En effet, S. FREUD
a toujours affirmé l'importance du cadre de neutralité et d'abstinence dans lequel
devaient se métaboliser les associations libres. Or la brièveté des thérapies dont il est ici
question est obtenue en délimitant un secteur conflictuel dans l'ensemble de la
problématique du patient. Neutralité et abstinence laissent alors place à la directivité :
tout élément intervenant dans les échanges et qui ne se réfère pas directement à la
problématique ciblée sera volontairement négligé, voire écarté par le thérapeute. Celuici, soutenant activement associations et élaborations, focalisera son écoute et ses
interprétations sur le foyer conflictuel initialement formulé. Au-delà des différences
formelles, fussent-elles considérées comme fondamentales, notre intérêt se portera sur
les conséquences de ces dispositions particulières sur les échanges transférentiels, alors
amenés à ne s'établir que sur un espace temporel réduit.
------------------------------------------
(a) Équilibre déjà évoqué par S. FREUD en 1914 dans Remémoration, répétition et élaboration, in De
la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., pp.105-115, notamment 113 : « c’est dans le maniement d
transfert que l’on trouve le principal moyen d’enrayer l’automatisme de répétition et de le transformer
en une raison de se souvenir ».
(b) Par exemple en termes exclusivement œdipiens (c.f. H DAVANLOO, in Les psychothérapies brèves,
pp. 26-27).
(c) S. FREUD (1953) De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., p.89 : « Le sujet ne souffre jamais
que d’une seule névrose (...) » ; p. 90 : « médecins (...) renoncer aussi à la part d’influence sélective
(...) » ; pp. 105-106 : « finalement la technique logique actuelle (...) on renonce à déterminer un
facteur ou un problème particulier et où l’on se contente d’étudier l’actuelle surface psychique du
patient (...) ».
19
Les psychothérapies analytiques brèves présentent donc ici à nos yeux l'intérêt
d'être la clinique au plus près concernée par la question du transfert au cours
d’interventions à durée limitée. Cela dit, les dispositions particulières qui leur sont
propres ne correspondent qu'approximativement à la pratique en question dans ce
présent travail. Cette pratique, dont nous allons maintenant tenter de définir la nature
précise, est celle du psychologue. C'est donc en référence au cadre particulier de son
exercice que les objectifs de notre réflexion se dégageront.
20
CHAPITRE DEUXIÈME
L’INTERVENTION BRÈVE EN INSTITUTION PSYCHIATRIQUE
Ce deuxième chapitre aborde la question de la nature de l'intervention du
psychologue, et notamment les déterminants contextuels conditionnant l'exercice de
cette intervention.
A. NOTE SUR L’OMNIPRÉSENCE DES PHÉNOMÈNES TRANSFÉRENTIELS
Ainsi que le note S. FREUD, la dimension transférentielle est présente en toute
situation d'interaction humaine (1). La question n'est donc pas celle de la présence ou
non d'échanges transférentiels, mais plutôt va-ton ou non considérer ces échanges dans
la relation, « en reconnaître la nature » comme dit S. FREUD (2), et si oui, comment
vont-ils être considérés ? Le transfert est omniprésent dès lors que la relation à l'autre
est investie (a). Ce phénomène qui, tel que l'a conceptualisé la pensée psychanalytique,
« apparaît comme l'arme la plus puissante de la résistance » (3), ne peut-être ignoré
dans toutes les situations où il est question de prise en charge psychopathologique. Car,
en effet, il s'agit là de résistance au changement psychique, résistance à la guérison qui
peut l'emporter si une attention particulière ne lui est accordée. A priori paradoxale,
l'ambivalence du patient oppose sa demande de soin, ou tout au moins, l'expression de
sa souffrance, aux « bénéfices secondaires » de la maladie (4). Cet état, qui entrave
-----------------------------------------(1)
(2)
(3)
(4)
S. FREUD (1953) Le. dynamique du transfert, in De la technique psychanalytique, Paris, PUF, p.58.
Ibidem.
Idem, p.56.
Idem, p.103.
(a) sujet à l’investissement libidinal
21
les investigations du psychologue, prend au niveau du transfert un caractère particulier.
S. FREUD parle de « déformation par le transfert » (1) auquel a recours le patient
résistant à l'investigation du complexe pathogène. À ce titre, toute pratique engageant à
une relation avec des patients présentant des problèmes psychopathologiques, est
conduite à considérer cette déformation, véritable système immunitaire contre le
« traumatisme » que peut représenter l'intervention du psychologue dans cet équilibre
pathogène (2). Le champ transférentiel engage la personne du clinicien, et sa subjectivité
propre est alors également un paramètre de la compréhension de ce que S. FREUD
appelle l'étude de l'« actuelle surface psychique du patient » (3). Dès lors, le contretransfert est aussi une source potentielle de résistance qu'il sera nécessaire d'évoquer
dans l'approche clinique de ce travail.
B. LE CADRE DE L’INTERVENTION PSYCHOLOGIQUE EN INSTITUTION
PSYCHIATRIQUE
1. La notion de cadre.
Analyste, mais aussi fondateur d'un modèle de psychothérapie brève au plus
proche de la psychanalyse, E. GILLIERON souligne le fait que si la théorie
psychanalytique décrit essentiellement un fonctionnement intrapsychique, celui-ci est
inféré d'une relation
------------------------------------------
(1) S. FREUD, op. cit., p.56.
(2) Au sens où M. NEYRAUT conçoit le champ transférentiel comme révélateur traumatique, c'est-àdire (selon la théorie du proton pseudos et de l'après-coup) comme second événement donnant le
sens sexuel d'un premier jusqu'alors resté inactivé. M. NEYRAUT (1974), Le transfert, Paris, PUF,
pp.198-199. [p. 185]
(3) S. FREUD (1914) Remémoration, répétition et élaboration, in op. cit., p.106. Nous citons cette
formule de S. FREUD pour insister sur l'importance qu'accorde la psychanalyse à la situation
présente en matière d'échange transférentiel. L'évolution de la notion de transfert a conduit à
relativiser l'importance accordée au passé ainsi révélé, et à augmenter l'importance de la dynamique
relationnelle présente.
22
intersubjective, elle-même relative à un cadre donné (1). Cet auteur insiste sur
l’importance du cadre et sur les effets de ses variations ; de l'analyse aux différentes
thérapies s'en inspirant. Selon E. GILLIERON, le cadre est « un ensemble de facteurs
comprenant les déterminants socioculturels de la cure et certains paramètres plus ou
moins fixes comme le lieu, la fréquence et la durée des séances » (2). Ce cadre
constitue une frontière délimitant le champ psychothérapique (intérieur) et le champ
socioculturel (extérieur) ; la dynamique de ces deux champs étant régie par des règles
qui, si elles s'opposent souvent (3), n'en sont pas moins dépendantes les unes des
autres. L'idée que nous retiendrons ici est que la nature de l'intervention du clinicien est
sensiblement déterminée par le contexte socioculturel dans lequel s'enchâsse le cadre
de cette intervention. Ce cadre « occupe une position hiérarchiquement supérieure », et
« définit un champ de forces auquel sont soumis aussi bien le thérapeute que le
patient. » (4) C'est dans cette optique que nous concevrons le contexte institutionnel
encadrant l’exercice psychologique, et que nous envisagerons les échanges
transférentiels qui s'y trouveront associés.
2. Les facteurs déterminant notre cadre.
L'institution psychiatrique s'inscrit très généralement dans la politique de l'aide
médicale en France. Elle a pour fonction la prise en charge des « états de crise », avec
pour objectif de juguler ceux-ci, et de favoriser une réinsertion dans le corps social. De
ce fait, le psychologue oeuvrant dans ce contexte est amené à se positionner en
consonance avec le fonctionnement des équipes hospitalières. Il s'agit donc là du champ
socioculturel extérieur au cadre propre aux échanges patient-thérapeute. Notre souhait
d'évoquer le champ transférentiel à l’oeuvre dans ces échanges
------------------------------------------
(1) E. GILLIERON (1983) Les Psyhothérapies brèves, Paris, PUP, p.38, p.47 et pasim (Aussi en
pp.12-13 , nous évoquions plus globalement le travail de cet auteur)
(2) Idem, p.48.
(3) Idem, p .51 « La fonction du cadre, à l'intérieur de la culture, est de créer un champ de désordre
culturel, avec levée de certains tabous et mise en place d'autres tabous. »
(4) Idem, p.49.
23
nous conduit donc à évoquer les particularités du cadre de leur instauration, en insistant
sur ce qui différencie les déterminants de ce cadre de ceux propres à la pratique
analytique du transfert.
Ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre précédent, la pratique et la théorisation
du transfert sont à considérer en fonction du cadre et de la technique psychanalytique.
L'analyse, à l'origine prévue pour certains types de patients (1) demandeurs de cette
forme de thérapie, se pratique dans des conditions de neutralité et de liberté d'action et
d'expression de l'analysant qui n'est tenu qu'à associer librement (a). Une certaine
discrétion est de mise tout au long de cette relation, isolée et intime, unissant les seuls
patient et analyste au cours du traitement (2). Surgissant de ce cadre particulier (3), la
relation transférentielle et sa « maîtrise thérapeutique » furent alors conceptualisées sur
la base de cette pratique.
La nature de la prise en charge en milieu institutionnel psychiatrique comprend
donc également un certain nombre de facteurs déterminant le cadre des échanges
patient-psychologue, et notamment, le caractère de brièveté de l'intervention
psychologique que nous avons ici
------------------------------------------
(1) Bien que S. PREUD hésite à pratiquer un diagnostic différentiel préliminaire à la cure, il précise
cependant que l'analyse ne peut tenir sa promesse de guérison face aux psychoses (par opposition
aux névroses de transfert au sens nosographique de cette notion) (c.f. S. FREUD (1953) Le début du
traitement, in De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., pp.81-82). cela dit, S.FREUD écrivait dès
1905 qu'« il ne serait pas du tout impossible que ces contre-indications cessassent d'exister si l'on
modifiait la méthode de façon adéquate et qu'ainsi puisse être constituée une psychothérapie des
psychoses » (De la psychothérapie, in op.cit, p.17). Le choix du malade s'établit également sur son
« degré suffisant d'éducation » (ibidem — on retrouve également cette idée en 1913 dans Le début du
traitement) ou encore sur une certaine aisance matérielle (idem, p.92). [Il y a aussi l’âge : avant 50
ans, (1904) La méthode psychanalytique de Freud.]
(2) Conseil est donné au patient d’informer le moins de gens possible du traitement suivi, et encore
moins d'en évoquer le contenu à toute autre personne que l'analyste (c.f. S. FREUD (1953) Le début
du traitement, in op.cit., p.96). Aussi, S. FREUD a très tôt noté la nécessité d'une « adhésion totale
des patients », du libre choix de cette démarche, et de la nature très intime de la relation impliquée
par le traitement analytique (c.f. S. FREUD et J. BREUER (1956) Études sur l’hystérie, Paris, PUF,
pp.213-214) [8e édition : 1985 (c.f. Natanson, pp. 80-81)]
(3) Dans l'article Le début du traitement de 1913, S. FREUD rend compte de manière détaillée du
cadre et des règles de fonctionnement de la cure. S. PREUD (1953) De la technique psychanalytique,
Paris, PUF, pp.80-104. La concision de mise pour le présent travail nous conduit à ne pas développer
plus avant ce texte que nous tenons cependant pour acquis.
(a) S. FREUD énonce explicitement cette règle fondamentale en 1913 dans Le début du traitement (in,
op. cit. pp. 94-95)
24
choisi de confronter au phénomène transférentiel. Cinq facteurs déterminants (plus ou
moins directement liés au facteur temps) intéressent notre étude.
— 1/ Le tout premier déterminant du cadre d'exercice du psychologue clinicien
concerne la fonction qui lui est définie en institution psychiatrique. Bien que son
intervention ne fasse pas l'économie du champ transférentiel et de ses « déformations »
(nous l'évoquions en début de chapitre), celui-ci n'est pas, ou n'a pas fonction de
psychothérapeute (tout au moins, il s'agit là des conditions d'exercice les plus
fréquentes pour le psychologue en institution psychiatrique). Au sein de l'équipe
soignante, sa mission n'est pas à proprement parler de mener des psychothérapies. Les
relations entre patient et psychologue sont essentiellement dominées par l'analyse
sémiologique et le bilan diagnostique qui seront utiles à tous, et notamment aux
prescriptions médicales. Ce n'est que de surcroît que la relation d'aide, voire la
psychothérapie peut se jouer. Cela dit, le but général des équipes de soin étant de
guérir, sinon de traiter, tout acte accompli avec le patient tend à comporter une
dimension thérapeutique relationnelle. L'intervention du psychologue, quelle qu'elle soit,
vise donc (aussi) des effets thérapeutiques directement liés aux échanges qu'il
entretient avec le patient. Le caractère pragmatique de cette orientation thérapeutique
ne constituant pas à proprement parler des psychothérapies (pour lesquelles, nous le
rappelons, le psychologue n'est pas ici mandaté, sinon même formé), nous parlerons
plus volontiers d'intervention psychologique. Les précautions verbales auxquelles nous
nous attachons ici indiquent en fait que, tout en n'y étant pas destiné explicitement, le
psychologue, au niveau relationnel qui est le sien, est dans les faits conduit à participer
au traitement du patient, et se voit dès lors implicitement attribuer un rôle
psychothérapique.
C'est au sein de ces « règles du jeu » un peu particulières que la question du
transfert prend à nos yeux tout son intérêt, car il nous semble qu'une prise en compte
plus explicite de ce phénomène gagnerait à être envisagée, et ce, relativement au
cadrage articulant les champs extérieur et intérieur à ce type d'intervention
psychologique. En effet, lorsque les conditions d'une relation psychothérapique sont en
place, si l'on en vient à ignorer le transfert, estimant cette notion trop impropre aux
présentes conditions, l'expérience montre que le transfert, pour sa part, n'ignorera pas
la situation et jouera immanquablement son rôle de
25
résistance à la guérison dont S. FREUD évoque la fréquence dans les établissements
médicaux qui ne reconnaissent pas la nature du phénomène en question (1). Quel que
soit le contexte où le transfert vient à jouer un rôle, il nous apparaît nécessaire de
tendre à faire de cet ennemi potentiel du traitement, un allié du changement selon la
formule psychanalytique.
— 2/ Les prises en charge, en milieu institutionnel, se font en équipe. Par
définition, un travail d'équipe appelle un partage des tâches vers un même objectif : le
traitement du problème ayant occasionné l'hospitalisation. Pour ce faire, toutes les
informations concernant le patient doivent circuler et être accessibles à tous. En fonction
de ce but thérapeutique général, le psychologue a pour sa part le choix de viser
différents niveaux de « profondeur » associés à sa tâche première d'analyse
sémiologique et de bilan diagnostic. En effet, au-delà de l'écoute, il pourra proposer un
soutien, une relation d'aide, voire même un travail psychothérapique. Selon notre
postulat de l'omniprésence du transfert et de ses conséquences, dès lors que le clinicien
« approfondit » son intervention, il est immanquablement amené à considérer cette mise
en acte de désirs inconscients résistant ainsi à se révéler. Or, relativement aux
exigences d'un travail en équipe, autant la psychométrie est l'outil idéal (éclairante
d'exactitude, celle-ci fait l'objet de résultats concis et accessibles à tous, voire
contrôlables par tous), autant la nature singulière, voire intime des échanges
transférentiels, à l'opposé, constitue une source d'informations sur le patient dont le
caractère est difficilement exploitable en équipe. Cet aspect du cadre n'incite pas à
mettre l'accent sur cet indicible, là où l'information se doit de circuler. Le groupe
nécessite un discours simple et clair, ainsi qu'une action rationnelle, sinon rationalisée.
Le psychologue est donc ici confronté à l'exigence de discrétion et à l'irrationnel
participant de la dialectique transfert/contre-transfert, et ce, face aux règles d'une
équipe dans laquelle il est intégré.
— 3/ Un autre facteur déterminant le cadre de l'intervention psychologique est ce
que l'on pourrait nommer l'offre de l'institution psychiatrique (face à la demande des
patients que nous verrons par la suite). Nous avons vu que la cure analytique offre à
l'origine un processus thérapeutique particulier, adressé à certains patients, et contreindiqué à
-----------------------------------------(1) S. PREUD
p.58.
(1953), La dynamique du transfert, in De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F.,
26
d'autres (1). En tout cas, l'élément prépondérant du processus thérapeutique que
constitue la névrose de transfert suppose, chez le patient, une aptitude à ainsi actualiser
sa problématique en fonction de la présente situation de cure. Ces indications se
retrouvent dans certaines thérapies analytiques brèves ne se destinant qu'à certaines
pathologies (2), alors que d'autres ne posent pas de contre-indication et accueillent
toutes les pathologies, même les plus graves et les plus anciennes (3).
En ce qui concerne le présent cadre de l'intervention psychologique, la sélection
des pathologies est impropre au fonctionnement d'un service psychiatrique français,
accueillant sans réserve « le tout venant » du secteur lui correspondant. La population
accueillie en milieu psychiatrique et donc très hétérogène, elle comprend souvent des
pathologies graves. Aussi, le psychologue est amené à intervenir en tout cas sur la base
de cette multitude, pour opérer le choix (contre-transférentiel) des patients qu'il estime
plus ou moins aptes à un travail psychothérapique, tant il est vrai que le clinicien n’a pas
ici cette « garantie transférentielle préalable » que constitue la démarche du patient
demandeur d’une analyse (4).
— 4/ Effectivement, le cadre de la cure analytique constitue en soi une sélection
des problèmes qui y seront traités. La démarche de l'analysant comprend une solide
demande qui se voit concrétisée par des honoraires substantiels et régulièrement
acquittés ainsi que le conseille S. FREUD (5). La volonté de guérir est loin d'être aussi
manifeste et systématique dans les services psychiatriques, vers lesquels s'oriente
pourtant la grande
------------------------------------------
(1) S. PREUD (1953) De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., pp.17-18 et passim.
(2) C'est le cas par exemple du modèle proposé par P. SIFNEOS qui n'est indiqué qu'aux névrosés
pour lesquels la problématique oedipienne est dominante et accompagnée d'une forte motivation à
changer ( c. f. P. SIPNEOS (1977) Psychothérapie brève et crise émotionnelle, Bruxelles, Mardaga).
(3) Ce que propose le modèle de D. MALAN ( c. f. D. MALAN (1975) La psychothérapie brève, Paris,
Payot).
(4) Ceci étant, le problème du choix ne prend qu'une forme différente en analyse, car ce que propose
la pensée psychanalytique est, comme l'écrit M. NEYRAUT, une réponse qui parfois « précède la
question, et que c'est là une première manière de contre-transfert ». Cette réponse « première »
opère donc également un choix, car elle n'appellera que certaines demandes. M. NEYRAUT (1974), Le
transfert, Paris, PUF, p.18.
(5) S. FREUD, op.cit., p.90.
27
majorité des détresses psychiques. Le psychologue se voit adresser des « demandes »
de nature très diverse (plus ou moins explicites, structurées et persévérantes), et il est
souvent délicat de distinguer entre présence et absence de demande. Il nous semble
élémentaire de considérer que l'expression d'une souffrance est déjà une demande,
mais lorsque S. FREUD écrit que « le moteur principal (du traitement) est la souffrance
du patient d'où émane son désir de guérison » (1), il s'agit là de névrosés ou tout au
moins de sujets aptes à entrer dans le processus thérapeutique de la cure pour lequel
nous évoquions plus haut la nécessaire instauration d'une névrose de transfert (2). Bien
que le cadre institutionnel ne considère pas en premier lieu cet aspect de la relation au
patient, le champ d'intervention psychologique qu'il délimite semble être amené, pour sa
part, à envisager le potentiel de réorganisation du patient, et ce, en vue de son
utilisation. La question est pour nous de savoir si cette dimension de l'intervention du
psychologue est compatible avec le cadre où elle siège. En effet, les déterminants du
« parcours » de la prise en charge, et notamment de sa durée, ne dépendent pas du
seul avis du psychologue. Ce dernier sera donc amené à considérer d'emblée le temps
dont il dispose et la manière de l'employer au mieux.
— 5/ C'est bien cette dernière idée qui sous-tend notre démarche et qui nous
conduit à poser la question de l'instauration potentielle de certains principes
thérapeutiques psychanalytiques tels que le jeu dynamique entre répétition et
remémoration (c'est-à-dire entre névrose de transfert et son élucidation interprétative).
On constate effectivement que tous les points concernant le fonctionnement des prises
en charge institutionnelles que nous venons d'énumérer conduisent à la brièveté des
séjours. Toujours selon la définition qu'E. GILLIERON donne du cadre délimitant un
champ psychothérapique, et sur le registre des facteurs socioculturels, il est à noter que
les soins médicaux, y compris la psychiatrie, sont accessibles à tous. Sur cette base, le
rapport entre l'importance numérique des patients et les moyens dont dispose la
psychiatrie, conduit inévitablement à limiter la durée des prises en charge (3).
------------------------------------------
(1) S. FREUD, op.cit. , p.103.
(2) On note d'ailleurs qu'en matière de thérapie analytique brève, la demande du patient est en règle
générale considérée comme un facteur déterminant du bon fonctionnement du traitement prévu. Ce
point est souligné notamment dans la technique de D. MALAN ou encore celle de P. SIFNEOS.
(3) À titre indicatif, notons que la durée moyenne nationale du séjour en psychiatrie est inférieure à
un mois.
28
L'équipe est tenue à un certain rendement, et son efficacité est en partie conçue en
terme de rapidité. Aussi, il s'agira d'éviter que le patient ne se « chronicise » dans son
rapport au service accueillant. Cette dernière notion nous semble importante à relever,
car la névrose de transfert est une manière de « chronicisation », puisqu'il s'agit d'une
centration du comportement pathologique du patient sur sa relation au clinicien (a). La
résistance conduit le patient à répéter au lieu de se souvenir. Cette compulsion à
répéter ses traits pathologiques (b) est sciemment favorisée dans ce domaine circonscrit
de la présente névrose de transfert, sorte d'arène, comme écrit S. FREUD (1), dans
laquelle prend alors place le travail thérapeutique. Malgré cette dissonance entre les
facteurs déterminants le cadre de l'intervention psychologique et le registre des
échanges transférentiels qui ne manquent pas de s'instaurer, le psychologue disposant
d'un temps limité, ne nous semble pas forcé (en tout cas, c'est notre hypothèse)
d'évacuer cette étape importante du processus thérapeutique.
L'intervention brève du psychologue, à défaut de réunir les conditions optimales
de la cure analytique, mais en considérant et même en utilisant toutefois cette
résistance par la répétition qu'est le transfert, et ce, relativement à son propre cadre
d'activité, peut-elle favoriser la possibilité de processus réorganisationnels de l'économie
libidinale du patient ? C'est ainsi que nous formulerions la question centrale de ce
travail.
------------------------------------------
(1) S. FREUD (1953) Remémoration, répétition et élaboration, in De la technique psychanalytique,
Paris, P.U.F., PP .113-114. Dans cet article, l'auteur parle de domaine intermédiaire entre maladie et
vie réelle que constitue la relation transférentielle.
(a) J. LAPLANCHE et J.B. PONTALIS (1967) Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, P.U.F., p.281.
(b) S. FREUD, op. cit., p. 10.
29
3. La fonction du temps
À l'instar des méthodes brèves, nous envisageons une approche pragmatique,
c'est-à-dire ancrer et valider nos réflexions sur une pratique clinique. Ceci étant, le
problème clinique auquel nous nous attachons ici nous renvoie à certains éléments de la
théorie psychanalytique, celle-ci n'ayant pas sans raison résisté à écourter son modèle
psychothérapique.
Dans le paragraphe concernant les psychothérapies analytiques brèves, nous
avions souligné les réticences de S. FREUD à l'égard de toute modification technique
visant à écourter la cure analytique (1) .Les raisons essentielles avancées par S. FREUD
sont :
— Le caractère global et indissociable des manifestations pathologiques, et plus
généralement des processus psychiques d'un individu. S. FREUD nie à la psychothérapie
analytique la capacité de sélectionner et de traiter isolement tel ou tel symptôme, car la
cure est un processus de fond engendrant des modifications globales de l'économie
psychique du patient (2). Or, nous avons vu qu'en matière de psychothérapie analytique
brève, l'accélération du traitement se voudrait être liée à la conduite active du
thérapeute qui vise à délimiter un secteur conflictuel considéré, et à centrer son
traitement sur ce foyer pathogène. Pour notre part, il nous semble utile de recadrer
cette apparente contradiction sur la question de la névrose de transfert, cette dernière
obéissant sans doute à la même règle de globalité des processus propres à la cure. On
pourra alors se demander de quelle manière va ici s'instaurer la névrose de transfert ;
dans sa globalité d'emblée, ou graduellement ?
En somme, même si ce phénomène tend vers son instauration dans le cadre
particulier de l'intervention psychologique en milieu institutionnel psychiatrique, disposet-il d'un espace temporel suffisant à son utilisation (qui rappelons-le engage l'activité du
praticien dont le rôle est alors d'infléchir cette répétition en acte vers un travail de
remémoration, puis de perlaboration ; il faut donc également au praticien le temps de la
reconnaissance du phénomène) ?
------------------------------------------
(1) c.f., pp. 11-12.
(2) S PREUD (1953) Le début du traitement, in De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., p.89.
30
— Pour ce qui regarde plus directement le temps exigé par l'analyse, S. FREUD
s'étant toujours inquiété du problème de la durée du traitement, écrit en 1913 : « Le
désir d'abréger le traitement analytique se justifie parfaitement et nous allons examiner
les divers moyens proposés pour arriver à ce but. Malheureusement, un facteur très
important, contrarie ces tentatives : la lenteur des modifications psychiques profondes
et, en premier lieu sans doute, “l'intemporalité” de nos processus inconscients. » (1) Fort
de cette idée, on comprend bien que le problème de fond qui sous-tend notre travail est
celui de l'antagonisme entre l'inertie des mécanismes psychiques et la brièveté de
l'intervention du praticien. Dans le chapitre suivant, nous discuterons du bien-fondé de
cette opposition. Dans cette perspective il nous paraît utile de rappeler auparavant
l'avènement de l'utilisation du temps en analyse.
Nous avons vu comment au cours de son histoire, la psychanalyse a été amenée
à conceptualiser le transfert pour traiter la névrose, et dans quelle mesure le
rallongement de la cure occasionné par cette évolution est la conséquence d'une sousestimation initiale des résistances garantes de l'inertie de l'appareil psychique (2). En
effet, la névrose est due au caractère refoulé et maintenu inconscient du conflit
pathogène. La guérison se fera par la levée du refoulement. Mais le refoulement est
maintenu par la résistance, constitutive d'un « équilibre » défensif coûteux, mais
efficace. « Pour vaincre cette résistance, il faut que puisse entrer en jeu une compulsion
à reproduire en acte les situations qui ont fait l'objet du refoulement » (3). C'est le rôle
thérapeutique de la névrose de transfert dans le cadre de laquelle interprétation et
perlaboration sont maîtres d'oeuvre du changement psychique. L'efficacité de l'analyse
étant basée sur la répétition des interprétations et le travail de perlaboration qu'elle
engendre, S, FREUD écrit en 1914, dans Remémoration, répétition et perlaboration : « il
faut laisser au malade le temps de bien connaître cette
------------------------------------------
(1) S. FREUD, op. cit., pp.88-69.
(2) Voir Chapitre Premier. En bref, nous pourrions dire qu'il a fallu aller au-delà d'un simple travail
d'abréaction, aux résultats jugés trop éphémères, pour en arriver au travail de perlaboration garant de
modifications plus profondes. S. FREUD considère d'ailleurs le travail de perlaboration comme
singularisant la psychanalyse. S. FREUD (1953) De la la technique psychanalytique, Paris, PUF, p.115.
(3) J. NATANSON
(1986), L'évolution
du concept
de transfert chez Freud, in Études
psychothérapiques, Nº 64, Toulouse, Privat, p.85.
31
résistance qu'il ignorait, de « l’élaborer interprétativement » (durcharbeiten), de la
vaincre et de poursuivre, malgré elle et en obéissant à la règle analytique
fondamentale, le travail commencé. (...) Le médecin n'a donc qu'à attendre, à laisser les
choses suivre leur cours, car il ne saurait ni les éviter, ni en hâter l'apparition. » (1)
L'auteur note ensuite la difficulté de ce travail de perlaboration garant de l'essentiel des
modifications, ainsi que la patience nécessaire à l'analyste.
Au regard de ces principes essentiels à l'efficacité de la psychothérapie
analytique, il est clair que la durée dans le temps du traitement apparaît comme un allié
de la guérison. Alors qu'au contraire la brièveté d'une prise en charge peut être un
facteur limitant tout changement psychique envisagé. Il va sans dire que notre ambition
ne vise pas à mener un processus réorganisationnel aussi poussé que celui proposé par
la psychanalyse, mais en premier lieu d'atténuer le clivage qui confine la prise en
compte du transfert au seul cadre de l'analyse. car, en effet, la rencontre patientpsychologue comprendra d'emblée cette résistance à évoluer vers le but fixé, et le
transfert, ennemi du changement, doit tout au moins être repéré comme tel. L'idéal
thérapeutique est une limite vers laquelle même l'analyse ne tend qu'imparfaitement.
Partant de ce principe, et compte tenu de l'influence a priori défavorable du cadre de
l'intervention psychologique (et notamment la brièveté de celle-ci) sur la gestion de la
névrose de transfert dont l'instauration potentielle constitue notre hypothèse de base,
notre travail vise à rendre compte d'une approche optimale de cet « ennemi-allié » du
changement psychique.
-----------------------------------------(1) S. FREUD, op. cit., pp. 114-115.
32
CHAPITRE TROISIÈME
PREMIÈRES OBSERVATIONS ET ASPECTS MÉTHODOLOGIQUES
Les diverses questions théoriques que soulève notre hypothèse engagent à elles
seules à de nombreux développements. À ce titre, nous reviendrons régulièrement sur
les points théoriques qu'il nous semblera opportun d'articuler avec les éléments cliniques
de ce chapitre dont le but est d'évoquer les premières observations utiles à l'élaboration
de notre méthode de travail.
Tenant compte des limites que la modestie de ce travail impose, nous ne visons
ici qu'à amorcer une recherche qui aura tout à gagner à s'étendre dans le temps. Le
caractère singulier de chaque rencontre patient-psychologue ne révélera des constantes
qu'avec le recul du nombre et du temps, quantité et ancienneté caractérisant
l'expérience pratique nécessaire à la bonne maîtrise de registres tels que les échanges
transférentiels. La phylogenèse de l'analyse nous enseigne la très progressive
reconnaissance par S. FREUD de tout ce qu'implique la dialectique transfert/contretransfert ; notamment, à l'époque de la cure de Dora (1). Ceci nous porte à croire
qu'une étude du phénomène transférentiel. aussi modeste soit-elle, exige du clinicien
plus qu'une bonne définition de ce registre relationnel, dont la reconnaissance et
l'exercice ne s'acquièrent pas comme, par exemple, une règle grammaticale pour
laquelle la mémoration assure le bon usage. À ce titre, nous aurions le sentiment d'avoir
atteint nos objectifs si ce présent travail pose clairement et précisément une
problématique, puis détermine une méthode à même d'engager à l'investigation clinique
des questions soulevées. Nous ne pouvons ici prétendre apporter des réponses globales
et tranchées à ces
------------------------------------------
(1) Il fallu à S. FREUD des années de recul pour intégrer tous les tenants et les aboutissants du transfert de Dora et de son
propre contre-transfert. c. f. J. NATANSON (1986) L'évolution du concept de transfert chez Freud, in Études
psychothérapiques nº 64, Toulouse, Privat, p.82.
33
questions, mais tout au plus à amorcer l’exploration d’une orientation réflexive.
A. FONDEMENTS CLINIQUES DE CETTE RECHERCHE.
Les motivations à l’origine de ce travail s’enracinent pleinement dans l’exercice
clinique, puisque c'est au cours de notre propre pratique que nous avons ressenti la
nécessité de mettre en avant les problèmes de l'efficacité thérapeutique, de la
résistance qui s'y oppose, et notamment de l’expression voilée de cette dernière que
constitue l'organisation des transferts dans la relation patient-praticien. La résistance
n'est pas seulement le fait des patients, y participent également les soignants, et nous
ne saurions que trop abonder dans le sens de M. NEYRAUT lorsque, reprenant les
remarques de S. FREUD concernant les maisons de santé dans lesquelles la névrose de
transfert n’est pas reconnue (1), cet auteur nous indique qu’une mauvaise
compréhension du phénomène en question assurera l’« interminabilité » (a) du
traitement (2). Dès lors, centrer son attention sur la question de la névrose de transfert
participe de l'efficacité de l'intervention brève. car, limiter la durée de l’intervention du
psychologue est toujours possible, par contre accompagner cette échéance du résultat
thérapeutique souhaité est moins évident. Sans être ignoré de l'intervention
psychologique, le transfert n'y est souvent qu’incomplètement considéré. Nous
entendons par incomplètement la démarche qui, à l'instar de nombre de thérapies
brèves, consiste à ne retenir du transfert que ce que S. FREUD y avait initialement
trouvé. C'est-à-dire une manifestation pathologique parmi d'autres, n’ayant qu’un sens
ponctuel. Mais, nous avons vu que l'analyse a été contrainte d’aller bien au-delà pour ne
rien concéder face à l'importance de cette arme de la résistance. Les raisons, pour
lesquelles l'intervention psychologique en milieu institutionnel psychiatrique hésite à
suivre cette évolution dans la conception et la pratique du transfert, sont selon nous
étroitement liées au champ socioculturel où siège son cadre ( nous l'envisagions dans le
chapitre précédent). Cela dit, la nature des prises en charge psychiatriques
------------------------------------------
(1) Nous évoquions ce passage du texte freudien en pp. 24-25.
(2) M. NEYRAUT (1974) Le transfert, Paris, PUF, pp.260-261.
(a) Je fais ici référence à l’article de S. FREUD (1938) Analyse terminée, analyse interminable.
34
n'apparaît pas incompatible avec ce que M. MANNONI appelle l'« appréhension
psychanalytique du cas » (1) à côté de laquelle les praticiens hospitaliers risquent de
passer si, au niveau symbolique de ce langage qu'est le symptôme, une réponse au
niveau du réel vient lui couper la parole (2). En effet, les orientations
psychopathologiques en psychiatrie s'inspirent généralement de la psychanalyse. Et, si
ces orientations intéressent en premier lieu la dimension théorique psychanalytique, les
éléments plus pratiques, plus techniques (tels que le transfert et son utilisation) y sont
trop intriqués pour qu'une harmonisation de ces deux versants soit impossible.
B. LE TRANSFERT
PSYCHOLOGUE
EN
PSYCHOLOGIE ET LE
CONTRE-TRANSFERT
DU
Il serait ambitieux et hasardeux de vouloir préjuger de ce qu'il en est
généralement de la prise en compte du transfert dans l'intervention psychologique en
psychiatrie. Mais, il nous est tout au moins possible de nous baser sur notre expérience
propre, ainsi que sur la littérature psychologique faisant état du transfert. De ce point de
vue, on constate qu'autant la psychologie, voire la métapsychologie de la remémoration,
constituent un champ d'investigation courant et bien systématisé par le praticien, autant
le champ de la « répétition en acte » et des questions techniques associées ne nous
apparaît pas clairement inscrit dans la démarche du psychologue face au patient, et ce
quelque soit le type d'intervention prévu. Par exemple, B. MARBEAU-CLEIRENS,
collaboratrice de C. CHILLAND dans l'élaboration d'un ouvrage sur l'entretien clinique,
dans son chapitre intitulé « Ce qui est mobilisé chez les deux interlocuteurs dans
l'entretien clinique » (3), évoque l'intérêt du transfert comme outil d'analyse, au travers
de la nature d'une relation actuelle, du mode de relation d'objet, et de la zone érogène à
y associer ; et ce, selon les stades de l'évolution libidinale. B. MARBEAU-CLEIRENS
évoque des transferts oraux,
------------------------------------------
(1) M. MANNONI (1965) Le premier rendez-vous avec le psychanalyste, Paris, Denoël/Gonthier, p.121.
(2) Idem, p.129.
(3) C. CHILAND et coll. (1983 — 2ème édition 1985), L'entretien clinique, PUP, pp.40-73.
35
anal, œdipien, chacun pouvant être positif ou négatif. Cet auteur se limite à justifier la
nécessité de percevoir le transfert du patient « pour lui permettre de le dépasser s'il
fausse la relation, la rend inadéquate, et pour contrôler son propre contre-transfert
(...) » (1). Cet exemple d'un certain angle d'approche du transfert, ici livré par la
littérature, nous semble représentatif de la pratique psychologique. Les éléments
transférentiels, face au patient, sont pour l'essentiel un support de l'observation, puis de
la compréhension. Compréhension d'une situation, d'un « climat » comme dirait
M. MANNONI (2) ; et nous sommes bien là à l'orée de l'efficacité thérapeutique dont les
échanges transférentiels peuvent être porteurs. La direction est juste, il s'agit donc
d'aller plus loin, c'est-à-dire accorder à l'exercice transférentiel plus que l'investigation
de la nature d'une relation d'objet, car se limiter à cette dernière démarche relève de ce
que M. NEYRAUT nous indique comme étant l'écueil d'une réification du champ
dialectique transférentiel alors réduit à une relation d'objet transférentielle (3).
Effectivement, la dimension réelle et actuelle des échanges transférentiels ne doit pas
être surestimée, et même si la névrose de transfert offre une monographie éloquente
sur la manière dont le patient investit sa relation à l'objet, remémoration et
perlaboration doivent rester les processus visés, et le transfert doit rester le moyen
d'une réorganisation de l'économie libidinale (4).
Nous avons vu dans le chapitre précédent que les fonctions attribuées au
psychologue en psychiatrie sont en premier lieu basées sur le compte-rendu
sémiologique et diagnostique, mais qu'elles s'étendent implicitement dans des suivis à
visée psychothérapique (5). Ce flou semblerait à nos yeux lié au fait que le psychologue
n'est pas principalement responsable ni décisif au cours de la prise en charge.
Responsabilités et décisions reviennent à l'ensemble de l'équipe et il semble bien que
cette
------------------------------------------
(1) C. CHILAND, op. cit., p.60.
(2) M. MANNONI, op. cit., p.13.
(3) M. NEYRAUT (1974), Le transfert, Paris, PUF, p.85.
(4) M. NEYRAUT développe cette question, et engage son chapitre sur la réalité du transfert en indiquant que « l'essence du
transfert est dans le mouvement qui transfère et répète un mode de relation, il n'est pas cette relation, il en est le
transfert », op. cit., p.205. Accorder trop de réalité au transfert en viendrait à jouer son jeu de résistance, et diminuer le
potentiel thérapeutique du phénomène.
(5) c.f. p. 24.
36
situation imprègne la nature du contre-transfert du psychologue qui est amené à
compter avec l'équipe, même dans l'extension la plus « personnelle » du suivi d'un
patient (1). Dans sa conception extensive, M. NEYRAUT considère le contre-transfert bien
plus largement qu'une stricte opposition au transfert immédiatement lié à tel ou tel
patient. Selon cet auteur, le contre-transfert regarde la globalité du contexte (2) d'une
clinique.
Nous rejoignons ici la notion de cadre développée dans le chapitre précédant, en
lui attribuant maintenant la valence contre-transférentielle dont elle est porteuse. cette
idée est ici essentielle, car elle nous conduit à considérer tous les éléments du cadre de
l'intervention psychologique (et a fortiori, lorsque ceux-ci alimentent une résistance)
comme relevant du contre-transfert, et comme appelant à être métabolisés au sein de
la dialectique transférentielle ; c'est-à-dire à entrer dans le travail interprétatif des
réalités psychiques en jeu au cours du suivi. Notre travail soulève inévitablement la
question des résistances participant de la démarche du psychologue. Ces résistances,
qui peuvent s'appuyer sur le contexte (ou cadre) offert par le fonctionnement
hospitalier, semblent parfois interdire au psychologue d'aller plus loin dans les
orientations psychanalytiques qui inspirent pourtant son exercice.
Nous rejoignons notre hypothèse de travail, car aller plus loin signifie pour nous,
au-delà de l'apport sémiologique et diagnostique issu de la psychanalyse, tendre à
utiliser les principes thérapeutiques psychanalytiques. Or le concept de transfert étant
issu de l'exercice de la cure analytique, sa prise en compte, voire son utilisation en
dehors d'une pratique purement analytique, s'avère susciter une certaine gêne chez le
psychologue. Celle-ci est justifiée, il ne s'agit pas de faire de la psychanalyse sauvage,
mais de ne pas s'interdire la reconnaissance et la bonne gestion d'un phénomène qui de
toute manière s'impose à la relation. En effet, c'est enraciné dans le contexte de la
relation (au sens où M. NEYRAUT parle
------------------------------------------
(1) La décision concernant le terme de la prise en charge en est un bon exemple, car elle s'accompagnera du terme de
l'intervention psychologique, même si ce moment n'est pas jugé idéal par le psychologue.
(2) M. NEYRAUT, op. cit., pp.13 sq. L'auteur écrit en effet que l’analyste « n'est pas requis seulement par le transfert, mais
aussi bien par toutes les sollicitations qu'engendre la situation analytique » (p.16). Ces sollicitations concernent aussi bien la
subjectivité de l’analyste, que la pensée psychanalytique dans son ensemble.
37
du contexte pour définir cet aspect du contre-transfert (1)) que le psychologue statuera
sur le patient (2). En ce sens, la moindre de ses interventions est partie prenante de la
dialectique transfert/contre-transfert. Le contre-transfert est donc, tout comme le
transfert, présent et même précédant la rencontre patient-psychologue. Là aussi, le
problème est, selon la formule freudienne, d'en reconnaître la nature. Le contexte de
l'intervention psychologique offre au contre-transfert arguments à résistance. Nonanalyste, missionné pour des bilans adressés à une équipe entendant un discours
rationnel, le psychologue sachant son intervention limitée dans un temps qui ne
dépendra pas seulement de lui, a de « bonnes raisons » (3) de ne pas se centrer sur
l'indicible matériel transférentiel. Mais alors, ceci nous permet de pointer une certaine
ambivalence du praticien souhaitant d'une part être thérapeutique, et d'autre part, ne
dépassant pas les bases de la prise en charge hospitalière comme l'exigerait une
gestion thérapeutique de la névrose de transfert. Le dépassement de ces bases (et de
cette ambivalence) consisterait en tout premier lieu, et selon notre propos, à reconnaître
dans le discours rationnel sur un contexte défavorable, l'expression contretransférentielle d'une résistance.
------------------------------------------
(1) M. NEYRAUT (1974) Le transfert, Paris, PUF, p.14.
(2) Tant il est vrai que les éléments « devinés », initiateurs de la compréhension d'une problématique, sont à référer au
contre-transfert du praticien (nous évoquions cet aspect de la pensée psychanalytique en pp. 7-8. ).
(3) Effectivement, ces raisons ne sont bonnes qu'à l’usage d'une rationalisation défensive, partie prenante du contretransfert et donc plus généralement de la résistance.
38
C. DÉTERMINATION DE LA MÉTHODE CLINIQUE
Nos interrogations et nos intentions ont pour l'essentiel déterminé notre méthode.
L'objet de notre recherche et l'hypothèse centrale que nous avons progressivement
formulée (notamment en p. 28) correspondent sans nul doute à une méthode
clinique (1). Les grandes lignes de cette méthode sont d'ailleurs déjà déterminées par les
théories, et leurs bases cliniques, ici en jeu. Nous avons défini le cadre et l'activité du
psychologue en milieu institutionnel psychiatrique, et notamment la population
concernée par cette étude (en p. 21 et suivantes). En somme, notre méthode
correspond à l'activité « courante » du psychologue dans le cadre de laquelle
s'inscrivent observations et attitudes dictées par notre hypothèse de travail, c'est-à-dire
qu'une attention particulière sera portée aux phénomènes transférentiels en présence
(des réactions les plus diffuses, à leur coordination par rapport à l'actuelle situation de
prise en charge). Aussi, nous tendrons, en fonction de ce cadre d'intervention
psychologique,
à adopter
une attitude visant à favoriser des
processus
réorganisationnels de l'économie libidinale, liée à la prise en compte des échanges
transférentiels. Sur ce point, notre étude revêt un caractère en partie exploratoire, car
la nature précise de l'attitude en question reste à être progressivement déterminée.
Dans sa définition du cadre (2), E. GILLIERON parle d'abord du champ
socioculturel (dont nous avons fait état en ce qui concerne l'exercice psychologique),
puis l'auteur considère aussi « certains paramètres plus ou moins fixes comme le lieu, la
fréquence et la durée des séances. » (3) En ce qui concerne notre étude, le lieu où
patient et psychologue se rencontrent est un bureau situé dans le service où sont
hospitalisés les patients. La fréquence est en moyenne de deux rencontres
hebdomadaires et la durée est en moyenne de trente minutes. Le psychologue
rencontre ainsi la majorité des patients du service dans lequel il intervient, et c'est au
regard de ce matériel « tout venant », et sans considération nosographique préalable,
que s'inscrira notre recherche.
------------------------------------------
(1) « L'objet de la méthode clinique est l'étude approfondie de cas individuels. » R. PINTO,
M. GRAWITZ (1964), Méthodes des sciences sociales, Tome 1, Paris, Dalloz, p.341.
(2) Définition citée en p. 22.
(3) E. GILLIERON (1983), Les psychothérapies brèves, Paris, P.U.F., p. 48.
39
1. Détermination du matériel clinique concerné.
D'une certaine façon, il est pourtant question d'une sélection, car, et selon l'esprit
de M. NEYRAUT, notre centre d'intérêt et nos choix théoriques sont une première
manière de contre-transfert, préfigurant en partie le choix et la nature des relations
cliniques. Le matériel que nous prendrons en compte sera déterminé par notre
reconnaissance d'éléments cliniques significatifs au regard de l'hypothèse. Ceci étant,
ces considérations ne dénaturent pas l'intérêt de la recherche, car l'outil réflexif
psychanalytique conduira à objectiver cette reconnaissance. Concernant cette
détermination du matériel clinique, un exemple nous semble ici opportun.
Serge, homme de quarante et un ans, d'origine française, a quitté la scolarité au
Certificat d'études. Son anamnèse (établie au fil des entretiens que chaque membre de
l'équipe se doit de consigner dans le dossier) révèle des déplacements incessants ainsi
que de multiples et divers emplois (valet de chambre, employé en milieu médical... et
autres places auxquelles Serge se plaît à conférer un certain prestige). Parallèlement à
ce parcours professionnel, Serge connaîtra de nombreux problèmes avec la justice (vol
des papiers et argent de ses employeurs, avec usurpation de leur identité, puis
escroquerie en se faisant passer pour médecin, avocat, notaire, etc.). Il fréquentera
également régulièrement les hôpitaux psychiatriques dès l'âge de vingt ans (pour
graves tentatives de suicide, passages à l'acte dangereux et états dépressifs). Serge
évoque une vie sentimentale homosexuelle très pauvre (il ne parle que d'une seule
liaison, ancienne de vingt et un ans, à l'origine de tous ses problèmes).
L'analyse sémiologique, sur les dires du patient, réunit les éléments suivants : un
état dépressif associant asthénie, ennui, malaise, dégoût chronique de la vie, désir de
mort. Des impressions euphoriques de perte de son identité, avec passages à l'acte
impulsifs (achats inconsidérés, tentatives de suicide). Serge dit craindre l'avenir, il se
dit, et se montre changeant, manichéen, très méticuleux (traits obsessionnels). Il
manifeste à l'adresse du service une forte demande d'aide. Ce flou sémiologique et
symptomatique valut à Serge, de la part de l'équipe soignante, la désignation de
syndrome dépressif. Les psychiatres, qui parlaient de névrose grave, s'inquiétèrent des
« tendances manipulatoires » et du souhait de rester hospitalisé de ce patient. Un bilan
psychologique fut demandé. Ce bilan
40
comprend des évaluations psychométriques et un suivi d'entretiens à visée
diagnostique. La demande de prise en charge, adressée par l'équipe au psychologue
dépasse ici les nécessités diagnostiques, car ce patient volontaire à l'hospitalisation, et
qui ne tombe pas sous le coup de l'efficacité chimiothérapique répondant à un état de
crises s'avère difficilement « saisissable ».
Relativement à la psychanalyse où domine la parole, la disposition en face à face
augmente l'incidence des éléments infraverbaux intervenant dans le suivi
psychologique. cette « duplication des canaux de communication » (1) intensifie les
échanges, mais aussi les résistances. Nous verrons que cet élément du cadre est
essentiel (notamment pour la temporalité) et mérite une attention particulière. Sur ce
registre infraverbal on note, à propos de Serge, qu'il se présente toujours extrêmement
soigné et soucieux du respect des convenances sociales, ce qui contraste autant avec la
symptomatologie dont il se plaint, qu'avec les autres patients. Basés sur sa demande
d'aide, le contact et les échanges sont faciles. Au cours des entretiens, Serge s'installe
confortablement. On constate un souci d'élégance dans la posture de son corps et dans
sa gestuelle, quasiment « précieuse ». Ainsi, il manifeste par moment un certain
théâtralisme dans ses mimiques. Son regard est souvent fuyant, parfois nerveusement ;
à d'autres moments, il fixera l'interlocuteur. Son discours est ponctué de silences
réflexifs. Serge est très à l'aise dans cette situation d'entretien, il instaure une certaine
mise en scène et tend à contrôler la situation. Son expression et son vocabulaire sont
bons, il associe correctement, mais plutôt sur un axe syntagmatique (beaucoup de
détails précis, et peu d'images), aussi on note une certaine redondance dans des
thèmes de prédilection.
Nous ne nous attarderons pas sur le travail de bilan pour lequel les symptômes,
les mécanismes de défense et leur articulation sont considérés en vue du diagnostic.
Disons brièvement que ce bilan mettra en évidence une tendance au clivage en bons et
mauvais objets qui favorise une idéalisation primitive des personnes entourant Serge,
ainsi que lui-même (très vite, il distingua dans le service les « bons » et les
« mauvais », idéalisant affectueusement les premiers et dévalorisant avec agressivité
les seconds). Son intolérance obsessionnelle à l'imperfection (il est toujours
------------------------------------------
(1) E. GILLIERON (1983) Les psychothérapies brèves,.Paris, P.U.F., p.56.
41
« rituellement » soigné, ses chemises longuement repassées) dynamise ce monde clivé,
mais fluctuant ; toute chose pouvant basculer du bon au mauvais objet. Cette
dynamique induit un progressif rejet de tout nouvel entourage, d'abord idéalisé, puis
dénigré et fui (ce qu'illustrent les déplacements et changements incessants de son
anamnèse). Une tendance à l'identification projective dans la relation à l'objet favorise
la confusion entre les qualités de soi et celles de l’objet, conduisant à cet éprouvé de
fragilité d'identité dont Serge se plaint (certaines caractéristiques qui lui sont propres
sont critiquées en toute personne ou situation sur lesquelles il les projette. Mais, par
ailleurs, il reconnaîtra ces mêmes qualités ou tendances comme siennes). Ce Soi diffus
en vient donc également à être gagné par la dévalorisation de l'objet. et les
manifestations théâtrales de cette fragilité accueillent des passages à l'acte dont les plus
graves (tentatives de suicide) multiplient les épisodes psychiatriques aigus. (Serge
décrit, à propos de ces passages à l'acte, des états seconds suivis d'oublis assez
semblables à l'état de conscience crépusculaire associé à l'amnésie de l'hystérique).
L'omniprésence d'une souffrance dépressive difficilement contrée par le clivage voit se
succéder des périodes toniques, agressives, persécutées durant lesquelles domine un
Soi grandiose déniant les éléments dépréciateurs ; ces derniers apparaissant lorsque
Serge bascule dans un Soi d'échec et de crainte, ancré dans une problématique de perte
d'objet. Cette angoisse de perte semble favoriser un appauvrissement des relations
d'objet toujours insatisfaisantes.
Cette diversité symptomatique d'apparence peu efficace, la présence de
modalités de rapports à l'objet (et à soi) archaïques, semble-t-il prégénitales, avec
absence d'éléments oedipiens, notamment de sentiment de culpabilité, entre autres
dans le tableau dépressif, ce dernier étant dominé par l'ennui et une faible activité
fantasmatique, tout ceci donc, n'incite pas à envisager une problématique névrotique
chez Serge, même si l'on dénote des conduites d'allure obsessionnelle ou hystérique.
D'un autre côté, Serge semble très adapté au réel, même s'il ne peut l'appréhender
qu'au travers de ce clivage sans nuance. Encore que ce clivage de l'objet, rempart
contre la dépression et contre la perte, la destruction de l'objet par une agressivité
majeure, n'a rien du clivage psychotique désorganisateur. L'identité diffuse qui nous a
semblé être la conséquence de cette tendance à l'identification projective, reste dans les
limites du clivage entre le bon et le mauvais, et si le sujet en vient à une certaine
confusion entre soi et l'objet
42
dans l'attribution de ces qualités dénaturées, la non-distinction du soi et du non-soi, au
sens d'un retour à un état fusionnel, est absente. Aussi, le déni qui m'a semblé apparent
chez Serge, n'a pas l'aspect massif et générateur d'un délire ainsi qu'on le rencontre
dans les psychoses.
Cette première étape diagnostique reste peu précise chez ce cas atypique. Aussi,
une hypothèse psychodynamique plus globale semble articuler différents registres
observés, et faire sens chez ce sujet. Celle-ci est relative à la balance libidinale entre
les investissements narcissiques portés sur le Moi et les investissements portés sur
l’objet, dont un mouvement pendulaire caractérise selon S. FREUD le bon
fonctionnement (1). Les conduites de Serge nous ont semblé prendre un sens intégré
une fois recadrées dans la perspective d'un dysfonctionnement de ce système
énergétique libidinal. Cette approche ne servant que secondairement notre axe d'étude,
nous ne l'évoquerons pour l'instant que très succinctement. Elle associe les dimensions
suivantes : l'unique et ancienne liaison, puis déception amoureuse à laquelle serge
réfère tous ses problèmes, semble renvoyer au difficile retour sur soi de la libido dont
l'investissement quasi exclusif sur l'objet débouche sur ce que S. FREUD nomme l'état
de passion amoureuse. En cas de perte de cet objet, l'impossibilité d'un retour sur soi de
la libido engendre ce deuil impossible, figeant alors le sujet dans la dépression. Ce
narcissisme problématique conjugue ici une déficience de l'estime de soi et un soi
grandiose défensif idéalisé. D'autre part, le choix d'objet d'amour de Serge pour une
personne du même sexe illustre ce choix d'objet que S. FREUD nomme narcissique (2). Il
nous a semblé associé à des marques de déni pervers (dont témoigne une agressivité
marquée pour les femmes, souvent mauvais objets persécuteurs) favorisées par le
clivage de l'objet (l'objet en miroir étant alors le bon), et non sans rapport avec sa
tendance à l'identification projective (a).
Nous avons survolé cette première dimension de l'intervention psychologique qui
s'ancre dans un suivi, une relation au cours de laquelle le registre transférentiel peut
s'organiser de manière plus ou moins « intéressante ». La reconnaissance de réactions
de transfert diffuses est souvent aisée. Au cours de son hospitalisation, Serge instaurait
systématiquement un rapport de « séduction -manipulation » avec ses
------------------------------------------
(1) S. PREUD (1969) Pour introduire le narcissisme, in La vie sexuelle, Paris, P.U.P., pp.81-105.
(2) Idem, P.93
(a) A. FREUD (1949 — 9e édition 1978) Le moi et les mécanismes de défense, Paris, P.U.F., p. 42
43
interlocuteurs privilégiés. Face au psychologue, il insistera sur ses « insupportables »
symptômes, et son souhait caricatural d'en sortir. Mais aussi, dans le service, face à un
camarade toxicomane au passé également « antisocial », ces mêmes symptômes
deviendront l'occasion de se valoriser et de nouer une relation de complicité qui prit bien
vite un caractère de manipulation de ce complice. Dans tous les cas, ce rapport de
séduction-escroquerie tend à se répéter. Ce pan relationnel archaïque prend diverses
formes, se révèle sous des aspects particuliers, dictés par la nature du contexte
présent. Mais, la reconnaissance de répétitions en acte ne garantit ni l'organisation (la
dramatisation) de la névrose autour de la relation au psychologue, ni même l'aptitude
du sujet à cette organisation.
Compte tenu de la diversité des pathologies prises en charge en psychiatrie, ce
point intéresse notre réflexion, car, comme l’écrit M. NEYRAUT, « la question n'est pas
tant de “faire un transfert” que “d'en faire” quelque chose » (1). Et si la pensée
psychotique, tout comme la pensée névrotique est capable de « déplacer
fantasmatiquement des éléments psychiques antérieurs pour les attribuer à un
protagoniste actuel, ce déplacement et cette attribution n'ont ni les mêmes effets, ni le
même destin. » (2) Dans
la pensée névrotique s'effectue
l'association des
représentations de chose aux restes verbaux par la symbolisation de ces premières,
ainsi se constituent les objets internes du monde fantasmatique de cette pensée (a).
Cette opération est nécessaire au déplacement symbolique de contenus psychiques,
déplacements que M. NEYRAUT indique comme indispensables pour l'efficacité de toute
interprétation visant à rendre le transfert conscient. Or, la pensée psychotique, en
l'absence d'investissement de l'objet, reste incapable de ces déplacements symboliques
de contenus psychiques. Le repli des investissements objectaux sur l'espace intérieur
entraîne chez le psychotique « un état anobjectal de narcissisme » (3), qui se traduit en
clinique par cette facilité d'accès et d'expression de ses mécanismes inconscients. Dans
ce contexte, on peut observer chez ces sujets des assimilations du thérapeute au père
par exemple, ce par analogie, par associations verbales (b), et même si l'on peut
considérer que ces analogies ou associations empruntent la fonction symbolique, elles
paraissent se déployer dans un espace intérieur non symbolique ; ce qui fait dire à M.
NEYRAUT que « seule la pensée névrotique maintient, en plus de la
------------------------------------------
(1) M. NEYRAUT (1974), Le transfert, Paris, PUF, p.74.
(2) Idem, p.74.
(3) Idem, p.73.
(a) Idem, p. 75
(b) Idem, p. 76 (M. NEYRAUT donne l’exemple clinique de l’attribution de la fonction paternelle au thérapeute consécutive à
une association verbale concernant le nom propre de ce dernier).
44
possibilité de transférer ses contenus, celle de concevoir symboliquement ce transfert
comme réalité psychique. » (1) L'emprunt de la fonction symbolique dont la pensée
psychotique est capable ne débouche que sur une réification de ses contenus (a), ceux-ci
venant alors plutôt alimenter une activité délirante (2). L'auteur en conclut que cette
pensée est inapte au « gain psychique » (3), car elle est inapte à l'utilisation symbolique
des éléments psychiques qu'elle transfère, inapte à l'organisation d'une névrose de
transfert, et encore moins apte à l'élucidation de cette névrose qui doit pour cela
pouvoir être interprétée comme étant une réalité psychique (b).
En somme, au-delà des réactions de transfert, certes édifiantes, mais
insuffisantes, il convient de reconnaître chez le patient des éléments significatifs du
potentiel d'organisation d'une névrose de transfert. Compte tenu de nos objectifs,
s'associe à ce problème de la reconnaissance, celui du temps : considérant la brièveté
de l'intervention psychologique (dépendante de la temporalité du cadre qui l'accueille)
se pose la question de la manière dont s'instaure la névrose de transfert, d'emblée ou
graduellement ? Aussi, la nature de cette instauration offrirat-elle « rapidement » la
possibilité de processus réorganisationnels de l'économie libidinale ? (c)
En ce qui concerne l'instauration de la névrose de transfert chez les patients aptes
à ce processus, la clinique dont témoigne M. NEYRAUT nous apporte de précieux
éléments relatifs à la diligence du phénomène. Se basant sur l'apparition de rêves de
séance qu'il considère comme le témoignage spécifique (d) de l'organisation de la
névrose de transfert, impliquant l'actuelle relation à l'analyste, l'auteur constate « que
cette névrose peut se constituer très précocement (...) dès les premiers mois d'analyse,
voire dès le premier jour (...). » (4) La rapidité avec laquelle la névrose de transfert
paraît à même de s'instaurer tend à indiquer que sa survenue n'est pas intimement liée
au protocole, au cadre de l'analyse dont les particularités auraient alors à peine eu le
temps d'imprégner la relation. Ce d'autant plus que cette névrose est avant tout une
manifestation
------------------------------------------
(1) M. NEYRAUT (1974), Le transfert, Paris, P.U.F, p.175.
(2) M. NEYRAUT met ici en parallèle la production délirante du psychotique et la production d'une névrose de transfert chez
le névrosé. M. NEYRAUT, op. cit., pp.240 sq. [p. 243 : « La pensée symbolique ne s’arrête pas à “produire des symboles”,
mais nécessite encore d’être soutenue par un axe symbolique relationnel. Sinon ça reste un langage symbolique,
éventuellement délirant » (souligné par nous)]
(3) Idem, p.76.
(4) Idem, p.2.46
(a) Idem, pp. 75-76
(b) Idem, p. 243
(c) Car il s’agit bien là de l’efficacité thérapeutique mise en évidence par la psychanalyse ; Idem, p 145
(d) Idem, p. 244
45
spontanée de la résistance, et que ce ne sera que dans la nature de la relation que cette
production de la maladie sera ou non récupérée et utilisée au sein de la thérapie
engagée.
En ce qui concerne l'exemple de Serge, au cours des six semaines que dura son
hospitalisation et durant les quinze entretiens où nous allions le rencontrer, quelques
éléments nous ont paru être le témoignage de l'organisation d'une trame conflictuelle
autour de l'actuelle situation de suivi psychologique. Les plus significatifs semblent avoir
été d'une part l'impossibilité pour Serge de se rappeler notre nom qu'il avait pourtant
maintes fois entendu (il y substituait « Monsieur le psychologue ») ; et malgré les
suggestions, il n'est même jamais parvenu à le prononcer correctement, comme
localement frappé d'aphasie. Cette émergence d'une résistance semble significative de
la récupération par le schéma associatif défensif de Serge de notre personne propre,
dans ce que notre nom peut être le vecteur symbolique (a). D'autre part, aux environs
de la dixième rencontre, Serge se mit en tête de nous tutoyer. Là aussi, la démarche
n'est pas anodine, et sans aller pour le moment jusqu'à l'interprétation de son contenu,
elle nous apparaît d'ores et déjà significative d'une mise en acte (b) concernant le
rapport actuel à notre personne, et visant à résister au processus thérapeutique engagé.
D'un point de vue technique donc, et relativement à notre méthodologie, c'est par
la reconnaissance de ce type de mise en acte pouvant intervenir très tôt que se
déterminera la prise en compte des sujets concernés par cette étude.
L'intérêt thérapeutique de la névrose de transfert provient du fait qu'elle offre,
contrairement au délire, la possibilité d'une reconnaissance symbolique par le patient
des déplacements qu'accueille la personne du thérapeute (1). Cette reconnaissance est
obtenue au cours du travail d'interprétation visant les manifestations de cette
névrose (2), dont M. NEYRAUT dit qu'elles « montrent (...) très précisément et parfois
très précocement quels sont les éléments du complexe suscitant la plus grande
résistance. » (3) Cependant, l'auteur considère aussi que la névrose de transfert
------------------------------------------
(1) M. NEYRAUT, op.cit., pp.252-253.
(2) S. FREUD (1953), La dynamique du transfert, in De la technique psychanalytique, Paris, PUF, pp.52-53.
(3) M. NEYRAUT, op.cit., p.252.
(a) Idem [NEYRAUT], p.252.
(b) J. LAPLANCHE et J.B. PONTALIS (1967) Vocabulaire de la psychanalyse, Parisd, P.U.F., p. 240.
46
exige un long travail d'élucidation (transférentielle et contretransférentielle) (1) et que
son interprétation trop précoce alimenterait son activité de résistance (2). Ainsi se fonde
la lenteur de la cure analytique.
2. L'intervention du cadre dans l'intensification des processus psychiques.
S'il s'avère que la névrose de transfert peut être prompte à s'instaurer chez les
sujets organisant ainsi leur résistance au processus thérapeutique, et que les
manifestations de cette névrose sont dès lors reconnaissables par le psychologue
engagé dans cette relation, un processus thérapeutique tout aussi bref peut-il alors
s'étayer sur ce présent phénomène ? C'est bien entendu à ce stade que la question du
temps est la plus exigeante. Évoquant la fonction du temps (chapitre II, B, 3), nous
avons vu qu'elle est partie prenante du processus analytique. S. FREUD, considérant « la
lenteur des modifications psychiques profondes et, en premier lieu sans doute,
“l'intemporalité” de nos processus inconscients » (3), adopte une position de « passivité »
qu'il associe au travail de perlaboration : « il faut laisser au malade le temps de bien
connaître cette résistance qu'il ignorait, de “l'élaborer interprétativement” (...). Le
médecin n'a donc qu'à attendre, à laisser les choses suivre leur cours, car il ne saurait
ni les éviter, ni en hâter l'apparition. » (4) C'est sur ces considérations qu'il nous apparaît
utile d'envisager la dimension contextuelle accueillant le processus thérapeutique.
Contrairement au modèle proposé par certaines thérapies analytiques brèves, il nous
semble effectivement inopportun au niveau de l'activité du thérapeute, de tenter d'éviter
les résistances (et notamment le transfert), ou encore, de tenter de hâter un quelconque
processus de perlaboration de déterminants inconscients. Par contre, nous nous
-----------------------------------------(1)
(2)
(3)
(4)
M. NEYRAUT (1974), Le transfert, Paris, P.U.F., p.241
Idem, p.247.
S. FREUD (1953) Le début du traitement, in De la technique psychanalytique, Paris, P.U.F., pp. 88-89.
S. FREUD (1953) Remémoration, répétition et élaboration, in op. cit., pp .114-115.
47
proposons de développer l'hypothèse selon laquelle la temporalité du cadre. du contexte
d'un modèle thérapeutique (c'est-à-dire son emploi du temps) tendra à imprimer la
temporalité des processus thérapeutiques engagés.
La psychanalyse, pour laquelle S. FREUD n'a eu de cesse de développer le
versant théorique (1), n'y étant pas contrainte, a résisté à remettre en cause son cadre
d'exercice, offrant au patient un temps quasi illimité. Il nous semble que cette
temporalité extensive fondamentale imprègne la pensée analytique, et teinte la position
considérant l'intemporalité de nos processus inconscients comme le facteur premier
dans la lenteur des modifications psychiques profondes. Selon notre propos, cette
intemporalité n'est pas forcément l'allié de la lenteur (a). Elle nous paraît plutôt signifier
une neutralité temporelle, neutralité qui n'est certes pas isolée et inaccessible aux
influences. Dans Métapsychologie (chapitre sur l'inconscient), S. FREUD note qu'entre
autres particularités, « les processus du système ICS sont “hors le temps”, c'est-à-dire
qu'ils ne sont pas ordonnés dans le temps, qu'ils ne changent pas avec lui, bref qu'ils
n'ont avec lui aucun rapport. Le rapport temporel est le fait du système CS. » (2) Or,
plus loin, l'auteur écrit que « la cure psychanalytique se base sur l'influencement de
l'ICS par le CSI influencement qui, bien que malaisé, n'est pas impossible. » (3)
On peut donc comprendre que par cet influencement, le rythme temporel donné
par le traitement (et son cadre) est une donnée consciente qui tendra à imprimer une
certaine forme de temporalité non pas à l'inconscient, mais à la dynamique psychique
profonde à laquelle S. FREUD associe les processus inconscients. En effet, si
l'inconscient peut bénéficier de l'influence du conscient dans une relation thérapeutique,
nous serions tentés de faire l'hypothèse que l'activité des processus inconscients
pourrait indirectement se trouver influencée par un rythme temporel consciemment
organisé (la temporalité faisant partie des éléments conscients influents). Nous
rejoignons ici les convictions de E. GILLIERON pour qui ce rapport dynamique
qu'entretiennent les systèmes ICS-PS-CS offre un accès au contrôle temporel de la
thérapie (4). À ce titre, le cadre du traitement est déterminant : le cadre de la cure
analytique auquel S. FREUD
------------------------------------------
(1) Nous avons vu que S. FREUD préconisait une solution théorique à toute difficulté rencontrée dans la pratique analytique,
p. 12 et passim. [Cette orientation semble aller dans le sens de la personnalité de S. FREUD qui, selon sa biographie de N.
LAMBRICHS-GEORGES, combattait l’ennui ressenti dans son activité thérapeutique, par un surcroît de production théorique,
N. LAMBRICHS-GEORGES (1985) Sigmund Freud, sa vie, son œuvre, Paris, Ed. F. Birr, p. 28.]
(2) S. FREUD (1952) Métapsychologie, Paris, Gallimard, p.131.
(3) Idem, p.143.
(4) E. GILLIERON (1983) Les psychothérapies brèves, Paris, P.U.F., p.53.
(a) Ce serait même contradictoire.
48
a toujours souhaité se tenir, de par son temps non limité, offre une certaine
complaisance à la lenteur des modifications psychiques profondes. Dans un cadre tout
autre, en intervention brève (prédétermination en accord avec le patient du nombre de
séances, de leurs espacements, de leurs durées, et donc du calendrier global de
l’intervention), on peut faire l'hypothèse d'une activation de tout processus, compte tenu
de l'importance initialement (et consciemment) accordée au facteur temps.
Quand bien même la théorie ne nous interdirait pas d’envisager des processus
réorganisationnels du psychisme à brève échéance, nous sommes alors conduits à
l’investigation clinique des facteurs que nous souhaiterions voir favoriser la brièveté de
ces processus ; ces facteurs étant donc relatifs au cadre de l'intervention psychologique.
Le rôle du facteur temps se traduira en clinique par une évocation marquée de l'emploi
du temps par le thérapeute afin que son investissement par le patient induise une
tension psychique
dynamisant tout processus
en jeu (transférentiel,
puis
réorganisationnel. Cette investigation clinique se centrera aussi sur l'incidence de la
relation intersubjective (dépendante du cadre) sur la névrose de transfert. Bien que
nous ne fassions qu’amorcer cette étude, notons déjà un premier élément dominant la
dynamique intersubjective et qui méritera d'être tout particulièrement considéré. Il s'agit
de la position en face à face. De son expérience clinique, E. GILLIERON obtient certaines
observations édifiantes concernant le face à face et son incidence sur le transfert. « Le
face à face favorise la relation “réelle” aux dépens de la relation fantasmée. (1) » Il
favorise aussi la confusion entre réalité et fantasmes (2). La prégnance de la perception
immédiate de l'autre et du registre infraverbal de communication, atténue
l'investissement des images et souvenirs. Cette plus grande dilution du passé dans une
réalité présente favorise, selon nous, les réactions, puis la névrose de transfert. Elle
intensifie du même coup les échanges affectifs et la résistance. On observe donc une
accélération des phénomènes visés, ce qui nécessite sans doute un travail interprétatif
approprié. Bien que ce travail interprétatif est globalement semblable à celui inspiré du
modèle analytique, cette intensification des échanges affectifs et des résistances au
processus thérapeutique étant le fait d'éléments du cadre (autant pour le contretransfert du psychologue, nous l'avons vu, que pour le transfert du patient), il nous
semble que les interprétations gagneront à s'y référer. C'est ce que
------------------------------------------
(1) E. GILLIERON (1983) op. cit., Paris, P.U.F., p.97.
(2) Idem, p. 55.
49
nous avons tenté avec Serge. Concernant le tutoiement qu'il nous adressait, nous avons
dit :
— « J’ai l'impression que vous vous sentez mieux, et que la vie en communauté
dans le service semble vous mettre à l'aise avec tous, y compris avec moi que vous
tutoyez spontanément. »
Serge resta silencieux un certain temps, il fixait ses doigts croisés sur la table,
semblait réfléchir. Ce point ne fut plus abordé jusqu'au deuxième entretien de la
semaine suivante au cours duquel il évoqua le tutoiement, il dit :
— « Ne croyez pas que c'est un manque de respect, au contraire... d'ailleurs, peu
de gens méritent le respect, et certainement pas ceux qui ne méritent pas de
confiance... le manque de respect, ma mère en était victime, et elle avait ce qu'elle
méritait. »
Même si la forme emprunte la dénégation ( « Ne croyez pas que... »), du passage
à l'acte nous passons au discours de Serge sur sa manière de se comporter dans la
relation. Serge introduit cette dimension du « manque de respect », et l'associe à la
relation à sa mère, dévoilant ainsi un aspect du transfert. Ces notions de respect, nonrespect, mérite, confiance, cadrent bien avec ce que nous avions observé fonctionner
dans sa relation aux autres : ce thème central de la trahison du premier amour, le
rapport séduction-trahison-escroquerie. Le tutoiement, passage à l'acte visant la
séduction associée à la recherche de la faille chez l'interlocuteur qui méritera le respect,
l'idéalisation, ou alors ne méritera pas la confiance, mais l'escroquerie. Cette dynamique
relationnelle est en consonance avec ce jeu d’identification projective où le sentiment de
ne pas être respectable s'associe au non-respect de l'autre. Pour notre part, nous
réalisions ensuite que notre contre-transfert était prêt à embrayer sur ce terrain du
respect, car ce tutoiement nous suscita un sentiment d'étrangeté associé à cette intimité
à laquelle nous étions introduits malgré nous, accentuant notre sentiment d'insécurité
quant à notre rôle dans ce service où nous avions l'inconfortable statut de stagiaire.
Notre implication contre-transférentielle, dont nous évoquons ici l'encrage
contextuel, se réfère bien entendu à plus et autre chose que ces seuls éléments du
cadre. Nous avons relevé ici l'oubli du nom et la tendance au tutoiement ; ces choix
concernent la rencontre entre la problématique du patient, son transfert, et notre
contre-transfert. Cela dit, l'enjeu véritable ne concerne pas le contenu de ces choix,
mais la
50
reconnaissance du phénomène et son utilisation. La question est : qu'en fait-on et peuton en faire quelque chose sans perdre le gain de temps que le recours à la prise de
conscience du cadre semble produire ?
Selon notre hypothèse, les éléments se référant au cadre (notamment
l'importance accordée à l'emploi du temps et la disposition en face à face) sont les
vecteurs potentiels d'une intensification des échanges et des processus transférentiels.
Tout porte à croire que favoriser la relation réelle contribue à livrer plus promptement la
répétition de traits pathologiques. C'est à ce titre que nous nous sommes orientés vers
un travail interprétatif ancré dans son contexte, considérant le temps, l'espace et la
relation qui en dépend. Mais si on peut espérer un gain de temps lié à l'importance
accordée au cadre, on en obtient aussi un gain de résistance. Sans doute ce recours à
une prise de conscience du cadre induit-il une prise de distance par rapport à la réalité
psychique du patient. Est-il possible de mener un processus thérapeutique sur cette
base ? Sinon l'abandon de la prise en compte du cadre, dans le souci d'accéder à un
travail interprétatif des réalités psychiques en jeu épargné de toute réification, peut-il
intervenir dans une phase finale du suivi sans pour autant perdre le bénéfice de
l'accélération initiale ? Nous ne pouvons, pour le moment, que rester sur cette
interrogation.
Le cas de serge illustre à nos yeux la première étape d’une intervention brève
visant les bénéfices thérapeutiques que recèle la dynamique transférentielle. Nous
avons dans un premier temps reconnu certains échanges témoignant de l'instauration
d'une névrose de transfert. Puis, nous nous sommes essayés à un travail interprétatif,
implicite (1) et préliminaire, se référant à l'encadrement de la prise en charge. La
réaction ultérieure de Serge atteste de la valeur interprétative de notre réflexion. Il
verbalise tout un registre relationnel à cheval entre sa relation passée à sa mère et
l'actuelle relation à notre personnel révélant ainsi des éléments de résistance auxquels
participent autant le transfert que le contre-transfert. Cette prise de conscience offrait
matière à poursuivre le travail interprétatif. En l’espèce, Sergel par ailleurs en conflit
avec d'autres membres de l’équipe, signa une décharge et quitta le service peu de
temps après.
------------------------------------------
(1) En effet, notre intervention citée supra, dans son contenu explicite, se réfère à l’amélioration de la thymie de Serge et
de ses relations au sein du service (n’oublions pas qu’il y est rentré dans un état d’abattement dépressif), élément de
surface qui intéresse son suivi au jour le jour. Or, cette réflexion visait en fait la signification de l’acte de tutoiement,
jusqu’alors resté non verbalisé.
51
CONCLUSION
La perfection thérapeutique est illusoire. Ce point de vue est un préalable
nécessaire à notre démarche. Il nous autorise à considérer que la limite de temps et
l’« imperfection » que l'on a tendance à y associer n'excluent pas la valeur et l'intérêt de
l'intervention psychologique brève soucieuse des phénomènes transférentiels et de leurs
portées thérapeutiques. Tenant compte des conditions institutionnelles d'intervention,
nous posons ici le problème des moyens accessibles pour tendre au mieux vers ce point
limite du traitement idéal.
Les phénomènes transférentiels sont intimement liés à la psychanalyse qui les a
conceptualisés. Nous avons vu comment cette répétition en acte, outil majeur de la
résistance, fut reconnue par S. FREUD, et accéda progressivement au statut central d'un
principe actif dynamisant la thérapie. La névrose de transfert, centration de la
pathologie sur le cadre présent de la cure, favorise le processus thérapeutique lorsqu'y
prévaut la remémoration. Cette dialectique de l'agir et du souvenir, arbitrée par le
travail interprétatif de l'analyste, est garante du travail psychique et de la réorganisation
de l'économie libidinale du patient.
Ce processus global, jugé long relativement à bien des conditions de prise en
charge psychothérapiques, peut être déclenché par le thérapeute, mais ne peut
cependant ni être dirigé, ni être traité partiellement sans perdre de son efficacité. C'est
à ce titre que S. FREUD s'opposa, non pas au souhait, d'abréger les traitements, mais
aux modifications techniques que proposaient les méthodes de cure écourtée.
Nous avons vu que l'intervention psychologique en institution psychiatrique est
sujette à certains facteurs déterminant sa brièveté. Les séjours psychiatriques,
accueillant des pathologies les plus diverses, ne sont pas destinés à durer, mais à
répondre à une urgence. De
-----------------------------------------(1) souhait que S. FREUD estima d’ailleurs justifié.
52
plus le psychologue, élément d’une équipe, n'y a pas principalement fonction de
thérapeute.
Dès lors, notre problématique s'articule autour de deux axes : d'une part le cadre
d'urgence conditionnant la brièveté de l'intervention psychologique, et d'autre part
l'omniprésence des échanges transférentiels qu'il nous semble dommageable de
restreindre à une simple production pathologique ponctuelle, restriction commune à la
majorité des psychothérapies brèves, et qui vise à écarter tout ce qui tend à rallonger le
traitement.
Dans ce travail nous avons voulu apporter des éléments théoriques et cliniques
validant notre hypothèse générale qui considère la possibilité d'une instauration et d'une
reconnaissance rapide de la névrose de transfert au cours de l'intervention
psychologique.
Ce faisant, nous avons constaté que cette névrose de transfert emprunte au
cadre institutionnel qui l'accueille matière à résister au traitement. Le contre-transfert du
psychologue notamment s'y réfère, jugeant le cadre institutionnel impropre à l'utilisation
thérapeutique de la névrose de transfert, et ce, relativement aux conditions techniques
de la cure classique. Notre postulat est de considérer cette position comme une
réification du processus thérapeutique analytique dont le cadre objectif est alors jugé
nécessaire à l'exploitation de la névrose de transfert. Nous pensons également que ce
même postulat concerne plus précisément les modifications psychiques profondes qu’il
semblerait profitable de dissocier de la temporalité, facteur tangible que le cadre réel de
l'analyse ne contraint pas, offrant ainsi une complaisance à la lenteur. Il ne s'agit pas
d'ignorer les rapports entre la temporalité et les processus psychiques, mais plutôt de
considérer que par le biais du cadre, un accès au contrôle temporel de la thérapie est
possible.
L'investigation de notre hypothèse générale nous a donc conduit à nous intéresser
plus précisément au rapport dynamique entre les échanges transférentiels et la nature
du cadre thérapeutique qui les accueille. selon notre propos, l'intervention psychologique
brève peut espérer une accélération des modifications psychiques non pas en agissant
directement sur le contenu des échanges par une quelconque sélection ou direction au
cours du traitement, mais plutôt en se centrant sur certains aspects du cadre tels que le
caractère d'urgence qui le détermine, ou encore
53
l'organisation spatiale qui en dépend. Nous avons vu qu'une attention particulière
accordée par le psychologue à l'emploi du temps disponible est susceptible d'induire une
tension psychique chez le patient, tension corrélative à l'investissement de ce facteur
temps, et qui serait à même de dynamiser des processus réorganisationnels de son
économie libidinale. Nous avons également pris en compte les incidences du face à face
sur les échanges transférentiels. Cette disposition s'avère intensifier les échanges réels
et présents au détriment du fantasme et du souvenir, favorisant ainsi l'instauration de la
névrose de transfert. Sur cette base, et face aux seuls patients reconnus aptes à
l'organisation de cette névrose, nous avons orienté notre travail clinique dans l'esprit
d'une prise en compte de l'encadrement thérapeutique. Cette prise en compte vise à
livrer plus rapidement la répétition des traits pathologiques au travail interprétatif du
psychologue, travail nécessairement associé à la gestion thérapeutique de la névrose de
transfert.
Nous n'en sommes qu'à l'ébauche de ce procédé qu'il sera nécessaire de
poursuivre afin d'en observer les inconvénients et d'en explorer la forme la plus
efficace. Notre évocation du cas de Serge en témoigne. Le recours à une prise de
conscience du cadre, s'il intensifie les échanges, alimente du même coup la résistance,
car insister sur le contexte tend à réifier les réalités psychiques alors mises à distance.
Au terme de ce premier travail, nous nous interrogeons sur la manière de
concilier au mieux l'accélération de la dialectique transférentielle dont l'attention
accordée au cadre est porteuse, et le travail interprétatif qui ne s'accommodera pas
forcément de ce recours au réel.
Dans ce texte nous nous sommes continuellement référé à la cure
psychanalytique classique. Nous avons réalisé que même si cette démarche était en tout
premier lieu nécessaire (ne serait-ce que parce que seule la psychanalyse nous offre
des outils pour penser les échanges transférentiels), elle pouvait nous tenir à distance
d'un engagement total dans une démarche originale et autonome. Il nous faut ici
reconnaître les limites du paradigme psychanalytique, afin qu'il n'en vienne pas à nous
servir de résistance. À ce titre, nous retiendrons cette phrase d'E. GILLIERON
concernant l'échéance des thérapies brèves : « On demande souvent ce qu'il faudrait
faire au cas où, au moment de la date présumée de
54
la fin, la “cure ne serait pas terminée” ?, ce qui traduit la crainte de ne pas avoir assez
de temps pour arriver à bout des difficultés du patient, crainte sous-tendue par l'illusion
narcissique d'atteindre à une certaine perfection à la fin du traitement, facteur contretransférentiel
susceptible
aussi
d'allonger
inutilement
même
les
cures
(1)
psychanalytiques. »
------------------------------------------
(1) E. GILLIERON (1983) Les psychothérapies brèves, Paris, P.U.F., p.58
55
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