Avril 2015
RSCA 5 : Cancer de vessie et annonce diagnostique.
I.
Récit :
Je reçois pour la première fois au dispensaire Monsieur A. Il est âgé de 70 ans et
consulte car il a une récidive d’hématurie. Le médecin vu lors de la première
consultation lui avait prescrit un ECBU que je regarde et qui est négatif.
Monsieur A me dit alors « Docteur cela fait plusieurs fois que j’ai du sang dans mes
urines ».
L’ECN s’éloignant petit à petit même si je connais les grandes lignes je regarde le
collège de néphrologie qui me guide un peu dans l’interrogatoire et lui pose plusieurs
questions :
-
Avez-vous des antécédents familiaux ?
-
Fumez-vous ? Et si oui combien de cigarettes par jour et depuis combien de
temps ?
-
Avec vous subi un traumatisme, des chirurgies (en particulier urologiques) ?
-
Avez-vous déjà fait des coliques néphrétiques (avez-vous des douleurs
accompagnant votre hématurie ?)
-
Avez-vous des brûlures mictionnelles ?
Il me répond alors, effectivement Docteur mon père est décédé d’un cancer de la
vessie, il était un grand fumeur comme moi (il a fumé 40 PA et continue…)
Il n’a jamais été opéré, ni eu de colique néphrétique et n’ a aucun signe
fonctionnel urinaire ( l’ECBU est je le rappelle négatif).
Son examen physique est sans particularité.
Je sens Monsieur A anxieux, je lui demande alors ce qu’il le travaille. Il me répond
ainsi : Docteur « j’ai un cancer c’est ça », je lui réponds que je ne peux pas savoir
avant d’avoir fait d’autres examens et qu’il y ‘ a de nombreuses causes de
saignements dans les urines et que maintenant nous allons régler ce problème
tranquillement en faisant tout ce qui est nécessaire.
Je lui prescris alors un bilan biologique (que je détaillerai dans mon premier axe)
ainsi que des examens urinaires et surtout une échographie rénale, vésicale et
prostatique).
Je lui touche tout de même un mot sur l’importance d’arrêter le tabac même si je
sais que mon message ne sera pas entendu, Monsieur A étant un peu angoissé.
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Il me dit qu’il le sait et qu’il va essayer dans un premier temps de diminuer mais
que cela est difficile car il fume depuis son adolescence. Je finis la consultation
en lui disant que nous reparlerons de cela une prochaine fois mais qu’il garde
cela en tête.
Je revois mon patient la semaine d’après, son bilan biologique est normal.
L’examen urinaire retrouve une hématurie importante comme attendue, l’ECBU
de contrôle est négatif, l’échographie retrouve cependant une masse tissulaire au
niveau de la vessie.
J’explique au patient que je vais l’adresser à un urologue pour explorer cette
masse car elle peut être aussi bien bégnine que maligne. Je lui dis également
que nous avons déjà trouvé la cause du saignement ce qui est un bon point et
que nous verrons les choses au fur et à mesure.
Je vois son visage changeait d’apparence, je lui explique que maintenant tout est
pris en charge et qu’il ne sert à rien pour lui de se rendre malade même si je
comprends parfaitement son inquiétude, d’ailleurs je lui réponds que la masse
est de petite taille ce qui est déjà plutôt bon signe. Cette consultation tout comme
la première a duré 45 minutes, j’ai préféré prendre mon temps et tout lui expliqué
pour que la suite de sa prise en charge avec l’urologue se passe au mieux et que
si le diagnostic de cancer de la vessie s’avéré être confirmé, Monsieur A soit le
mieux préparé pour y faire face.
Je reçois 2 semaines après un courrier de l’urologue du dispensaire pour me
confirmer la présence d’une tumeur maligne vésicale et le lancement du bilan
d’extension.
Un mois plus tard, j’aperçois Monsieur A qui allait consulter l’urologue, je le
prends à part et lui demande si je peux lui parler dans le cabinet il accepte. Il me
dit qu’il avait bien eu confirmation du diagnostic et que le bilan d’extension à ce
jour était négatif.
Il m’ a remercié pour tout, je lui ai dit que nous devrions de toute façon nous
revoir pour l’aide à l’arrêt du tabac, le bilan des comorbidités du tabac mais
également la prise en charge à 100%.
Je ne l’aurais pas revu et j’avoue que cela me donne un petit pincement au cœur.
En effet, la médecine générale a cette qualité de nous faire connaître nos patients
et de nous y attacher, la détresse de cet homme m’a profondément touché,
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j’aurais aimé pouvoir encore l’aidé dans les étapes postérieures au diagnostic. Je
me dis qu’au moins j’ai pu durant ce stage venir en aide à quelqu’un.
J’aimerais revenir sur plusieurs points qui m’ont posé problème, tout d’abord
revoir la conduite à tenir lors d’une hématurie, puis comment se comporter lors
d’une annonce difficile, et pour finir je traiterai des différents mécanismes de
défense du patient et comment le soignant doit y faire face.
II.
LES AXES :
1. Conduite à tenir devant une hématurie :
Tout d’abord, Les hématuries peuvent être soit d’origine urologique soit
d’origine rénale.
Les principales étiologies sont regroupées dans le tableau ci-dessous :
Causes urologiques
Causes fréquentes :
-
Causes rénales
-
Glomérulonéphrite à dépôts
Infections urinaires (cystite
mésangiaux d’IgA (maladie de
hématurique),
Berger),
Tumeurs vésicales bénignes ou
-
malignes,
Glomérulonéphrite aiguë postinfectieuse,
-
Cancer du rein,
-
Lithiase rénale (rarement vésical),
-
Cancer prostatique,
-
Glomérulonéphrite extra-capillaire
-
Prostatite aiguë
-
Syndrome d’Alport.
-
Traumatisme du rein ou des voies
urinaires
Causes rares :
-
Polykystose rénale,
-
Nécrose papillaire secondaire
à une néphropathie aux
analgésiques, au diabète, à la
drépanocytose.
-
Tumeurs bénignes du rein,
-
Tuberculose rénale,
-
Exercice physique très important
-
Infarctus rénal,
-
Glomérulonéphrite
membranoproliférative
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-
Malformation vasculaire
-
Bilharziose
-
Traitement anticoagulant.
Les causes d’hématuries néphrologies sont le plus souvent d’origine glomérulaire,
parfois elles peuvent être causées par une néphrite interstitielle aiguë
médicamenteuse.
L’hématurie est définie par la présence de plus de 10 hématies/mm3 à l’examen
cytologique urinaire quantitatif.
En raison de la fréquence des faux positifs, une hématurie doit être confirmée par
un examen cytologique quantitatif des urines.
Cet examen permet en outre de préciser :
-
La présence de cylindres hématiques, rarement mis en évidence, mais
spécifiques de l’origine glomérulaire.
-
La présence de déformations des hématies qui oriente vers une hématurie
glomérulaire.
-
Les fausses hématuries. En effet, une coloration rouge des urines peut être
la conséquence d’une hémoglobinurie, d’une myoglobinurie, d’une porphyrie,
d’une prise médicamenteuse (Métronidazole, Rifampicine), ou d’une
consommation de betteraves, mais il n’y a pas, dans ces cas de globules
rouges dans les urines.
Quelles sont les éléments en faveur d’une origine parenchymateuse
(rénale) ?
-
L’hématurie macroscopique est isolée, émise sans caillots, sans fièvre, sans
douleurs lombaires. Mais cette présentation peut tout de même être retrouvée
dans les hématuries d’origine urologique.
-
On retrouve en outre la présence de cylindres ou d’hématies déformées.
-
L’existence d’une protéinurie > 0,5 g/24 h qui doit être mesurée après
l’épisode d’hématurie car elle fausse les résultats.
-
L’élévation de la créatininémie.
-
L’absence d’anomalie échographique.
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Quelle est la conduite à tenir devant cette hématurie, quelles sont les
questions à poser systématiquement, quels sont les examens
complémentaires à prescrire dans un premier temps ?
-
La recherche d’antécédents, personnels ou familiaux, d’affections
urologiques.
-
Un examen clinique complet, comportant une mesure de la pression artérielle,
-
Une analyse qualitative du sédiment urinaire.
-
Le dosage de la protéinurie des 24 heures ou la mesure du rapport protéine/
créatinine urinaires. (La recommandation retenue (NICE) préconise de
détecter l’excrétion urinaire de protéine par les rapports P/C ou A/C dans les
unités du système international (mg/mmol) sur échantillon d’urine plutôt que le
recueil des urines des 24 heures).

Si le ratio albuminurie/créatininurie > 30 mg/mmol ou si le ratio
protéinurie/créatininurie > 50 mg/mmol, on parle de protéinurie clinique.

Si le ratio albuminurie/créatininurie est compris entre 3 et 30 mg/mmol on
parle de microalbuminurie.
-
Le dosage de la créatininémie permettant l’estimation du DFG.
-
La réalisation d’une échographie rénale (avec un temps vésical après 50 ans
ou facteurs de risque, c’est-à-dire un temps ou la vessie est pleine pour bien
apprécier ses contours ainsi que son contenu).
-
Nous avons vu ci-dessus les arguments qui orienté vers une cause
néphrologique (protéinurie > 0,5/ 24 h, un DFG diminué…), une biopsie rénale
pourra être demandée ( maladie de Berger, valeur pronostique, mais là ceci
est déjà d’affaire du spécialiste).
-
La situation la plus fréquente au terme de l’enquête initiale est celle d’une
hématurie microscopique strictement isolée. Elle doit faire rechercher une
tumeur de l’urothélium (c’est le cas de mon patient). L’enquête étiologique
comporte :

Un examen cytopathologique du sédiment urinaire,

Une fibroscopie vésicale, avec éventuellement une ou des biopsies.
Le spécialiste pourra demander s’il a besoin d’autres investigations : une urographie
intraveineuse voire un scanner rénal avec opacification des voies urinaires.
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Dans mon cas, après enquête biologique, du sédiment urinaire et échographie,
j’avais adressé mon patient à l’urologue pour cystoscopie avec réalisation de
biopsies. Ces examens avaient suffi pour faire le diagnostic et l’urologue devait
réaliser dans un deuxième temps le bilan d’extension.
Lorsque le patient vint lors de la deuxième consultation, il fallut aborder la question
d’un (très) éventuel cancer de la vessie. Comment devais-je aborder ce sujet avec
lui, dans quelles conditions ?
2. Annonce d’un diagnostic difficile :
Les médecins sont régulièrement confrontés à la question de l’annonce d’un
diagnostic grave. Ce temps de prise en charge est un moment particulièrement
émotionnel que cela soit du côté du soignant ou du patient. Le lien qui unit patient et
médecin peut être mis à mal. C’est pour cette raison que cette annonce doit se faire
dans des conditions optimales. En effet une annonce faite avec empathie, en prenant
son temps en accompagnant correctement le patient peut atténuer le choc, dans le
cas contraire cela risque de renforcer ce dernier.
Dans cette partie, je tiens à évoquer les modalités de l’annonce d’un diagnostic
difficile et d’aborder les réactions possibles des patients.
L’annonce d’un diagnostic grave est un évènement traumatique car il est brutal, le
sujet se retrouve dans l’incapacité d’y répondre de manière adéquate, il provoque
des bouleversements, des effets pathogènes durables dans l’organisation psychique
du sujet.
Pour le patient il y’ a clairement une vie avant et après l’annonce du diagnostic, le
patient et ses proches se rappellent clairement le moment de cette annonce. Pour lui,
pour eux, rien ne sera jamais plus pareil.
L’impact traumatique de l’annonce intervient à deux niveaux :
-
Un traumatisme direct dû à la crainte de la douleur, du handicap et de la
mort.
-
Un traumatisme secondaire qui intervient dans un deuxième temps et qui
correspond à une réactivation de sentiments douloureux (deuil, maladie,
histoires familiales).
Quelles sont les répercussions psychologiques constatées au niveau du
patient lors d’un évènement traumatique ?
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-
Sentiment d’arbitraire :
Le patient se retrouve soudainement à une vie qu’il ne contrôle plus. Pourquoi
tout cela m’arrive-t-il ? Je ne comprends pas, j’ai toujours eu une vie saine…
-
La culpabilité :
C’est un mécanisme de défense très fréquent, le patient tente de lutter
contre le sentiment d’arbitraire vu ci-dessus en se réappropriant une
responsabilité face à ce qui vient de lui arriver. C’est de ma faute si je n’avais
pas fait cela, je n’aurais pas été malade…
C’est le seul lien d’humanité face à cet évènement, si j’admets mon erreur
cela ne se reproduira pas. Il est important de reconnaître ce mécanisme de
défense afin d’aider le patient à s’en dégager.
-
Altération du sentiment d’appartenance :
L’annonce d’un diagnostic grave peut briser l’unité du sujet, le patient ne se
reconnaît plus, de même, son entourage ne le reconnaît pas. « J’ai
l’impression d’être devenu un étranger pour moi-même ».
Ainsi l’annonce d’un diagnostic grave doit prendre en compte toutes ces
dimensions, le médecin doit se rappeler que le patient n’est pas qu’un corps
malade mais une personne avec sa complexité et sa personnalité.
Quels sont les modalités de l’annonce d’un diagnostic grave ?

Recommandations Législatives : La loi du 4 Mars 2002 précise que toute
personne a le droit d’être informée sur son état de santé… cette
information est délivrée au cours d’un entretien individuel. La volonté d’une
personne d’être tenue dans l’ignorance d’un diagnostic ou d’un pronostic
doit être respectée, sauf lorsque les tiers sont exposés à un risque de
transmission.

Le temps de l’annonce :
Il faut dans un premier temps que cette annonce se fasse dans de bonnes
conditions.
Elle doit s’effectuer dans un lieu calme, une consultation dédiée doit être
prévue, l’annonce peut se faire en plusieurs fois. Si le patient est d’accord,
sa personne de confiance peut être présente. Même si cela est difficile, le
nom de la maladie doit être cité, cela peut également se faire
progressivement (maladie du cerveau, démence, Alzheimer ou masse puis
cancer). Mettre un mot sur ses symptômes permet au patient de ne plus
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être dans l’incertitude, permet de contenir l’angoisse. Le médecin doit bien
avoir en tête d’utiliser un langage approprié, il peut utiliser des illustrations
pour montrer les zones atteintes et les gestes qui pourraient
éventuellement être pratiqués. De plus, tout au long de l’entretien, il devra
s’ajuster au patient, il vérifie à chaque étape que ses explications soient
bien comprises du patient, il le rassure sur la qualité de la prise en charge.
Le médecin doit évaluer l’état des connaissances du patient sur sa
maladie : Depuis quand se sent il malade ? Que sait-il de sa maladie ?
Comment se sent-il, Comment vit-il ?
Il existe une asymétrie lors de cette consultation d’annonce, le malade n’a
pas les mêmes représentations de la maladie que le médecin, de plus le
patient a peut-être côtoyer des personnes malades, peut-être s’est-il
renseigné sur internet, il existe de ce fait un décalage entre ce qui est
compris par le patient et la réalité médicale et être source de
malentendus voire d’incompréhension lors de l’annonce.
Le pronostic ne doit pas figer l’avenir et s’effectuer dans un contexte
d’espoir (mais si un traitement curatif est incertain).
Lors de cette consultation, le patient s’attend à recevoir une information
complète sur les modalités de prise en charge avec les différents soins
leurs effets indésirables. Le médecin peut décider de ne pas tout donner
du premier coup ( il peut craindre certaines réactions du patient) mais
attention cela risque de rendre le patient méfiant : mon médecin me ment,
il me cache des choses. Il est donc fondamental pour le médecin de bien
connaître son patient et son environnement afin de lui apporter une
information personnalisée, il doit pouvoir identifier les situations
susceptibles de le fragiliser.

A la fin de l’entretien : Les questions que le médecin doit se poser :
- Ai-je laissé au patient la possibilité de poser toutes les questions ?
Temps primordial pour pouvoir évaluer les connaissances du patient. On
peut également fournir au patient des traces écrites qu’il pourra lire
tranquillement dans un deuxième temps ainsi que les numéros des
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professionnels à joindre s’il a besoin d’informations ou tout simplement de
soutien.
- Suis-je en mesure de savoir ce qu’il a compris ? Qu’a-t-il retenu de
la consultation ?
Il est évident que le patient n’aura pas intégré l’ensemble des informations
lors de cet entretien. D’ailleurs, le patient n’entend souvent plus grandchose après l’annonce du diagnostic, il faut laisser du temps au patient,
respecter ses mécanismes de défense.
Et pour la prochaine consultation : Que me reste-t-il à lui dire ?
Je voulais ajouter que le médecin soit savoir respecter des silences lors de
cet entretien, que cela soit pour permettre aux patients de comprendre les
informations ou pour respecter ses mécanismes de défense.
3. Les réactions possibles du patient et de ses proches :
 Réactions immédiates :
 Le choc, l’incrédulité,
 Le déni,
 La peur, la confusion,
 Désespoir, angoisse, agitation émotionnelle,
 Colère accablement, résignation,
 Culpabilité, résignation, déception
 Soulagement.
Tous ces mécanismes font partis du processus du travail d’acceptation de
la maladie. C’est un processus douloureux qui va permettre d’assimiler les
informations transmises et d’admettre petit à petit la réalité de la maladie.
 Réactions différées :
Voici les différentes réactions décrites par Elisabeth Kübler-Ross qui
apparaissent dans les jours suivant le diagnostic.
 La sidération : liée à l’état de choc, à l’annonce de la maladie.
Cette phase de stupéfaction correspond à un état de choc avec une
profonde sidération. Il n’y a plus de place pour les explications
rationnelles. De plus, il y ‘ a une altération des fonctions
instinctuelles (appétit, sommeil).
 Le déni et la révolte : Le patient se considère non malade, Il ne
supporte pas qu’on tente de le ramener à la réalité. Ce déni a pour
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rôle de protéger le patient face une réalité qu’il ne peut accepter.
Cela lui permet de s’accorder du temps pour rendre cette réalité
plus soutenable. Le soignant doit respecter cette phase, il doit
établir une relation d’aide qui va lui permettre d’être accepté tel qu’il
est.
 La colère : Le sujet retrouve une énergie de désespoir afin de
s’opposer à ce qu’il lui a été dit. La famille également peut ne pas
croire le médecin et demander d’autres avis avec l’espoir d’un
diagnostic différent. La colère peut se retourner contre le médecin
(ou l’équipe soignante à l’hôpital), il peut être désigné comme
responsable de ce diagnostic ! Cette irritabilité témoigne d'une
grande anxiété. La personne peut ne pas se reconnaître elle-même
et s’en veut de se comporter ainsi.
La meilleure façon d’aider le patient ici est de reconnaître que cette
période est effectivement difficile mais que le soignant est là,
disponible pour passer cette phase difficile nécessaire pour arriver
petit à petit à l’acceptation de la maladie.
 Le marchandage : Le patient essaie de trouver un compromis, il
négocie avec des personnes ou des entités abstraites (le temps : je
dois tenir jusqu’au mariage de mon fils) avec toutes les personnes
qu’il estime avoir un pouvoir sur sa mort et sur sa vie. C’est une
période de grande vulnérabilité. Elle requiert de la part des
soignants une attitude de discernement et de conseil afin d’éviter
des décisions qui lui porteront tort.
 La dépression : La douleur de la perte à venir se traduit par des
symptômes dépressifs. C’est un mécanisme de défense qui
témoigne de la mise à distance de la violence psychique que
représente la maladie. Cette période peut se traduire par une
sensibilité accrue, le patient peut se mettre à pleurer de manière
incontrôlée, il peut également ressentir de la culpabilité, il peut
présenter des troubles somatiques (perte d’appétit, insomnie…).
Les soignants doivent comprendre que c'est une étape qui
correspond à la recherche d'un sens à la vie. Surtout, lorsque les
personnes n'ont jamais réfléchi au sens de leur vie. Les soignants
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doivent surtout écouter le patient sans juger. Il n’est pas nécessaire
de donner de traitements antidépresseurs car on ne fait que
masquer la réalité profonde et la personne peut se sentir
incomprise, voire niée.
 L’acceptation : C’est une période plus sereine ou le patient se
centre sur lui-même.

Les suites de l’annonce :
 Du côté du patient et de ses proches : Il faut savoir que le Plan cancer
2003-2007 comporte une deuxième consultation réalisée par une
infirmière dans les jours suivant la consultation d’annonce. Cette
dernière permet de voir l’impact que l’annonce a eu sur le patient et sa
famille et permet également de répondre aux questions que le patient
et sa famille n’ont pu poser dans un premier temps, elle permet à
nouveau de voir ce que le patient a compris de sa pathologie. Il faut
savoir que la maladie va réorganiser toute la vie familiale, le patient se
trouve au centre, ses hospitalisations, ses traitements vont la
conditionner. Les autres membres ne sont plus prioritaires, dans
certains cas, les autres enfants (cas de cancer dans une fratrie) n’osent
plus s’exprimer et s’effacent. Ils peuvent se sentir coupables d’être en
bonne santé ou au contraire craindre d’attraper cette maladie, ils
peuvent présenter des signes de souffrance intenses et durables.
Il est fondamental de parler avec ses enfants, de leur faire exprimer
leurs craintes et leurs souffrances, une fois leurs inquiétudes entendues
elles pourront être contenues.
Il ne faut pas oublier de proposer un soutien au patient que cela soit un
psychologue ou psychiatre. Ce n’est pas un signe de faiblesse, ces
soutiens permettent au patient de faire face à l’ensemble des
bouleversements qu’ont entraînés la maladie.
 Du côté du soignant : Pour le médecin, côtoyer des personnes en
souffrance n’est pas aisé, elles peuvent réactiver des épreuves
professionnelles ou des douleurs personnelles. Lors de cette annonce,
le médecin peut se sentir impuissant. En plus de gérer les émotions de
son patient et de sa famille, il doit gérer également les siennes. Ils
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tentent de les minimiser et mettent en jeu tout comme le patient des
mécanismes de défense :
 L’identification projective : mécanisme le plus fréquemment
utilisé qui vise à attribuer à l’autre ses propres sentiments,
réactions, pensées ou émotions. Il permet au soignant de se
donner l’illusion qu’il sait ce qui est bon pour le patient.
Cela risque de culpabiliser le patient et de majorer son angoisse,
ne tient pas compte de l’histoire du patient.
 La rationalisation : discours hermétique et incompréhensible
pour le patient qui induit un échange sans réel dialogue avec le
patient. Le patient ne peut alors s’exprimer et garde ses
inquiétudes.
 La fausse réassurance : le soignant va optimiser les résultats
médicaux en entretenant un espoir artificiel chez le patient.
 La fuite en avant : le soignant, soumis à une angoisse
imminente, ne trouve pas de solution d’attente et se libère de
son savoir, « il dit tout, tout de suite et se décharge de son
fardeau». La relation de confiance entre les 2 parties ne peut se
mettre en place et cette annonce renforce le choc de la maladie
et va altérer le cheminement psychique du patient.
 La banalisation : Le soignant se focalise sur la maladie et met
totalement de côté la souffrance psychique du patient.
 Le mensonge : il a pour objectif de «préserver» le patient. En
réalité, il préserve le médecin, et parfois la famille du malade, de
la réaction du patient, telle qu’il l’imagine ou la redoute. Le
soignant ne respecte pas la volonté du patient. Le patient
devient méfiant voire devenir hostile à l’égard du corps médical.
Il est donc primordial que le médecin connaisse ses mécanismes de
défense. La gestion de ces situations stressantes et la prévention
de l’épuisement professionnel passe par un travail régulier sur son
propre ressenti. Je pense que les groupes Balint ici trouvent tout
leur intérêt car ils peuvent permettre de mettre des mots sur des
émotions, diminuer l’angoisse liée à cette situation et ainsi minimiser
l’impact traumatique de l’annonce. En outre je pense qu’elles
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permettent de montrer au médecin ses limites et ainsi de savoir
quand il doit à son tour demander de l’aide.
III.
CONCLUSION :
Le temps d’annonce d’un diagnostic difficile est essentiel dans l’histoire du
patient.
Il va conditionner la qualité du lien de confiance avec les soignants. Cette
annonce nécessite du temps voire plusieurs consultations afin de laisser le
patient intégrer les différentes informations qui lui ont été données.
Le médecin devra respecter les différents mécanismes de défense de son patient.
Ces derniers mèneront le patient petit à petit à prendre conscience de la réalité
de leur maladie et ainsi à devenir acteur de sa prise en charge. Pour se faire, les
soignants devront s’adapter à chacun de leur patient ainsi qu’à leur famille, c’est
cet accompagnement qui permettra au patient de se tourner vers l’avenir.
Pour conclure, cette première expérience d’annonce d’un diagnostic difficile fut
positive, avec du recul j’ai pu identifier certains mécanismes de défense de mon
patient et m’adapter à lui. Tout est loin d’avoir été parfait il me faudra beaucoup
plus d’expérience mais ce qui est certain c’est qu’une relation de confiance s’était
établie et j’espère qu’elle pourra être pour lui bénéfique dans la poursuite de ses
soins.
IV.
Bibliographies :
Collège français de néphrologie :
http://cuen.fr/umvf/IMG/pdf/07_chapitre_nephrologie_6e_edition.pdf
Société de néphrologie :
http://www.soc-nephrologie.org/PDF/enephro/recommandations/SN/IRCproteinurie.pdf
Evaluation du rapport albuminurie/créatininurie dans le diagnostic de la maladie
rénale chronique chez l’adulte par la HAS :
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/201204/texte_court_dfg_creatininemie.pdf
Revue de médecine interne 31 (2010) 626-630 : L’annonce d’un diagnostic grave.
https://www-em--premium-com.frodon.univ-paris5.fr/showarticlefile/265376/main.pdf
Annoncer une mauvaise nouvelle HAS :
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http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/200810/mauvaisenouvelle_vf.pdf
COMMENT S'ACCOMPAGNER ET ACCOMPAGNER LES PERSONNES
ÉPROUVÉES :
http://www.infiressources.ca/fer/depotdocuments/Comment_s_accompagner_et_acc
ompagner_les_personnes_en_fin_de_vie.pdf
Plan cancer 2003-2007.
V.
Les compétences mises en jeu :
-
Urgences premier recours : conduite à tenir devant une hématurie.
-
Approche centrée patient, relation, communication : le patient est au centre
de la procédure d’annonce.
-
C’est une approche complexe devant prendre en compte l’ensemble des
connaissances que le médecin possède sur son patient, son environnement,
complexe également car devant tenir compte aussi bien des mécanismes de
défense du patient que des mécanismes de défense des soignants.
-
Cette annonce s’inscrit dans un long processus ou les soignants devront
surveiller le patient et sa famille aussi bien sur le plan physique que
psychique, ils devront continuer de l’informer et de l’accompagner tout au long
des soins : Continuité des soins/ Coordination des soins (dans ce cas
avec l’urologue).
-