Discours débat d’orientation budgétaire
Jeudi 31 octobre 2013
Monsieur le président de l’APF,
Messieurs les ministres,
Monsieur le sénateur,
Mesdames et messieurs les représentants,
Mesdames et messieurs les journalistes,
Mesdames et messieurs,
Le débat d’orientation budgétaire ou DOB plus familièrement est un exercice obligé
pour notre Assemblée. Il s’agit pour le gouvernement d’un exercice de transparence et de
vérité, ainsi qu’une projection dans le futur. Chaque année cette séance consacre la
présentation par le gouvernement de ses grandes orientations budgétaires et permet à chaque
groupe politique de faire valoir ses propres propositions, dans le meilleur des cas, ou de faire
la critique systématique du gouvernement, comme cela est bien souvent le cas,
malheureusement.
Mais soyons clairs, à l’occasion de ce débat qui n’en est pas un en réalité, puisque
chacun présentera sa propre vision de l’orientation budgétaire de notre pays, je souhaiterais
tracer les grandes lignes du budget que nous vous soumettrons dans les prochains jours, avec
le plus d’objectivité, de réalisme, de vérité aussi, pour faire en sorte que les vraies questions
économiques, financières et budgétaires de notre pays soient clairement mises en évidence.
Je crois que l’éducation politique de notre peuple, chère à certains, commence ici. Par
la pédagogie et la transparence.
Mon intervention s’articulera en quatre parties principales.
1. Premièrement, la situation économique et financière du monde qui nous
environne,
2. Deuxièmement, notre propre situation économique et financière, dont vous
connaissez tous … l’état de délabrement, il n’y a pas d’autres termes qui
correspondent mieux.
3. Troisièmement, la mise en relief des actions engagées par le gouvernement
depuis son installation, qui fondent les perspectives de croissance et de
développement de notre collectivité pour la prochaine mandature,
4. Et enfin, quatrièmement, les grandes lignes des orientations budgétaires qui
constitueront la trame du budget primitif qui vous sera soumis sous peu.
Pourquoi me direz-vous, nous faut-il parler du reste du monde, alors que nous nous
apprêtons à examiner notre budget. Tout simplement parce que nous dépendons du reste du
monde. De la France, à 18.000 kilomètres, qui continue à garantir par notre appartenance à la
République notre niveau de vie, qu’on le veuille ou non, que l’on ose ou non se l’avouer, avec
les Etats-Unis qui nous apportent un flux de touristes essentiel à notre développement, même
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s’il est encore insuffisant, avec le Japon avec lequel nos échanges demeurent toujours aussi
déficitaires, avec de très nombreux pays qui contribuent à faire de nous, sur le plan
économique et social, ce que nous sommes aujourd’hui. Et demain peut-être avec la Chine si
celle-ci nous accompagne dans certains projets de développement.
Mais notre monde a profondément changé. Durant les quinze dernières années,
plusieurs événements majeurs l’ont radicalement transformé.
Depuis, les attentats du 11 septembre qui ont considérablement durci les relations
internationales et créé des tensions jamais atteintes sur tous les marchés, ceux des matières
premières, ceux de l’énergie, ceux des produits alimentaires, tout est devenu plus cher, ici
comme partout ailleurs.
Ce raidissement des marchés internationaux fut couplé à l’avènement de nouvelles
puissances émergentes, dont l’afflux de nouveaux consommateurs se traduit aujourd’hui par
une demande économique plus forte dans tous les domaines.
Les tensions qui en résultent continueront à s’exacerber durablement, dans un contexte
de limitation naturelle de toutes ces matières. Cette nouvelle géopolitique fragilise les Etats et
les collectivités, et plus encore les petites collectivités isolées, comme la nôtre, qui dépendent
du reste du monde pour nourrir leur population, produire de l’électricité, ou tout simplement
vivre.
Plus récemment, la crise économique et financière de 2009 a bouleversé d’autres
équilibres. L’éclatement des bulles spéculatives financières et bancaires, celle de
l’immobilier, celle du crédit bon marché, celle de la finance sans règles a ébranlé le monde
économique réel déjà fragilisé.
Dans un contexte de récession mondiale, les Etats se sont retrouvés, contre leur gré,
dans l’obligation vitale de secourir les banques et le monde de la finance, avec pour
conséquence de s’endetter considérablement. Aujourd’hui, la question de la dette publique et
du déficit budgétaire hante de nombreux Etats. Le blocage budgétaire auquel ont été
confrontés les Etats Unis n’en est que la dernière illustration. La question du financement des
retraites est aussi un sujet brûlant pour de nombreux Etats.
La France n’a pas été épargnée. Dans ce contexte, la République à laquelle nous
appartenons a vu son taux de chômage augmenter à nouveau, tout comme sa dette publique.
Dans cette situation, de nombreuses collectivités de la République, subissent des restrictions
budgétaires. Les communes auxquelles sont transférées des compétences lourdes à mettre en
œuvre sans disposer des financements nécessaires à cela sont fortement impactées.
Le redémarrage économique attendu depuis cette crise financière de 2009 n’est
toujours pas au rendez-vous et notre monde est aujourd’hui celui de l’incertitude. De l’aléa,
de l’imprévisibilité.
Paradoxalement, c’est aussi le monde de tous les possibles. Celui de l’interconnexion
immédiate et globale dans lequel nous sommes tous liés les uns aux autres. En ce sens ce
monde présente aussi de nombreuses opportunités.
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Face à ce monde incertain, il nous faut malgré tout faire des choix et effectuer des
arbitrages en ayant l’humilité de reconnaitre nos propres limites.
S’agissant de notre situation économique et financière, les choses sont claires.
Limpides même. L’instabilité, l’incompétence et l’idéologie nous ont précipités au fond du
gouffre. Que dire de plus ? Voyez-vous, je ne souhaite pas m’étendre davantage sur cette
triste réalité à laquelle nous sommes tous confrontés et sur laquelle nous nous sommes déjà
exprimés à maintes reprises.
Ce constat, les Polynésiens l’ont fait en mai dernier. Ils ont en tiré les conséquences en
choisissant de donner à notre Pays une majorité stable et solide pour conduire à ses destinées
et surtout, pour mettre un terme aux errements que nous venons de connaitre durant ces
dernières années.
Le Président le Polynésie française, Gaston Flosse, largement élu par votre Assemblée,
a constitué dès le 17 mai un nouveau gouvernement pour servir la Polynésie. Dans ce contexte
économique catastrophique, la cohérence de l’action gouvernementale constituait une
nécessité vitale. Cohérence de nos actions pour initier le redressement de nos comptes publics,
cohérence de nos actions pour fonder la relance économique, cohérence de nos actions pour
redonner confiance à notre population.
Cinq actions majeures devaient impérativement être mises en œuvre :
a.
La première, la plus controversée, la plus critiquée, la plus courageuse aussi, fut
la réforme fiscale.
Que n’a-t-on pas entendu dire, ici ou là ?… pompe budgétaire, un matraquage fiscal.
La rhétorique habituelle des lieux communs et du populisme rampant allèrent bon train,
davantage du côté de cette Assemblée d’ailleurs que parmi les leaders syndicaux et patronaux
dont il faut féliciter la responsabilité. Tout cela est derrière nous et c’est dans ce calme
retrouvé que nous pouvons regarder les choses lucidement. De manière factuelle.
 Les entreprises bénéficient pour la première fois d’une baisse de l’impôt sur les
sociétés de 5 points, soit une baisse de plus de 14% pour celles qui payaient 35% d’IS.
 Les salariés, disposant de moins de 250.000 francs par mois, qui constituent la grande
majorité des salaires, ont été épargnés du relèvement de la CST effectué afin de
protéger notre PSG aujourd’hui à la dérive.
 On nous a accusés de matraquer les consommateurs alors que la TVA sur les produits
de 16% reste inchangée ; alors que la TVA réduite de 5% reste inchangée ; alors que la
TVA sur les prestations de service, dont le niveau est largement inférieur au reste des
autres pays, n’augmente finalement que de trois points…
 On nous a accusés de matraquage fiscal alors que la défiscalisation locale a été
réformée, et réduite dans son niveau d’intervention, en crédits d’impôt et en taux
d’imputation, pour bénéficier à davantage de projets.
 Alors, oui c’est vrai les grandes entreprises dominantes devront contribuer plus, pour
participer davantage à l’équité sociale.
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 Oui c’est vrai aussi les grandes surfaces seront taxées sur la base des dispositions
fiscales adoptées par l’UPLD en 2005 qui n’a cependant pas eu le courage de
maintenir ce dispositif.
 Oui c’est vrai encore, les alcools et les tabacs à l’origine de nos déficits sociaux et de
tant de dérives seront désormais davantage taxés.
Alors oui, cette réforme fiscale, n’en déplaise à certains, était nécessaire et les
ressources additionnelles qui seront ainsi obtenues permettront de régler nos fournisseurs, nos
entreprises, nos communes, et ainsi redonner l’oxygène qui a manqué à notre économie.
Vous savez à quelques mois d’échéances électorales majeures, beaucoup auraient
choisi la politique de l’autruche, celle qui consiste à ne pas agir, ne pas fâcher, ne pas faire de
vagues, continuant ainsi à aggraver notre situation financière.
b.
La seconde action nécessaire fut l’adoption du collectif budgétaire qui est venu
redonner de la sincérité à un budget qui n’en avait plus vu la couleur depuis de
nombreuses années.
En supprimant des cessions d’actifs qui étaient en réalité fictives, en renforçant la
maîtrise des dépenses publiques, en mettant en œuvre des économies au sein du
gouvernement, de l’Assemblée, du CESC et de nombreuses entités publiques, nous avons
réussi à dégager les premiers excédents pour renforcer l’autofinancement de nos
investissements.
c.
Parallèlement à ces premières actions, il était urgent de mettre en œuvre des
mesures économiques et sociales d’urgence
A cet effet, nous avons mis en place des mesures phares, à commencer en direction des
plus démunis pour diminuer la fracture sociale et soulager la misère. Avec le dispositif A
tauturu utua fare, ce sont à présent près de 5.000 personnes qui vont pouvoir bénéficier d’une
aide d’urgence sur les 12.000 personnes susceptibles d’en bénéficier, selon les critères de la
CPS. Nous avons aussi relevé les minima sociaux et le minimum vieillesse.
Avec la mise en place du CAE, le contrat d’accès à l’emploi, l’objectif était de
relancer l’emploi et d’aider les entreprises et les commerces, mais aussi les communes et les
associations dans les archipels éloignés notamment, où le tissu économique est insuffisant, à
créer des emplois en attendant que la relance des grands chantiers porte ses fruits.
Malheureusement l’idéologie a pris le dessus et l’UPLD a fait déposer un recours contre ce
dispositif. Non contente d’avoir détruit des milliers d’emplois, l’UPLD vient aujourd’hui
empêcher ceux qui en ont le plus besoin de retrouver des revenus.
En matière de dépenses publiques, nous avons élaboré un plan de départs volontaires
afin de diminuer le poids de notre administration. Dans le même temps, nous poursuivons un
vaste plan de réorganisation de cette administration afin de la rendre plus efficace, mieux
organisée, plus cohérente et adaptée à nos objectifs.
Mais c’est surtout au plan économique que nous devons agir de manière profonde.
Notre économie doit progressivement se débarrasser de ses carcans administratifs, de ses
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lourdeurs qui noient nos fonctionnaires sous la paperasserie ou dans d’interminables réunions
et surtout, empêchent l’initiative privée de se déployer.
C’est ce désencadrement de l’économie qui a déjà pris forme.
La loi sur les outils permettant de renforcer les partenariats publics privés au travers de
la mise à disposition du foncier public dans le cadre de grands projets économiques a été
adoptée. Les zones d’aménagement concertées, les baux emphytéotiques administratifs ou le
crédit bail sur du domaine public constituent aujourd’hui des outils d’aménagement à la
disposition des acteurs économiques. Une loi sur les plans d’aménagement de zones vous sera
bientôt soumise. Elle permettra de faciliter la mise en œuvre d’aménagements, notamment
dans le domaine touristique.
La loi sur la concurrence, tant attendue, toujours reportée, a enfin été transmise au
CESC qui a émis un avis favorable. Elle sera bientôt soumise à votre examen. Pour la
première fois en Polynésie, un texte ambitieux, prévoyant la création d’une autorité
administrative indépendante, prohibant les abus de position dominante, favorisant la
concertation avec l’Autorité nationale de la concurrence, sera soumis à votre assemblée. Ce
texte constituera le premier grand pas vers une plus grande ouverture à la concurrence. En
moins de cinq mois ces décisions ont été actées par le gouvernement et adoptées par votre
Assemblée. Voilà des actes concrets.
Mais nous sommes aujourd’hui arrivés à la croisée des chemins et les défis
auxquels nous aurions dû apporter des réponses au cours des dix dernières années, alors que le
monde changeait radicalement, sont restés sans réponses. Nous pourrions débattre des heures
et des heures sur les responsabilités partagées des uns et des autres. Nous invectiver et
rechercher la paille dans l’œil de l’autre. Mais l’essentiel est aujourd’hui d’agir, de devenir
plus compétitifs et plus performants.
Au sein de votre assemblée, deux conceptions du futur de notre société sont proposées.
La première nous affirme que la solution à tous nos problèmes serait tout simplement
l’indépendance. Ou la souveraineté, je crois que c’est le nouveau terme destiné à appâter
l’électeur égaré.
La question du financement de nos investissements, routes, ports, aéroports ? Aucun
problème. Les salaires des enseignants ? Aucun problème. Le financement de la protection
sociale généralisée ? Aucun souci. L’éducation ? Encore moins, puisque chacun aura le
baccalauréat à 12 ans. Le déficit de la santé ? Disparu, puisque nous aurions les médecins
cubains payés à 2000 FCFP la journée. Et pour ceux qui n’y croient pas, pas de problème,
vous serez éduqués politiquement.
A l’aube du troisième millénaire, et dans un monde déjà interdépendant,
l’indépendance est-elle encore à l’ordre du jour ? Accrocher son drapeau sur un bâtiment à
New York n’apportera jamais me semble-t-il, ni développement, ni prospérité, tout au plus
l’illusion d’appartenir au grand concert des Nations, juste à côté des petites nations les plus
pauvres du monde qui vous soutiennent pour les rejoindre. Je le dis respectueusement à nos
amis de l’UPLD, vous courrez derrière une chimère et vous dissimulez à la population les
véritables conséquences de votre indépendance.
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La seconde voie de développement est la nôtre. Celle de l’autonomie, qui nécessite
que nous nous prenions en charge au sein de la République. C’est la voie de la responsabilité,
de la raison et de l’effort collectif.
Je le dis à l’adresse de tous les autonomistes présents au sein de cet hémicycle. Après
une gestion aussi calamiteuse de notre pays, l’UPLD a fait un résultat électoral encore trop
important lors des dernières élections. L’utopie de l’indépendance séduit des milliers de nos
concitoyens. Nos dissensions font tout doucement le lit de l’indépendance. Je vous le dis, le
vote du budget qui aura lieu dans quelques semaines sera un défi pour notre famille
autonomiste : celui de réussir à débattre sans se complaire dans les postures, celui de réussir à
échanger sans s’invectiver, celui de réussir à proposer sans faire la leçon aux uns et aux
autres.
Pour la majorité en place et le gouvernement, notre feuille de route est simple, il nous
faut reconfigurer notre système économique, lucidement, sans tabou, sans a priori, sans idée
préconçue. Force est de constater que des pans entiers de notre système sont basés sur des
mécanismes qui ont été mis en place dans un contexte différent, qui ne sont plus adaptés à
notre situation actuelle.
Nul n’ignore en effet que notre modèle économique est trop fortement administré, trop
encadré, trop subventionné, trop aidé, créant de fortes distorsions avec le secteur privé,
occasionnant de nombreuses pesanteurs dans l’instruction des demandes, entrainant des
situations d'iniquité, et générant un coût budgétaire insoutenable pour les générations futures.
Pour y remédier, nous pensons progressivement démanteler des dispositifs d'encadrement, de
stabilisation ou de subventions dont le fonctionnement est devenu insoutenable.
Pour relancer la croissance et donc l’emploi, nos efforts doivent se focaliser sur
l’encouragement vers l’initiative privée. Les attentes de la population en la matière sont fortes
et c’est tout l’exercice de ce débat d’orientation budgétaire qui consistera à traiter l’urgent
tout en repensant le futur. Pour cela, des mesures sectorielles de relance et de reconversion de
notre économie seront présentées à l’ensemble des acteurs économiques avant l’examen par
votre Assemblée du budget primitif 2014.
Ce plan de reconversion et de relance concernera tous les grands secteurs de notre
économie et s’articulera autour de trois grands axes :
- 1. des mesures de relance sectorielle (automobile, bâtiment, services, agriculture,
logement, services à la personne...) destinées à stimuler l’activité économique dans les
différentes branches de l’économie polynésienne. Un effort tout particulier sera consacré à
l’accession à la propriété, qui constitue un besoin économique réel de milliers de
polynésiens, un élément central de la cohésion sociale et un outil efficace de création
d’emplois et d’activité.
- 2. des mesures de reconversion de notre système économique seront progressivement
initiées (démantèlement progressif des systèmes de stabilisation, des mécanismes de
subventions cachées, reconfiguration des mécanismes de soutien aux secteurs productifs,
poursuite de la réforme de la défiscalisation locale et la création de dispositifs plus efficaces et
équitables,
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- 3. enfin, des mesures réglementaires et législatives visant à simplifier nos procédures
administratives et à faciliter l'initiative privée (loi sur la concurrence, protection du
consommateur, outils facilitant le partenariat public privé, cadre réglementaire et fiscal relatif,
développement du mécénat et des fondations).
Ce plan de reconversion économique attendu depuis de nombreuses années par tous
les acteurs économiques de notre pays, fruit de multiples concertations menées ces derniers
mois, sera présenté publiquement à la fin du mois de novembre, avant l’examen du budget
primitif de 2014.
Ce budget primitif sera surtout le premier budget élaboré, arbitré et proposé par le
gouvernement issu des élections de mai dernier.
Sur le fonctionnement, les grandes orientations suivantes seront privilégiées :
Tout d’abord, réussir à dégager un excédent de plus de deux milliards FCFP au budget
de fonctionnement, afin d’initier une reconstitution progressive de notre capacité à financer
sur fonds propres une partie de nos investissements.
C’est la première illustration visible du redressement de nos comptes publics que
toutes nos actions sous-tendent.
Pour atteindre cet objectif, il nous fallait reconstituer rapidement une partie des
ressources financières que nous avons perdues durant les deux dernières mandatures. La
réforme fiscale nous permettra de disposer des ressources financières nécessaires au
redressement de nos comptes publics dès l’année 2014. En choisissant d’être volontairement
très prudents, et même conservateurs par rapport à nos estimations initiales, ce sont 7 à 9
milliards de recettes additionnelles qui devraient alimenter notre budget, lui redonner vie
devrais-je dire et abonder les comptes spéciaux nouvellement créés pour donner de la
transparence dans l’utilisation de ces ressources.
Le Fonds pour l’Emploi et la Lutte contre la Précarité permettra de financer en toute
transparence nos actions sociales en faveur des plus démunis, pour stimuler la création
d’emplois, pour faciliter l’accès à l’emploi, et surtout pour financer notre PSG dont la survie
en aujourd’hui en jeu.
Le Fonds pour l’Investissement et la Garantie de la Dette permettra de faciliter la
relance de la commande publique et de rassurer les bailleurs de fonds.
Ce souffle financier était indispensable pour redonner au pays sa pleine capacité à
assumer ses obligations, rembourser ses dettes, payer ses fonctionnaires, régler ses
fournisseurs à bonne date, et enfin contribuer au financement des communes.
A ceux qui critiquent cette réforme, après avoir échoué, dois-je rappeler que sans la
subvention exceptionnelle de l’Etat de 6 milliards FCFP et sans le prêt de l’AFD effectués à la
fin de l’année 2012, notre pays aurait tout simplement été en cessation de paiement avant les
élections de mai dernier.
En matière de dépenses,
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La réduction des charges publiques constitue une nécessité, une obligation même à
laquelle nous ne pouvons nous soustraire.
Avec plus de 30 milliards FCFP de dotation, les charges de personnel de
l’administration constituent le poste de dépenses le plus élevé. Notre objectif sera clairement
de poursuivre cette baisse au travers du non remplacement des départs à la retraite, à
l’exception de nos missions essentielles et au travers d’un plan de départs volontaires destiné
à initier une baisse substantielle de charges sur la base du volontariat.
Cette réduction des effectifs sera accompagnée d’un redéploiement facilité des agents
publics, et donc d’une plus grande mobilité de ces derniers. Cette réduction sera couplée à un
véritable plan de formation destiné à favoriser la polyvalence des agents et leur capacité à
évoluer dans une administration qui devra poursuivre encore plus rapidement sa
modernisation.
Toujours en matière de dépenses, un effort de maîtrise de a été sollicité de tous les
services et de toutes les entités publiques bénéficiant des ressources financières du pays. Ce
fut le cas lors du collectif de juillet dernier et vous le verrez dans le budget qui vous sera
soumis. Les efforts sollicités seront inégalement portés, car les besoins nouveaux ou les
contraintes liées à la fusion ou à la disparition d’entités ont naturellement conduit à des
arbitrages effectués en conséquence.
En matière d’investissement,
Notre objectif est clairement affiché : relancer la commande publique, qui est cruciale
dans le redémarrage économique de notre Pays. Ayons simplement en tête que le niveau de
liquidation des investissements a atteint en 2012 son plus bas niveau. En effet, les dépenses
réelles d’investissement qui atteignaient 30,6 milliards en 2008, ont chuté pour tomber à 13,5
milliards en 2012. En réduisant de près de 2 tiers notre niveau d’investissement public, les
gouvernements qui nous ont précédés ont profondément aggravé la récession due à la baisse
de l’activité privée, alors qu’il aurait fallu contrebalancer ce déclin.
Le Ministre en charge de l’Equipement, Bruno MARTY, a engagé dès mai 2013, un
travail de recensement exhaustif de toutes les opérations d’investissement en cours afin de
prioriser les opérations susceptibles de créer rapidement de l’activité et de l’emploi,
notamment au travers de chantiers publics qui disons-le n’avançaient plus.
Le Ministre en charge du logement, Marcel TUIHANI, a de la même manière effectué
une analyse détaillée de toutes les opérations de logement social en identifiant les facteurs de
blocage et en mettant en œuvre toutes les actions pour relancer ce secteur tellement crucial en
matière de création d’emplois et d’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens.
Cette dynamique sera couplée à une accentuation de l’investissement privé. Le projet
Mahana Beach à Punaauia, le projet AINA PARE dans ce cadre d’un parc Bougainville
élargi, le site de l’ancien hôpital Mamao aujourd’hui abandonné. Voici les exemples concrets
de ces projets qu’il appartiendra au gouvernement de réaliser en partenariat avec le secteur
privé.
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Parler d’investissement c’est aussi parler de notre politique en matière de financement
et donc d’endettement. A la fin de l’année, notre endettement s’élèvera à près de 92 milliards
de F CFP. C’est beaucoup car ce niveau était de moins de 60 milliards il y a quelques années,
c’est beaucoup car cela représente une annuité de près de 14 milliards, c’est à dire plus que la
somme de l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur les transactions payé par toutes nos
entreprises.
En matière de gestion de la dette publique, notre politique se traduira par deux actions
nécessaires. La première consistera en la réduction de notre niveau d’endettement toxique par
une désensibilisation des emprunts pour lesquels le risque financier est aujourd’hui le plus
important. Une opération de désensibilisation sera prochainement mise en œuvre à cet effet.
La seconde action consistera en un appel progressif au marché obligataire afin de
bénéficier d’une plus grande souplesse dans la mobilisation des fonds nécessaires à nos
investissements. Nous effectuerons avant la fin novembre un appel de fonds de près de 6
milliards de F CFP sur le marché obligataire. Plusieurs banques mises en compétition
participeront à la levée de fonds dans l’optique d’obtenir les meilleurs conditions sur le
marché. Mais cet appel au marché obligataire qui constitue une évolution de toutes les
collectivités en matière de financement pose aussi des exigences. Les conditions de taux dont
nous bénéficierons sont dictées par le marché au travers de notre notation. Pour bénéficier des
meilleurs taux, il nous faudra donc être mieux noté, c'est-à-dire présenter une structure
financière assainie. Le président Gaston FLOSSE et moi-même avons rencontré à deux
reprises ces derniers mois l’ensemble des notateurs de Standard and Poors afin de leur donner
toute la transparence et la visibilité sur les actions que nous mettons en œuvre pour redresser
les comptes publics. Cette démarche est nécessaire pour parvenir à nous extirper de la note
spéculative qui est notre boulet financier hérité des dérives du passé.
Enfin, l’accès aux financements extérieurs sera facilité par la constitution du fond
d’investissement et de garantie de la dette qui vient d’être doté de 4 milliards issus de
prélèvements de dividendes et qui sera abondé par le versement de recettes fiscales
additionnelles. Cette réserve redonne confiance aux bailleurs de fonds qui reviennent
progressivement à nos guichets, comme j’ai pu le constater lors de mes deux derniers
déplacements.
Mesdames et Messieurs les représentants, j’ai essayé de vous présenter de la manière
la plus simple et transparente qui soit les grandes orientations du budget de l’exercice 2014
qui sera soumis à votre examen dans les prochains jours. Vous en verrez tous les détails lors
du débat qui se tiendra à cet effet.
En réalité, il était impératif pour notre collectivité de retrouver des ressources
financières. Cela a été fait grâce à la réforme fiscale, sans laquelle nous aurions continué à
plonger. Il était impératif pour notre collectivité de poursuivre la réduction des dépenses
publiques, cela a été fait au travers de la réduction des charges de personnel et de maitrise des
dépenses de nos institutions publiques. Il était impératif pour notre collectivité de relancer une
commande publique si importante pour stimuler notre activité économique, cela a été fait au
travers d’une politique volontariste d’investissement centrée sur des grandes opérations
structurantes. Il était enfin impératif pour notre collectivité de mettre de l’ordre dans ses
finances publiques, cela a été fait au travers des mesures de rationalisation de notre
administration et de meilleure gestion de notre dette.
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Mesdames et messieurs les représentants, il nous appartiendra dans les prochains jours
d’examiner ensemble et dans le détail le projet de budget primitif 2014 de notre Pays.
Ce premier budget de la nouvelle majorité posera les jalons du redressement financier
de notre collectivité. Il nous permettra aussi de mettre en œuvre progressivement les mesures
économiques et sociales pour renouer avec une croissance qui nous fait défaut depuis trop
longtemps, cela tout en veillant à réduire la fracture sociale qui s’est creusée ces dernières
années.
L’Etat a accordé à notre Pays l’avance de trésorerie sollicitée depuis plusieurs mois.
C’est une excellente nouvelle et nous verrons prochainement les conditions précises de
versement de ces 42 millions d’Euros qui seront remboursées sur deux exercices. Nous nous y
sommes engagés. Je voudrais à cette occasion remercier le Haut commissaire, Lionel
BEFFRE ainsi que l’ensemble de ses collaborateurs, de même que les agents de la direction
du budget et des finances pour le long, très long travail d’explication, de pédagogie parfois,
qu’ils ont su mener auprès des différents ministères parisiens pour faciliter le dénouement de
cette opération. Cette avance va nous permettre de payer une partie des sommes dues aux
communes, de payer les entreprises et les fournisseurs en attente, d’accorder une avance
essentielle au fonctionnement de l’hôpital. Que l’Etat se rassure, nous tiendrons nos
engagements comme nous poursuivrons les efforts de réduction des dépenses publiques.
Notre budget sera à présent sincère chaque année.
Le gouvernement sous la conduite de notre Président Gaston Flosse, qu’il soit ici ou
ailleurs, s’emploie sans relâche à cette tâche. Tous les jours…
Mais soyons lucides, plus rien ne sera comme avant. Notre modèle économique et
social est condamné à évoluer. Avec les réformes institutionnelles en cours, notre système
politique est aussi condamné à évoluer. Est-ce une mauvaise chose ? Non. La force de notre
collectivité est d’avancer, d’évoluer, de s’améliorer. Il nous appartient aujourd’hui, de tracer
ensemble les contours de la société que nous voulons pour demain, plus prospère, plus juste,
plus fraternelle, plus solidaire, et pour cela d’engager les réformes qui nous permettront d’y
arriver.
C’est ensemble que nous y parviendrons.
Je vous remercie pour votre attention
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Jeudi 31 octobre 2013 Discours débat d’orientation budgétaire