L’étude tectonique de la boutonnière paléozoïque de Madakh, située à 80 km au NE
d’Aïn Témouchent en Oranie, révèle l’existence d’un véritable « carrefour
structural » matérialisé par l’empilement d’unités tectoniques de styles et d’âges différents :
- des blocs de roches éruptives et métamorphiques (pegmatites, gneiss…) soulignant les
contacts anormaux majeurs; ce sont les témoins d’un socle cristallophyllien, probablement
anté à syn-paléozoïque, qui est totalement inconnu à l’affleurement ;
- des formations épimétamorphiques (schistes graphiteux à micro-poudings) rapportées au
Permo-Carbonifère ;
- des formations carbonatées rapportées au Jurassique qui « coiffent » généralement les
roches
précédentes, par l’intermédiaire de niveaux de décollement ;
- des formations de type flysch d’âge crétacé ;
- des marnes à intercalations gréseuses rapportées au Miocène; elles sont de deux types :
synchro-nappes et post-nappes ;
- des lentilles métriques à décamétriques de serpentinites et de roches carbonatées,
« emballées » dans une large zone de mélange tectonique ;
- un conglomérat d’aspect rougeâtre (faciès verucano du Permo-Trias) dans lequel sont
repris
des éléments de serpentinites. Ce conglomérat confine l’âge de mise en place de ces roches
à
l’Hercynien.
L’histoire hercynienne que l’on reconnait encore dans les schistes satinés permocarbonifères
est marquée par des structures ductiles : des plans C/S, des lenticulations, du
boudinage, des micro-plissements. Toutes ces structures militent en faveur de cisaillements
à
plat qui donnent des déplacements à vergence actuellement vers l’Ouest, contemporaines
d’un
métamorphisme de type schiste-vert de bas degré.
L’histoire alpine modèle le paysage actuel : elle est marquée par des chevauchements à
froid, caractérisés par d’épaisses zones de broyage, dont les vergences semblent
incohérentes
et fonction de la lithologie. Ces chevauchements sont généralement synchrones de
décrochements orientés, pour les plus importants, selon la direction ENE-WSW et qui
séparent le Paléozoïque des formations volcaniques et du Miocène. Ils affectent aussi bien
les
formations du Méso-Cénozoïque que celles du Paléozoïque: les schistes paléozoïques
chevauchent aussi bien les flyschs crétacés que les marnes miocènes.
C’est au cours d’une importante poussée subméridienne, ayant eu lieu au Miocène moyen,
que le substratum paléozoïque aurait subi une surrection sous forme d’un anticlinorium au
sein des formations méso-cénozoïques, et aurait subi une extrusion latérale vers l’Est et vers
l’Ouest où il chevauche ces mêmes formations.
L’étude géochimique (éléments majeurs) des serpentinites de Madakh montre une
évolution de MgO par rapport aux autres oxydes majeurs (SiO2, Al2O3, CaO) qui est
caractéristique des serpentinites d’affinité plutôt abyssale que de coin mantellique. Au
microscope, l’antigorite, le chrysotile, la magnétite, la dolomite ou la calcite, constituent
l’essentiel de leur composition minéralogique. Une étude à la DRX du chrysotile de Madakh
montre qu’il s’agit d’une espèce de composition proche du pôle pur de cette famille de
phyllosilicates. Par comparaison avec les serpentinites de Nouvelle Calédonie, celles de
Madakh ont cristallisé dans les conditions de 400°C et 2 kb.