Pédiatrie 147
2.1. MORPHINE
La morphine est sans conteste l’agent antalgique le mieux connu et le plus étudié
chez l’enfant. La pharmacocinétique de la morphine i.v. a fait l’objet de très nombreux
travaux dans différentes populations pédiatriques. La demi-vie plasmatique est prolongée
chez le nouveau-né et le prématuré à cause de l’immaturité hépatique. La clairance de
la morphine augmente ensuite considérablement au cours des trois premiers mois de la
vie pour atteindre des valeurs identiques puis supérieures aux valeurs adultes chez les
enfants d’âge préscolaire [6].
Avec la morphine (et les agonistes µ puissants comme le fentanyl et le sufentanil),
l’effet antalgique est dose-dépendant à travers une large gamme d’intensité douloureuse.
Il n’y a en théorie pas de limite supérieure à la posologie, tant que les effets secondaires
peuvent être contrôlés. La morphine est parfaitement adaptée à l’administration incré-
mentielle de faibles doses jusqu’au soulagement du patient selon un principe de titration.
Après une administration i.v. la concentration cérébrale atteint 80 % de la Cmax en
6 min. Elle se maintient ensuite au dessus de cette valeur pendant plus de 90 min [7].
Chez l’enfant, la titration est habituellement réalisée avec un bolus initial de 100 µg/kg
et des bolus ultérieurs de 25 µg/kg toutes les 10 minutes. Il faut diviser ces doses par
deux chez le nouveau-né et le nourrisson de moins de 3 mois. Le relais est ensuite pris
soit par une analgésie auto-contrôlée (PCA), soit par une administration continue par
voie intraveineuse, soit encore par une administration par voie orale à intervalle fixe
toutes les 4 h.
La PCA est le mode d’administration le plus intéressant puisque le patient a la possi-
bilité d’adapter à tout moment la dose qu’il reçoit à son niveau de douleur postopératoire.
Le dispositif est initialement réglé de façon à délivrer des bolus de taille suffisante
(20 à 40 µg/kg) avec une période réfractaire de 6 min. La sécurité de la méthode repose
sur des consignes simples (Tableau II) et sur une formation préalable du personnel
infirmier (Tableau III). Sauf cas particulier, les patients bénéficiant d’une PCA sont suivis
dans les lits standards de chirurgie. La principale limite de cette méthode en pédiatrie est
qu’elle suppose une participation et un degré d’autonomie du patient qui sont rarement
atteints avant l’âge de 6 ou 7 ans. Les enfants plus jeunes n’obtiennent pas une analgésie
satisfaisante si on ne les aide pas avec un débit continu [8].
Tableau II
Education du patient et de la famille en vue de l’utilisation de la PCA chez l’enfant
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Seul l'enfant a le droit de se service du bouton poussoir
Tu devras attendre quelques minutes après avoir appuyé sur le bouton-poussoir
pour ressentir les effets du médicament. Si tu appuies deux fois de suite, par
erreur, ou si tu n’attends pas assez longtemps, la machine n’injecte rien
Il faut que tu appuies avant que la douleur ne redevienne trop forte
Il n’y a aucun risque de toxicomanie quand la morphine est donnée pour traiter
une douleur après une opération
L’administration continue de morphine par voie intraveineuse est utilisée par défaut
dans les mêmes indications que la PCA chez les enfants de moins de 6 ou 7 ans. Ces
deux méthodes ont des résultats comparables en termes de qualité d’analgésie chez les
enfants de 6 à 9 ans [9, 10]. Les posologies de départ sont de l’ordre de 20 à 30 µg/kg/h
(Tableau 1). Avec ce type de traitement il faut autoriser un ajustement secondaire du
débit de perfusion si l’enfant n’obtient pas un soulagement suffisant (par exemple passer
de 20 à 30 µg/kg/h si OPS > 3, EDIN > 5). Le risque d’accumulation et de dépression
respiratoire est beaucoup plus élevé qu’avec la PCA. L’administration i.v. continue
doit être réservée à des enfants bénéficiant d’un haut niveau de surveillance en soins