Salomé Lesur
1°S6
L’INGENU, VOLTAIRE (1767)
-LA DOCTRINE JESUITE ET LA CRITIQUE DE
L’EGLISE CHRETIENNE :
LA DOCTRINE JESUITE DANS L’INGENU :
La doctrine jésuite, ou Compagnie de Jésus, est créée par Ignace de Loyola au XVIème siècle qui, à
l’âge de 30 ans, tourne ses pensées vers Jésus-Christ. Les Jésuites, comme les autres religieux
catholiques, professent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance à la hiérarchie
supérieure.
Dans L’Ingénu, chapitre VIII, Voltaire dénonce les Jésuites qui sont, pour lui, coupables d ‘avoir
manipulé l’entourage du Roi (« C’est qu’on l’a trompé comme les autres grands rois »), responsable
de l’intolérance religieuse et de la persécution des protestants (mais aussi comme l’un des
responsable de l’enfermement à la Bastille, suite à la réception d’une lettre par l ‘espion présent au
chapitre VIII : « Ce même jour, le révérend P. La Chaise, confesseur de Louis XIV, avait reçu la
lettre de son espion, qui accusait le breton Kerkabon [L’ingénu][…] de condamner la conduite des
jésuistes »(chapitre IX) ) : « Le père Lachaise ». Il fait aussi une allusion au sujet des Jésuites,
chassés de France trois ans avant la parution de l’oeuvre: « Il faut espérer qu’ils seront chassés
comme nous ils nous chassent». De plus, on peut penser que la citation latine: «Nos dulcia
linquimus arva,/ Nos patriam fuguimus », incomprise par l’Ingénu, est présente pour critiquer
l’éducation religieuse apportée par les Jésuites au Huron qui s’avère être incomplète, car un bon
catholique et un homme cultivé doit savoir le latin.
Dans le chapitre XVI, Voltaire nous fait une caricature de jésuites. Tout d’abord, le père que
Mademoiselle de Saint-Yves consulte s’apelle « le père Tout-à-tous »: c’est un nom de fantaisie
choisit pour faire penser au partage, à la générosité. Pour Voltaire, il symbolise l’hypocrisie des
jésuites. L’argumentation de cet homme est facilement repérable, elle est mathématique, comme du
par coeur: « Premièrement / Secondement / Troisièmement / Quatrièmement ». De plus, son avis
change quant il apprend l’identité de l’homme dont mademoiselle de Saint-Yves se plaint: «
“Monseigneur de Saint-Pouange ! s'écria le jésuite ; ah ! ma fille, c'est tout autre chose” ».
UNE CRITIQUE DE L’EGLISE CHRETIENNE :
L’innocence de l’Ingénu permet à Voltaire de faire une grande critique de l’Eglise chrétienne. En
effet, le Huron se pose de nombreuses questions, et ne comprend pas certaines habitudes qu’on les
chrétiens. Il se pose par exemple des questions au sujet de la manière dont on baptise les Hommes :
« ‘‘Montrez moi, lui dit-il, dans le livre que m’a donné mon oncle, un seul homme qui n’ait pas été
baptisé dans la rivière, et je ferai tout ce que vous voudrez’’ » (chapitre IV) ; force son confesseur à
se confesser à son tour en utilisant la citation de la Bible « confessez vos péchés les uns aux autres »
(chapitre III) ; ne comprend pas pourquoi il ne peut pas épouser Mademoiselle de Saint-Yves :
« ‘‘Morbleu ! mon oncle, vous vous moquez de moi : pourquoi serait-il défendu d’épouser sa
marraine, quand elle est jeune et jolie ?’’ » (chapitre V). Toutes ces questions que se posent
l’Ingénu sont en fait celles de Voltaire, qui affirment donc son déisme.
-L’ESPRIT DES LUMIERES
UNE CONDAMNATION DE LA RELIGION :
L’ingénu est croyant, mais l’œuvre ne nous permet pas de savoir si celui-ci est catholique ou
protestant, donc sa foi est déiste (Voltaire est bien déiste.)
Voltaire condamne l’intolérance religieuse à travers l’histoire de Gordon et de l’Ingénu : Gordon est
enfermé car il est janséniste, et le Huron l’est car il est soupçonné de prendre le parti des
jansénistes. La religion est donc critiquée, elle est ‘‘fermée d’esprit’’.
L’Ingénu se tient du coté de son ami, et tient des propos au sujet des « ses persécuteurs » : « ‘‘Vos
persécuteurs sont abominables’’ » (chapitre XIV).
L’ELOGE DU SAVOIR :
Gordon apprend à l’Ingénu de nombreuses connaissances, dans de nombreux domaines : les
mathématiques, l’Histoire, la philosophie, la littérature, une connaissance de l’Encyclopédie des
Lumières. Voltaire, dans les chapitres X, XI, XII et XIV, nous cultive aux sujets de nombreuses
œuvres : « L’ingénu développe son génie » (chapitre XI) : « ‘‘J’ai été changé de brute en
homme’’ », « Il se forma une bibliothèque », « son ami l’encouragea à mettre par écrit ses
réflexions »… Les deux hommes oublient presque le lieu dans lequel ils sont, tant le savoir leur
apporte du plaisir.
L’ingénu veut toujours apprendre plus. Par exemple, après avoir défendu son ami, il fait un lien
entre ce qu’il vient de dire et le savoir : « …Toute secte me paraît le ralliement de l’erreur. Ditesmoi s’il y a des sectes en géométrie ? »
-LA CRITIQUE DE LA HIERARCHIE SOCIALE :
UNE COUR INACCESIBLE :
Dans le chapitre IX, L’Ingénu est naïf : « je viens parler au Roi ; je vous prie de me mener dans sa
chambre » cette phrase parait absurde au lecteur et prend un caractère comique. Les porteurs rient
de cette innocence, ce qui est significatif d’une moquerie permanente de la part de la cour du Roi
envers la population, même si les porteurs sont au bas de la hiérarchie. L’ingénu rencontre un garde
(donc un homme en bas de la hiérarchie sociale) auquel il demande de le mener au Roi. Celui-ci
l’emmènera chez tous les représentants du Roi : « le premier commis de M.Alexandre » qui permet
de parler à « M.Alexandre », qui permet de parler à « Monseigneur de Louvois », qui transmettra au
Roi. On constate aussi dans ce chapitre la forte récurrence de l’expression « c’est comme si vous
parliez à… » qui signifirait donc que le premier commis de M. Alexandre est égal à M. Alexandre
qui est égal à monseigneur de Louvois qui est égal au Roi.
DES AFFRAIRES ET DES PRIORITES D’IMPORTANCES INVERSEES :
Voltaire met aussi une touche d’ironie avec l’expression « Ils vont donc chez ce monsieur
Alexandre, premier commis, et ils ne purent être introduits; il était en affaire avec une dame de la
cour, et il y avait ordre de ne laisser entrer personne. ». Un autre aspect comique est le fait que
l’Ingénu receive en récompense à ses services le droit de payer: « Que je paye le droit de me faire
tuer pour vous, pendant que vous donnez ici vos audiences tranquillement ? ».
Voltaire critique l’incapacité de la cour à faire son travail « Est-ce que tout le monde est invisible
dans ce pays-ci? ». Ensuite, le ministre Mr de Saint-Pouange permet une justice contre le corps de
Mademoiselle de Saint-Yves: chapitre XV: « Elle était si belle, que le Saint-Pouange, perdant toute
honte, lui insinua qu’elle réussirait si elle commençait par lui donner les prémices de ce qu’elle
réservait à son amant. ».
-L’EVOLUTION DE L’INNOCENCE DE L’INGENU:
AU DEBUT DU ROMAN:
L’ingénu le dit lui meme: il est naïf: « “On m’a toujours appelé l’Ingénu, reprit le Huron, et on m’a
confirmé ce nom en Angleterre, parce que je dis toujours naïvement ce que je pense, comme je fais
tout ce que je veux” » (chapitre I). Dans les chapitres suivants, les Kerkabon s’empressent de le
convertir à leur religion: il promet de se faire chrétien. Il suit ce que lui demande son oncle au sujet
de la religion, se pose des questions. Sa naïveté est telle qu’elle le mènera à la bastille: un espion
écoute ce qu’il dit au sujet des jésuites et envoie une lettre qui le fera aller en prison.
APRES SON SEJOUR A LA BASTILLE:
Gordon, le janséniste enfermé avec l’Ingénu, est un home sage, cultivé, qui apprendra à l’Ingénu de
nombreuses choses: l’Ingénu se sentira plus cultivé, prêt à affronté la société traîtresse dans laquelle
il vit. Sa naïveté semble ne plus exister: « L’ingénu développe son génie » (chapitre XI). L’ingénu
sortira donc de sa prison grandit, et fort.
-L’ESPRIT DES LUMIERES
UNE CONDAMNATION DE LA RELIGION:
L’ingénu est croyant, mais l’œuvre ne nous permet pas de savoir si celui-ci est catholique ou
protestant, donc sa foi est déiste (Voltaire est bien déiste.)
Voltaire condamne l’intolérance religieuse à travers l’histoire de Gordon et de l’Ingénu : Gordon est
enfermé car il est janséniste, et le Huron l’est car il est soupçonné de prendre le parti des
jansénistes. La religion est donc critiquée, elle est ‘‘fermée d’esprit’’.
L’Ingénu se tient du coté de son ami, et tient des propos au sujet des « ses persécuteurs » : « ‘‘Vos
persécuteurs sont abominables’’ » (chapitre XIV).
L’ELOGE DU SAVOIR:
Gordon apprend à l’Ingénu de nombreuses connaissances, dans de nombreux domaines : les
mathématiques, l’Histoire, la philosophie, la littérature, une connaissance de l’Encyclopédie des
Lumières. Voltaire, dans les chapitres X, XI, XII et XIV, nous cultive aux sujets de nombreuses
œuvres : « L’ingénu développe son génie » (chapitre XI) : « ‘‘J’ai été changé de brute en
homme’’ », « Il se forma une bibliothèque », « son ami l’encouragea à mettre par écrit ses
réflexions »… Les deux hommes oublient presque le lieu dans lequel ils sont, tant le savoir leur
apporte du plaisir.
L’ingénu veut toujours apprendre plus. Par exemple, après avoir défendu son ami, il fait un lien
entre ce qu’il vient de dire et le savoir : « …Toute secte me paraît le ralliement de l’erreur. Ditesmoi s’il y a des sectes en géométrie ? »
-L’AMOUR IMPOSSIBLE
UN AMOUR DES LA PREMIERE RENCONTRE :
Dès le premier chapitre, Mademoiselle de Saint-Yves tombe secrètement amoureuse de
l’Ingénu : « Mademoiselle de Saint-Yves, à ce récit, sentait un plaisir secret d’apprendre que
l’Ingénu n’avait eu qu’un maîtresse » (chapitre 1) , « Mademoiselle de Saint-Yves, en partant, se
retourna plusieurs fois pour regarder l’Ingénu » (chapitre 2) ; et le Huron tombe à son tour
amoureux de celle-ci : « Il lui fit des révérences plus profondes qu’il n’en avait jamais fait à
personne dans sa vie » (chapitre 2) ; « L’Ingénu lui dit qu’il l’aimait de tout son cœur » (chapitre
V). Cependant, Mademoiselle de Saint-Yves a tenue à être sa marraine : « Mademoiselle de SaintYves rayonnait de joie de se voir marraine. Elle ne savait pas à quoi ce grand titre l’asservissait »
(chapitre IV). En effet, il est impossible qu’un mariage soit consenti entre un baptisé et sa
marraine : « Hélas ! mon neveu, il est impossible que vous l’épousiez » (chapitre V). L’entourage
des amants s’oppose à leur amour, et Mademoiselle de Saint-Yves est envoyée au couvent.
L’ingénu est donc séparé de sa belle.
DE NOMBREUSES BARRIERES SE DRESSENT :
L’Ingénu se rend à Versailles pour demander que la Belle de Saint-Yves soit libérée du couvent ;
mais celui-ci est emprisonné à la Bastille pendant plus de six mois: une nouvelle barrière se dresse
entre les amants. La Saint-Yves est promise en mariage à un homme qu’elle n’aime pas : « le
maudit bailli pressait le mariage de son grand benêt de fils avec la belle Saint-Yves » (chapitre
XIII). Elle s’enfuit pour libérer son amant et se rend à Paris, où elle a la possibilité de libérer son
amant si elle devient la maîtresse du ministre qui peut changer la situation de son amant : « Elle
était si belle, que le Saint-Pouange, perdant toute honte, lui insinua qu’elle réussirait si elle
commençait par lui donner les prémices de ce qu’elle réservait à son amant. » (chapitre XV). Après
cela, elle est « déchirée des remords d’avoir trahi son amant » (chapitre XVIII). Et cependant, alors
qu’elle délivre son amant, les forces lui manquent, elle pleure, et ne profite pas de la joie de
retrouver son amant. Elle mourra de honte un peu plus tard, en avouant ce qu’elle considère comme
sa faute : « ‘‘Moi, votre épouse ! Ah ! cher amant, ce nom, ce bonheur, ce prix, n’étaient plus faits
pour moi ; je meurs, et je le mérite. Ô dieu de mon cœur ! ô vous que j’ai sacrifié à des démons
infernaux, c’en est fait, je suis punie, vivez heureux. » (chapitre XX). L’amour de ces amants a
donc été impossible jusqu’à la fin.