Le Courrier de Saint-Grégoire
Numéro 22 – Février 2014
Année Académique 2013-2014/V
Publié par l Académie de Musique Saint-Grégoire
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À Tournai depuis 1880
Chers Amis de Saint-Grégoire,
S
I l’on cherchait un fil conducteur qui reliât Don Giovanni et la Péninsule Ibérique, l’on se souviendrait que l’histoire initiale – celle de Don Juan –, popularisée par Tirso de Molina à travers
sa pièce El Burlador de Sevilla, situe précisément l’action du drame dans l’Espagne du XVIIe siècle.
C’est elle qui inspirera Lorenzo Da Ponte – grand rival de Molina – lors de la rédaction de son livret, celui-là même que reprendra Wolfgang Amadeus Mozart dans Don Giovanni. Cet opéra, Éric
Dujardin nous le présentera au cours d’une séance préparatoire à sa projection, à laquelle assisteront
les élèves, une semaine plus tard.
De fait, la Péninsule Ibérique, Tierra del sol, la pasión y el arte1, à cette époque comme à d’autres, a
su inspirer de nombreux artistes, forgeant une identité à la fois commune et pluriethnique. Oui : le flamenco et le cante jondo doivent autant au peuple
andalou et aux cultures qui s’épanouirent au Sud de
l’Espagne, que le fado portugais aux traditions importées du Brésil, ancienne Terra incognita.
Dans un tel environnement, serons-nous dès lors
surpris qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles plusieurs compositeurs ibériques marquent leur époque – en particulier dans le domaine de la littérature dédiée au clavecin ? C’est ce répertoire – ou, du moins, une
fraction de celui-ci –, que Fabienne Alavoine nous présentera avec ses élèves. Peut-être ce voyage
musical nous rappellera-t-il que, naguère, la Belgique fit partie des Pays-Bas espagnols ?
Stéphane Detournay
Directeur, PhD
Don Giovanni : du mythe au chef-d’œuvre
D
epuis les origines, opéra et mythe ont toujours entretenu des rapports privilégiés. Avec Orphée, Médée et Prométhée, la scène musicale a interprété son propre récit de la Création du
monde, de la Naissance des dieux ou de la Naissance de l’homme. Plus tardif, le mythe de Don Juan
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« Terre de soleil, de passion et d’art ».
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célèbre la quête effrénée de plaisir en opposition aux contraintes et aux règles sociales, morales et
religieuses. Probablement apocryphe, l’histoire s’inspirerait d’un fait divers rapporté par la Chronique de Séville : au XIVe siècle, Don Juan Tenorio aurait tué le commandeur Ulloa après avoir séduit
sa fille. En représailles, les moines du couvent où fut enterré le commandeur
l'auraient assassiné et fait disparaître son corps, clamant qu'il avait été foudroyé par le Ciel et entraîné en enfer, en châtiment de ses fautes et de son refus
de repentance. Sans doute le succès de la pièce qu’en tira Tirso de Molina,
mettant en scène un personnage de jeune débauché porté sur la jouissance estil, plus sûrement, à l'origine de la légende.
Maintes fois adapté, le texte fascine. En Italie, il est intégré à la commedia
dell'arte. Lorenzo Da Ponte (1749-1838), poète, librettiste et personnage romanesque s’il en fût, en tire un livret que Mozart (1756-1791) mettra en musique. Ce sera Don Giovanni, opéra en deux actes de type dramma giocoso2, créé à Prague le 29 octobre 1787. Avec La Flûte enchantée et les Noces de Figaro, cette œuvre exercera une profonde influence sur les compositeurs romantiques : Wagner ne la qualifiera-t-il pas d'opéra des opéras ? Au vrai, la scène du Commandeur, revenant du Royaume des Morts pour y entraîner Don
Giovanni, est certainement l’une des plus saisissante que le genre opératique ait produit. Le peintre Fragonard ne nous en laissera-t-il pas une vision fantasmagorique ?
Éric Dujardin nous dévoilera les contours de cette œuvre majeure le mercredi 5 février à 18h30 en l’Auditorium du Séminaire
Épiscopal, à Tournai.
Cette présentation anticipera la projection intégrale de l’opéra,
laquelle aura lieu le mercredi 12 février à 19h30 au cinéma Imagix, à Tournai dans une mise en scène de Kasper Holten et des
décors de Es Devlin. Avec Maiusz Kwiecien (Don Giovanni),
Alex Esposito (Leporello), le Chœur du Royal Opera et l’Orchestre du Royal Opera House (Londres) placés sous la direction de Nicolas Luisotti.
La Musique Ibérique pour clavecin
T
ANT au Portugal qu’en Espagne, l’avènement de la Renaissance est
synonyme d’âge d’or. Conséquente à la découverte du Nouveau Monde, l’hégémonie politique des deux royaumes – conjuguée, il est vrai, à leur
prospérité économique –, offre un terreau exceptionnel. Ainsi s’épanouit
une puissante tradition artistique, au demeurant déjà solidement implantée.
Le XVIe siècle inaugure donc une ère fastueuse dans laquelle la musique
occupe une place significative. Tous les genres s’y développent, sous l’impulsion des premiers grands compositeurs. Parmi ceux-ci figure Antonio de
Cabezón (1510-1566). Célèbre claviériste3 espagnol au service de Charles
Quint et de Philippe II, il sera considéré comme Fondateur de l’École d’Orgue Espagnole et lointain précurseur des Sweelinck, Byrd ou Frescobaldi.
Deux siècles plus tard, le Padre Soler (1729-1783), religieux dans l’ordre des Hiéronymites et Maître de Chapelle de l’Escorial, composera de nombreuses sonates destinées, elles aussi, au clavier. À
la même époque, au Portugal, l’italien Domenico Scarlatti (1685-1757) séjourne à Lisbonne comme
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« Drame joyeux », associant des éléments comiques (buffa) et tragiques (seria).
À l’époque, les œuvres pour clavier s’exécutent indistinctement sur l’orgue ou le clavecin.
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Maître de la Chapelle Royale et Professeur de la Princesse Maria Barbara de Bragance, fille du roi
Jean V. Son influence sera déterminante sur l'École Portugaise de Clavecin, en particulier sur Frei
Jacinto (ca1700-ca1750) et Carlos Seixas (1704-1742), auteur d'innombrables pièces opérant la synthèse entre style napolitain et lyrisme typiquement national.
En guise de miroir inversé à ces genres
alternant liberté et gravité – synthèse
caractéristique des mystiques ibériques
–, apparaît le thème de la Folia, mentionné dans les écrits lusitaniens dès le
e
XV siècle. Associée à un rite chorégraphique lié à la fertilité, au rythme rapide et à l’aspect insensé, son origine a,
probablement, inspiré son nom. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, la Folia se
répand en Italie (Follia), en France (Folie d’Espagne) et en Allemagne. Des
compositeurs tels J.-H. d’Anglebert, B.
Pasquini, A. Scarlatti, C. P. E. Bach et
J-S. Bach illustreront ce genre à la forme polymorphe : thème et variations, citation, mélodie évocatrice…
De cet univers à la fois coloré et passionné – sol y ombra –, Fabienne Alavoine nous proposera un
éclairage, lors de l’audition intitulée La Musique Ibérique pour clavecin, avec la participation d’élèves des classes de clavecin et de chant, auxquels s’associera Éric Dujardin, le mercredi 26 février à
17h00 au Séminaire Épiscopal, à Tournai.
Prochaines manifestations :
TOURNAI – Séminaire Épiscopal
Mercredi 5 février 2014 à 18h30
Présentation de Don Giovanni
Opéra en Deux Actes de Wolfgang Amadeus MOZART
par Éric DUJARDIN
entrée libre
TOURNAI – Séminaire Épiscopal
Mercredi 26 février 2014 à 17h00
La Musique Ibérique pour clavecin
Audition des classes de Clavecin et de Chant
Avec la participation de Fabienne ALAVOINE et d’Éric DUJARDIN
entrée libre
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