Des patates douces aux orchidées
Un rapport de Kew incite vivement la communauté scientifique à
sécuriser la santé de la planète
Les jardins botaniques royaux de Kew ont rendu public aujourd’hui le premier rapport annuel sur la
situation de la flore mondiale, avant le symposium international de science et réglementation sur ce
thème.
Le premier rapport annuel sur la situation de la flore mondiale, dont la rédaction a pris un an et a
impliqué plus de 80 scientifiques, est une analyse de référence sur le savoir actuel concernant la
diversité des plantes de la planète, les menaces mondiales auxquelles celles-ci sont actuellement
confrontées, ainsi que les stratégies mises en place et leur efficacité à traiter de tels problèmes.
« Il s’agit de la toute première évaluation sur la situation de la flore au niveau mondial. Nous avons
déjà des évaluations a l’échelle mondiale sur la situation des oiseaux, tortues de mer, forêts, villes,
mères, pères, enfants et même antibiotiques, mais aucune sur les plantes. Je trouve cela frappant
étant donne l’importance des plantes à la vie de tous – de l’alimentation et des médicaments à
l’habillement et aux matériaux de construction en passant par les biocarburants et la régulation du
climat. Ce rapport marque donc la première étape pour pallier ce manque dans nos connaissances. »
a déclaré le professeur Kathy Willis, directrice scientifique aux jardins botaniques royaux de Kew
lors du lancement du rapport lundi.
« Mais afin d’avoir un impact, ces résultats doivent servir à motiver les communautés
internationales scientifiques, de la conservation, des affaires et gouvernementales à travailler
ensemble afin de combler les lacunes de connaissances que nous avons soulignées, mais aussi
d’accroitre la collaboration internationale, les partenariats et les projets pour la conservation et
l’usage des plantes, » a-t-elle ajouté.
L’état des lieux de la flore présenté dans le rapport est fondé sur les connaissances scientifiques les
plus récentes pour l’année 2016 et est divisé en 3 sections ; la description des plantes du monde, les
menaces pour la flore au niveau mondial, et la réglementation et le commerce internationaux.
Nommer et compter
La première section se consacre à la diversité des plantes sur Terre, en remarquant que la science
reconnaît aujourd’hui un nombre estimé à 391 000 plantes vasculaires, parmi lesquelles 369 000
sont des plantes à fleurs et qu’environ 2000 nouvelles espèces de plantes vasculaires sont décrites
chaque année.
Certaines des espèces les plus intéressantes ont été découvertes lors de missions de terrain alors
que beaucoup d’autres ont été repérées seulement après avoir été préparées et déposées en tant
que spécimens d’herbiers, et quelques unes ont été découvertes dans les serres de Kew. L’une des
plus grandes plantes carnivores connues (1,5 mètres de hauteur), une nouvelle plante insectivore du
genre rossolis nommée Drosera magnifica a même été découverte pour la première fois sur
Facebook. Dix huit nouvelles espèces boliviennes du genre Ipomoea, de la famille des belles-de-jour,
ont été décrites, avec parmi elles une plante apparentée a la patate douce, Ipomoea batatas, ce qui
offre des options prometteuses pour une utilisation future dans l’agriculture.
« Il reste cependant de grandes parties du monde pour lesquelles la connaissance de la flore est
limitée. L’identification de zones d’importance prioritaire pour les plantes s’avère maintenant
critique. » dit Steve Bachman, responsable stratégique du rapport sur la situation de la flore
mondiale, a Kew. « De même, nous ne connaissons encore qu’une fraction de la diversité génétique
des plantes et les séquences de génomes entiers ne sont disponibles que pour 139 espèces de
plantes vasculaires. La recherche dans se domaine doit s’accélérer », ajoute-t-il.
Les plantes utiles
En termes d’usages des plantes, le rapport rassemble des données de sources multiples afin de
révéler qu’au moins 31 000 espèces de plantes ont un usage documenté pour la médecine,
l’alimentation, les matériaux, etc. La majorité (17 810 plantes) de celles-ci sont médicinales.
Outre les plantes d’usage courant, le rapport explore où l’effort de récolte devrait être ciblé afin
d’inclure les plantes utiles du futur. L’un des groupes d’espèces de plantes d’importance essentielle
à la sécurité alimentaire mondiale est le groupe des plantes sauvages apparentées aux plantes
cultivées, un réservoir de variation génétique qui peut aider à améliorer nos cultures dans l’avenir.
Un inventaire récent a révélé qu’il existe actuellement 3546 taxons de plantes prioritaires à l’échelle
mondiale identifiées comme étant des plantes sauvages apparentées aux plantes cultivées. De plus,
la banque de graines de Kew (Millenium Seed Bank) comporte 688 plantes sauvages apparentées
aux plantes cultivées parmi ses 78 000 acquisitions, mais il reste d’importantes lacunes.
La recherche dans ce domaine a montré que les caractéristiques qui ont été sélectionnées pour
l’agriculture au cours des années de domestication ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux
qui apporteront une résilience aux changements climatiques. Étant donné qu’un grand nombre des
populations sauvages de ces espèces sont considérablement menacées en raison de l‘usage des sols
et du changement climatique, il y a un besoin urgent de conserver ces espèces qui ne sont
actuellement pas suffisamment représentées dans les collections. Un stockage de graines plus
important aidera à préserver un éventail plus large d’alternatives aux plantes cultivées desquelles
dépend aujourd’hui la terre entière (voir pages 20-23 du rapport).
Changement climatique
Le rapport explore aussi l’état actuel des connaissances liées à l’impact du changement climatique
sur la flore et constate que bien que l’impact soit bien connu pour certaines régions du monde, il y a
encore de grandes zones pour lesquelles il n’existe que peu voire aucune recherche. Dans les zones
pour lesquelles des données fiables sont disponibles, on peut voir clairement des impacts liés au
changement climatique, notamment des changements de la période de floraison, de la succession
des communautés végétales et des migrations d’espèces.
Un travail scientifique cité dans le rapport montre que tous les biomes du monde sauf un ont subi
un changement de plus de 10 % dans leur type de couverture terrestre au cours de la dernière
décennie, en raison des effets combinés de l’utilisation des terres et du changement climatique.
Ce travail, mené par des équipes du Centre International pour l’Agriculture Tropicale basé en
Colombie, est aussi un premier en son genre à établir des délais pour effectuer des changements
politiques et pratiques nécessaires afin de maintenir la production et la sécurité alimentaires en
Afrique. Il montre que plus de 30% des zones de production de maïs et de banane, et jusqu’à 60%
de celles produisant des légumineuses, sont à même de devenir non viables d’ici la fin du siècle.
Cependant, il met en valeur certaines cultures qui présentent une plus grande résilience et sur
lesquelles les chercheurs pourraient se concentrer (voir rapport pages 36-39).
« Le fait d’avoir des preuves que les cultures de racines telles que celles du manioc et de l’igname
sont des cultures ‘’intelligentes’’ du futur sur le plan climatique pour l’Afrique sub-saharienne est
essentiel pour éclairer la politique et la planification d’aujourd’hui » a ajouté le professeur Willis.
Des recherches supplémentaires sur le développement d’une économie du café résiliente face au
climat en Ethiopie publiées dans ce rapport mettent en évidence comment la production de café
risque d’être affectée fortement par le changement climatique, mais défendent l’idée que cet
impact pourrait être compensé si l’on intervenait dès maintenant en développant de nouvelles
régions de plantations de café, ce qui pourrait même conduire à des gains en production de café.
Zones importantes pour les plantes
1771 zones importantes pour les plantes ont été identifiées à l’échelle mondiale mais très peu
d’entre elles sont protégées à l’heure actuelle. Au Royaume-Uni à lui seul, 165 de tels sites ont été
reconnus, tels que les régions boisées atlantiques et les forêts pluviales celtes, reconnues
d’importance mondiale. Ceux-ci comprennent la péninsule de Lizard en Cornouaille, les Brecklands
d’East Anglia et certaines régions de la côte ouest de l’Écosse. Des zones importantes pour les
plantes ont aussi été reconnues dans les territoires d’outre-mer du Royaume-Uni, par exemple les
Îles Malouines, et des plans d’extension de ce programme pour les territoires d’outre-mer du
Royaume-Uni dans les Caraïbes sont en cours.
Espèces invasives
On observe actuellement une importante migration de plantes exotiques invasives. Des études
globales ont recensé près de 5000 espèces de plantes invasives. Ces plantes sont responsables
d’une perte importante de plantes indigènes, dégradent les écosystèmes naturels, transforment la
couverture terrestre et entraînent souvent d’énormes pertes économiques. Au Royaume-Uni, cela
comprend la très invasive renouée du Japon (Reynoutria japonica), introduite en tant que plante
ornementale en Grande Bretagne au milieu du 19ème siècle et qui coûte à la Grande Bretagne plus
de 165 millions de livres par an en frais de contrôle (voir rapport pages 48 à 51).
Ce rapport lance un appel à plus de collaboration entre les institutions et organismes travaillant sur
les espèces invasives afin de permettre l’établissement d’une seule liste globale documentant la
taxonomie, la menace, la distribution, le contrôle et autres informations pertinentes relatives à ces
espèces. Une application plus stricte de la loi et une mise en œuvre renforcée des procédures de
quarantaine minimiseraient le risque.
Maladies des plantes
Avec l’arrivée de maladies des plantes, apparaissent de nouvelles menaces pour ces dernières, et le
travail de recherche sur ces maladies est biaisé en faveur des pays ayant des infrastructures de
recherche possédant plus de moyens.
Menaces et extinction
Les meilleures estimations portent à croire que 21% des plantes du monde sont actuellement
menacées d’extinction et un suivi en continu nous permettra de savoir si l’on tend vers un
glissement plus rapide des plantes vers cette extinction ou plutôt vers une diminution de la menace
à laquelle elles font face.
Plantes et politiques de réglementation
Bien qu’une partie de la planète vit du commerce des plantes, le commerce illégal ou non durable
est à l’origine de pressions supplémentaires sur la biodiversité et une application plus stricte des
régulations internationales est indispensable. L’adoption et l’application de conventions telles que la
CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages
menacées d’extinction) ont eu des effets bénéfiques incontestables et il y a tout lieu d’être optimiste
quant au protocole de Nagoya qui devrait améliorer l’efficacité des pays a conserver et utiliser leur
biodiversité.
L’un des principaux groupes de plantes faisant encore l’objet de trafic aujourd’hui est celui des
orchidées. Ce constat a été confirmé par des données fournies par les douanes britanniques. Cellesci montrent que parmi toutes les plantes saisies à l’aéroport d’Heathrow en 2015, plus de 42%
d’entre elles étaient des orchidées sauvages.
« Ces résultats scientifiques sont les plus importants émis par Kew ces dernières années et j’espère
que le plus de personnes possible accèderont à ces résultats » a declaré Richard Deverell, le
directeur des jardins botaniques royaux de Kew. « Les plantes représentent l’un des constituants
majeurs de la biodiversité, la base de la plupart des écosystemes du monde et possèdent le potentiel
pour faire face à de nombreux enjeux planétaires présents et futurs. Nous sommes idéalement
placés pour révéler leur importance et sommes fiers de posséder à la fois le répertoire de plus de
250 années de récoltes mais aussi une présence scientifique sur le terrain active et de niveau
mondial, ce qui nous permet d’interpréter les données de façon à ce que celles-ci soient utilisées
sous de multiples formes par les génerations à venir » a-t-il ajouté.
Ends
Afin d’en savoir plus et d’accéder à la galerie d’images pour la presse merci de contacter les jardins
botaniques royaux de Kew via le bureau de presse de Kew au 020 8332 5607 ou par courriel à
[email protected]
Afin de télécharger les images de presse, rendez vous sur
http://www.kew.org/press/images/index_kew.html
Notes à l'intention des rédacteurs
Afin de télécharger une copie du rapport sur la situation de la flore mondiale, cliquez
stateoftheworldsplants.com/report/sotwp_2016.pdf
Afin d’accéder à la gamme complète de données et d’information interactive visitez le nouveau site
web de la situation de la flore mondiale - https://stateoftheworldsplants.com
Les Jardins botaniques royaux de Kew sont un organisme de renommée scientifique mondiale,
réputée mondialement pour ses collections exceptionnelles ainsi que pour son expertise scientifique
sur la diversité des plantes, la conservation et le développement durable au Royaume-Uni et partout
dans le monde. Les jardins de Kew sont une attraction touristique majeure de rang international et
se trouvent parmi les attractions principales à Londres. Les 132 hectares de jardins paysagers de
Kew, ainsi que son domaine Wakehurst, attirent plus de 1,5 millions visites par année. www.kew.org
Le colloque sur la situation de la flore mondiale se tient aux jardins botaniques royaux de Kew du
11 au 12 mai 2016 en accompagnement de la sortie du rapport.
Parmi les conférenciers : le professeur Quentin Cronk (de l’Université de la Colombie Britannique au
Canada et des jardins botaniques royaux de Kew), qui donnera une conférence sur « Les Mortsvivants : l’extinction des plantes et le potentiel évolutionnaire » ; le docteur Claude Fauquet (du
Partenariat mondial pour le manioc pour le 21ème siècle – GCP21), qui parlera sur le sujet du
« Manioc, la culture du 21ème siècle » ; le professeur Yvonne Buckley (Trinity College Dublin en
Irlande) qui donnera une présentation intitulée « Les Invasions végétales actuelles et au futur : des
défis pour la science et la société ». Le programme inclut aussi une séance de questions-réponses
avec les experts, ainsi qu’une chance de participer à des visites en coulisses de Kew.
La fondation Kew a été établie comme organisme de bienfaisance en 1990. La fondation Kew œuvre
au niveau global et lève les fonds indispensables, auprès d’individus, de compagnies et de
fondations, afin de soutenir les travaux de Kew. http://www.kew.org/about/our-work/people-anddepartments/about-kew-foundation
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