L’histoire
Les différents significations du concept :
 L’histoire comme récit fictif ou véridique
 L’histoire comme discipline : l’étude du passé humain
 L’Histoire ou la réalité historique : l’évolution et le devenir des
sociétés humaines
L'histoire (le travail des historiens) fabrique des histoires
(des récits) de l'Histoire (du devenir historique déjà réalisé).
3 questions :
• les usages de l’Histoire : à quoi sert la discipline historienne ?
• Histoire et vérité : l’historien peut-il être objectif comme un
scientifique ?
• Histoire et humanité : l’Histoire humaine a-t-elle un sens ?
I- pourquoi s’intéresser au passé ?
Distinguer
- intérêt pratique : ce qu’on peut en tirer pour l’action,
notamment collective.
- Intérêt théorique : purement intellectuel
La raison
=
Capacité de
justifier
Fonction théorique :
Justifier des idées
v/f
Fonction pratique :
justifier une décision,
une action
b/m
A - intérêt pratique ?
1.
tirer des leçons de l’histoire ?
- les échecs (ex : politique allemande depuis 45)
- les réussites (ex : politique de relance keynésienne promue par la gauche
depuis 2009)
Des expériences du passé on pourrait
- induire des règles générales (dans toute situation S, si on fait x il s’ensuit y)
- appliquer ces règle à la situation présente (cette situation est S, donc…)
Histoire militaire dans les écoles d’officier.
L’opinion de Hegel:
"On dit aux gouvernants, aux hommes d'Etat, aux
peuples de s'instruire principalement par l'expérience de
l'histoire. Mais ce qu'enseignent l'expérience et
l'histoire, c'est que peuples et gouvernements n'ont
jamais rien appris de l'histoire et n'ont jamais agi suivant
des maximes qu'on en aurait pu retirer. Chaque époque,
chaque peuple se trouve dans des conditions si
particulières, constitue une situation si individuelle que
dans cette situation on ne peut et on ne doit décider que
par elle. Dans ce tumulte des événements du monde,
une maxime générale ne sert pas plus que le souvenir de
situations analogues qui ont pu se produire dans le
passé, car une chose comme un pâle souvenir, est sans
force dans la tempête qui souffle sur le présent ; il n'a
aucun pouvoir sur le monde libre et vivant de l'actualité.
A ce point de vue, rien n'est plus fade que de s'en référer
aux exemples grecs et romains, comme c'est arrivé si
fréquemment chez les Français à l'époque de la
Révolution. Rien de plus différent que la nature de ces
peuples et le caractère de notre époque
→ pas de lois de l’histoire, de règle générale
Chaque situation est singulière, singularisée par un
ensemble de traits propres à l’état de la société à cette
époque précise
→l’action, individuelle ou politique, n’est pas une
science : c’est plus un art.
Austerlitz et Bonaparte choisit délibéremment de ne pas suivre la règle d’usage en
stratégie militaire.
L’acteur peut s’inspirer des règles déjà suivies.
Mais doit savoir s’en écarter
Aristote : Vertu de « Prudence » (prudentia)
- capacité de déterminer la singularité de chaque situation
- selectionner le type de règles qui peut convenir
- Savoir s’en écarter si nécessaire pour trouver une solution adaptée
La politique et la guerre sont comme la navigation
des arts (technè) pas des sciences ‘Aristote, Hegel)
•
•
2. la mémoire collective
• mémoire et « identité nationale »
la nation : groupe humain caractérisée par une identité forte.
→ identité objective d’une nation : ses traits distinctifs : patrimoines, territoire, etc.
→ identité subjective d’une nation : conscience d’être la même
Nation → animée d’une conscience commune
de valeurs (voire de projets) communs
d’une mémoire commune
Goya, Tres de Mayo, commémore la répression sanglante des troupes
napoléonnienne suite à la révolte du 2 mai 1808
La mémoire collective : quelles fonctions ?
sociale : solidarité
politique
• mémoire et politique
l’inscription de l’action collective dans une évolution historique
Problème : mémoire et histoire sont différentes, voire exclusive.
intérêt pratique ≠ intérêt théorique
Le front national célèbre Jeanne d’Arc le
1ermai, transformant la pucelle d’Orléans en
fondatrice de la nation française – ce qui est
historiquement plus que discutable
« En cette fin de millénaire, les Européens, et tout particulièrement les
Français, sont obsédés par un nouveau culte, celui de la mémoire.
Comme s'ils étaient saisis de nostalgie pour un passé qui s'éloigne
irrévocablement, ils s'adonnent avec ferveur à des rites conjuratoires,
censés le maintenir vivant […] Il faut d'abord noter que la
représentation du passé est constitutive non seulement de l'identité
individuelle – la personne présente est faite de ses propres images
d'elle-même –, mais aussi de l'identité collective. Or qu'on le veuille ou
non, la plupart des êtres humains ont besoin de ressentir leur
appartenance à un groupe : c'est qu'ils trouvent là le moyen le plus
immédiat d'obtenir la reconnaissance de leur existence, indispensable à
tout un chacun. Je suis catholique, ou berrichon, ou paysan, ou
communiste : je ne suis pas personne, je ne risque pas d'être englouti
par le néant. […] Une autre raison pour se préoccuper du passé est que
cela nous permet de nous détourner du présent, tout en nous procurant
les bénéfices de la bonne conscience. Qu'on nous rappelle aujourd'hui
avec minutie les souffrances passées nous rend peut-être vigilants à
l'égard de Hitler et de Pétain, mais nous fait aussi d'autant mieux
ignorer les menaces présentes – puisqu'elles n'ont pas les mêmes
acteurs ni ne prennent les mêmes formes. Dénoncer les faiblesses d'un
homme sous Vichy me fait apparaître comme un vaillant combattant de
la mémoire et de la justice, sans m'exposer à aucun danger ni m'obliger
d'assumer mes éventuelles responsabilités face aux détresses actuelles.
Commémorer les victimes du passé est gratifiant, s'occuper de celles
d'aujourd'hui dérange […]. »
Tsvetan Todorov
B- intérêt théorique : d’où venons-nous ?
• conservation du passé
• compréhension du présent : « auto ethnologie »
• pbl du sens de l’évolution humaine (voir III)
II- l’histoire est-elle une science ou n’est-elle faite que d’interprétations ?
« Définition » science :
Pratique humaine visant à établir une connaissance certaine d’une partie du
réel. Idéal d’objectivité et de vérité prouvée.
Modele : sciences de la nature
interprétation : mettre en évidence le sens d’une action, œuvre, ou texte.
Semble subjective.
Opposition entre deux courants :
Conception positiviste : l’histoire peut être une science si elle suit le modèle des
sciences de la nature
Conception herméneutique : l’histoire a une forme d’objectivité différente : car
elle porte sur des sujets humains.
A- éléments pour une conception « positiviste » de l’histoire : la science contre
l’interprétation
1. Les faits objectifs contre les opinions subjectives
• la mémoire manque d’objectivité.
→ plus interprétation que restitution des faits
• interprétation suggère subjectivité et pluralité des versions possibles
• contre cela il y a les faits, que l’historien n’invente pas ≠ négationnisme
• reconstituer (mentalement) les faits passés :
- par les vestiges, traces, et autres indices matériels
- monnaies, tableaux, gravures, etc.
- les témoignages des contemporains
« L'an du Seigneur 1348, en France et presque
partout dans le monde, les populations furent
frappées par une autre calamité que la guerre et la
famine : je veux parler des épidémies. (...) Ledit
fléau, à ce que l'on dit, commença chez les
mécréants [en fait en Asie centrale, dans l'empire
mongol], puis vint en Italie ; traversant les monts, il
atteignit Avignon, où il frappa quelques cardinaux
et enleva tous leurs domestiques. Puis, peu à peu,
(...) de ville en ville, de bourg en bourg, finalement
de maison en maison, de personne à personne, (...)
parvint jusqu'en Allemagne, moins terrible
pourtant là-bas que chez nous. » (…)
Un charnier à Toulouse datant du
XIVeme siecle : victimes de la peste
noire
JEAN DE VENETTE, Chronique latine (1368)
Illustration de la peste noire tirée de la bible de Toggenburg (1411)
Remarque : on parle parfois d’interprétation des données
Distinguer :
INTERPRETATION
-Remonter de l’effet
observé à la cause
objective.
-une seule version
vraie
-Équivocité initiale doit
être remplacée par un
sens unique
-Remonter d’une œuvre,
action ou texte à sa
signification pour
l’auteur, l’acteur,
locuteur.
-Plusieurs versions
possibles
Le bon historien n'est d'aucun temps ni d'aucun
pays. Quoiqu'il aime sa patrie, il ne la flatte jamais
en rien. L'historien français doit se rendre neutre
entre la France et l'Angleterre. Il doit louer aussi
volontiers Talbot que Duguesclin. Il rend autant de
justice aux talents militaires du Prince de Galles
qu'à la sagesse de Charles V.
Fénelon (1651-1715)
2. l’explication par les causes
Expliquer le fait en le reliant à d’autres faits ou circonstances qui l’on produit.
Il s’agit là de recherche de causes.
Pourquoi des émeutes à Paris en juillet 1789 ?
Augmentation du prix du blé. Pourquoi ? Hiver rigoureux…
Prise de la Bastille
En ce sens, l’Histoire est faite de faits objectifs qui concernent la nature et l’homme,
mais considéré en tant que simple être naturel.
On étudie d’ailleurs en histoire des éléments naturels : événements physiques, études
démographiques, évolution du climat.
De fait, l’historiographie du XIXème siècle était positiviste :
-
d’établir les faits évidents, matériels : bataille, révolte… histoire événementielle
de déterminer leur causes (d’autres faits antérieurs ou contigüs)
de mettre en évidence leurs effets (faits consécutifs)
3. l’explication par les lois
• lois : terme équivoque : lois comme convention (droit) / lois comme régularité
objective (loi de la gravité)
• principe positiviste : l’explication par les causes est en fait une explication par
des lois
• utilisation
- implicite de lois naturelles (ex : biologie humaine : besoins énergétiques →
rôle dans les mouvements de population)
- lois des autres sciences humaines
(ex : économie : lois de l’offre et de la demande pour expliquer la hausse des
salaires en GB suite à la grande peste)
• la recherche de lois spécifiques de l’histoire ( ex : marxistes : lutte des classes)
B. Éléments pour une conception « herméneutique » (« subjectiviste ») de l’histoire
1. Les faits sont « construits »
faits bruts ≠ faits artificiels
« donnés »≠ « construits »
« [au XIXème siècle, prévalait ] une conception strictement
événementielle de l'histoire, comme était l'ancienne histoire
politique ou militaire qui opérait sur ce qu'elle appelait des
faits précis (avènements ou fins de règne, négociations
diplomatiques ou traités, sièges ou batailles), sortes d'atomes
de réalité historique isolés par la pensée, qu'on pouvait
disposer commodément en séries enchaînées de causes et
d'effets. Nous sommes devenus aujourd'hui extrêmement
sensibles au caractère artificiel, construit, dérivé du « fait »
historique ainsi conçu : loin d'y voir l'essence même de la
réalité du passé, nous avons appris à y reconnaître le résultat
d'un découpage, d'une sélection (légitime si elle est consciente
et rationnellement justifiée) qui, dans le tissu complexe et
continu du passé, détache le fragment que l'historien estime
utile de placer sous l'objectif de son appareil de visée : dès
lors il risque de devenir factice de traiter comme un
phénomène distinct (un effet d'une cause) ce qui n'a peut-être
pas eu d'existence autonome. […]
Marrou, la connaissance historique
2- modèle interprétatif contre modèle explicatif
l’histoire ne se contentent d’expliquer les faits. Elle en cherche aussi le sens.
Comprendre ce sens, c’est comprendre la pensée consciente, les représentations qui animent
et motivent ces actions.
Sens d’une action : idées et motifs
Lorsque l’enquête scientifique porte sur une réalité humaine, sur des actes qui sont le produit
de subjectivité, on parle de compréhension, pas seulement d’explication.
Le philosophe allemand Dithey est
à l’origine de la distinction entre
expliquer et comprendre (erklären
/ verstehen), communément
admise aujourd’hui en philosophie.
Max Weber développe en histoire et
sciences sociales des méthodes fondées
sur la notion de compréhension.
les événements ont un sens, en fonction des croyances et intentions des acteurs historiques.
Ex : Pourquoi la campagne de Russie a-t-elle échouée ? l’échec de l’entreprise doit être pensé
aussi à partir
...des intentions et croyances des grands hommes historiques : la volonté d’Hitler était déjà un
projet délirant ; il a cru qu’il pourrait faire mieux que Napoléon parce que lui avait lu Clausewitz,
etc.
... Les acteurs secondaires
... le moral des troupes : comment les soldats perçoivent leur situation ?
Plan de l’opération
Barbarossa
(T) Les « sciences de la nature » sont radicalement distinctes des
sciences de l’homme.
(Argument) Le positivisme méconnaît la différence entre le monde physique
et le monde psychique. Dilthey refuse ainsi l'unité de la méthode scientifique et
distingue deux « objets » radicalement différents qui ne peuvent à l'évidence
relever de la même méthode de connaissance : la Natur et le Geist.
(Distinction) Natur et Geist
wilhelm Dilthey
(1833-1911)
Natur : La région de la nature est celle des objets offerts à l'observation scientifique et soumis,
depuis Galilée, à une entreprise de mathématisation et, depuis Stuart Mill, aux canons de la logique
inductive.
Geist :La région de l'esprit est celle des individualités psychiques dans lesquelles chaque psychisme
est capable de se transporter.
Question : comment les sciences de l’esprit sont-elles possibles ?
Méthode : toute science de l’esprit présuppose une capacité primordiale : se transposer dans la vie
psychique d’autrui (= compréhension)
Une connaissance objective du psychisme d’autrui est possible parce que l'intérieur se
donne dans des signes extérieurs qui peuvent être perçus et compris en tant que signes d'un
psychisme étranger.
« Nous appelons
compréhension le processus par
lequel nous connaissons
quelque chose de psychique à
l'aide de signes sensibles qui en
sont la manifestation. »
• parce que l’objet historique est constitué de subjectivité que la connaissance de
l’historien n’est pas simplement une connaissance objective.
Paul Ricœur
3. l’engagement de l’historien et le modèle de la traduction
•ne peut pas complètement s’effacer devant l’objet
d’étude, ne peut pas mettre entre parenthèse sa
subjectivité : pour comprendre les représentations d’un
acteur historique ou social, il faut pouvoir soi-même
avoir des représentations analogues aux siennes.
La connaissance de l’homme est une relation de sujet à sujet
• La compréhension est engagée : pour comprendre une culture humaine, passée ou
étrangère, nous devons la comparer à la notre : comme traduire les discours étrangers,
c’est traduire dans notre langue, donc dans la forme de vie sociale qui la soutend.
Par exemple, supposons que nous exprimions la règle morale des protestants en français
« tu ne dois pas consommer le fruit de ton travail »,
La traduction est une certaines transformation. Elle peut être une déformation:
... chaque terme est traduit et donc transformé (de « Beruf » à travail)
... c’est exprimé dans le « style » (à la manière de) et dans la forme de nos règles morales.
Avec notre tournure « tu ne dois pas... »
Nous ne pouvons pas faire autrement que de traduire. La qualité du travail
d’interprétation dépendra donc de la qualité de la traduction.
Nous pouvons faire une bonne traduction. Mais toute traduction se fait dans notre
langue : elle se fait du point de vue de notre culture.
Louis Dumont pense l’ethnologie comme une traduction de leur
formes de vie dans nos formes de vie.
Voir la préface des Essais sur l’individualisme.
4. question de la pluralité des interprétations : ses limites
• nombres de faits ne sont pas susceptibles d’une interprétation
ex : shoah : un nombre objectif de mort
• des interprétations différentes mais compatibles
ex : la révolution française est une révolution bourgeoise
la révolution française est une révolution populaire
• des interprétations contradictoires :
si l’une est vraie, alors l’autre est fausse
Ex : les massacres des arméniens 1915 en Turquie (fait) = génocide ou
non (interprétation juridique).
un fait historique et une époque historique peuvent être « lus » selon différents
points de vue
Il y a plusieurs histoires.
Histoire sociale
Histoire économique
Histoire des mentalités
Histoire politique
etc.
Mais à chaque perspective son objectivité : la pluralité des interprétations n’est
pas ici signe d’un désaccord : elles ne sont pas exclusives.
Conception
positiviste
Conception
herméneutique
Cause / effet
Croyances,
intentions / actions
Fait brut
Fait construit
Lois
Idéaux-types,
concepts, tendance
statistique
Branche de
l’histoire privilégié
Histoire
événementiel,
politique et
militaure
Histoire sociale,
histoire des
mentalités
Modèle de science
Sciences de la
nature
Sciences sociales
weberienne
Conception de
l’homme
sousjacente
L’homme peut être
considéré de
manière purement
objective
L’homme est une
subjectivité, et ne
peut être compris
que comme tel
Objet de recherche
centraux
III- l’Histoire a-t-elle un sens ?
L’Histoire : le devenir historique
Un : unique
Sens : signification / direction / motivation
Nous vivons dans l’histoire, que l’historien étudie dans son détail.
Mais l’historien se spécialise dans une époque, et interprète les
événements de manière à dévoiler les significations qu’ils revètent
Problème : au-delà du détail de l’histoire, y a-t-il une logique qui œuvre.
dans l’histoire, qui la mène dans une direction, voire qui la conduise vers
une fin ? Y a-t-il une direction nécessaire ? Ou l’histoire est-elle
contingente ?
Enjeux : Renoncer à un sens, n’est-ce pas renoncer à un sens pour
l’action présente?
A- l’Histoire suivrait une évolution et une direction nécessaire
1- Conception positiviste comtienne : le progrès des sciences et techniques
• conception de Comte : voir cours sur la religion
loi des trois états (Auguste Comte) :
l'esprit humain, dans l’individu ou dans
l’humanité, passe par 3 états successifs,
progressifs
État scientifique ou positif
État métaphysique ou
abstrait
Etat théologique ou
fictif
Analogie histoire de
l’humanité / histoire
de l’individu
S
E
N
S
D
E
L
‘
H
I
S
T
O
I
R
E
20/12/12
ENFANCE
de
l’humanité
ADOLESCE
NCE
ÂGE
ADULTE
MATURITÉ
Auguste Comte
En étudiant ainsi le développement total de l’intelligence
humaine dans ses diverses sphères d’activité, depuis son premier
essor le plus simple jusqu’à nos jours, je crois avoir découvert
une grande loi fondamentale, à laquelle il est assujetti par une
nécessité invariable, et qui me semble pouvoir être solidement
établie, soit sur les preuves rationnelles fournies par la
connaissance de notre organisation, soit sur les vérifications
historiques résultant d’un examen attentif du passé. Cette loi
consiste en ce que chacune de nos conceptions principales,
chaque branche de nos connaissances, passe successivement par
trois états théoriques différents : l’état théologique, ou fictif ;
l’état métaphysique, ou abstrait ; l’état scientifique, ou positif. En
d’autres termes, l’esprit humain, par sa nature, emploie
successivement dans chacune de ses recherches trois méthodes
de philosopher dont le caractère est essentiellement différent et
même radicalement opposé – d’abord la méthode théologique,
ensuite la méthode métaphysique et enfin la méthode positive.
De là, trois sortes de philosophies, ou de systèmes généraux de
conceptions sur l’ensemble des phénomènes, qui s’excluent
mutuellement : la première est le point de départ nécessaire6,
de l’intelligence humaine ; la troisième, son état fixe et définitif ;
la seconde est uniquement destinée à servir de transition.
• critique de Lévi-strauss, dans Race et histoire : les peuples sauvages ont
- une pensée parfaitement rationnelle selon leur système de croyance
- des techniques parfaites selon leurs standarts de vie
- une histoire qui leur est propre
Masque Fang, Gabon
Claude Lévi-strauss
Si l’on entend par technique l’ensemble des procédés dont se dotent les
hommes, non point pour s’assurer la maîtrise absolue de la nature (ceci ne vaut
que pour notre monde et son dément projet cartésien dont on commence à
peine à mesurer les conséquences écologiques), mais pour s’assurer une maîtrise
du milieu naturel adaptée et relative à leurs besoins, alors on ne peut plus du
tout parler d’infériorité technique des sociétés primitives : elles démontrent
une capacité de satisfaire leurs besoins au moins égale à celle dont
s’enorgueillit la société industrielle et technicienne. C’est dire que tout groupe
humain parvient, par force, à exercer le minimum nécessaire de domination sur
le milieu qu’il occupe. On n’a jusqu’à présent connaissance d’aucune société qui
se serait établie, sauf par contrainte et violence extérieure, sur un espace naturel
impossible à maîtriser : ou bien elle disparaît, ou bien elle change de territoire. Ce
qui surprend chez les Eskimo ou chez les Australiens, c’est justement la richesse,
l’imagination et la finesse de l’activité technique, la puissance d’invention et
d’efficacité que démontre l’outillage utilisé par ces peuples. Il n’est d’ailleurs que
de se promener dans les musées ethnographiques : la rigueur de fabrications des
instruments de la vie quotidienne fait presque de chaque modeste outil une
oeuvre d’art. Il n’y a donc pas de hiérarchie dans le champ de la technique, il n’y
a pas de technologie supérieure ni inférieure ; on ne peut mesurer un
équipement technologique qu’à sa capacité de satisfaire, en un milieu donné,
les besoins de la société. Et, de ce point de vue, il ne paraît nullement que les
sociétés primitives se montrèrent incapables de se donner les moyens de réaliser
cette fin.
Pierre Clastres, « la société contre l’Etat »
2- l’Histoire occidentale : le progrès de la liberté et de la raison ?
L’évolution humaine obéit à un mouvement général, inscrit au plus profond de
leur être : ils sont guidés par le désir de Liberté, l’essence de la Raison humaine :
la fin de la domination de l’homme par l’homme, un monde fait pour l’homme,
par l’homme, dans lequel il se reconnaisse.
• La marche de l’esprit chez l’individu
L’homme est une être doué de liberté, animé par des besoins spirituels qui
oriente son action individuelle, et collective . Il cherche à retrouver l’empreinte
de la personne dans ce qui lui est étranger : dans la nature, puis dans la
considération d’autrui.
• Le holisme hégélien
• la marche de l’Esprit dans l’histoire collective :
L’Histoire humaine est la marche de la civilisation (« l’Esprit » « la Raison »), qui
conduit les sociétés vers la reconnaissance de la personne humaine par et dans les
œuvres collectives
→ artistiques (œuvres d’art)
→religieuses (pratiques et croyances)
→économiques (forme de la production et de l’échange)
→juridiques (les lois)
→politique (le régime)
• les grandes étapes d’une Histoire mouvementée, violente
-
Le « despotisme oriental » : la liberté d’un seul
-
La liberté dans la communauté : vie et mort de la « belle cité » grecque
-
l’avènement de le reconnaissance
universelle de l’individu
Rome
Le christianisme
la Réforme
Rembrandt, Christ sur
la croix
Luther
La montée de la bourgeoisie
Metsys, le Prêteur et sa femme (1514)
- Le moment synthètique : la liberté individuelle
et la liberté collective. La république moderne
La révolution française :
… la liberté consacrée dans les institutions
… L’individu libéré, désimbriqué (Taylor) : la nuit
du 04 aout le libère de son ordre
Napoléon a modernisé
les Etats européens conquis, exportant les valeurs
Et les institutions de la Révolution Française, centrées sur l’Idée de Liberté.
Remarque : la violence, la guerre, la mort ont ici une valeur positive du point de
vue de l’ »universel », de la marche de l ’ »esprit », la Culture, même si elles sont
souffrance pour l’individu et pour les peuples.
Le mal a sa raison : il est l’instrument de l’action de la Raison, de la Liberté.
Ce que désirent avec impatience les peuples
d'Allemagne, c'est que les individus qui ne sont
point nobles et qui ont des talents aient un droit
égal à votre considération et aux emplois, c'est
que toute espèce de servage soit abolie. Les
bienfaits du Code Napoléon, la publicité des
procédures, l'établissement des jurys, seront
autant de caractères distinctifs de votre
monarchie. Je compte plus sur leurs effets pour
son extension (...) que sur le résultat des plus
grandes victoires. Il faut que vos peuples
jouissent d'une liberté, d'une égalité, d'un bienêtre inconnu aux peuples de la Germanie
Napoléon à son frère Jérome, 15 11 1801
Ingres, Bonaparte 1er
consul
B- prendre acte de la contingence de l’histoire sans désespérer
1- la contingence dans l’histoire
• Certains faits récents ont fragilisé les théories du sens de l’histoire :
→ Les deux guerres mondiales. Auschwitz
cf. Valery : « nous autres, civilisation, savons désormais que nous sommes mortels »
→ La crise écologique
= l’existence humaine se révèle contingente.
• les événements
- sont en général contingents (ex : la mondialisat° n’est pas « inéluctable »)
- ou sont nécessités (ou rendus probables) par des événements antérieurs qui euxmêmes étaient contingents.
• Ceci-dit, on peut interpréter a posteriori l’évolution humaine, en saisissant les
traits saillants d’une histoire globale, même si cette histoire est contingente
Ex : Louis Dumont, des anciens aux modernes : l’histoire de l’individualisme
2- un sens de l’histoire doit être postulé
Si l’on ne croit pas à la possibilité d’un progrès de l’humanité, peut-on encore agir
dans le sens éthique requis ?
E.Kant, texte de « théorie et pratique »
Par exemple, l’action écologique suppose une certaine croyance en la possibilité de se
sauver de la crise écologique. (Hans Jonas)
Conclusion :
L’évolution historique des sociétés humaines peut être l’objet d’une
d’interprétation vraies, qui montrent le sens qu’avaient les événements
pour les acteurs, et qui montrent les mentalités de ces derniers. De plus,
l’interprétation peut dévoiler certaines connexions, certaines liaisons
sensées dans la « suite » des évenements.
Enfin, on peut croire à un progrès historique, pas tant pour des raisons
théoriques que pour des raisons pratiques (Kant).
Index :
- L’interprétation
- La vérité, la démonstration
- La société, l’Etat, la politique
- La liberté
- La morale
- La religion, les techniques
Téléchargement

L histoire 2015 - Le roseau pensant