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Janvier 2015
#01
Allocation d’actifs : stratégies d’investissement d’Amundi
Depuis bientôt 3 ans, la Banque centrale européenne (BCE) s'est engagée dans
des programmes de politique monétaire non conventionnelle. La raison est
multiple :
•Tout d'abord, la faiblesse de la croissance économique qui fait suite à une
récession de grande ampleur et l'apparition de divergences économiques
sans précédent entre les états membres de la zone euro. Une large part de
ces divergences persiste, et certaines convergences ne sont qu‘apparentes,
comme par exemple les excédents courants, qui re ètent en fait des excédents
d’épargne dans le nord de l’Europe, et des dé cits d’investissement dans le
sud, deux réalités diamétralement opposées, par nature, et aux conséquences
bien différentes ;
•Ensuite la volonté de remettre à ot le système bancaire européen, fortement
affecté par les excès de crédit, la baisse des résultats et globalement la fragilité
n a n c i è r e ;
•Pousser les taux à des niveaux extrêmement bas a également fait partie de sa
stratégie pour, d'une part stimuler l'investissement, et d'autre part - et surtout
- rendre plus solvables des entités qui ne l'étaient plus ou dont la solvabilité
était mise à mal.
•La BCE a également pris conscience de la nécessité de favoriser l'accès au
crédit, notamment pour les petites et moyennes entreprises dont le rôle est
crucial dans les économies européennes, aussi bien en matière d’emploi que
d’investissement (voir sur ce point notre édition du mois de décembre).
•En n, il est question ici de sortir la spirale dé ationniste qui gêne la croissance
économique. La baisse des taux d’in ation a pour conséquence de reporter
les plans de consommation, d’investissement et d’embauche, ce qui réduit
considérablement les perspectives de croissance.
Tout récemment, Mario Draghi, le président de la BCE rappelait à quel point il était
attaché à ce que le bilan de la banque centrale progresse de nouveau. L'objectif
de 3 000 Mds d'euros (une hausse de 1 000 Mds, soit un équivalent de 10 % du
PIB de la zone) a été con rmé en même temps que les prévisions de croissance
économique étaient révisées à la baisse : la BCE prévoit désormais une croissance
du PIB de 1 % en 2015 (contre 1,6 % précédemment), et de 1,5 % en 2016 (contre
1.9 % précédemment). Il a également rappelé que la BCE était prête à modi er dès
le début 2015 si besoin est « la taille, le rythme et la composition de ses mesures »
si les signaux de croissance et d'in ation se détérioraient encore. Plus récemment
encore, M. Praet, chef économiste de la BCE, indiquait qu’il était possible que
le taux d’in ation de la zone euro passe – temporairement – en territoire négatif.
Quand on sait qu’il y a un peu plus de 2 ans, seuls 5 % de la zone étaient en
dé ation, on comprend mieux les annonces du gouverneur de la BCE. Au-delà
des LTRO, et des programmes d’achats d’ABS et de covered bonds (qui, au total,
représenteront au mieux 500 ou 600 Mds d’euros), il est désormais question d’un
QE souverain, ou d’un QE portant sur les dettes privées… ou des deux.
Il convient de signaler un fait « nouveau ». Pendant ces trois dernières années, les
banques ont été des acheteurs « naturels » de dette publique, du fait de la nécessité
de réduire le risque, mais aussi et surtout pour des raisons réglementaires, pour
restaurer leurs ratios de liquidité / capital… Cela a permis un nancement plus
aisé de la dette publique nationale (via une renationalisation de la dette et des
débouchés naturels ou forcés), mais cela a renforcé le lien entre banques et États.
Un lien qui a déjà eu des effets dévastateurs il y a moins de 4 ans. Or les banques
ne sont plus des acheteurs aussi actifs, surtout dans les pays du noyau dur,
maintenant que ces ratios sont respectés (ou quasiment). Le fait que les achats
bancaires se tarissent dans les pays du noyau dur et se poursuivent dans les
pays périphériques est un argument fort en faveur d’un QE de la BCE : celle-ci
L’e s s e n t i e l
L’année 2015 s‘ouvre avec la
perspective d’un nouveau programme
de quantitative easing de la part de
la Banque centrale européenne. La
progression annoncée par M. Draghi
de 50 % du bilan de la BCE ne
peut qu’avoir des conséquences
importantes : la con rmation du
maintien de taux courts à zéro,
une nouvelle baisse des taux longs
notamment et, si cela plaît aux
marchés nanciers, une nouvelle
progression des actions et une
nouvelle rédaction des spreads,
souverains et corporates.
La baisse de l’euro est également une
des conséquences souhaitables du QE.
Pour parvenir à accroître le bilan de
1 000 Mds, il faudra bien plus que des
TLTRO, des achats d’ABS ou de « covered
bonds ». Sont désormais attendus soit
un programme d’achats d’obligations
d’entreprises, soit un programme d’achat
d’obligations souveraines… soit les deux.
Le risque serait de voir la BCE décevoir ces
espoirs.
Quel serait l’impact d’un QE européen
de grande ampleur ?
PHILIPPE ITHURBIDE, Directeur Recherche, Stratégie et Analyse – Paris
Un nouveau QE serait
amplement justi é
Vers des achats de dettes
souveraines, de dettes
d'entreprises… ou les deux ?