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Pulsars et applications à la métrologie
Pulsars and applications to metrology
Ismaël Cognard
LPCE - CNRS Orléans 3A, Av de la Recherche Scientifique F-45071 ORLEANS CEDEX FRANCE
[email protected]Résumé
Nés de l'explosion des étoiles les plus massives après une
évolution spéciale impliquant des transfers de masse et une ré-
accélération, les pulsars millisecondes recyclés ont une stabilité de
rotation exceptionnelle. Les observations permettent de collecter des
mesures de temps d'arrivées de grande précision sur les impulsions
radio étroites reçues de ces ''horloges ultra-stables dispersées dans
toute la Galaxie''. De nombreuses études ont été entreprises à propos de
la cosmologie, de la gravitation, du milieu interstellaire, de la physique
des hautes densités ainsi que de l'astrométrie et de la dynamique du
système solaire. Ayant à l'esprit la stabilité exceptionnelle des pulsars,
nous allons évoquer les applications à la métrologie du temps et
mentionner quelques unes des limitations actuelles.
Abstract
Born after the explosion of very massive stars and a special
evolutionary process involving mass transfer and acceleration,
recycled millisecond pulsars have an exceptionally stable rotation.
Observations provide high precision timing measurements of narrow
radio pulses received from what can be seen as very stable clocks
located everywhere in the Galaxy. Many studies are carried out, such
as cosmology, gravitation, interstellar medium, high density physics
as well as astrometry and solar system dynamics. Having in mind the
outstanding stability of pulsars, we will review the applications to time
metrology and point out some of the present limitations.
1. Introduction
Découverts en 1967, les pulsars jouent toujours un
rôle de premier plan en astrophysique et dans les
disciplines voisines. Ce sont les vestiges radio de
l'explosion de grosses étoiles (supernovae). Après cette
violente explosion, seul subsiste au centre un coeur
constitué de neutrons qui pourra, si un champ
magnétique suffisant est présent, être observé en radio
sous forme d'impulsions brèves et régulièrement reçues
à la période de rotation de l'étoile sur elle-même. Tout
de suite, les exceptionnelles qualités de stabilité de la
rotation de ces objets furent remarquées.
Mais, c'est après une quinzaine d'années d'effort de
recherche d'un nombre toujours plus grand de pulsars,
que le premier pulsar ''milliseconde recyclé'' fut
découvert et que toutes les grandeurs associées à ces
objets ont fait un bond de trois ordres de grandeur...
dans le bon sens ! Avec des périodes de l'ordre de la
milliseconde et des stabilités de rotation à long terme
rivalisant avec celles des horloges atomiques, les
applications à la métrologie ont été relancées.
Après avoir rappelé le contexte astrophysique de ces
objets, nous évoquerons l'aspect observationnel avant
de mentionner quelques unes des applications
scientifiques possibles. Enfin, nous détaillerons
l'application à la métrologie et ses limites.
2. Les pulsars
C'est lors d'études sur la scintillation radio de
sources extragalactiques que les pulsars ont été
découverts. Intéressé à la scintillation produite par le
milieu interplanétaire ionisé sur les ondes radio en
provenance de sources célestes de très faibles
dimensions angulaires, A.Hewish dressa à Cambridge
(UK) en 1965 les plans d'un radiotélescope constitué de
2048 dipôles couvrant 18000m2 et opérant à la longueur
d'onde de 3.7m. En juillet 1967, le réseau fut prêt et les
observations commencèrent avec l'aide précieuse de
l'étudiante Jocelyn Bell. Dès la mi-août 1967, elle
détecta des signaux intrigants mais il fallut attendre la
fin novembre pour avoir la confirmation de la réception
de pulses radio reçus à intervalles réguliers avec une
période d'environ une seconde (Hewish et al [1]). Il n'a
pas tout de suite été reconnu la signature de la rotation
d'une étoile à neutrons, il fallut attendre l'article de
Gold [2] pour comprendre que deux faisceaux d'ondes
radio étaient émis au niveau de l'axe magnétique de
l'étoile et qui entraînés par sa rotation produisaient
l'effet de régularité dans la réception sur Terre des
impulsions radio. L'analogie habituellement mentionnée
est celle du phare au bord de la mer dont on perçoit des
flashs lumineux réguliers.
Fig. 1. −Première observation du pulsar CP1919
(maintenant appelé PSR B1919+21) effectuée en
novembre 1967.
La rotation de ces objets s'est vite révélée très
régulière et expliquée par l'extrême compacité des
étoiles à neutrons : 1.4 fois la masse du Soleil
concentrée en un rayon de 10 à 20km de diamètre. La
structure interne des étoiles à neutrons présente un
superfluide de neutrons, une succession de couches
JOURNEES DU CNFRS, "Métrologie et capteurs en électromagnétisme", MEUDON, 29-30 MARS 2004 1