2011 363
La rage est une zoonose mortelle, bien souvent
fatale pour lhomme faute de prophylaxie post-
exposition bien conduite. Malheureusement, la
rage reste aujourd’hui trop souvent négligée dans de
nombreux pays : les méthodes de prophylaxie chez
l’animal, pourtant bien connues, sont peu utilisées, et
chez lhomme, l’accès au traitement et à des vaccins de
bonne qualité est encore souvent difficile pour des
raisons économiques ou sociales. Toutefois, on observe
partout une volonté de prise en charge globale du
problème de la rage, dans le cadre d’une réflexion
coordonnée et complémentaire intégrant les volets
humains et vétérinaires.
Ce concept d’une seule médecine pour la
surveillance et le contrôle des zoonoses complexes
comme la rage, impliquant diverses espèces
domestiques et sauvages, Jean Blancou l’avait bien
compris. Jean Blancou a toujours été intéressé par la
contribution de la faune sauvage aux zoonoses et il lui
apparaissait, en effet, de plus en plus important d’être à
même de savoir et de prévoir quelles étaient les
interférences possibles entre les maladies des animaux
sauvages et celles des animaux domestiques ou de
l’homme.
Jean Blancou a donc consacré une part importante
de sa carrière à comprendre la pathologie des lyssavirus
pour leurs espèces réservoirs, mais aussi à essayer de
caractériser la barrière d’espèce, élément capital en
matière de protection de la santé publique. Les routes et
voies d’inoculation, les périodes d’incubation, les
périodes de morbidité et enfin les durées d’excrétion
chez le chien et le renard, leur capacité après
vaccination à résister à une épreuve virulente n’eurent
plus de secret pour Jean Blancou et son équipe.
Cependant, le point le plus intéressant de ses travaux
réside dans l’analyse des variations de sensibilité des
différentes espèces animales en fonction des virus
utilisés. Écrire à la fin des années 70 que des
caractéristiques intrinsèques d’adaptation qui
caractérisaient les différents biotypes de virus rabique
pouvaient agir indépendamment des variations
environnementales et écologiques locales et
conditionnaient la pérennité de l’épizootie relevait d’un
esprit pionnier et avant-gardiste. Jean Blancou n’a pas
pour autant négligé le rôle de l’environnement et de
l’écologie dans la diffusion de la rage. Bien au contraire,
ses travaux sur l’analyse de l’éthologie et de l’écologie
du renard, mais aussi sur les technologies vaccinales
innovantes ont très largement contribué aux fondements
de la stratégie de vaccination des renards en France et
en Europe, et à son éradication en Europe de l’Ouest.
La rage aujourd'hui, le rôle de Jean Blancou
Hervé Bourhy
Responsable de l’Unité Dynamique des lyssavirus et adaptation à
lhôte, Centre national de référence pour la rage et Centre
collaborateur de l’OMS de référence et de recherche sur la rage,
Institut Pasteur, Paris, France
© Jacques Barrat
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