
QUESTIONS DE SPORT
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La Lettre du Rhumatologue - n° 320 - mars 2006
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– enfin, dans tout contexte traumatique du genou, il faut pen-
ser à éliminer une pathologie de luxation (externe) de la rotule.
On recherchera alors une instabilité rotulienne lors des tests de
mobilisation de la rotule (test d’appréhension de Smilie) et l’on
complétera si nécessaire le bilan radio par des incidences axiales.
Parfois, la patiente peut consulter plus à distance du trauma-
tisme, un mois ou plus après l’entorse qui a été traitée par
immobilisation, alors qu’elle présente des signes d’instabilité
persistants du genou. Dans ce contexte de suite d’accident, une
instabilité rotatoire avec sensations de dérobement du genou
et difficultés lors des changements d’orientation dans les acti-
vités quotidiennes est fortement évocatrice d’une rupture du
LCA passée inaperçue. Là encore, l’examen clinique du genou,
avec la recherche du signe de Lachman ainsi que la mise en
évidence d’un ressaut rotatoire externe (jerk test), est essentiel
au diagnostic.
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Qu’attendre de l’IRM du genou ?
Le but de l’IRM est de confirmer la rupture du LCA lors-
qu’elle est suspectée ou diagnostiquée à l’examen clinique. Il
faut préciser que, bien que la prescription d’une IRM s’avère sou-
vent indispensable, elle n’a aucun caractère d’urgence, car si la
décision d’une intervention chirurgicale est prise, cette opération
ne sera pratiquée que plusieurs semaines après l’accident. L’as-
pect est celui d’une rupture complète, concordant le plus sou-
vent avec la clinique,avec disparition du ligament croisé de
l’échancrure. Les signes les plus pertinents d’une rupture com-
plète sont l’horizontalisation du LCA et le signe du vide de
l’échancrure. La rupture siège fréquemment à la partie supé-
rieure du ligament : on note l’effacement de l’hyposignal liga-
mentaire et l’existence d’un signal inflammatoire de l’échancrure.
La sensibilité de cet examen varie cependant selon les cas de 61 à
100 % et la spécificité peut être estimée de 82 à 100 %, ce qui
explique que dans certaines situations l’IRM soit prise en défaut.
Dans les cas où l’examen clinique met formellement en évi-
dence une rupture du LCA et pour lesquels l’imagerie est
contradictoire, le verdict est alors en faveur du diagnostic
clinique. Par ailleurs, certains aspects de l’IRM peuvent évoquer
une rupture “incomplète” du croisé : le LCA se mettrait en nour-
rice sur le ligament croisé postérieur (LCP) mais cette notion
controversée n’a pas de traduction clinique véritable. Enfin, dans
certaines situations où le diagnostic clinique est hésitant et l’IRM
non contributive, il faut s’abstenir de toute décision hâtive, sur-
veiller l’évolution et proposer un traitement d’attente par réédu-
cation fonctionnelle.
L’un des intérêts de l’IRM dans le bilan d’une entorse du
genou est bien sûr de rechercher les lésions méniscales. Elles
sont fréquentes lors d’un traumatisme du genou et s’associent
à la rupture du LCA dans 45 à 77 % des cas selon les séries.
Elles touchent le plus souvent la corne postérieure du ménisque
interne. Celle du ménisque externe peut également être lésée. Il
s’agit souvent de lésions traumatiques à trajet vertical intramé-
niscal. L’autre aspect possible est celui d’une désinsertion péri-
phérique.
Les lésions ligamentaires périphériques sont elles aussi très fré-
quentes, notamment lors de la pratique du ski, et en particulier l’at-
teinte du LLI. L’IRM peut montrer les aspects suivants : épaissis-
sement, rupture complète, désinsertion condylienne.
Enfin, l’IRM peut également mettre en évidence des aspects de
contusions osseuses, non visibles à la radio, témoignant du choc
transmis au plateau tibial ou au condyle (elles sont parfois en miroir).
Ces images d’œdème osseux, qui traduisent souvent la violence de
l’impact sur l’os sous-chondral du traumatisme, doivent inciter à la
prudence,et leur disparition doit être recontrôlée à quelques mois
(3 à 6 mois) de l’accident avant toute reprise sportive.
Il faut également surveiller l’évolution des lésions ostéo-chon-
drales du condyle externe ou du rebord tibial postéro-externe
(plus rarement du compartiment interne) qui s’associent fré-
quemment aux lésions ligamentaires :
–dans 50 % des cas, il s’agit de ruptures fraîches du LCA ;
– on peut également les observer quand il y a un étirement du LLI
entraînant un traumatisme du rebord osseux externe du genou.
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Quelles recommandations thérapeutiques
devant une rupture complète du LCA chez cette patiente
de 40 ans ? Doit-elle se faire opérer ? Quand programmer
une reprise du sport, et notamment du ski ?
Dans les situations où un doute diagnostique persiste après IRM
du genou, ou en cas de discordance radioclinique, il est nécessaire
de réévaluer l’état clinique du patient et il est possible de lui pro-
poser une solution d’attente au moyen d’un traitement fonctionnel
par rééducation qui fera ou non sa preuve lors de la tentative de
reprise du sport dans les deux mois. La rééducation est alors basée
sur une récupération des amplitudes, en évitant l’installation d’un
flessum, et sur le renforcement musculaire du quadriceps et des
ischio-jambiers ainsi que des rotateurs du genou. Elle sera prati-
quée deux fois par semaine pendant 2 à 3 mois, puis la reprise spor-
tive se fera progressivement, avec des activités douces dans un pre-
mier temps, puis, dans un deuxième temps, des activités sportives
plus contraignantes qui permettront de tester les possibilités réelles
du patient.
Disparition du LCA de l’échancrure intercondylienne après rupture.