Pensées (sur la religion) Pascal Introduction et commentaire par

Pascal
Pensées (sur la religion)
Introduction et commentaire par
Bernard Sève, agrégé de philosophie
(1ère édition : 1992)
« Profil Textes philosophiques »
Collection dirigée par Laurence Hansen-Løve
P h i l o S o p h i e
T e x t e s o u m i s à c o p y r i g h t
© o c t o b r e 2 0 0 8
– 2 –
Table des matières
Avertissement ........................................................................... 3
Introduction : Pascal ou l’apologétique contre la philosophie . 5
L’apologétique d’un converti ....................................................... 8
Plan de l’apologie et ordre des « pensées » ................................ 11
Une apologétique de rupture ..................................................... 14
L’exclusion de la philosophie .....................................................17
Anthropologie de la nature déchue ........................................... 23
Examen philosophique de l’anthropologie de pascal ................ 25
Impuissance et puissance de la raison ...................................... 28
L’argument des deux infinis et l’argument du pari ................... 31
Pascal et la philosophie ............................................................. 35
Pensées sur la religion ............................................................ 38
Lexique .................................................................................... 92
Vie de pascal ............................................................................98
Bibliographie ......................................................................... 100
À propos de cette édition électronique ................................. 102
– 3 –
Avertissement
Ce petit ouvrage ne contient pas l’intégralité des Pensées de
Pascal : la taille des volumes de la collection ne le permettait
pas. Il a donc fallu faire un choix. Nous ne l’avons pas fait sans
hésitations ni scrupules : depuis trois siècles, les éditeurs suc-
cessifs des Pensées s’efforcent d’en donner un texte plus sûr et
plus complet plutôt que des extraits.
Il faut d’abord rappeler que Blaise Pascal n’a jamais écrit
de livre intitulé Pensées ; ce que l’on appelle de ce nom est cons-
titué des textes, plus ou moins élaborés et travaillés (il y a des
fragments soigneusement rédigés, à côté de simples notes en
style télégraphique), trouvés dans les papiers de l’auteur après
sa mort. L’histoire de la transmission de ces textes (et des écrits
de Pascal en général), si importante pour leur bonne compré-
hension, est exposée de manière très sûre par Jean Mesnard
dans son édition des Œuvres complètes de Pascal, édition à la-
quelle on peut et on doit se reporter en toute confiance (cf. la
bibliographie, p. 79).
Notre choix ne saurait donc donner qu’une perception par-
tielle des Pensées. Nous avons cherché à suivre deux principes
qui nous paraissent cohérents : centrer ce recueil d’extraits au-
tour du thème de la religion ; privilégier les textes les plus
élaborés, les plus argumentes et construits, ceux dont la
facture est la plus « philosophique » (sur le sens de ce terme à
propos de Pascal, voir notre Introduction). Ce volume ne retient
donc pas les « pensées » sur la justice, l’imagination, l’esprit de
géométrie et l’esprit de finesse, et fort peu de celles consacrées
aux miracles, aux « figuratifs », aux prophéties, à l’Ancien et au
Nouveau Testament. Ce choix, comme tout choix, est criti-
quable. Mais nous pensons qu’il permet une première entrée
cohérente dans une œuvre puissante mais difficile. Précisons
enfin que chacune des « pensées » ici reproduites est donnée
intégralement, sans aucune coupure.
– 4 –
Notre souhait est que ceux des élèves des lycées (à qui
s’adresse ce volume) qui seraient intéressés par les textes que
nous présentons prolongent cette lecture en lisant une des
nombreuses éditions intégrales des Pensées disponibles en li-
brairie (on donnera la préférence à l’édition Lafuma ou à
l’édition Le Guern, en attendant celle de Jean Mesnard ; voir la
bibliographie en fin de volume et la note 9, page 13).
Notre texte suit l’édition de Louis Lafuma. Le numéro en
tête de chaque « pensée » est celui de l’édition Lafuma dans la
collection « L’Intégrale », Le Seuil, 1963 (nous avons corrigé
quelques coquilles de cette édition) ; le numéro en italique qui
le suit est celui de l’édition Brunschvicg. Les textes entre paren-
thèses et en italique dans le corps des Pensées sont des textes
que Pascal a rayés après les avoir écrits.
Dans notre introduction, les références marquées L. suivi
d’un numéro renvoient donc aux Pensées dans l’édition Lafuma,
édition dont la numérotation est reprise dans le présent recueil.
La plupart des « pensées » citées dans notre introduction (p. 5-
34) font partie de notre recueil, on pourra donc les trouver un
peu plus loin (p. 35-71). Un lexique, en fin de volume, analyse
les concepts techniques les plus importants.
– 5 –
Introduction : Pascal ou l’apologétique contre
la philosophie
« L’apologétique contre la philosophie » est un titre qui
peut surprendre : Pascal est généralement considéré comme un
philosophe, son œuvre est inscrite au programme de philoso-
phie des classes terminales, il est étudié dans les facultés de phi-
losophie
1
. Tout cela est légitime, certes, si d’abord l’on saisit
bien tout ce qui sépare Pascal de ce qu’on appelle usuellement
un philosophe.
La vie de Pascal fut brève, mouvementée, partagée entre les
attraits du monde (la recherche scientifique notamment) et
l’attrait de Dieu. Pascal est un esprit d’une puissance hors du
commun, cela ne fait aucun doute pour ses contemporains. Des-
cartes, au sommet de sa gloire, rend visite au jeune Pascal (mal-
gré leurs divergences en physique) ; Leibniz, peu d’années après
sa mort, s’efforce d’obtenir une copie du maximum de ses écrits
scientifiques. L’invention et la fabrication par Pascal de la pre-
mière machine à calculer fait date dans l’histoire des techniques
et même dans l’histoire de l’esprit humain. Mais, en même
temps, Pascal ne consacre que peu de son temps aux recherches
mathématiques et physiques. « Car, pour vous parler franche-
ment de la géométrie », écrit-il au mathématicien Fermat, « je
la trouve le plus haut exercice de l’esprit ; mais en même temps
je la connais pour si inutile que je fais peu de différence entre un
homme qui n’est que géomètre et un habile artisan […] et j’ai dit
souvent qu’elle est bonne pour faire l’essai, mais non pas
1
1. Fixons un point de vocabulaire : une apologie, comme nous le
rappelons plus loin, est un discours (écrit ou oral) prenant la défense et
vantant les mérites d’une personne (et, par extension, d’un comporte-
ment, d’une croyance, etc.) ; l’apologétique, c’est l’ensemble des moyens
rhétoriques et argumentatifs (raisonnements, appel aux faits ou à
l’histoire, éloquence, etc.) dont se sert l’apologiste pour convaincre son
auditoire, c’est aussi le « style » intellectuel de l’apologie considérée.
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