
Les transactions papier prennent, ainsi, une grande ampleur par rapport aux
opérations physiques. On observe une déconnexion entre les opérations réelles
(commerce et investissement) et la sphère finance-change. L’intégration financière
résulte de la mobilité des capitaux et la substituabilité des actifs (Bourguinat).
Le développement des eurodollars (les dollars circulant hors des Etats-Unis) à partir
de 1957 a marqué le début de la circulation internationale des capitaux hors de tout
contrôle étatique. Après le passage aux changes flottants, l’accélération du processus
de libéralisation de la finance internationale date principalement à la fin des années
70. Les Etats à la recherche de sources de financement pour leurs déficits, ont aboli
les principales règles qui contraignaient les mouvements de capitaux.
Les mutations sur les marchés financiers sont simplement démentielles et
d’une rare ampleur. Ainsi, les mutual funds aux Etats-Unis ont mobilisé quelques
2600 milliards de dollars en 1995 et les fonds de pension s’élèvent à 3600 milliards de
dollars soit plus que l’encours des réserves de change de toutes les banques centrales
de la planète. Les transactions opérées sur les marchés de change représentent
environ 1500 milliards de dollars par jour soit plus de 50 fois les flux réels de
marchandise. La valeur des titres côtés en bourse dans 80 pays a été multipliée par 10
en 20 ans. Elle est passée en 1980 à 1800 milliards à 18 000 milliards en 1998. En clair,
la sphère financière est complètement déconnectée de la sphère réelle car chaque jour
1500 milliards de dollars de mains sans contre partie en terme de biens et services.
Ces chiffres montrent que les marchés financiers ont acquis des pouvoirs très étendus
qui leur permettent de contrôler l’essentiel des circuits de financement à l’échelle
mondiale et peuvent, toute conséquence, déterminer les rythmes de croissance des
économies.
La globalisation des marchés financiers laisse apparaître d’abord un
surdimensionnement des marchés qui rend les activités des établissements financiers
complètement incontrôlables et permet aux acteurs financiers de promener librement
leurs capitaux dans l'espace mondial à la recherche de meilleures rémunérations,
ensuite l’incapacité de mesurer le niveau optimal des moyens de paiement pour
l’économie mondiale et enfin une montée en puissance des finances illicites dont le
produit mondial est estimé à environ 100 milliards.
Désormais les actifs financiers peuvent se promener librement à la recherche
de meilleures rémunérations. Ces capitaux alimentent les investissements directs
étrangers (IDE). Qui peuvent alors s’orienter vers les marchés émergents des pays en
développement. La séquence vertueuse est alors celle des bonnes politiques
attractives qui conduisent à une entrée de capitaux privés pour le financement
d’investissements productifs et qui, dans un environnement institutionnel favorable,
pourrait entraîner la croissance.
La globalisation de la production, des marchés financiers et commerciaux
s’accompagne de l’émergence de blocs économiques régionaux qui sont souvent les
meilleurs instruments de compétitivité. En effet, la concurrence exige des pays et des
entreprises un subtil dosage de protectionnisme et libre-échange, d’étatisme et de
libéralisme. Dans le monde des affaires, on se soucie bien peu des extrêmes, et l’on
navigue entre des combinaisons complexes qui seules sont à même d’atteindre la
plus grande efficacité. Durant des décennies, la croissance a été stimulée par le
marché et la concurrence. De nombreux secteurs financés ou gérés par les pouvoirs