les cancers digestifs au burundi

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LES CANCERS DIGESTIFS AU BURUNDI
Premiers résultats d’une enquête menée à Bujumbura
P. KADENDE*, D. ENGELS**, J. NDORICIMPA**, E. NDABANEZE*, D. HABONIMANA*,
G. MARERWA***, V. BIGIRIMANA***, L. BAZIRA****, P. AUBRY*
RESUME
I - INTRODUCTION
Sur 395 cancers enregistrés de Janvier 88 à Décembre
1989, 145 soit 37 % ont une localisation digestive :
111 cas chez l’homme (76,5 %), 34 cas chez la femme
(23,5 %). Sex ratio de 3,2/1.
Les cancers digestifs occupent la première place de
tous les cancers.
Le problème du cancer en Afrique, a été longtemps sous
estimé par manque de moyens d’investigations cliniques
suffisants et surtout à cause de la pression exercée par les
maladies transmissibles et carentielles sur les services de
santé. Au Burundi, peu de travaux ont été consacrés aux
cancers. Les plus récents (14) se sont tout d’abord intéressés au cancer primitif du foie, de diagnostic facile. Depuis
10 ans nous disposons d’un service d’endoscopie digestive,
ce qui a permis la réalisation d’études ponctuelles sur les
cancers de l’estomac (16-18) mais aucune étude ne situe
l’importance des cancers digestifs au Burundi.
Notre objectif est de tracer les grandes lignes des cancers
digestifs au Burundi, de situer leur importance par rapport
aux autres cancers, à partir des résultats d’un enregistrement actif de tous les cancers réalisé à Bujumbura pendant
une période de deux ans.
Le cancer de l’estomac représente 14 % de tous les
cancers et 38,5 % de cancers digestifs. L’âge moyen
des malades est de 55,1 ans, le sex ratio de 1,6/1 : 92 %
des malades sont de niveau socio-économique bas. La
localisation antrale est la plus fréquente (53,5 %). Les
formes ulcéro-végétantes et ulcér o - i n f i l t r a n t e s
représentent 83 %. L’ a d é n o c a rcinome se re t ro u v e
dans 78 %.
Le carcinome hépatocellulaire représente 13,9 % de
tous les cancers et 38 % des cancers digestifs. L’âge
moyen des malades est de 41,6 ans. Le sex ratio de 5/1.
Les classes socio-économiques défavorisées sont les
plus touchées. Des stigmates d’infection par le VHB
sont retrouvées dans 73,8 %.
La fréquence relative des cancers colorectaux est
e n c o re bas, (3,54 %), 11/14 sont accessibles à la
coloscopie gauche dont 8/14 à la rectosigmoïdoscopie.
Les cancers digestifs au Burundi présentent deux
caractéristiques :
. la grande fréquence du cancer de l’estomac et du
carcinome hépatocellulaire et la faible fréquence
des autres localisations
. leur gravité, liée essentiellement au retard de
diagnostic.
Mots-clés : Cancers digestifs, Burundi, cancers de
l’estomac, carcinome hépato-cellulaire, cancers colorectaux.
II - MATERIEL DE METHODES
De Janvier 1988 au 31 Décembre 1989, nous avons
enregistré tous les cas de cancers admis dans les quatre
hôpitaux de Bujumbura totalisant une capacité d’accueil de
1032 lits. Les malades recrutés sont des Burundais ou des
étrangers résidant au Burundi depuis au moins 5 ans.
L’enregistrement a été codé selon la nomenclature de la
classification internationale des maladies - oncologie (CIM
- 0) édition 1980 à partir des fiches d’un “registrar”. Nous
avons veillé à éliminer les enregistrements multiples.
III - RESULTATS
III.1 Importance des cancers digestifs au Burundi
Sur 395 cancers enregistrés en deux ans, 145 soit 37 % ont
une localisation digestive : 111 cas chez l’homme (76,5 %).
34 cas chez la femme (23,5 %). Le sex ratio est de 3,2/1.
Les cancers digestifs occupent la première place de tous les
cancers (37 %) suivis par les cancers des organes génitaux
(22 %) puis par les localisations os, peau, sein (15 %) (tab 1).
* Département de Médecine Interne CHU Kamenge.
** Ministère de la Santé Publique. Projet Bilharziose.
*** Service d’Anatomie Pathologique CHU Kamenge.
**** Département de Chirurgie CHU Kamenge.
Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (10)
P. KADENDE, D. ENGELS, J. NDORICIMPA, E. NDABANEZE, D. HABONIMANA,
G. MARERWA, V.BIGIRIMANA, L. BAZIRA, P. AUBRY
553
TABLEAU 1 - Nombre de cas de cancers par appareil et par sexe
Code
Appareil
H
F
Tot.
%
140-149
Cavité buccale et pharynx
33
1
34
9
150-159
Appareil digestif et péritoine
111
34
145
37
160-165
Système respiratoire et
organes intra-thoraciques
21
2
23
6
169 et 196
Systèmes hématopoïetique et
réticulo-histiocytaire ganglions lymphatiques
15
10
25
7
170-175
Os, peau, Sein
22
36
58
15
180-189
Organes génitaux
11
77
88
22
190
Oeil
12
2
14
3
193
Thyroïde
0
2
2
0,5
-
Non spécifié
4
2
6
1,5
229
166
395
100 %
Total
III.2 - Répartition des cancers digestifs par segment (tab 2)
Le cancer de l’estomac et le carcinome hépatocellulaire totalisent à eux-seuls 76,5 % des cancers digestifs, dans des
proportions quasi égales.
TABLEAU 2 - Répartition des cancers digestifs par segment et par sexe
Localisation
M
F
Total
%
Fréquence relative
tous les cancers
Oesophage
8
0
8
5,5
2,02
Estomac
35
21
56
38,5
14,17
Colon rectum
12
2
14
10
3,54
Foie primitif
46
9
55
38
13,92
Foie secondaire
4
2
6
4
1,51
Pancréas
4
0
4
3
1,01
Intestin grêle
1
0
1
0,5
0,25
Péritoine
0
1
1
0,5
0,25
111
34
145
100 %
36,67 %
Total
III.3 - Caractéristiques épidémiologiques et cliniques des principaux cancers digestifs au Burundi
III.3.1 - Le cancer de l’estomac
Le cancer de l’estomac occupe la première place des cancers digestifs. La répartition par âge et par sexe est repris dans
l’histogramme 1.
HISTOGRAMME 1 - Répartition des cancers de l’estomac par âge et par sexe
10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
Nb cas
Femmes
Hommes
AGES
20-29
Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (10)
30-39
40-49
50-59
60-69
70-79
plus de 80
LES CANCERS DIGESTIFS AU BURUNDI
554
a - L’âge
Le cancer de l’estomac touche les personnes relativement
âgées : age moyen : 55,1 ans avec des extrêmes allant de
24 à 84 ans. Tous sexes confondus, le pic maximal de
fréquence s’observe entre 40 et 59 ans : 53,3 % des malades. La morbidité par cancer de l’estomac semble s’accroître à partir de 40 ans. Le pic maximal de fréquence est
situé entre 40-49 ans pour la femme. Chez l’homme, près
de la moitié des malades ont entre 40 et 59 ans.
la maladie a été précisée, 23 (54,7 %) ont des métastases :
12 atteintes ganglionnaires loco-régionales, 8 métastases
hépatiques, 1 avec des métastases péritonéales, 2 avec des
métastases multiples.
f - Localisation du cancer de l’estomac
Elle est donnée dans le tableau n°4. La localisation antrale
est prédominante (65,2 %). On notera également une
localisation cardiale et/ou sous cardiale assez importante :
19,5 %.
b - Le sexe
Le tableau 2 montre 35 cancers de l’estomac chez l’homme
et 21 chez la femme, soit un sex ratio de 1,6/1.
c - Niveau socio-économique et mode de vie
La quasi totalité des malades (92 %) sont de bas niveau
socio-économique. Le rôle du tabac et de l’alcool n’a pas
pu être déterminé car il n’est pas aisé de quantifier la
consommation journalière de chaque malade. Toutefois,
64 % des malades étaient des fumeurs et 55 % avaient des
antécédents éthylo-tabagiques avérés.
d - Motif principal de consultation
Les douleurs épigastriques pseudo-ulcéreuses se révèlent
être le maître symptôme du cancer gastrique. Elles sont
retrouvées chez 77,5 % des malades. Les autres symptômes
sont repris dans le tableau 3.
TABLEAU 3 - Fréquence des manifestations cliniques
du cancer de l’estomac
Douleurs épigastriques
77,5 %
Vomissements post-prandiaux
42,5 %
Amaigrissement important
42,5 %
Voussure épigastrique
22,5 %
Troubles du transit
22,5 %
Hématémèse
15 %
Ballonnement abdominal
7%
e - Délai de consultation
L’intervalle de temps entre le début des premiers symptômes et le diagnostic varie entre 3 mois et 10 ans avec délai
moyen de 34,6 mois. Chez 67,6 % des malades, le
diagnostic a été posé plus de 2 ans après le début des
symptômes dont 32,3 % après plus de 4 ans. Ce retard de
diagnostic nous fait découvrir le cancer de l’estomac au
stade évolué. En effet, chez 42 malades dont l’extension de
TABLEAU 4
Localisation du cancer de l’estomac
Localisation
Nombre de cas
%
Antre
30
53,50
Sous-cardiale
6
10,71
Cardiale
3
5,35
Fundus
5
8,92
Tout l’estomac
2
3,57
Non précisée
10
17,85
g - Aspects anatomopathologiques
Les données de l’endoscopie digestive haute ont pu être
obtenues chez 28 malades. Au diagnostic macroscopique
établi selon la classification de Borrmann, on ne retrouve
que des stades évolués : 12 malades au stade II, 11 au stade
III et 5 malades au stade IV.
Le diagnostic histologique a été porté chez 82 % des
malades, soit sur les biopsies endoscopiques, soit sur la
pièce opératoire. Les adénocarcinomes sont les plus
fréquents (78 % des cas). Les autres formes retrouvées sont
des épithéliomas tubulaires (8,6 %), des lymphomes malins
non Hodgkiniens (6 %), des carcinomes sans autre
indication (4,3 %) et un carcinome indifférencié.
III.3.2 - Le carcinome hépato cellulaire (CHC)
a - Fréquence relative
Le CHC occupe le deuxième rang de tous les cancers avec
une fréquence relative de 13,9 % et le premier rang chez
l’homme avec une fréquence relative de 20 %. Il représente
37,9 % des cancers digestifs.
b - L’âge
L’âge moyen est de 41,6 ans avec des extrêmes allant de 12
à 70 ans. Le risque de développer un CHC semble s’accroître avec l’âge à partir de 20 ans. Le pic maximal de fré-
Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (10)
P. KADENDE, D. ENGELS, J. NDORICIMPA, E. NDABANEZE, D. HABONIMANA,
G. MARERWA, V.BIGIRIMANA, L. BAZIRA, P. AUBRY
555
quence se situe entre 30 et 39 ans (25,9 %) des malades.
20,3 % des malades ont moins de 30 ans, 68,5 % ont entre
30 et 60 ans.
femme : 46 cas contre 9, soit un sex ratio de 5/1. La répartition du CHC par âge et par sexe est reprise à l’histogramme
2.
c - Le sexe
La morbidité dûe au CHC est plus importante chez la
Histogramme 2 - Répartition du CHC par âge et par sexe
14
Nb cas
13
12
10
10
10
8
Femmes
6
5
4
3
5
3
2
2
Hommes
2
1
0
0
1
0
0
Ages
10-19
20-29
30-39
40-49
50-59
60-69
70-79
d - Niveau socio-économique et mode de vie
L’analyse du statut socio-économique faite chez 46 patients
révèle que 30 (65,2 %) sont de bas niveau ; 13 de moyen
niveau, 2 de haut niveau socio-économique. Il n’a pas été
possible d’établir de corrélation entre le niveau socioéconomique, les injections parentérales, les scarifications et
la consommation d’alcool.
f - Le diagnostic
Il est le plus souvent clinique, aidé dans 48 % des cas les
analyses biochimiques (alpha foeto-protéine) et l’échographie. 24 malades ont pu bénéficier d’un dosage d’alpha
foeto protéine : 17 d’entre eux sont positifs en contre immunoélectrophorèse. La confirmation histologique n’a été
obtenue que dans 27 % des cas.
e - Motif principal de consultation et antécédents médicaux
Par ordre décroissant, les plaintes principales sont les
suivantes : douleurs de l’hypocondre droit, amaigrissement
important, masse de l’hypocondre droit et/ou de l’épigastre
à croissance rapide, une ascite. L’ictère et la fièvre sont peu
fréquents. Dans une observation, le diagnostic a été posé
dans un contexte d’abdomen aigu : Hémopéritoine
inaugural sur CHC chez une femme de 28 ans. Dans un
autre cas, le diagnostic a été fortuit : Découverte d’un CHC
en péropératoire chez un homme de 36 ans présentant une
hémorragie digestive haute sur ulcère bulbaire. Les formes
angiocholitiques sont rares. Nous n’en avons observé que
1 cas. A la recherche des antécédents médicaux, très peu de
malades se souviennent avoir eu une affection hépatique.
Chez 23 malades ayant un CHC pour qui la recherche de
l’Ag HBS a été réalisée, 17 soit 73,8 % sont positifs au seul
marqueur Ag HBS, le seul marqueur dont nous disposons.
III.3.3 - Les cancers colo-rectaux
14 cas ont été enregistrés soit 3,7 % de tous les cancers et
10 % des cancers digestifs.
Le petit échantillon ne permet pas de faire une analyse
épidémiologique et anatomique des cancers colo-rectaux ;
toutefois, l’atteinte masculine est prédominante : 12 cas
contre 2, soit un sex ratio de 6/1. Quant à la localisation, il
est intéressant de noter que 8 cancers sont localisés au
niveau du rectosigmoïde, 3 au niveau du colon G. et un seul
au niveau de l’angle hépatique. 2 localisations ne sont pas
précisées.
Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (10)
11 cas/14 des cancers colorectaux sont donc accessibles à la
coloscopie courte dont 8/14 à la rectosigmoïdoscopie.
Malgré cette accessibilité, le retard diagnostique est considérable, pouvant aller jusqu’à 4 ans après l’installation des
premiers symptômes. Les accidents occlusifs sont observés
dans deux cas.
LES CANCERS DIGESTIFS AU BURUNDI
558
III.3.4 - Le cancer de l’oesophage
8 cas de cancers de l’oesophage ont été enregistrés, tous de
sexe masculin. Ce petit échantillon ne permet pas une
analyse épidémiologique.
des malades atteints de cancers digestifs est de 60 à 70 ans
(2).
IV.2 - Analyse partielle
IV.2.1 Le cancer de l’estomac
IV - DISCUSSIONS
IV.1 - Analyse globale
Les cancers digestifs présentent un grand intérêt au BURUNDI, pour deux raisons :
. Leur grande fréquence, plus particulièrement en ce
qui concerne le cancer de l’estomac et le CHC.
. Leur gravité, lié au retard de diagnostic.
Les cancers digestifs occupent la première place de tous les
cancers (37 %). Nous n’avons pas de recul suffisant pour
en déterminer la prévalence. La classique prédominance
masculine est retrouvée avec 111 cas chez l’homme. Le sex
ratio est de 3,2/1 supérieur à celui que CORNET trouve en
Côte d’Ivoire (2).
L’âge moyen de nos patients est de 52,8 ans légèrement
supérieur aux observations de CORNET en Côte d’Ivoire
mais inférieur à celles des pays développés où l’âge moyen
Fréquence relative
Le cancer de l’estomac représente dans notre série 14 % de
tous les cancers et occupe la première place des cancers
digestifs dont il représente 38,5 % (tab 2). Alors que le
cancer de l’estomac est rare en Afrique Occidentale francophone (2, 4, 19), il paraît fréquent en Afrique Centrale bien
que KLOTZ (13) et TUYNS (23) affirment que le cancer
de l’estomac est rare au Gabon et au Congo. Dans ses
travaux réalisés à Katana-Kivu (Zaïre) de 1959 à 1960, à
KAMPALA chez des sujets originaires du RWANDA et du
BURUNDI, de 1964 à 1968 et au RWANDA de 1968 à
1969, GIGASE (10) rapporte une fréquence relative du
cancer de l’estomac de 8,1 à 29,9 %. La fréquence relative
de 14 % relevée au BURUNDI occupe une place intermédiaire à celles de GIGASE, elle est de 3 à 5 fois supérieure aux fréquences relatives retrouvées en Afrique Occidentale francophone (tab 5).
TABLEAU 5 - Fréquence relative des cancers de l’estomac en Afrique Occidentale francophone et en Algérie.
Comparaison avec le BURUNDI
Pays
Auteurs
Années
H
F
Cameroun
Jensen et coll (11)
1969-73
2,7 %
2,4 %
Sénégal (Cap vert)
Tuyns et coll (24)
1969-74
4,3 %
2,4 %
Sénégal (Dakar)
Quenum et coll (21)
1967-69
3,9 %
1,6 %
Algérie
Yaker (25)
1966-75
4,4 %
1,8 %
Côte d’Ivoire
Diomande et coll (6)
1974-83
4,8 %
2%
Burundi
Notre série
1988-89
15,2 %
12,6 %
Age et sexe
Le cancer de l’estomac touche des sujets relativement âgés
compte tenu de l’espérance de vie en Afrique et du
caractère jeune de la population. L’âge moyen est en effet
de 55,1 ans, plus jeune que dans les pays développés où
l’âge moyen se situe entre 60 et 70 ans.
L’atteinte masculine prédomine (sex ratio 1,6/1) mais elle
est moins marquée qu’en Côte d’Ivoire, au Sénégal et à
Madagascar où le sex ratio est respectivement de 2,25/1 ;
2,5/1 et 4/1 (2, 10, 3). Dans notre étude, la femme est touchée dans une proportion importante : le cancer de l’esto-
mac représente 12,6 % de tous les cancers chez la femme et
61,7 % des cancers digestifs.
Niveau socio-économique et mode de vie
92 % des malades sont de bas niveau socio-économique,
64 % des fumeurs, 55 % ont des antécédents éthylo-tabagiques. Ces faits montrent que les classes les plus démunies
sont la cible préférentielle du cancer de l’estomac. En effet,
les différentes hypothèses en faveur du rôle de l’alimentation comme facteur de risque dans le développement du
cancer de l’estomac sont réunies dans cette population :
Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (10)
P. KADENDE, D. ENGELS, J. NDORICIMPA, E. NDABANEZE, D. HABONIMANA,
G. MARERWA, V.BIGIRIMANA, L. BAZIRA, P. AUBRY
559
régime hyperglucidique, hypoprotidique, pauvre en fruits ;
consommation des grillades ; conservation défectueuse des
aliments ; irrégularité des repas.
Sur le plan clinique
Les formes vues tardivement sont les plus fréquentes. Tous
les cas sont aux stades II - III - IV selon la classification de
Bormann. Le délai de diagnostic supérieur à deux ans
concerne 67,6 % des malades. Le délai moyen est de
34,6 mois. Ce retard de diagnostic déploré par beaucoup
d’auteurs africains (2, 4, 15, 17, 19, 22) incombe à la fois
au malade et au personnel soignant qui néglige la symptomatologie douloureuse épigastrique attribuée le plus
souvent à une parasitose digestive. Le retard de diagnostic
s’explique également par l’inaccessibilité de la population
cible du cancer de l’estomac à l’endoscopie digestive.
Sur le plan anatomique
La localisation antrale est la plus fréquente (53,5 %) ce qui
rejoint l’observation des auteurs africains (2, 4, 22), mais
notre série comporte également une localisation cardiale et
sous-cardiale importante (19,5 %).
Les formes ulcéro-végétantes et ulcéro-infiltrantes représentent 83 % des cas. L’adénocarcinome se retrouve dans
78 % des cas.
IV.2.2 - Le CHC représente 13,9 % de tous les cancers,
suivant de très près le cancer de l’estomac et 38 % des cancers digestifs. Il est le premier cancer chez l’homme dont il
totalise 20 % de tous les cancers.
La fréquence relative observée au BURUNDI est intermédiaire à celle des autres pays africains (tab 6).
TABLEAU 6 - Fréquence relative du CHC en Afrique - Comparaison avec le BURUNDI
Pays
Auteurs
Année
M
F
Algérie
Yaker (25)
1966-75
< 2,4 %
1,8 %
Côte d’Ivoire
Diomande et coll. (6)
1974-83
9,44 %
1,46 %
Cameroun
Jensen et coll (11)
1969-73
9,6 %
2,9 %
Sénégal (Dakar)
Quenem et coll (21)
1967-69
24,6 %
5,9 %
Sénégal (Cap vert)
Tuyns et coll (24)
1969-74
36,8 %
13,4 %
13,4 %
Congo
Tuyns et coll (23)
1956-60
40,7 %
Rwanda
Gigase (10)
1968-69
9,4 %
-
Burundi
Notre série
1988-89
20 %
5,4 %
Age et sexe
Alors que dans les pays développés le CHC s’observe
surtout à partir de la 6è décade (1, 5), en Afrique le CHC
touche des sujets jeunes. L’âge moyen de nos malades est
de 41,6 ans, le pic maximal de fréquence se situe entre 30
et 39 ans, 20,3 % des malades ont moins de 30 ans. Ces
constatations rejoignent celles faites à Dakar (8), en Côte
d’Ivoire (6) et au Mozambique. Au Congo par contre, l’âge
moyen paraît un peu plus élevé : 47,4 ans (23).
L’atteinte masculine prédominante est classique selon
DARNIS et BALLET (5), le sex ratio est de 3 à 20/1. En
Afrique, TUYNS (23) trouve un sex ratio de 2,6 à 5,2/1.
Dans notre étude, le sex ratio est de 5/1. Ce rapport semble
plus élevé que celui du Congo, du Nigéria, du Mozambique
et du Sénégal tel que rapporté par TUYNS (23) où il varie
entre 2,3 à 4,3/1 mais inférieur à celui de Madagascar où il
est de 7/1. Au RWANDA, le CHC toucherait de manière
égale l’homme et la femme selon GATERA (9).
Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (10)
Niveau socio-économique, mode de vie et antécédents
médicaux.
Dans notre série, le CHC touche les classes socioéconomiques les moins favorisées. La classe socioéconomique de haut niveau n’est atteinte que dans 4,3 %.
D’après DIOP au Sénégal (8), le “CHC est retrouvé dans
toutes les couches sociales avec peut-être une plus grande
fréquence chez les indigents”. En effet la mauvaise conservation des céréales et des grains, source de mycotoxines les
touche plus particulièrement. Le rôle des mycotoxines en
s y n e rgie avec le virus de l’Hépatite B a été vérifié au
BURUNDI, par KOCHELEFF et coll (14). Ces auteurs
trouvent une corrélation entre une grande consommation
d’aflatoxine, la prévalence élevée d’Ag HBs et la distribution du CHC. 73,8 % des 23 malades ayant pu bénéficier
de la recherche de l’Ag Hbs sont positifs à ce marqueur.
Ces constatations rejoignent celles de KLOTZ et coll. au
Gabon (13) et de BEASLEY (20). KLOTZ retrouve des
LES CANCERS DIGESTIFS AU BURUNDI
560
stigmates d’infection par le VHB chez 96 % des CHC avec
45 % d’Ag HBs positifs. BEASLEY note que 75 à 90 %
des CHC surviennent chez des sujets porteurs chroniques
de l’Ag HBS. Plus récemment, le rôle du virus de l’hépatite C, seul ou en association avec le VHB a été démontré
par M.C. KEW et coll (12) : sur une série de 380 malades
atteints du CHC, 110 avaient des anticorps anti HVC.
Sur le plan clinique
Les douleurs de l’hypocondre droit dans un contexte
d’amaigrissement important contrastant avec l’augmentation de l’abdomen constituent le principal motif de
consultation. Ce tableau clinique est retrouvé par GATERA
au RWANDA (9) et par DIOP et coll (7) au Sénégal.
IV.2.3 - Les cancers colorectaux
Si l’on compare la fréquence relative des cancers colorectaux au BURUNDI à celle des pays développés, elle est
très faible dans notre série et dans les autres pays au Sud
du SAHARA car, en Afrique, le régimes alimentaire est
moins riche en graisses animales et plus riche en fibres
végétales. Nos observations concordent avec celles de
CORNET en Côte d’Ivoire (2). Toutefois, l’adoption d’un
mode de vie occidental favorisera probablement la progression des cancers colo-rectaux. Il est également important de souligner que dans notre série, 11 cas/14 des
cancers colo-rectaux sont accessibles à la coloscopie courte, dont 8/14 à la rectosigmoïdoscopie. La prédominance
des localisations droites observées par CORNET en Côte
d’Ivoire, par CHABAL au Sénégal et ESSOMBA au
Cameroun selon CORNET (2) n’est pas retrouvée dans
notre étude.
V - CONCLUSIONS
Les cancers digestifs présentent deux caractéristiques particulières au BURUNDI
. La grande fréquence de certains d’entre eux : le cancer de l’estomac et le CHC, et la faible fréquence des
autres localisations : oesophage, rectum, colon, pancréas, intestin grêle. Le manque de moyens d’exploration suffisants peut expliquer la fréquence
relative basse pour les deux dernières localisations.
Alors que dans les pays développés, le cancer de
l’estomac est en régression et que le CHC a une
incidence faible, nos observations montrent une fréquence élevée de ces deux cancers et justifient la
nécessité d’une surveillance vigilante quant à leurs
tendances d’évolution. L’adoption d’un mode de vie
occidental sera probablement responsable d’un accroissement des cancers colo-rectaux.
. Leur gravité est dûe essentiellement au retard de
diagnostic. Il importe donc d’assurer la surveillance et
la détection précoce des cancers digestifs, d’améliorer
les conditions de conservation des aliments, l’hygiène
alimentaire et renforcer la vaccination contre le virus
de l’hépatite B dans les groupes à risque.
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ERRATUM - ERRATUM - ERRATUM - ERRATUM
Une erreur s'est glissée dans l'article Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (6) à la page 300.
"PLACE DES ANESTHESIES LOCO-REGIONALES A L'HOPITAL DE ZIGUINCHOR"
A. BLATT
Nous vous prions de nous en excuser et de trouver ci-dessous le paragraphe corrigé.
L'ANESTHESIE SOUS-ARACHNOIDIENNE
La sédation intraveineuse
Dans la série des péridurales par voie transsacrée, tous les enfants sauf un (imperforation anale par voie basse chez un
nouveau-né de 3 jours) ont reçu une sédation complémentaire ; pour 20 d'entre eux (83 %) elle fut assurée par le même
protocole que pour les rachianésthésies (doses moyennes diazépam 8,7 ± 2,9 mg, kétamine 50,6 ± 18,2 mg), pour les 4 autres
par une association diazépam-thiopental.
La sédation intraveineuse fut requise 171 fois (31 % des péridurales) chez l'adulte, dans 86 % des cas par l'emploi d'une
benzodiazépine et/ou de kétamine (doses moyennes diazépam 11,8 ± 5,4 mg, midazolam 6,8 ± 3,2 mg, kétamine 78,7 ± 50,5 mg),
le reste par associations diazépam-thiopental ou diazépam-péthidine.
Médecine d'Afrique Noire : 1990, 37 (10)
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