l`habitat comme cle de voute du developpement des metropoles

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L’HABITAT COMME CLE DE VOUTE DU
DEVELOPPEMENT DES
METROPOLES
L’EXEMPLE DE RENNES METROPOLE
Laurent VIEL
Décembre 2005
INSTITUT D’ETUDES POLITIQUES DE PARIS
MASTER URBANISME, AMENAGEMENT, IMMOBILIER
Mémoire de fin d’année
L’HABITAT COMME CLE DE VOUTE DU DEVELOPPEMENT DES
METROPOLES
L’EXEMPLE DE RENNES METROPOLE
Alvaro Siza
Laurent VIEL
Décembre 2005
Préambule
Recruté comme chargé d’études en urbanisme au service des Etudes Urbaines de
Rennes Métropole, je suis amené dans le cadre de mes activités à conseiller
quelques communes de Rennes Métropole dont je suis « l’urbaniste référent ». En
particulier je suis sollicité pour la mise en œuvre du Programme Local de l’Habitat.
Au-delà de sa seule mise en œuvre, il m’a semblé intéressant d’en comprendre la
philosophie. Cette motivation, conjuguée – heureusement – avec la conviction que le
PLH relevait de beaucoup plus que de la seule question du logement, m’a amené à
entreprendre cette étude.
Ce travail m’aura fait reprendre contact avec un thème d’études passionnant que
j’avais découvert à Sciences Po : le développement (durable) des territoires, mais
avec un angle d’approche complètement nouveau pour moi : l’Habitat.
Au niveau professionnel, cette réflexion préalable me donnera probablement la
possibilité de faire preuve de pédagogie auprès des communes sur les thèmes
abordés. Elle enrichit par ailleurs ma connaissance de Rennes Métropole, et plus
généralement de la ville et de l’urbain.
Au niveau personnel, ce mémoire entretient surtout mon désir de continuer à étudier
et chercher, notamment autour des thèmes de l’architecture et de l’urbanisme.
2
Remerciements
Merci à :
Patrice Rivier, pour s’être rendu disponible, pour sa patience, son indulgence, et pour
le raisonnement très pédagogique qu’il a su avoir lors de notre entretien,
Christophe Blot, pour m’avoir fait découvrir un sujet d’études passionnant, pour sa
sympathie et son dévouement,
Ceux qui, sans le savoir, m’auront aidé pour cette étude :
Michel Micheau, Julien Damon, Bernard Coloos, François Salzgeber,
Marilie Ménager,
L’équipe du service des Etudes Urbaines de Rennes Métropole,
Le service Habitat de Rennes Métropole,
Ma famille.
Je dédie ce travail à la mémoire de ma Grand-Mère, qui rêvait d’une chose : que ses
petits-enfants fassent de la recherche !
3
Sommaire
Préambule................................................................................................................... 2
Remerciements........................................................................................................... 3
Sommaire.................................................................................................................... 4
Introduction : Le développement des métropoles ....................................................... 5
1
2
Le PLH de Rennes Métropole.............................................................................. 7
11.
Rennes Métropole ........................................................................................ 7
12.
Eléments de diagnostic............................................................................... 10
13.
Orientations du PLH et grands principes d’action ....................................... 15
14.
La mise en œuvre du PLH.......................................................................... 21
L’habitat peut-il être la clé de voûte du développement d’un territoire ? ............ 27
21.
Intro : développement territorial=développement durable........................... 27
22.
Scanner des stratégies de développement en Europe ............................... 28
23.
Rennes, le PLH, un choix nécessaire au développement........................... 48
Conclusion générale : L’habitat comme clé de voûte d’une stratégie globale ........... 61
Bibliographie ............................................................................................................. 64
Annexes .................................................................................................................... 65
4
Introduction : Le développement des métropoles
S’il est une chose à laquelle aspirent les métropoles françaises, il s’agit du
développement « durable » de leur territoire.
Le développement d’un territoire doit être un développement « soutenable », pour
reprendre le vocabulaire anglo-saxon (« sustainable development »). Il ne peut faire
l’économie d’un aspect ou l’autre de son contenu. Le développement d’un territoire
doit se penser dans sa globalité. Il n’est pas économique sans être écologique. Il
n’est pas écologique sans être social. Il n’est pas social sans être culturel. Il n’est pas
culturel sans être économique. Sinon il ne peut pas être « soutenable » .
Qu’est-ce qui fonde ces affirmations ? Derrière la culture, l’économie (le travail),
l’environnement, mais aussi la mobilité, ce sont des valeurs telles que la démocratie,
l’égalité, le respect des libertés, la capacité des individus à s’épanouir, le respect des
générations futures, la solidarité qui transparaissent. La culture est un support de
l’épanouissement des individus. La mobilité est un facteur de démocratie. Le travail
est une activité dans laquelle les gens font société et se rendent solidaires. Le
respect de l’environnement est en fait celui des générations futures. Tous ces
éléments rassemblés favorisent les libertés individuelles.
Un territoire en développement soutenable tend vers cet idéal de fond.
A l’heure de la mondialisation, les métropoles se posent la question de la stratégie à
adopter afin d’avoir un développement soutenable. Dans le contexte de concurrence
entre les territoires, les leviers du développement des agglomérations européennes
sont analysés et comparés. Or peu de ces analyses font état de stratégies de
développement territoriales dont le levier principal serait l’Habitat. A moins de
remonter jusqu’à la période d’après-guerre, pendant laquelle le contexte était très
différent, le thème n’a pas, probablement à juste titre, constitué une priorité des
politiques des métropoles jusqu’à nos jours. Pourtant le départ massif à la retraite
des générations du baby boom et la nécessité d’attirer de jeunes actifs, la hausse
sans fin du prix de l’immobilier et les problèmes de mal-logement constituent des
menaces sérieuses pour le développement des territoires. Or il s’agit bien de
5
questions liées à celle de l’habitat. Les deux problématiques – habitat et
développement – sont imbriquées, le traitement de la première constituant le
préalable, voire le fondement, de la seconde.
Après avoir articulé, avec succès, son développement autour de la création de sa
première ligne de métro pendant les années 90 et le début des années 2000,
Rennes Métropole constitue aujourd’hui le cas original d’un territoire qui va miser au
cours des dix prochaines années sur l’Habitat comme clé de voûte du
développement.
Dans une première partie, descriptive, l’étude se propose de présenter Rennes
Métropole et son Programme Local de l’Habitat, de répondre à la question de la
nature de la politique de l’Habitat de Rennes Métropole. En considération d’un
diagnostic de la situation rennaise en matière d’habitat, les orientations du PLH
seront présentées de manière synthétique, ainsi que les moyens de sa mise en
œuvre.
Puis dans une seconde partie, prospective, un scanner des pratiques européennes
en matière de développement des métropoles permettra d’abord de dessiner les
contours du développement des métropoles européennes et de Rennes Métropole
en particulier. S’appuyant sur ces analyses et sur l’interview d’un expert, Patrice
Rivier, un argumentaire va se développer afin de répondre à la double question
suivante : l’habitat peut-il être, doit-il être, est-il la clé de voûte du développement de
Rennes Métropole ? et des métropoles françaises ?
6
1 Le PLH de Rennes Métropole
11.
Rennes Métropole 1.1.A Présentation globale :
Rennes Métropole a le statut de Communauté d’Agglomération depuis le 31
décembre 1999 mais l’intercommunalité rennaise, autrefois District de Rennes, est
née en 1970. L’agglomération a connu récemment une progression remarquable de
sa population, passant de 326 000 habitants en 1990 à 370 000 en 2004, due aux
soldes naturel et migratoire combinés.
Rennes Métropole se situe dans le Pays de Rennes, d’échelle plus grande. C’est à
l’échelle du pays que le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) est en cours
d’élaboration.
Figure 2 : Les 37 communes de Rennes Métropole
(source : www.rennesmetropole.fr)
Figure 1 : Plan de situation de
Rennes Métropole en Ille et Vilaine
et dans le Pays de Rennes
(source : www.rennesmetropole.fr)
7
Une présentation de l’agglomération rennaise, certes empreinte de subjectivité mais
efficace et succincte, figure sur la dernière de couverture de l’ouvrage de Catherine
Guy et Laurent Givord : Rennes, le pari d’une agglomération multipolaire (2004).
Elle présente les éléments-clés de compréhension de la métropole rennaise, par
surcroît particulièrement appropriés pour introduire le Programme Local de l’Habitat
de Rennes Métropole :
 Une agglomération qui a souvent su anticiper les changements, notamment
les procédures imposées par l’Etat. Ainsi Rennes est la première
agglomération à avoir adopté, en 1992, la taxe professionnelle
communautaire,
 Une agglomération polycentrique,
 Le souci permanent de la mixité sociale,
 La volonté d’un développement durable,
Il est intéressant de noter que cet ouvrage (2004) est paru à l’heure des premières
réflexions sur le nouveau Programme Local de l’Habitat de Rennes Métropole.
L’ouvrage retrace le développement de l’aire urbaine de Rennes durant les trente
dernières années : « Celui-ci [le développement] a été porté par une politique
d’intercommunalité, souvent reconnue comme un modèle d’anticipation et
d’expérimentation. Ainsi, l’agglomération a été la première à adopter le partage de la
taxe professionnelle, elle a construit une ligne de métro et initié un pays urbain. Cette
croissance urbaine s’est réalisée selon un schéma multipolaire original : ville centre
entourée d’une ceinture verte et de villettes, devenant progressivement de véritables
pôles secondaires.
Mais la dynamique de la métropole rennaise n’est pas que technique. Fondée sur un
humanisme largement partagé par l’ensemble des élus, la croissance s’y décline
dans le souci permanent de la mixité sociale, avec la conviction que solidarité et
qualité de vie sont à la fois le résultat et le facteur du développement dans un
ensemble indissociable. Ces valeurs et ces principes, qui ont contribué à forger
l’agglomération, sont à même aujourd’hui d’y organiser un développement réellement
durable, dans l’intérêt de tous les habitants.»
8
1.1.B Présentation contextuelle
Qu’est-ce qu’un PLH ?
Le Programme Local de l’Habitat relève du Code de la Construction. Dans son article
L302-1 ; le code stipule que « Le Programme Local de l’Habitat est établi par un
établissement public de coopération intercommunale pour tout ou partie de
l’agglomération ou des communes qui entendent par leur coopération répondre à des
objectifs communs en matière d’habitat… Il vise à répondre aux besoins en
logements et à assurer entre les communes et entre les quartiers une répartition
équilibrée et diversifiée de l’offre de logements…Il indique les moyens qui seront mis
en œuvre pour parvenir aux objectifs et principes qu’il a fixés. »
Sur le site Internet de Rennes Métropole, on lit qu’un « Programme Local de l’Habitat
(PLH) définit les principes, les objectifs chiffrés et qualitatifs et les moyens dégagés
par une collectivité locale pour mettre en œuvre sa politique de logement et répondre
à la demande des actuels et futurs habitants. Il est d’une durée minimale de 5 ans. »
Dans le cas de Rennes, le Programme Local de l’Habitat (PLH) est réalisé à l’échelle
de Rennes Métropole, c’est-à-dire des 37 communes de la communauté
d’agglomération. Il s’affirme comme le pendant du Plan des Déplacements Urbains
(PDU) en matière d’Habitat. Pour schématiser, le PDU et le PLH constitueront les
volets « déplacements » et « habitat » du Schéma de Cohérence Territoriale (ScoT)
sur le secteur de Rennes Métropole.
Qu’est-ce que l’Habitat ?
Avant de se lancer dans l’analyse de l’Habitat à Rennes Métropole, ne convient-il pas
de définir cette notion ? Abstraction faite d’une première définition rappelant que le
terme désigne originellement l’espace de vie d’une espèce animale, le Trésor de la
Langue Française Informatisé (http://atilf.atilf.fr/) désigne l’habitat comme
l’ « ensemble des conditions d'organisation et de peuplement par l'homme du milieu
où il vit ». Le PLH répond-il à la problématique vaste de cette définition ou considèret-il l’habitat à la lumière d’une seconde définition du même dictionnaire, minimale,
donnée par extension (ou plutôt par réduction) de la première, qualifiant l’habitat de
«l’ensemble des conditions de logement, d'habitation » ?
9
Autrement dit, la notion d’habitat se limite-t-elle à celle du logement ou embrasse-telle des questions plus larges, sur l’espace et les modes de vie des hommes ?
La présente étude montrera que la notion de l’Habitat retenue dans le PLH de
Rennes Métropole est en fait en perpétuelle tension entre ces deux définitions. Si le
PLH se concentre sur des objectifs mesurables en termes de nombre de logements,
il vise à répondre à des enjeux globaux concernant l’environnement, la mixité sociale
et générationnelle, les déplacements...
12.
Eléments de diagnostic
Rennes Métropole a fait, dans le cadre de l’élaboration de son Programme Local de
l’Habitat 2005-2012, un diagnostic, objet de la première partie du document, en
projet à l’heure actuelle. Ce diagnostic présente l’intérêt de révéler, au sujet du
territoire métropolitain rennais, des traits souvent communs avec ceux des autres
agglomérations françaises. Il reflète, moyennant l’oubli de quelques caractéristiques
spécifiquement rennaises, une réalité générale du logement en France. Ce chapitre
cherche à faire la synthèse de ce diagnostic.
Le PLH précédent de Rennes Métropole (1995/2002) a permis d’avoir une
observation assez fine de la production de logements au cours de la dernière
décennie. Ce PLH antérieur permet d’avoir une bonne connaissance du contexte
rennais en 2005, date de démarrage du nouveau PLH (application 2005-2012).
Un déficit alarmant de constructions nouvelles
Si l’objectif de 3000 logements
par an a été tenu en moyenne
dans
le
cadre
du
PLH
précédent, le schéma ci-contre
montre que la production a
toutefois nettement diminué
depuis 1999, passant ensuite à
2300 logements par an.
Figure 3 : La construction de logements sur Rennes
Métropole entre 1992 et 2003
(source : PLH, p.20)
10
Un premier facteur, endogène, explique ce constat : la pénurie de foncier disponible.
Malgré une quantité de foncier brut importante et meilleure marché sur le territoire
communautaire qu’ailleurs en France, le foncier effectivement constructible est moins
important depuis quelques années. D’une part les communes périphériques, en
croissance très forte, limitent parfois la libération des terrains, notamment dans le
cadre de leurs ZAC, afin de s’assurer au préalable de la capacité d’adaptation de
leurs équipements publics face aux évolutions démographiques. D’autre part les
communes manquent souvent de moyens humains pour mettre en œuvre ces
opérations complexes, ce qui entraîne une certaine prudence dans la libération du
foncier. Enfin les opérations réalisées aujourd’hui sont moins denses que la
moyenne française, ce qui constitue une utilisation moins économe du foncier
disponible.
Le fléchissement de la production tient aussi à des facteurs exogènes : outre le
désengagement de l’Etat dans le soutien à la production de logements aidés,
notamment sociaux, l’augmentation des coûts de construction participe aussi du
phénomène de chute de la construction.
Enfin ni la filière locale de la promotion immobilière, ni celle du second œuvre ne
peuvent faire face à la demande prodigieuse de logements sur l’agglomération. Or
les entreprises nationales ne s’intéressent pas à ce créneau de la construction, ce
qui pénalise encore la construction d’habitations nouvelles.
Un blocage des parcours résidentiels lié à un manque global de logements
D’abord la pénurie de logements affecte le secteur social dont le parc stagne depuis
1996 à 17,5 % de l’offre globale, après avoir augmenté fortement au début des
années 90. Le logement social a d’abord bénéficié de subventions très importantes
de l’Etat. Aujourd’hui, si l’Etat favorise à travers le Plan de Relance le retour de
l’investissement dans le logement social, Rennes Métropole et la Ville de Rennes en
sont désormais les principaux financeurs. La baisse du rythme de production du
logement social est surtout imputable aux communes périphériques, qui construisent
moins de logements sociaux que la Ville Centre (21 % de la production neuve pour
Rennes entre 1999 et 2003, 15 % pour les communes périphériques).
11
Faute d’une offre suffisante, les taux de sortie sont faibles et peu de mutations au
sein du parc social ont lieu. De nombreux captifs du logement social (dont le revenu
ne leur permet pas d’accéder à un logement du parc privé) demeurent sur liste
d’attente. Une vive tension résulte de ce blocage de la mobilité résidentielle. Cette
crise est accentuée par le déséquilibre de l’offre entre Rennes (25 % de logement
social) et la périphérie (12 % de logement social).
Pourtant les copropriétés récentes se portent plutôt bien et représentent la majorité
des logements de l’agglomération.
La pénurie menace en revanche les copropriétés privées, en particulier du centre
ville, trop chères à entretenir pour leurs propriétaires. La fragilité de ce secteur
pénalise aussi les parcours résidentiels. Les seniors tendent par exemple à se
maintenir dans leur maison individuelle, à défaut de trouver une offre adaptée au
plus près des services du centre ville.
Autre facteur de blocage des parcours résidentiels : la construction neuve tend à se
spécialiser dans le produit de standing, au détriment des jeunes actifs, des familles
aux revenus moyens, des ménages d’une personne, des seniors, etc.…
En raison de la pénurie globale de logements, neufs et anciens, le territoire
métropolitain souffre bien d’un défaut de rotation au sein du parc de logements et
d’une difficulté de mobilité géographique centre/périphérie.
Une tendance à la spécialisation sociale et générationnelle des territoires, un
mécanisme de discrimination par l’habitat
Conséquence de l’augmentation des prix de l’immobilier et de la culture de la maison
individuelle, les territoires voient s’opérer entre eux une véritable discrimination
sociale. Loin du centre de l’agglomération se retirent les ménages aux revenus
modestes et moyens.
12
Figure 4 : Les ménages aux revenus modestes s’éloignent de Rennes
(source : PLH, p.24)
Conséquence de la tension du marché, il est par ailleurs très difficile pour les
ménages les plus fragiles de s’insérer dans les parcours résidentiels classiques. A
défaut ceux-ci sont pris en charge dans le cadre de structures ad hoc, fortement
tributaires des aides de la Communauté d’Agglomération.
L’inadéquation de l’offre du marché
immobilier
avec
l’agglomération
les
besoins
porte
aussi
discrimination
de
une
générationnelle.
Qu’adviendra-t-il des futurs retraités,
vivant aujourd’hui dans leurs maisons
individuelles de la périphérie de
Rennes ? Comment bénéficieront-ils
des services habituellement disponibles
dans la ville dense ? D’autant que le
Figure 5 : Projection de la population de
60 ans et plus en nombre
nombre de plus de 60 ans devrait
(source : PLH, p.25)
doubler d’ici 30 ans.
13
Comme il a été précisé ci-dessus les ménages aux revenus modestes s’éloignent de
Rennes. Il s’agit bien souvent de jeunes actifs de 30 à 49 ans. Ceux-ci ne peuvent
bénéficier du logement social dans un parc saturé, et quittent même le territoire de la
communauté d’agglomération tout en restant dans l’aire urbaine.
Les plus jeunes enfin, étudiants ou jeunes actifs précaires, subissent particulièrement
les effets de la pénurie de logements.
« Une sélection par l’argent et par l’âge s’ébauche, ce qui implique, faute d’une
politique logement très volontariste, un risque de concentration des cadres, des
étudiants et des retraités à l’intérieur de Rennes Métropole, et une excentration des
jeunes et des actifs à l’extérieur avec ses effets prévisibles en termes de
déplacements, de qualité et d’exclusion. » (PLH, p. 23)
Une inquiétude en matière de développement durable
Au-delà des questions directement liées au logement, d’autres aspects du
développement, tel que la question des déplacements, celle de l’étalement urbain ou
celle des équipements, plus globalement celle des équilibres spatiaux, sont impactés
par le contexte actuel du marché immobilier.
En termes de déplacements, certes les évolutions sociologiques actuelles amènent
les gens à pratiquer plus d’activités donc fréquenter plus de lieux. Les déplacements
sur le territoire large augmentent donc. Mais ce phénomène est encore amplifié par
la fuite des ménages loin de la Ville Centre. Les déplacements ont crû de 12 % sur le
Pays de Rennes entre les deux derniers recensements.
La caractéristique de l’urbanisation diffuse est sa faible densité, et par conséquent la
forte consommation d’espace qu’elle engendre. La propension à l’étalement que l’on
connaît aujourd’hui (45 % d’augmentation de l’espace urbanisé en 17 ans sur
Rennes Métropole) affecte l’environnement, la qualité de vie, les déplacements.
L’analyse du territoire montre aussi l’inadaptation croissante des équipements par
rapport aux mouvements démographiques. Sans une politique globale de l’habitat
qui prenne en compte cet aspect, le développement ne peut être « soutenable ».
14
Entre 1996 et 2002 sur le territoire de Rennes Métropole, la population augmentait
de 8 % pendant que les effectifs des écoles diminuaient de 7 %. Le scénario était
très différencié entre Rennes et les villes périphériques. Pendant que les effectifs
scolaires à Rennes diminuaient fortement (-17 %), ceux des communes
périphériques augmentaient légèrement (+3 %).
Conclusion du diagnostic
Au regard du diagnostic dressé ci-dessus, la question de l’habitat apparaît donc bien
comme celle d’enjeux de société actuels majeurs. Elle soulève les problèmes de
mixité sociale, générationnelle qui entraînent les mécanismes de discrimination à
l’œuvre aujourd’hui dans la société. La pénurie de logement associée à de grands
défauts en termes de qualité entraînent le blocage des parcours résidentiels ainsi
que des discriminations sociales et générationnelles.
13.
Orientations du PLH et grands principes d’action
1.3.A Orientations
Le Programme Local de l’Habitat de Rennes Métropole se donne 6 ambitions
prioritaires : l’attractivité de la métropole, la lutte contre la hausse des prix et des
loyers dans la métropole, l’accueil des jeunes actifs, l’optimisation des dispositifs
d’aide au logement pour les plus démunis, l’adaptation de l’habitat aux personnes
âgées et la lutte contre l’étalement urbain au nom de l’économie de l’espace.
Ces ambitions se déclinent en une série d’orientations :
 La production d’une offre suffisante et diversifiée de logements sur le territoire
 La requalification des parcs publics et privés
 Le développement et l’adaptation du parc social en faveur des personnes
handicapées
 Le développement du parc en faveur des personnes âgées
 L’amélioration des conditions d’accueil des étudiants et des jeunes
 L’intégration des dimensions qualité et développement durable dans les
stratégies de développement de l’offre
15
 La modification des principes de la politique d’attribution des logements aidés
 Le maintien des dispositifs d’accès au logement pour les plus démunis
Découlent de ces orientations deux ensembles d’objectifs forts : l’un quantitatif,
l’autre qualitatif.
1.3.B Un objectif quantitatif : 6 % d’augmentation du parc par an
La grande ambition du Programme de l’Habitat de Rennes Métropole réside dans le
rythme très soutenu de constructions que s’imposent les communes contractantes.
Le PLH ambitionne une production annuelle de logements neufs par commune de
6% de son nombre de résidences principales recensées en 2003. Ce rythme devra
s’appliquer à toute la période 2005-2012.
Afin de rendre cet objectif réalisable, Rennes Métropole assure une aide financière et
technique à la hauteur des ambitions d’un tel projet. Le point suivant s’attachera à
expliquer la mise en œuvre concrète du Programme Local de l’Habitat.
Un rythme annuel de 6% du parc de résidences principales recensé en 2003
correspond à la construction annuelle de 4 500 logements dans l’agglomération, soit
36 000 nouveaux logements en 8 ans, répartis en fonction d’un double principe de
faisabilité et de partage solidaire de l’effort de production : 8 000 logements au
minimum sur la Ville de Rennes et 28 000 logements au minimum sur les communes
périphériques.
Les 4 500 logements annuels répondent à un besoin estimé de :
 1 300 nouveaux logements pour remédier au desserrement des ménages,
 2 200 à 2 500 nouveaux logements pour répondre à la croissance
démographique. Rennes Métropole devrait accueillir, 45 000 à 60 000
nouveaux habitants d’ici 2010 selon les estimations de l’INSEE,
 500 à 700 logements supplémentaires pour assurer le renouvellement du parc
existant et rétablir les conditions de fluidité.
L’atteinte de cet objectif quantitatif doit permettre de :
16
 Favoriser les parcours résidentiels de tous. Mettre ainsi en œuvre une
meilleure cohésion sociale,
 Accueillir une main d’œuvre importante pour répondre aux défis économiques
de la concurrence des territoires.
 Accueillir les étudiants
1.3.C Des objectifs qualitatifs
Les objectifs qualitatifs portent sur le statut des logements (sociaux, libres,
intermédiaires), ainsi que sur les formes urbaines (collectifs, individuels), et par
extension sur l’environnement, les équipements et les transports.
1.3.C.i Diversité des logements
Le PLH se donne la règle de produire, dans le cadre de chaque opération
d’urbanisme de chaque commune, sur toute la période 2006-2012, au moins 50 %
de logements aidés dont :
 25 % minimum de logement locatif social (PLUS ou PLAI)
 25 % minimum de logement locatif intermédiaire (PLS) ou en accession aidée
En outre la production de lots libres à bâtir d’une surface supérieure à 350 m_ ne
devra pas excéder 20 % de la production totale de l’opération.
Toutefois chaque commune dispose d’une marge de manœuvre en secteur diffus, où
sont autorisés des programmes immobiliers ne répondant pas nécessairement aux
objectifs de diversité ci-dessus, dans la limite, par période de trois ans, de :
 80 logements pour les communes de moins de 3 500 habitants
 100 logements pour les communes de 3 501 à 5 000 habitants
 160 logements pour les communes de 5 001 à 10 000 habitants
 250 logements pour les communes de plus de 10 000 habitants
L’agglomération rennaise décide aussi dans son PLH de développer le parc de
logements, en particulier le parc social, en faveur des personnes âgées et des
17
personnes handicapées. Aussi la production neuve devra prendre en compte la
question des déplacements et des services pour permettre le maintien à domicile.
A travers ces objectifs de diversité, c’est la volonté d’un développement solidaire qui
est affichée. Selon Edmond Hervé1, Maire de Rennes et Président de Rennes
Métropole, « la mixité constitue la notion fondamentale de l’avenir de la métropole ».
Les objectifs de diversité affichés ici sont ceux d’une diversité géographique, sociale
et générationnelle. Non seulement à l’échelle du territoire métropolitain mais aussi à
l’échelle de toute opération d’urbanisme, le PLH ambitionne pour le moins de faire
cohabiter les différents types sociaux de population, les différentes générations,
sinon de les encourager à « vivre ensemble ». Rennes Métropole affiche ainsi son
intention d’affronter avec volontarisme les discriminations sociales révélées dans le
diagnostic et le tournant démographique caractérisé par un vieillissement de la
population.
En parallèle avec cet objectif de diversité des logements, le PLH aspire aussi à
optimiser l’intégration des ménages fragiles et des populations les plus démunies en
renforçant les moyens d’intervention existants. Il prévoit de revitaliser les dispositifs
d’accompagnement : la Conférence Intercommunale du Logement (CIL), la
Commission Locale de l’Habitat (CLH), l’Agence Immobilière à Vocation Sociale
(AIVS), l’Association Logement et Familles en difficulté, etc.…
Remarque : Si les mixités sociale et générationnelle occupent dans le Programme
Local de l’Habitat une place très importante, qu’elles sont l’objet d’ambitions inédites
jusqu’à aujourd’hui en France, la notion de mixité des fonctions, en revanche,
n’apparaît jamais dans le document en projet. Il n’est nul part mentionné que les
programmes d’opérations nouvelles devront intégrer les problématiques de l’habitat
de manière imbriquée avec celles de l’activité économique par exemple, ni en terme
de programme, ni en terme de projet urbain. Le document se concentre sur l’habitat
au sens strict du terme.
1
ème
Lors du colloque « Nos Métropoles face aux défis du 21
siècle », 30 Septembre 2004 (annexe 1)
18
La question traitée dans cette partie a bien été celle de la diversité des statuts des
logements (social, intermédiaires, libres). Le Programme Local de l’Habitat soulève
une autre dimension de la diversité : celle des formes urbaines.
1.3.C.ii Diversité des formes urbaines
La contractualisation d’une commune avec Rennes Métropole dans le cadre du PLH
impose à la commune de réaliser en moyenne annuelle un minimum de 50 % de
logements collectifs ou semi-collectifs. Cette exigence est bien distincte des
exigences relatives au statut des logements, car elle s’applique à la forme du bâti, au
nombre de logements qui composent un immeuble. Le PLH exige aussi que même
les immeubles semi-collectifs soient équipés d’ascenseurs.
En parallèle une démarche qualitative importante, rappelée dans le PLH, est menée
par Rennes Métropole dans le cadre de la commission Prospective de la
Communauté d’Agglomération. Les actions visent à sensibiliser pour amener le
débat et faire partager les nouveaux principes de l’aménagement de l’espace. Le
PLH rappelle que « des conférences et des expositions ont présenté, au grand
public, l’architecture et la culture urbaine à travers le temps et l’espace. »
Via la démarche qualitative sur la diversité des formes urbaines, les acteurs du PLH
espèrent :
 Faire du développement de Rennes Métropole un développement durable,
grâce à des formes denses et innovantes, soit :

Prévenir l’étalement urbain en attirant les familles par une offre
alternative à l’individuel,

Assurer une gestion économe de l’espace en préservant la trame verte
caractéristique de l’agglomération, qui dessine l’ordonnancement de
l’espace,

Maintenir en parallèle le développement de villettes organisées autour de
pôles d’appui,

Bâtir une qualité de vie par l’intégration d’équipements, de services ou
d’espaces de loisirs à proximité ;
19
 Favoriser l’accueil des personnes âgées (formes denses de centre ville,
ascenseurs, etc.)
 Favoriser l’accueil des personnes handicapées (logements et environnement
adaptés, ascenseurs, etc.)
 Requalifier les parcs publics et privés
Enfin il est important de préciser qu’afin d’atteindre les objectifs de développement
durable, le PLH ne fait pas l’économie d’une attention particulière portée aux :
 Equipements : en référence aux objectifs de développement durable,
d’accueil des personnes âgées, de gestion économe des ressources, de
qualité de vie, de densité, il est nécessaire de développer les équipements,
 Transports et déplacements : en vertu des mêmes objectifs, il faut
encourager l’adaptation des transports en commun.
1.3.D Conclusion
Afin de répondre aux multiples orientations qu’ils se donnent (mixité sociale et
générationnelle, accueil de main d’œuvre pour l’économie du futur, qualité de vie et
développement durable), les acteurs du Programme Local de l’Habitat, communes et
Communauté d’Agglomération, ont donc retenu des objectifs quantitatifs et qualitatifs
de production de logements neufs.
Afin de se préparer à un examen critique de ces enjeux et objectifs replacés dans
une vision globale du développement, il convient d’analyser en quelques
paragraphes les principaux aspects de la mise en œuvre du PLH.
20
14.
La mise en œuvre du PLH
« Le PLH constitue le socle commun et communautaire d’un contrat global entre
Rennes Métropole et ses partenaires institutionnels. » (PLH, p. 56)
Bien qu’il s’impose aux documents d’urbanisme, il ne constitue pas un contrat entre
deux parties. Il est le document de référence pour tous les acteurs de l’habitat et du
développement dans la métropole.
Le PLH fait l’objet de multiples actions concrètes dont les principaux éléments sont
présentés dans cette partie :
1.4.A Un processus de contractualisation – pouvoir de contrôle
La mise en œuvre du PLH est sur l’initiative de chaque commune. Si une commune
choisit de contractualiser avec Rennes Métropole, elle s’engage à contribuer à la
réalisation de l’objectif communautaire du PLH. Rennes Métropole élabore alors avec
la commune un contrat, détaillant avec précision les objectifs personnalisés de la
commune, en termes de nombre de logements à produire, selon quel rythme. La
répartition territoriale de la production de logements est ainsi faite selon les mêmes
exigences vis-à-vis de chaque commune, mais en prenant en compte les contraintes
particulières propres à chacune. En contrepartie de ces engagements, Rennes
Métropole engage ses soutiens financier et d’ingénierie urbaine, détaillés plus loin.
Du printemps à l’automne 2005, les 37 communes qui constituent Rennes Métropole,
sans exception, ont approuvé le Programme Local de l’Habitat dans les 37 conseils
municipaux. A la suite de ces délibérations, le conseil communautaire de Rennes
Métropole a lui-même approuvé le Programme Local de l’Habitat le 20 octobre 2005.
Début 2006, les contrats entre Rennes Métropole et les communes vont être signés.
Il s’agit d’un premier niveau de contrat à l’échelle communale. Un deuxième niveau
de contrat opération par opération devra ensuite être mis en œuvre tout au long de la
période du PLH 2005-2012. Ce deuxième niveau de contrats lie le maître d’ouvrage
21
d’une opération d’urbanisme (la commune dans le cadre d’une Zone
d’Aménagement Concertée) avec Rennes Métropole.
Afin d’assurer le suivi de la mise en œuvre des objectifs du PLH, une évaluation de
son application dans chaque commune est prévue en 2009.
PLH
Approuvé par les communes et Rennes
Métropole dans leurs instances délibératives
respectives
Contrat
Contrat
Contrat
Contrat
Rennes Métropole /
Commune 1
Rennes Métropole /
Commune 2
Rennes Métropole /
Commune n
Rennes Métropole /
Commune 37
Contrat
opération 1
Contrat
opération 2
Contrat
opération n
Figure 6 : Les deux niveaux de contractualisation du PLH (commune et opération d’urbanisme)
22
1.4.B Le soutien financier de Rennes Métropole
Le soutien financier de Rennes Métropole se décline en trois postes principaux :
Une aide au portage foncier
A cette fin, Rennes Métropole affecte un budget annuel de 7 millions d’euros à son
Programme d’Acquisition Foncière (PAF). Ainsi les communes déterminent avec
Rennes Métropole dans le cadre de leur contrat de PLH les zones à urbaniser ou en
projet qui doivent constituer les cibles foncières de la personne publique afin de
réaliser les objectifs du PLH. Dès lors, quand l’opportunité se présente (lors d’une
Déclaration d’Intention d’Aliéner par exemple), la commune peut solliciter le service
financier de Rennes Métropole afin que la communauté d’agglomération acquière le
foncier et le porte jusqu’au démarrage de l’opération,
Une aide à la surcharge foncière
Afin d’aider les communes à programmer du logement social, intermédiaire ou en
accession aidée, Rennes Métropole corrige les inégalités entre les territoires de zone
2 et zone 3, définies par l’Etat2, toutes deux présentes sur le territoire de la
communauté d’agglomération. L’Etat impose que les charges foncières payées par
un bailleur social pour l’habitat social en zone 3 ne soient pas supérieures à 100
€/m_, tandis qu’en zone 2 ce montant s’élève à 150 €/m_. Grâce à Rennes
Métropole, afin de permettre la réalisation d’équipements en particulier, le
propriétaire du terrain – la commune ou l’aménageur – touchera, au lieu de 100 ou
150 €/m_ de charges foncières, une somme égale en zones 2 et 3 à 228 €/m_.
Mécanisme :
 Le bailleur social achète les charges foncières à l’aménageur à 228 €/m_ au
lieu de 100 €/m_ (zone 3) ou 150 €/m_ (zone 2).
 L’aménageur dispose alors de moyens plus importants pour réaliser des
équipements par exemple
2
Zone 1 bis : Paris et les communes limitrophes.
Zone 1 : Agglomération parisienne, zone d’urbanisation et villes nouvelles de la région Ile de France.
Zone 2 : Reste de l’Ile de France, les agglomérations de plus de 100.000 habitants.
Zone 3 : Le reste du territoire national.
23
 Rennes Métropole rembourse le bailleur de la différence par rapport à la
charge de référence imposée par l’Etat. Ainsi, en zone 2, Rennes Métropole
rembourse 78 €/m_ de charge foncière au bailleur. En zone 3, ce montant
s’élève à 128 €/m_.
Ces aides sont majorées en secteur de renouvellement urbain pour remédier à la
spécificité et à la cherté des opérations.
Pour les logements en locatif intermédiaire, le même mécanisme s’applique.
Aides à l’accession
Afin d’aider à l’accession, des mécanismes spécifiques sont mis en œuvre en plus de
la règle de la charge foncière (comme en locatif) : une augmentation du Prêt à Taux
Zéro (PTZ) peut être proposée pouvant aller jusqu’à son doublement, une aide
forfaitaire de 2500 à 10000 euros est proposée aux titulaires de PTZ, etc.
1.4.C La fiscalité mixte
Afin d’accompagner le Programme Local de l’Habitat, Rennes Métropole sera l’une
des premières communautés d’agglomération en France à créer un impôt sur les
ménages le 1er janvier 2006.
La taxe professionnelle reste toutefois de loin le premier poste de recettes pour
l’agglomération, évaluée à 140,4 millions pour 2006. Il convient d’y ajouter la
Dotation Globale de Fonctionnement (49,6 millions d’euros), le Versement Transport
(72 millions d’euros) et la Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères (28,5 millions
d’euros).
En complément, l’impôt sur les ménages devrait apporter environ 8 millions d’euros,
prélevé en même temps que la taxe d’habitation et la taxe sur le foncier bâti et
représentant moins de 1 % sur le taux de la taxe d’habitation.
Cet impôt additionnel doit permettre, selon Edmond Hervé, de faire face aux
réformes à la baisse attendues de la Taxe Professionnelle. En premier lieu, cet impôt
servira à la construction de nouveaux logements.
24
1.4.D Les moyens techniques et humains : les urbanistes référents
Rennes Métropole mobilise ses services afin d’assister les communes dans la mise
en œuvre du PLH. La communauté d’agglomération met ainsi au service des
communes un important dispositif d’ingénierie urbaine, nécessitant une organisation
des services :
 Le directeur général des services techniques est le responsable du projet
 Une équipe de projet PLH est constituée, composée des Directeurs des
Services Habitat, Etudes Urbaines et d’un chargé de mission de l’agence
d’urbanisme de l’agglomération rennaise.
Ils s’assurent de la mise en œuvre des actions suivantes :
 Le travail relatif au suivi contractuel du PLH :

La finalisation de la procédure de PLH,

La gestion de la politique de l’habitat (contractualisation, programmation
logement social, instruction du financement du logement social et aidé),

La coordination avec les bailleurs sociaux,

Le suivi financier des engagements et des paiements de Rennes
Métropole,

Le volet social du PLH ;
 Un travail d’accompagnement sur l’urbanisme :

Le tableau de bord des opérations d’aménagement,

L’assistance aux communes via la mise en place d’un système
d’urbanistes référents (voir encadré),

L’assistance dans la rédaction des documents d’urbanisme ;
 La mission foncière et de droit des sols :

Le programme d’acquisitions foncières,

L’assistance aux communes,

L’instruction des permis de construire au service des communes ;
 Une action de communication ;
 Le volet emploi du PLH.
25
Zoom sur les urbanistes référents
Il s’agit d’un système original mis en place à Rennes Métropole au cours de l’année 2005. Chaque
chargé d’études en urbanisme de Rennes Métropole, soit chacun des 10 chargés d’études, se voit
attribuer 3 ou 4 communes de l’agglomération dont il devient le référents. Dès lors si la commune
souhaite faire appel à Rennes Métropole pour tout renseignement lié de près ou de loin à des questions
urbaines, elle bénéficie d’un interlocuteur privilégié. Celui-ci a pour rôle de :
o
Conseiller la commune sur les questions urbaines, notamment sur celles relatives au PLH,
o
Orienter la commune vers les bons interlocuteurs au sein de Rennes Métropole en fonction de
la demande,
o
Assister la commune dans ses missions de maîtrise d’ouvrage. L’urbaniste référent aidera à
monter des projets, tels que des Zones d’Aménagement Concertées par exemple,
o
Réaliser en interne de petites études urbaines au service des communes,
o
Porter la position de Rennes Métropole dans les communes.
26
2 L’habitat peut-il être la clé de voûte du développement d’un territoire ?
21.
Intro : développement territorial=développement durable
Le développement d’un territoire doit être un développement « soutenable », pour
reprendre le vocabulaire anglo-saxon (« sustainable development »). Il ne peut faire
l’économie d’un aspect ou l’autre de son contenu. Le développement d’un territoire
doit se penser dans sa globalité. Il n’est pas économique sans être écologique. Il
n’est pas écologique sans être social. Il n’est pas social sans être culturel. Il n’est pas
culturel sans être économique. Sinon il ne peut pas être « soutenable » .
Qu’est-ce qui fonde ces affirmations ? Derrière la culture, l’économie (le travail),
l’environnement, mais aussi la mobilité, ce sont des valeurs telles que la démocratie,
l’égalité, le respect des libertés, la capacité des individus à s’épanouir, le respect des
générations futures, la solidarité qui transparaissent. La culture est un support de
l’épanouissement des individus. La mobilité est un facteur de démocratie. Le travail
est une activité dans laquelle les gens font société et se rendent solidaires. Le
respect de l’environnement est en fait celui des générations futures. Tous ces
éléments rassemblés favorisent les libertés individuelles.
Un territoire en développement soutenable tend vers cet idéal de fond.
Selon Patrice Rivier, PDG de l’agence de conseil aux territoires Sémaphores et
Directeur de publication de la revue Sud Infos, un territoire est soit en
développement, soit en déclin. Pour lui, le développement des territoires a longtemps
obéi à des sinusoïdes. Les territoires en déclin aujourd’hui étaient en développement
hier, et inversement, évoluant selon une courbe sinusoïdale. L’objectif du
développement durable est alors de sortir de cette sinusoïde pour continuer dans la
voie du développement de manière précisément « durable », et non sinusoïdale.
Pour Alain Bourdin3, « les villes deviennent vivables par le rapport qu’elles
parviennent à instaurer entre créativité économique, scientifique et culturelle. Cela,
3
ème
Lors du colloque « Nos Métropoles face aux défis du 21
siècle », 30 Septembre 2004 (annexe 1)
27
ajoute-t-il, implique aussi d’avoir des stratégies de peuplement et donc, de ne pas se
contenter de mettre des gens côte à côte en pensant que le lien se créera. » Le
développement repose sur le critère préalable d’une politique stratégique de l’habitat.
En s’appuyant sur un scanner rapide des stratégies de développement de quelques
exemples d’agglomérations européennes, un portrait partiel de la stratégie rennaise
va se dessiner dans une première partie. Puis le chapitre suivant complètera ce
portrait par un aspect encore original, et néanmoins indispensable, clé du
développement de Rennes Métropole, bientôt condition du développement des
autres métropoles attractives françaises : la politique de l’Habitat. Partant de ces
analyses, doit-on considérer que la stratégie de développement métropolitain de
l’agglomération rennaise répond au critère de développement durable ?
22.
Scanner des stratégies de développement en Europe
Dans cette partie, chaque thème est analysé au travers d’exemples européens
(français ou étrangers). A chaque thème traité, un temps est réservé pour décrire la
position de Rennes Métropole. A travers la mise en perspective de Rennes
Métropole par rapport aux autres métropoles européennes, les contours de la
stratégie rennaise de développement vont se dessiner.
2.2.A Question commune : la concurrence entre les territoires
Dans le contexte d’une économie mondialisée, le développement des territoires va
reposer sur leur attractivité au niveau national et international. Les territoires sont en
concurrence afin d’attirer ou de garder les entreprises et les hommes qui assureront
leur développement.
Economie mondialisée
En effet les entreprises qui se placent sur le terrain d’une économie mondialisée (la
majeure partie des entreprises des secteurs secondaire et tertiaire), c’est à dire les
entreprises du secteur « basique » selon la « théorie de la base revisitée »
développée par l’économiste Laurent Davezies, sont en concurrence avec des
entreprises du monde entier. Le propre de leur production est de ne pas être
28
« territorialisée ». Les produits ou services qu’elles développent peuvent être produits
partout, pas seulement sur le territoire dans lequel ils sont consommés. La logique
d’implantation des entreprises n’est alors plus liée à la présence d’une clientèle
particulière sur leur territoire d’implantation, par opposition précisément à l’économie
« domestique » (les boulangers, les médecins…). C’est ce qui explique la logique
tant décriée des « délocalisations » : les entreprises du secteur basique, non
dépendantes du territoire sur lequel elles produisent, cherchent le territoire le plus
attractif pour leur implantation. En l’occurrence elles privilégient souvent une main
d’œuvre bon marché… quitte à provoquer le traumatisme du départ que l’on sait –
traumatisme social (chômage), psychologique (pour les employés et leur entourage),
économique (perte de ressources pour le territoire), urbain (pollution, friches), et
souvent culturel (quand les dernières usines de textile quittent Roubaix par exemple).
Dans un contexte mondialisé, le développement économique, culturel, social et
environnemental – le développement durable – d’un territoire repose donc sur sa
capacité à attirer. Sans économie basique, le développement ne pourra pas se faire.
Pour s’en convaincre, il est utile de s’appuyer sur la théorie de la base revisitée de L.
Davezies.
Théorie de la base
Cette théorie s’applique à un territoire donné et vise à démontrer les mécanismes du
développement économique local. La théorie de la base s’appuie sur la division de
l’économie en deux secteurs : le secteur basique et le secteur domestique.
Le secteur basique comprend les « activités » qui génèrent des revenus provenant
de l’extérieur du territoire vers celui-ci. Il correspond à deux types de revenus :
 Les revenus du secteur productif local exposé à la concurrence extérieure. Il
s’agit des revenus des activités confrontées à la concurrence mondialisée. On
y trouve la plupart des entreprises des secteurs industriels et tertiaires, et
notamment les entreprises liées aux économies nouvelles,
 L’ensemble des revenus locaux d’origine « présentielle » ou résidentielle,
c’est-à-dire des multiples revenus de transfert privés et publics et autres
revenus mobiles. Il s’agit des revenus des retraités (payés par une caisse de
retraite extérieure au territoire), des touristes…
29
Le secteur domestique comprend les activités locales dont les biens ou les services
sont destinés à la population locale (médecins, commerçants, artisans, petites PMI
locales…).
La force du développement local dépend de la quantité de revenus présents sur le
territoire. La Théorie de la Base Revisitée affirme que pour participer positivement au
développement local (économique, social…) d’un territoire, il convient d’attirer le
maximum de revenus extérieurs, donc de revenus du secteur basique. Ces revenus
alimentent ensuite le secteur domestique, ce qui entraîne la création d’emplois
domestiques. Or le secteur basique est constitué à la fois des revenus du soussecteur productif privé (secteur exposé) et des revenus du sous-secteur résidentiel,
constitué en particulier des revenus des emplois publics et des retraites. Dans une
politique de développement économique, il faut donc à la fois attirer des entreprises
du secteur concurrentiel ainsi que des populations retraitées, dans la mesure où elles
génèrent des revenus « nets » pour le territoire.
Secteur basique
sous secteur
productif
revenus des
activités
basiques
Sous secteur résidentiel
revenus
des
salariés
du
secteur
public
revenus
des
retraités
revenus des
revenus
revenus
résidents non
des
des
recensés
résidents consom(touristes,
employés mateurs
résidences
hors zone hors zone
secondaires)
Revenus basiques
Secteur domestique
Revenus domestiques
Revenu total
emploi
domestique
emploi
basique
Emploi total
Cohésion locale
Figure 7 : Théorie de la Base
30
Au titre des conclusions de ce raisonnement, la question de leur attractivité se
pose alors aux territoires : Qui attirer ? Comment attirer ?
Attirer des populations retraitées ne constituera pas un objectif pour Rennes
Métropole dans la mesure où le phénomène du vieillissement de la population atteint
déjà une très forte amplitude.
Attirer les jeunes actifs
Lors de son interview, Patrice Rivier rapporte les conclusions d’un colloque4 réalisé
avec des entrepreneurs de la métropole marseillaise. Comment attirer les
entrepreneurs ? La principale de leurs inquiétudes est la pénurie de main d’œuvre
prévisible dans les années à venir, « conséquence des nombreux départs à la
retraite des actifs du baby-boom ». Corollairement, d’après lui, la problématique du
chômage est un sujet en voie de résorption, au moins partielle.
Il poursuit : « Aujourd’hui le développement va reposer sur la capacité des
métropoles à attirer les jeunes actifs. » En attirant les jeunes actifs, le territoire
attirera les entreprises.
Rapportant les éléments de conclusions d’une enquête que l’agence Sémaphores a
réalisée auprès de jeunes actifs, il constate qu’au moment de choisir un emploi, les
jeunes actifs comparent les métropoles françaises. L’enquête met en lumière leurs
critères d’élection hiérarchisés de la manière suivante :
1. Qualité des services à l’enfance et à la jeunesse
2. Possibilité de trouver un logement conforme à leurs attentes et à leurs moyens
3. Qualité de vie (dont l’environnement)
4. Facilité des déplacements
5. Présence d’un aéroport international ou d’une gare TGV à proximité
La coïncidence est frappante entre ces critères et les différentes composantes du
développement durable évoquées précédemment. On y retrouve la culture (qualité
de vie), la mobilité (facilité des déplacements, présence d’un aéroport international),
4
Lors du colloque « Aix-Marseille : territoire d'avenir pour nos PME ? », 6 décembre 2005 (annexe 5)
31
l’environnement (qualité des services à l’enfance et à la jeunesse, possibilité de
trouver un logement conforme aux attentes et aux moyens, qualité de vie).
En gardant à l’esprit ces conclusions, il peut être intéressant de se pencher
désormais sur quelques grandes stratégies de développement adoptées par les
agglomérations en Europe.
2.2.B Les stratégies « économico-économiques » : place aux économies
nouvelles !
Des agglomérations en Europe ont une stratégie de développement résolument
tournée vers l’économie. L’économie promue aujourd’hui dans le cadre de la
concurrence entre les territoires est celle du savoir et de l’innovation.
Agence de développement économique du Val de Marne
Afin de développer cette économie, des territoires cherchent à séduire les
investisseurs en mettant la majorité de leurs moyens dans une agence de
développement économique par exemple. Aujourd’hui le rôle d’une agence de
développement économique est souvent de parvenir à inscrire le territoire sur lequel
elle agit dans une dynamique de pôle de compétitivité, voire de susciter une
dynamique de pôle de compétitivité dans la région qui la concerne. Ainsi l’agence de
développement économique du Val de Marne est sollicitée par les élus locaux pour
aider le territoire de Seine Amont au sud-est de Paris (Vitry, Ivry, Orly, Choisy,
Alfortville) à profiter de la dynamique du pôle de compétitivité francilien dans le
domaine de la santé et des biotechnologies, appelé Meditech. Cette stratégie se
base sur l’accueil, la promotion et la mise en relation des acteurs privés (entreprises,
grandes majores ou PME, sous-traitants…), des acteurs publics (laboratoires de
recherche, universités), et des institutions (collectivités locales, Etat…) afin de créer
une synergie.
Scottish Entreprise en Ecosse
Il convient toutefois de dire que les pôles de compétitivité constituent des stratégies
plutôt régionales que d’agglomération. Ainsi la Région Bretagne a été retenue lors du
Comité Interministériel d’Aménagement et de Développement du Territoire (Ciadt) du
32
12 juillet 2005 pour deux pôles de compétitivité : « Seanergie » et « Images et
Réseaux ». L’une des régions européennes les plus performantes en matière de
« cluster », l’équivalent britannique des pôles de compétitivité français, est l’Ecosse,
dont l’agence de développement économique Scottish Entreprise est souvent le
moteur. Scottish Entreprise pilote ainsi des clusters dans le domaine de l’industrie
financière, des biotechnologies, etc. A l’échelon des agglomérations écossaises,
Scottish Entreprise est souvent l’acteur majeur du développement. A Glasgow, si le
développement territorial est porté en partie par les collectivités territoriales locales,
le grand coordinateur est l’Agence de Développement Economique Scottish
Entreprise, qui a plusieurs agences locales sur le territoire de l’Ecosse. Elément
révélateur, c’est sur le site Internet de Scottish Entreprise que l’on trouve le plus
d’informations, de documents stratégiques officiels (téléchargeables) sur le
développement de Glasgow, d’Edinburgh sous tous leurs aspects (urbains,
économiques, environnementaux…). Au contraire, peu d’information figure sur les
sites des collectivités locales.
Figure 8 : Glasgow, métropole dynamisée par l’économie basique
(source : www.scottish-enterprise.com)
L’économie nouvelle basée sur la formation à Rennes Métropole
Dans son développement, Rennes Métropole privilégie aussi la dynamique de
synergie recherchée dans les « clusters » d’économies nouvelles. Dans le projet de
fil directeur pour son projet communautaire, Rennes Métropole affiche comme
premier enjeu celui des « compétences, de l’intelligence de la ressource humaine,
principal atout de Rennes Métropole. » Puis : « La nouvelle économie du savoir est
caractérisée par l’innovation et la qualité du potentiel humain. Rennes Métropole a
pris cette orientation très tôt : « Vivre en Intelligence », c’est s’appuyer sur la tradition
et l’excellence des universités, de la recherche et d’entreprises innovantes. »
L’orientation que se propose d’adopter Rennes Métropole afin de favoriser cette
économie est la formation. Ainsi la communauté d’agglomération prévoit dans son
budget 2006 une enveloppe de 16 millions d’euros en faveur des Universités et de la
33
recherche, constituant désormais l’un des premiers postes des dépenses
communautaires. Rennes Métropole s’appuie aussi sur le Codespar (Conseil de
Développement Economique et Social du Pays et de l’Agglomération de Rennes)
afin de définir ses politiques d’insertion et de formation.
Aujourd’hui, si Rennes se situe parfois dans l’ombre de sa voisine Nantes en matière
économique, elle parvient cependant à avoir un développement économique très
fort, en s’appuyant notamment sur la Technopôle Rennes Atalante, dont la
communauté d’agglomération encourage l’extension en apportant ses compétences,
non seulement par le soutien à la formation mais aussi en termes d’aménagement et
de financement.
« L'association Rennes Atalante a été créée en 1984 par Rennes Métropole en même
temps que la technopole. Outil de développement économique par l'innovation et la
technologie, elle a pour mission de favoriser le développement et l'implantation des
entreprises de technologie sur la région rennaise, ainsi que la création d'activités
nouvelles à forte valeur ajoutée.
Rennes Atalante représente un système
dans lequel le chercheur, l'enseignant,
l'industriel, le créateur d'entreprise, le salarié,
l'élu local, le financier travaillent en réseau au
sein d'une véritable communauté. »
Figure 9 : Rennes Atalante, technopôle de Rennes Métropole
(source : www.rennes-atalante.fr)
2.2.C Les stratégies d’image
D’autres agglomérations en Europe attirent en jouant directement sur l’image qu’elles
véhiculent hors de leurs limites. Désormais tout le monde identifie Bilbao à son
musée grandiose Guggenheim, Barcelone fut pendant un temps la ville des Jeux
Olympiques, autant d’éléments qui vendent une image positive, en général moderne
et dynamique d’un territoire.
34
2.2.C.i Les grands équipements
Les grands équipements, le look avant tout !
Phénomène indiscutable aujourd’hui : la multiplication d’équipements exceptionnels
dans les grandes métropoles européennes. Bilbao, la première, fait construire au
milieu des années 90 un musée gigantesque par l’architecte Frank O’Gehry. La
splendeur de ce musée – pour son architecture et non pour les collections qu’il
renferme – fait connaître la ville à l’international et transforme complètement son
image de ville usée par la désindustrialisation. Dès lors c’est toute une dynamique de
développement du territoire qui s’est enclenchée. Bilbao attire désormais les
entreprises, et poursuit sa métamorphose par un travail considérable
d’aménagement des anciennes friches et de rénovation des quartiers fragiles.
A l’instar de l’expérience de Bilbao, un phénomène de mimétisme s’observe
aujourd’hui en Europe. Quelle agglomération ne fait pas appel à un grand nom de
l’architecture afin de réaliser un équipement exceptionnel – exceptionnel jusqu’à
quand ? – qu’on espère être le levier d’un développement futur. Lyon fait construire
aujourd’hui son incroyable musée des Confluences, Birmingham a su miser sur un
centre commercial futuriste, etc.
Si cette stratégie de développement d’un territoire, souvent basée sur la réalisation
d’un grand équipement dessiné par un architecte star, a fait ses preuves lors de
premières expériences à Bilbao ou Birmingham, la question se pose de leur
reproductibilité.
Cette stratégie vaut toutefois d’être soulignée tant elle influence aujourd’hui le
développement des métropoles européennes et tant les résultats sont indéniables.
Les grands Equipements de Rennes Métropole
Rennes n’est pas en reste en matière d’équipements exceptionnels : la ville a fait
appel à l’architecte Christian De Portzamparc pour la construction de son nouvel
équipement culturel, constitué d’un long parallélépipède rectangle (le musée de
Bretagne) duquel émergent une pyramide inversée (la médiathèque) et une ogive
oblique (le planétarium de la cité des Sciences).
35
Figure 10 : A Gauche les Champs Libres, à droite l’Hôtel d’Agglomération
(source : www.rennesmetropole.fr)
Rennes Métropole fait par ailleurs construire aujourd’hui son hôtel d’agglomération,
un immense bâtiment dessiné par Jacques Anziutti et Patrick Berger, lauréat du
Grand prix national d'architecture 2004.
Ces équipements sont des facteurs d’image positifs tant au niveau local que hors des
limites de l’agglomération.
2.2.C.ii L’évènementiel
L’évènementiel, vecteur d’une image dynamique et culturelle
Afin de donner une visibilité au dynamisme de leur territoire, des agglomérations
misent sur l’évènementiel. Elles souhaitent ainsi véhiculer l’image d’un haut lieu de la
culture ou du sport, être un lieu de rencontre et de fête.
Ainsi Barcelone a su promouvoir son développement dans les années 90 grâce aux
Jeux Olympiques, ce que Turin est en bonne voie de réussir aujourd’hui.
De même l’agglomération parisienne espérait développer le nord-ouest de la capitale
avec les Jeux Olympiques de 2012, dont l’organisation a finalement été attribuée à
Londres.
Glasgow en 1990 et Lille en 2004 ont réussi à se faire connaître en Europe grâce à
leur statut de « capitale européenne de la culture ».
A Rennes Métropole, beaucoup de festivals
A défaut d’une image de grande métropole économique, Rennes possède une image
de ville étudiante et culturelle sur laquelle elle s’appuie. L’image de « capitale du
36
rock » est aujourd’hui dépassée. On lit désormais dans les articles de journaux ou les
livres qui paraissent sur Rennes qu’elle est aussi un « laboratoire musical » lors du
festival des Transmusicales, le lieu de multiples manifestations culturelles en tous
genres : festivals de musique (Transmusicales), de théâtre de rue (Mettre en Scène,
Les Tombées de la Nuit), de cinéma (Travelling), de contes (Mythos), etc.
L’agglomération investit sur cette identité, facteur d’image : ainsi, alors qu’on s’attend
plutôt à voir communiquer les collectivités sur leur économie à cette époque de
l’année, on pouvait entendre sur les ondes de France Inter à l’automne 2005 une
publicité pour Rennes, dont le texte mettait en exergue le dynamisme culturel de
Rennes, ses festivals, les sources d’émancipation qu’y trouvent les habitants :
« Monter sur scène, monter un spectacle… des talents de comédien, des talents
d’artiste, des talents de demain… vivre à Rennes au rythme des festivals…
intelligence d’être soi, de s’épanouir ensemble, intelligence artistique, culturelle…
Rennes : vivre en intelligence »
2.2.D Les stratégies « urbaines »
Souvent facteur d’image aussi pour l’agglomération, ce qui est qualifié ici de
« stratégie urbaine » est avant tout une démarche de développement basée sur la
qualité urbaine du territoire. Il peut s’agit de renouvellement urbain ou d’extension
urbaine. Une stratégie de développement basée sur l’urbain vise des effets à la fois
en termes de développement culturel, social, environnemental, économique, en
agissant directement sur l’organisation de l’espace. Si les éléments de stratégies
urbaines donnés ici ne constituent pas toujours à eux seuls une stratégie de
développement global, ils peuvent s’intégrer à une stratégie urbaine plus globale.
2.2.D.i La rénovation urbaine
D’initiative publique locale, la rénovation urbaine s’appuie sur des aides
substantielles de l’Etat pour régénérer les quartiers les plus fragiles en France.
Toutefois il ne doit pas exister d’agglomération en France qui articule son
développement autour de la rénovation urbaine. En effet il s’agit d’initiatives :
37
 Localisées (aux zones les plus difficiles d’un territoire),
 Ciblées (sur les logements et la mixité sociale, sans agir systématiquement
sur les autres aspects, pourtant indissociables du développement soutenable
d’un territoire, à savoir l’économie, la culture, la mobilité, l’environnement).
Les stratégies de rénovation urbaine ne constituent pas à elles seules des stratégies
de développement soutenables car ce sont des stratégies localisées, affectées à des
quartiers bien délimités, et qui par conséquent ne répondent pas à une
problématique globale de développement d’une agglomération. En résolvant les
problèmes de logement et d’espaces publics, voire de transport, d’accès à la culture,
d’environnement dans un quartier donné, quand bien même il est prioritaire, les
questions du logement, de la mobilité, de la culture et de l’environnement dans le
reste de l’agglomération ne s’en trouvent pas traitées.
En outre les stratégies de rénovation urbaine ne tendent-elles pas parfois à être trop
« urbanistiques », basées trop exclusivement sur la transformation des formes
urbaines ? Le risque serait alors grand de ne pas résoudre les problèmes de
ghettoïsation, de discrimination, d’homogénéité sociale qu’on reproche à ces
quartiers. Du reste si l’on convient que les formes urbaines des grands ensembles
construits dans les années 60, objets des démolitions actuelles, méritent les critiques
dont ils font l’objet, les accusant d’être des vecteurs de discriminations sociales et de
ghettoïsation, il peut être déconcertant de faire un petit voyage aujourd’hui dans les
métropoles d’Europe Centrale. A titre d’exemple, en République Tchèque et en
Slovaquie, il est fascinant d’observer que les grands ensembles – on en construit
toujours aujourd’hui – sont des formes urbaines qui « vivent » toujours bien
aujourd’hui. Mélangées aux classes les plus pauvres, les classes moyennes et
classes aisées (médecins, chercheurs, avocats…) vivent aussi dans des quartiers de
grandes barres (que l’on qualifierait en France de « difficiles ») et certains ne
voudraient pour rien au monde habiter une villa avec jardin, même idéalement placée
en centre ville, même s’ils en ont les moyens financiers, et même si l’offre existe bel
et bien. Ce constat vaut à la fois pour les grandes villes (Prague, Bratislava) et pour
les villes moyennes de 50 000 à 400 000 habitants (Martin, Zilina, Brno, Poprad…).
Les autochtones préfèrent rester près des gens qu’ils ont toujours connus que d’aller
38
s’isoler dans une maison ou un chalet, même en ville. Enfin, les problèmes
d’insécurité dans ces quartiers sont minimes (contrairement aux centres villes).
2.2.D.ii Le « phénomène tram » en France
Eminemment urbaines, les politiques de développement de transports en commun
tels que le tramway ou le métro sont aussi de véritables stratégies de développement
global.
 « Eminemment urbaines » car le tracé d’une nouvelle ligne de tram – dans
une moindre mesure de métro – va bouleverser le tissu urbain des quartiers
desservis, au moins aux abords du site propre, va entraîner la régénération de
quartiers entiers, dynamiser des commerces, des activités, changer la valeur
du foncier, redonner de la valeur à des logements, etc.
 « Stratégie de développement globale » car une nouvelle ligne de tram ou de
métro va avoir des effets en termes de mobilité certes, mais aussi en termes
de développement économique (dynamisation des activités à proximité d’une
desserte par des transports en commun rapide), de développement culturel
(accessibilité des cinémas, théâtres, maisons de quartier, équipements
culturels divers), de préservation de l’environnement (diminution des trafics
automobiles), de mixité sociale (désenclavement de quartiers isolés)
Le développement d’une offre de transport en commun tel qu’un tram ou un métro
est aussi un facteur d’image très important, facteur d’attractivité.
On s’aperçoit ainsi que quasiment toutes les métropoles attractives de France se
sont dotées dans les quinze dernières années d’un moyen de transport performant
de type tram ou métro.
Les tramways de Nantes, Strasbourg, Montpellier, Grenoble, Bordeaux, Orléans ont
été des leviers majeurs du développement de ces territoires. De même à Lille,
Toulouse et Rennes, le métro VAL a été un moteur du développement de ces
agglomérations.
39
Figure 11 : Le tramway bordelais
(source : http://grizzli.beat.free.fr)
Le métro de Rennes
Pour Rennes on peut dire qu’au cours des
quinze dernières années le VAL a été la
clé de voûte du développement de
l’agglomération.
Figure 12 : Le VAL de Rennes
(source : www.rennesmetropole.fr)
Un bémol peut toutefois être émis, malgré le succès indéniable de ces politiques de
transport : bien que ces dernières bénéficient aussi aux habitants des villes
périphériques qui accèdent plus facilement au cœur de la ville centre, elles
participent trop exclusivement au développement de la Ville centre. Il convient
aujourd’hui d’inscrire ces stratégies dans des stratégies de développement plus
globales. Une stratégie de développement à Rennes Métropole qui s’appuierait en
premier lieu sur la deuxième ligne de VAL prévue pour 2012 ne pourrait être globale
dans la mesure où ses effets, notamment « urbains » (sur les tissus urbains, le
maillage des espaces publics…), ne sauraient s’appliquer aux communes
périphériques au-delà de la première couronne. Or le diagnostic du PLH a montré cidessus qu’il est nécessaire d’avoir une stratégie de développement à l’échelle de
l’agglomération.
40
2.2.D.iii Le projet urbain et la créativité architecturale
Le projet urbain
Certaines approches du développement plaident en faveur d’une revalorisation du
projet urbain comme moteur du développement. Ici le terme de projet urbain est
entendu comme le travail de conception lié à l’organisation de l’espace, réalisé par
un urbaniste, souvent architecte, soit lors de l’étude préalable à une nouvelle
opération d’aménagement et d’urbanisme, soit lors d’une étude à une échelle plus
large, telle que celle de la commune (« Le Projet Urbain 2015 » de la Ville de Rennes
par exemple), voire à l’échelle de l’agglomération (projet territorial). Le projet urbain
n’est-il pas précisément une vision du développement par l’espace ? En effet dans le
projet urbain, l’urbaniste pense à la fois la qualité de vie, l’environnement, la mobilité,
l’accessibilité, la mixité, l’économie…
Trois sens peuvent être donnés à la notion de « stratégies de développement se
basant sur le projet urbain ».
Premier sens : le projet urbain comme étude préalable à une opération d’urbanisme
Le premier sens fait référence aux agglomérations qui encouragent le recours à des
études d’urbanisme de qualité dans toutes les opérations d’aménagement du
territoire. La question n’est pas d’élaborer un projet urbain à l’échelle de
l’agglomération (ce qui n’est toutefois pas incompatible) mais d’inciter à multiplier des
opérations de qualité. Afin d’y parvenir, certaines agglomérations choisissent par
exemple de recourir souvent à la procédure de Zone d’Aménagement Concertée,
dans laquelle la personne publique se donne les moyens de définir un programme
cohérent d’ensemble, de faire appel à des urbanistes compétents. Ainsi ces
agglomérations adoptent une vraie stratégie globale de qualité urbaine (si ces
objectifs concernent aussi les communes périphériques). Une telle stratégie peut
constituer un levier réel du développement, une vraie « stratégie urbaine ».
Toutefois le reproche peut être fait que le projet urbain entendu ainsi s’applique
seulement à l’échelle d’un secteur d’une commune, et ne constitue donc pas une
approche globale du développement d’une agglomération. Ainsi les projets, pourtant
emblématiques, de Lyon Confluence ou de l’Ile de Nantes ont certes un impact sur
41
tout le territoire de l’agglomération dans la mesure où ils véhiculent une image
attractive de celui-ci, mais ils ne disent rien de la qualité urbaine des autres secteurs
de l’agglomération, ni de la ville centre, ni des villes périphériques. La stratégie de
développement qu’ils appliquent est plus une stratégie d’image (comme vu
précédemment pour les grands équipements) qu’une « stratégie urbaine ».
Figure 13 : A gauche, Lyon Confluence, à droite, Ile de
Nantes
(sources : www.lyon-confluence.fr et www.iledenantes.com/fr)
Le cas de Rennes
Rennes est pilote de nombreuses Zones d’Aménagement Concertées confiées à des
urbanistes compétents. Les plus connus, N. Michelin, B. Reichen, B. Secchi, B.
Fortier, l’Atelier JAM, sont autant d’urbanistes qui font aujourd’hui travailler leurs
équipes à la définition et au dessin de projets ambitieux en matière de qualité
urbaine. Il convient de dire que la plupart de ces projets sont de compétence
communale de Rennes, sauf celui de B. Secchi, de compétence communautaire.
Mais ce dernier cas de figure constitue encore une exception. Sur la commune de
Rennes, plus de 30 Zones d’Aménagement Concertées sont en cours d’études ou de
réalisation aujourd’hui (plus de 60 sur l’agglomération).
42
Figure 14 : ZAC de la Courrouze, Rennes Métropole
(source : www.rennesmetropole.fr)
Second sens : projet urbain communal
Des communes articulent leur développement autour de leur projet urbain communal,
qui traduit dans l’espace les orientations de la commune en matière de
développement précisément. Ainsi la Ville de Rennes vient de publier son « projet
urbain 2015 » qui traite des questions économique, sociale, d’éducation, de culture,
d’habitat, de transports. Il s’agit donc bien d’un travail d’organisation de l’espace
considérant les différents aspects du développement. Si le seul métier de l’urbaniste,
entendu comme celui qui organise l’espace de la ville, ne peut suffire à garantir le
développement global de la commune, le projet urbain qu’il réalise peut néanmoins
être un levier majeur du développement. En effet le document du projet urbain fait en
général partie du Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou Plan d’Occupation des Sols
(POS) de la commune, ou constitue à défaut un document de référence pour tous les
acteurs du territoire.
Toutefois un reproche peut être formulé concernant l’échelle d’application d’un projet
urbain entendu ainsi. Un projet urbain communal ne saurait constituer le levier
principal du développement d’une agglomération, d’une métropole, dans la mesure
où il ne traite que du périmètre d’une commune.
43
Figure 15 : « Le Projet Urbain 2010 – 2015 » de la Ville de Rennes
(source : www.ville-rennes.fr)
Du projet urbain au projet territorial
David Mangin, dans La Ville Franchisée, préconise un changement d’échelle du
projet urbain pour faire face aux nouvelles problématiques du développement,
notamment dans les périphéries urbaines : « il faut passer de la notion de projets
urbains à celle de projets territoriaux ». Bernardo Secchi, urbaniste du nouveau
quartier de la Courrouze, plus important projet d’aménagement de Rennes Métropole
à l’heure actuelle, conseille d’observer les phénomènes urbains sur des surfaces de
50 par 50 kilomètres environ. Pour David Mangin, la Ville doit être passante avant
tout. Sans se pencher sur la nature du développement urbain qu’il préconise ensuite
– la ville passante – il est intéressant pour les besoins de cette étude de retenir le
préalable qu’il propose : le projet doit devenir territorial. Il ne faut plus raisonner
seulement à l’échelle des quartiers ou de la commune. N’est-ce pas ce qui a présidé
d’ailleurs à la mise en place des intercommunalités ?
Troisième sens : projet urbain comme projet territorial
Le projet territorial essaie de traduire dans l’espace les objectifs du développement
d’une agglomération, de même que le projet urbain le fait à l’échelle de la commune,
ou que les études d’urbanisme préalables le font pour une opération
44
d’aménagement. Ce troisième sens renvoie donc à une échelle large, quand une
agglomération a un projet d’organisation d’ensemble de l’espace, à l’échelle de tout
son territoire.
En France un outil existe pour penser le développement à l’échelle de
l’agglomération : le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT). Il permet précisément
de penser le développement d’un territoire (souvent une agglomération), en traitant
des aspects économiques, sociaux, de l’habitat, des déplacements, des paysages.
Les métropoles françaises y ont quasiment toutes recours aujourd’hui.
SCoT et projet territorial ne recouvrent pas les mêmes concepts. Le projet territorial
s’occupe exclusivement de l’organisation de l’espace, des infrastructures, des
paysages, des tissus en cherchant à traduire les objectifs de développement. Il fait
appel aux compétences de l’architecte ou de l’urbaniste, peut constituer un levier du
développement quand il fait preuve de qualité « urbaine ». Le SCoT présente les
objectifs de développement en général d’une agglomération et la manière de les
atteindre. Le projet territorial pourra constituer un volet du SCoT, être éventuellement
le levier principal choisi pour le développement de la métropole.
L’innovation dans les formes urbaines, la qualité architecturale
Un autre élément de stratégie urbaine mérite d’être cité, proche du projet urbain : la
qualité architecturale. Des agglomérations accordent une attention toute particulière
à la créativité et l’innovation dans les réalisations architecturales, à la qualité des
formes urbaines.
Les Pays-Bas sont l’un des pays d’Europe les plus remarquables en la matière. A
travers toutes les opérations d’urbanisme que mène, à titre d’exemple la Ville
d’Amsterdam, la qualité architecturale est de mise. Que ce soit dans les quartiers
populaires de grands ensembles (Bijlmer), de renouvellement urbain (Java, KNSM,
Borneo) ou d’extension urbaine (Ijburg à Amsterdam), les quartiers brillent par la
qualité de leur bâti : les formes de bâti sont favorables à l’accueil de toutes les
populations, de tout type social, culturel ou générationnel. L’architecture y participe
donc au développement soutenable du territoire.
45
Figure 16 : Formes urbaines, architecture contemporaine à Amsterdam
Une telle approche de l’urbain constitue souvent une démarche concomitante à une
stratégie d’image comme décrite ci-dessus pour les agglomérations qui s’équipent de
Grands Equipements. La promotion de la qualité architecturale s’inscrit également
souvent dans une stratégie plus globale de projet urbain (donc de qualité urbaine).
Entre image et qualité urbaine, Glasgow adopte aujourd’hui dans son projet de
régénération urbaine autour de la rivière Clyde une stratégie urbaine aussi
importante que le volet économique abordé précédemment. Glasgow est la ville
britannique qui a reçu en 1999 le « prix de la ville de l’architecture et du design »
pour la qualité des réalisations qui s’y construisent autour des projets de
régénération urbaine.
46
Rennes Métropole n’est pas en reste en termes de qualité architecturale
La synthèse du PLH proposée dans la première partie de ce mémoire a montré toute
l’importance accordée par Rennes Métropole à la qualité des formes urbaines. Cet
aspect constitue l’un des volets majeurs du Programme Local de l’Habitat, au service
du principe de diversité. Afin de promouvoir la qualité architecturale et la diversité
des formes urbaines, Rennes Métropole a édité des guides-circuits « pour faire
découvrir au grand public les réalisations urbaines et architecturales marquantes des
communes de l’agglomération (habitat groupé, équipements et aménagements
publics, immeubles collectifs) »
En outre la Ville de Rennes édite chaque année depuis 1993 une brochure pour
présenter une cinquantaine de bâtiments réalisés l’année précédente. L’objectif
poursuivi est de susciter l’émulation à la fois entre les maîtres d’ouvrages et entre les
maîtres d’œuvre, les architectes. Pour Le Maire de Rennes et Président de Rennes
Métropole, « il est capital pour la qualité de la vie en ville que l’environnement bâti
soit lui-même de qualité » (cf. Rennes info urbanisme, n°4, septembre 2005).
Enfin Rennes commence à se faire connaître en France pour son architecture. Selon
le magazine de design IDEAT (cf. annexe 2), « Rennes possède une vraie culture de
l’architecture moderne qui la pousse à un développement urbain maîtrisé. »
2.2.E Conclusion
A la lumière de ces analyses, il apparaît que l’agglomération rennaise a une
approche relativement complète de tous les aspects du développement, de
l’économie aux transports, en passant par la qualité de vie et l’environnement.
Beaucoup des stratégies de développement adoptées dans des agglomérations
européennes (stratégies économiques, stratégies d’image, stratégies urbaines)
constituent des composantes de la stratégie communautaire rennaise.
Toutefois un aspect du développement peu abordé jusqu’ici va prendre une
importance « cruciale » à Rennes Métropole dans les dix ans à venir : l’Habitat.
L’habitat ne signifie pas seulement le logement, mais aussi les formes urbaines, les
modes de vie, le cadre de vie et la qualité de vie.
47
Maurice Lelièvre, Vice-Président délégué à l’Habitat de Rennes Métropole, déclare
dans la presse que « face à une concurrence accrue entre les grandes métropoles
françaises, Rennes dispose de réels atouts. Mais le succès reposera sur sa capacité
à reconstituer pour ces nouveaux arrivants une offre de logements correspondant à
leurs attentes et à leurs moyens. »
Une politique ambitieuse de l’habitat va désormais constituer pour Rennes Métropole
la clé de voûte du développement.
23.
Rennes, le PLH, un choix nécessaire au développement
2.3.A Introduction : A Rennes, le choix de l’Habitat
A Rennes le Programme Local de l’Habitat va constituer au cours des 10 prochaines
années la clé de voûte du développement. Pour en convaincre, la première partie de
cette étude a montré l’ampleur du Programme de l’Habitat. Il faut aussi observer le
budget de la Communauté d’agglomération de Rennes Métropole5.
L’Habitat représentera en 2006 un budget de 47,81 millions d’euros dont 7 millions
d’euros d’acquisitions foncières. Après 2006 le programme annuel de dépenses en
faveur de l’Habitat fait par Rennes Métropole devrait se maintenir à un niveau
comparable. Pour être complet, il convient d’y ajouter les participations annuelles de
l’Etat (environ 4 millions d’euros), du Conseil Général (7 millions d’euros sur
l’ensemble du département d’Ille et Vilaine dont une majorité à Rennes Métropole) et
du Conseil Régional.
Afin d’évaluer ce montant, il peut être intéressant de prendre une comparaison avec
une autre métropole attractive française constituée en communauté d’agglomération,
donc disposant des mêmes compétences (différentes d’une communauté urbaine).
L’exemple de la communauté d’agglomération du Grand Toulouse a été choisi, car
elle a aussi le statut de communauté d’agglomération et car elle est aussi très
attractive aujourd’hui. A titre de comparaison, la somme des budgets de la Politique
de l’Habitat et de la Politique de la Ville dans la Communauté d’Agglomération du
5
budget 2006 de Rennes Métropole : http://www.rennesmetropole.fr/internet/rubrique.php?idRub2=39
48
Grand Toulouse représentent environ 8 millions d’euros dans le budget 2005
(cf. annexe 3). La Politique de l’Habitat au Grand Toulouse représentait 2,2 millions
d’euros en 2002, puis 3 millions d’euros en 2003 dans les années « post-AZF » où la
construction de logements était prioritaire. Ce montant est à comparer aux 21,8 + 7
millions d’euros du budget 2006 de Rennes Métropole en faveur de l’habitat. Il
convient bien sûr de mentionner que le budget du Grand Toulouse en faveur de
l’Habitat évoluera probablement en 2006. Toutefois, d’après Patrice Rivier, il
semblerait que ce futur budget se concentre principalement sur l’action foncière.
A Rennes Métropole, parallèlement au budget « Habitat », le budget du
développement économique devrait s’élever à 13 millions d’euros, si on exclut celui
de l’appui à la recherche et aux universités estimé à 16 millions d’euros. Tandis que
Toulouse investit beaucoup plus sur l’aménagement et le développement
économique. Ainsi la Communauté d’Agglomération du Grand Toulouse s’affirme
comme l’un des acteurs principaux des pôles de compétitivité « aéronautique,
espace et systèmes embarqués » et « cancer-bio-santé » (cf. annexe 4) tandis que
Rennes Métropole est moins impliquée dans le pilotage des deux pôles de
compétitivité bretons « Seanergie » et « Images et Réseaux ».
A ce jour les choix de stratégies de développement retenues pas ces deux
agglomérations diffèrent largement.
Rennes Métropole (2006)
Grand Toulouse (2005)
Aménagement +
29.06 millions €
Environ 52 millions €
développement éco
(inclus aussi recherche +
(inclus voirie)
universités)
Habitat
47.81 millions €
Environ 10 millions €
(hors politique de la Ville)
(basé principalement sur
(21,8 + 7)
des acquisitions foncières)
Figure 17 : Comparaison des budgets des communautés d’agglomération de Rennes et Toulouse
(sources : www.grandtoulouse.org et Orientations budgétaires 2006, dans La Lettre Métropole, n°147, 28 novembre 2005)
49
2.3.B Début du 21ème siècle : de nouvelles exigences en matière de
peuplement pour les métropoles françaises
2.3.B.i La politique de l’habitat comme condition du développement des
métropoles, conclusions d’une interview de Patrice Rivier
Afin d’alimenter cette étude, une interview de Patrice Rivier, président de l’agence de
conseil aux territoires Sémaphores, basée à Marseille, et directeur de publication de
la revue Sud Infos, a été réalisée. Depuis quelques années, l’agence Sémaphores
conseille Rennes Métropole sur son développement. Elle assiste notamment la
communauté d’agglomération dans sa réflexion sur le Programme Local de l’Habitat.
Dans cette collaboration Sémaphores a mis en évidence une réalité nouvelle : la
nécessité d’avoir une politique de l’habitat volontariste pour faire face aux évolutions
démographiques actuelles. L’agence Sémaphores participe aujourd’hui à cette prise
de conscience dans beaucoup de métropoles françaises : Marseille, Chambéry,
Nantes, Angers, Toulouse… Patrice Rivier a notamment animé un colloque intitulé
« Nos métropoles à l’épreuve du 21ème siècle » en septembre 2004 à Marseille (cf.
annexe 1).
Selon Patrice Rivier, Rennes est en fait la première agglomération à avoir pris
conscience de l’importance de l’habitat. Elle a pris deux ans d’avance sur les autres
métropoles françaises attractives (hors Paris et hors métropoles en déclin). Cette
prise de conscience arrive comme une déferlante partout en France.
Le risque d’incapacité future des métropoles à accueillir les jeunes actifs
Désormais l’habitat devra être un objet prioritaire de la politique des métropoles
françaises pour remplacer les actifs qui vont partir. Aujourd’hui le rapport entre le
nombre des départs à la retraite chaque année et le nombre de nouveaux actifs
s’inverse, en faveur du nombre de retraités. La population active en France
commence donc à diminuer. Face à ce problème, deux solutions sont envisagées :
reculer l’âge de la retraite et faire appel à une immigration raisonnée. En tout état de
cause, les métropoles doivent faire face à un problème de logement pour accueillir
les jeunes actifs.
50
Quelques éléments d’explication
D’abord le départ des ouvriers du bâtiment à la retraite entraîne une hausse des prix
de la construction. Les ouvriers du bâtiment recrutés en France et à l’Etranger lors de
la période d’après guerre partent massivement en retraite aujourd’hui. Or la
profession ne séduit pas les jeunes actifs. Afin d’attirer, la tendance est donc à
l’augmentation des salaires.
Conjugué avec des phénomènes macro-économiques (augmentation des cours du
pétrole, explosion du coût de l’acier…), le facteur de l’augmentation des salaires
entraîne une envolée des prix de la construction. Les prix du neuf ont décollé,
rattrapés partout aujourd’hui par les prix de l’ancien (à Rennes, Marseille...). Cette
analyse sort définitivement de la théorie des cycles de l’immobilier. La hausse des
prix constitue en effet un phénomène durable, une situation très nouvelle.
Comme cela a été vu précédemment dans l’analyse du PLH, la construction diminue
partout en France depuis quelques années.
Conséquence de cette situation, la production de logements aujourd’hui concerne
très majoritairement des logements libres pour les revenus les plus élevés. L’offre de
logements intermédiaires se trouve particulièrement touchée. Combiné avec la
hausse des prix de l’ancien, ce phénomène a pour conséquence celle que
mentionne le PLH dans sa partie diagnostic, décrite précédemment : le blocage des
parcours résidentiels. Un mécanisme de déclin se met en marche dont une
description simplifiée est proposée :
51
Départ à la retraite des ouvriers du
Phénomènes macro économiques
bâtiment, hausse des salaires dans la
(cours du pétrole, prix de l’acier…)
profession
Les prix de la construction augmentent
Les promoteurs ralentissent leur production et ciblent les revenus les plus aisés
Les prix de l’ancien augmentent
Les habitants du parc social refusent d’en sortir car ils ne trouvent plus d’offre
adéquate dans le libre
Du fait de l’engorgement du parc social, la rotation n’y a plus lieu, les parcours
résidentiels se bloquent
« Les locataires du social et les jeunes qui ne sont pas montés dans le train ne
peuvent plus suivre » (P. Rivier lors de l’interview)
L’agglomération affiche une pénurie de logements pour accueillir les jeunes actifs
dont elle a besoin à l’heure où la balance du nombre d’actifs par rapport au nombre
de retraités s’inverse
Les entrepreneurs n’arrivent plus à
Les gens vont habiter à une heure de
recruter en raison du manque de
leur lieu de travail en lointaine
logements
périphérie, au détriment de la qualité
de vie, d’un développement durable
Sans une intervention énergique de la collectivité, l’agglomération va chasser ses
jeunes actifs, faire fuir les entreprises (perdre sa taxe professionnelle), voir sa
population vieillir
52
Autrefois les PLH se cantonnaient à l’application de la loi SRU en encourageant la
production de logements sociaux, en vertu du « principe des 20 % ». Aujourd’hui il ne
suffit plus de produire du logement social. Rennes Métropole a décidé d’intervenir sur
la moitié des logements livrés. Si Rennes a été la première, toutes les collectivités y
viennent aujourd’hui. Seule Toulouse, selon P. Rivier fait encore exception.
Les choix budgétaires des communautés urbaines et d’agglomération françaises
Face à cette prise de conscience, deux raisonnements s’opposent : une approche
qui propose de laisser le marché réguler par lui-même la crise du logement et une
vision interventionniste. Au-delà des clivages gauche/droite, la plupart des
agglomérations tendent vers une approche interventionniste en matière d’habitat.
A Toulouse il semblerait que la collectivité mise sur une régulation automatique par le
marché. Dans sa forme, un tel raisonnement ne prétend pas exclure le principe d’une
offre de logements diversifiée. La politique de la collectivité en matière d’habitat se
résume à une action foncière, inscrite au budget. Dans ses opérations, à
l’aménageur de faire sa péréquation. Il acquiert un terrain avec une aide de la
collectivité pour le foncier. A la revente, pour équilibrer son budget déficitaire au
niveau du logement social, il est obligé de revendre les charges foncières des
logements libres à des prix très élevés. Les logements libres atteignent ensuite des
coûts très importants, jusqu’à 3500 €/m_. Seule une très petite partie de la
population peut en bénéficier. Selon P. Rivier, « il s’agit d’un système où les riches
paient pour les pauvres, si on raisonne par l’absurde ». En effet le prix élevé des
logements libres sert en fait à financer le logement social. Mais cela a lieu au
détriment de la cohésion sociale dans ces copropriétés, où une partie de la
population aura payé son logement très cher tandis que le même logement aura
coûté beaucoup moins cher à côté. Un risque de dégradation des copropriétés se fait
jour.
A l’inverse un système interventionniste tel que celui de Rennes Métropole prévoit
une aide financière (appelée « aide à la surcharge foncière ») donnée au promoteur
de logement social, de manière à ce que celui-ci achète le terrain des logements
aidés à un prix plus élevé à l’aménageur (cf. chapitre sur les aides financières de
53
Rennes Métropole). Ce dernier ne cherche donc pas à se rattraper sur les charges
foncières vendues au promoteur de logements libres, ce qui limite l’inflation.
Afin d’accroître leur budget, Patrice Rivier pense que tous les établissements publics
intercommunaux (communautés urbaines, communautés d’agglomération) vont faire
appel à une fiscalité sur les ménages. C’est le cas à Rennes Métropole comme il a
été vu précédemment. Marseille, pourtant à droite politiquement, est aussi en train de
mettre en place une fiscalité mixte. Selon le président du groupe Sémaphores, « soit
j’ai une politique interventionniste sur la production de logements et je garde ma TP,
mes actifs et toute la population participe au financement, soit, autre philosophie, on
laisse faire, et seuls quelques-uns paient pour les autres. »
P. Rivier déplore une autre « maladie » des collectivités, notamment des communes
périphériques dans une agglomération : elles ne veulent plus s’endetter. Or c’est en
s’endettant qu’on peut faire des investissements pour des équipements en
particulier. Au lieu de cela, des communes font financer leurs nouveaux équipements
intégralement par leurs nouvelles opérations d’urbanisme. Les charges foncières
sont donc vendues chères, au détriment d’une diversité des logements (sociaux,
libres, intermédiaires).
Le cas particulier de l’Ile de France et celui des métropoles en déclin
L’Ile de France. Dans ce mémoire, l’Ile de France n’est pas étudiée. Toutefois, il
s’entend que la problématique de l’habitat en Ile de France ne se pose pas de la
même manière que dans les autres métropoles françaises. La logique voudrait qu’il y
ait un Programme Local de l’Habitat élaboré à la même échelle que le PDU
francilien, c’est à dire à l’échelle de toute la zone agglomérée. En effet il faut
considérer les équilibres territoriaux à une échelle globale. C’est à l’échelle de la
Région que peuvent être impulsées des stratégies de rééquilibrage de l’habitat entre
l’Est et l’Ouest de l’agglomération parisienne. La problématique de l’Habitat est
certainement abordée dans le SDRIF, et justifierait sans doute, comme le PDU, de
faire l’objet d’une réflexion indépendante, de même que les PDU et PLH de Rennes
Métropole constituent les volets « déplacements » et « habitat » du projet
communautaire.
54
Le journaliste Jean-Louis Andreani rapporte le 16 juillet 2005 dans Le Monde que les
résultats des recensements de 1999 et 2004 (recensement effectué en « continu »
par l’INSEE) sur l’Ile de France « confirment une tendance à la fuite déjà enregistrée
dans le passé : dans les migrations internes, c'est la région capitale qui enregistre le
solde le plus déficitaire. Ce phénomène répond à une sorte de microclimat
économique et social. Plus que toute autre région, l'agglomération parisienne
concentre les maux urbains : difficultés de la vie quotidienne, pollution, coût et rareté
des logements, transports de plus en plus longs et congestionnés... ». Aux côtés de
la question des déplacements et de l’environnement, paraît bien celle du logement,
trois aspects majeurs du développement des territoires. L’attractivité parisienne
diminuée, c’est par conséquent son développement économique qui se trouve
menacé. Si la région parisienne est principalement en concurrence avec les grandes
métropoles du monde, elle l’est aussi avec les métropoles françaises. Selon Jean
Louis Andreani, « les effets pervers d'une telle situation devraient attirer l'attention
des pouvoirs publics, d'autant que les déséquilibres provoqués par ces tendances
migratoires pourraient s'aggraver dans les années à venir, si ce glissement se
confirme. Le relatif déclin démographique […] pose en effet un problème
d'aménagement du territoire et d'activité économique. »
Les métropoles en déclin. La question de l’habitat telle qu’elle est traitée dans cette
étude ne se pose que pour les métropoles attractives. Elles seront seules dans cette
situation de difficulté vis-à-vis de l’habitat. En face il existe des métropoles en déclin
(Saint-Étienne, Montbéliard…) où il n’y aura pas de crise du logement. Ces
métropoles disposent déjà d’une offre de logements excédentaire. Par conséquent
des entreprises commencent à s’intéresser à ces villes. P. Rivier se demande même
si on n’entre pas dans un système où les métropoles attractives aujourd’hui vont
devenir les métropoles en déclin de demain. A moins d’avoir une politique
volontariste de l’habitat… Il signale que Dijon et Strasbourg n’attirent plus
aujourd’hui.
2.3.B.ii Conclusion : A Rennes Métropole, le choix de l’Habitat comme clé
de voûte du développement ?
55
Bien que le Programme Local de l’Habitat mentionne peu (pas assez ?) les
incidences positives qu’il aura sur les autres aspects du développement, celles-ci
sont pourtant le grand bénéfice qu’attendent les élus de Rennes Métropole en
choisissant d’avoir une telle politique.
(a) Un tel choix est-il favorable au développement économique ?
L’une des principales motivations du Programme Local de l’Habitat est économique :
offrir une diversité de logements, propre à accueillir les jeunes actifs dont le territoire
aura besoin pour conserver son dynamisme économique.
Grâce à une politique de l’habitat qui
 prévoit l’adaptation des é q u i p e m e n t s scolaires
et
des
équipements dédiés à l’enfance (cf. chap. 1.3.C.ii sur la diversité
des formes urbaines),

permettra aux jeunes actifs de trouver un logement conforme à
leurs attentes et à leurs moyens (cf. chap. 1.3.B sur les objectifs
quantitatifs et 1.3.C sur les objectifs qualitatifs),

soutient des opérations d’urbanisme bien maîtrisées, donc
porteuses d’équipements publics, d’espaces publics et d’une
diversité des formes urbaines, donc en faveur de la qualité de vie
(cf. chap. 1.3.C.ii sur la diversité des formes urbaines),

soutient une utilisation rationnelle de l’espace, grâce à des
objectifs territorialisés (cf. chap.
1.4.A sur les processus de
contractualisation), donc favorable à l’environnement et aux
déplacements,
le territoire de Rennes Métropole s’inscrit positivement dans les critères d’attractivité
développés dans la Théorie de la Base (cf. chap. 2.2.A sur la concurrence entre les
territoires). Le développement d’une économie basique, qui s’appuie sur les
entreprises du secteur de la concurrence mondialisée, ainsi que sur l’attractivité des
populations retraitées par exemple (grâce à un environnement de qualité et une
bonne qualité de vie), aura pour effet induit de favoriser l’économie domestique,
56
c’est-à-dire celle des services locaux (médecins, mécaniciens…) et des productions
locales (boulangers, commerçants, artisans…).
(b) Un tel choix est-il favorable au développement culturel, sportif… ?
Les offres culturelle, sportive, de loisirs, associative d’un territoire sont un support
d’épanouissement des individus, donc un facteur de développement des territoires.
Indirectement le PLH favorise l’accès à la culture, aux loisirs :

En proposant une utilisation rationnelle de l’espace, il préconise
indirectement le développement d’une offre de transport collectif,
donc accessible à tous, vers les pôles de l’agglomération,

En apportant une surcharge foncière qui doit bénéficier
indirectement à la commune, il permet à celle-ci de financer les
équipements culturels et sportifs adéquats.
(c) Un tel choix est-il solidaire ?
Solidarité sociale
La mixité sociale constitue la motivation majeure du Programme Local de l’Habitat.
Comme cela a été expliqué plus haut, il s’agit d’une conviction très forte du Maire de
Rennes et Président de Rennes Métropole Edmond Hervé. La volonté d’aider la
moitié de la production de logements constitue une garantie de mixité sociale. Le
PLH se donne les moyens, via la contractualisation, d’en garantir la mise en œuvre. Il
faut espérer alors que la mixité sociale constituera un facteur de solidarité sociale.
La question de la « gentrification » des centres villes peut quand même être posée.
La « gentrification » est un terme anglo-saxon destiné à qualifier le phénomène
d’embourgeoisement des centres ville des métropoles occidentales. Le prix du
logement devenant très important en centre ville, les populations modestes s’en
éloignent en rejoignant la périphérie. Ce phénomène est critiquable car il ne résout
57
pas les phénomènes de pauvreté, de mal-logement, et favorise la ségrégation en
créant des groupes de populations homogènes. Dans le cadre du PLH, le fait
d’encourager aussi les opérations d’urbanisme de renouvellement urbain dans les
centres ville de Rennes et des principales villes environnantes, peut laisser craindre
que les prix augmentent et que l’habitat proche des centres bénéficie aux
populations les plus aisées, au détriment des plus modestes qui iraient en périphérie.
Toutefois le fait d’imposer des contraintes qualitatives identiques partout (en centre
ville comme en extension urbaine) et de prévoir une quantité importante de
logements aidés devrait limiter ce phénomène.
Solidarité générationnelle
Le PLH est favorable à la fois aux plus jeunes et aux plus âgés, qui constituent les
populations les plus fragiles. Aux plus jeunes il propose des logements adaptés,
divers. Aux plus âgés, il propose des logements adaptés, avec ascenseurs, il donne
la chance de trouver des logements petits, bon marché, en phase avec les besoins
d’une population retraitée. En apportant une surcharge foncière qui doit bénéficier
indirectement à la commune, celle-ci peut financer les équipements publics
nécessaires à l’accueil des personnes âgées. En favorisant le regroupement et non
l’étalement urbain, il favorise aussi l’accès aux services tels que les aides à la
personne. Le PLH encourage donc assurément la solidarité générationnelle.
Gouvernance métropolitaine
Le choix du PLH est aussi solidaire dans la mesure où il a été élaboré via une
politique intense de concertation. Toutes les communes, pour l’approuver, ont dû
consulter la population, prendre en compte les remarques de leurs conseils… Enfin
le PLH se caractérise par une solidarité entre Rennes Métropole et les communes.
En s’engageant sur un programme ambitieux, parfois difficile à mettre en œuvre chez
elles, les communes font primer l’intérêt général de l’agglomération Rennes
Métropole. En retour Rennes Métropole assure, certes par des moyens financiers
mais aussi par des moyens techniques et humains très importants, une assistance
précieuse aux communes.
(d) Un tel choix est-il favorable à l’environnement ?
58
La question de l’environnement est difficile, voire paradoxale. Le PLH encourage une
construction de logements très soutenue, consommatrice d’espace et s’appuie sur le
polycentrisme rennais, qui suppose que les constructions se fassent aux quatre coins
de la métropole, dans des communes rurales, pas seulement dans la ville centre ou
dans ses abords immédiats. Il faut se demander si on ne favorise pas là l’usage de la
voiture, les déplacements centre-périphérie…au détriment de l’environnement.
Il faut toutefois faire attention aux approches normatives de l’aménagement. En
condamnant la vision polycentrique de l’aménagement, au prétexte de la
consommation d’espace et de voiture, on oublie de s’intéresser d’abord aux choix
des gens. Les gens souhaitent être propriétaires d’une maison à la campagne au
calme pour simplifier. Le risque pour l’aménageur est de trop se figer sur des idées
normatives préconisant la centralité, la ville traditionnelle dense, des équipements au
centre… Au contraire il faut aussi penser à réaliser des équipements en périphérie,
demande P. Rivier. Les gens sont ainsi faits qu’ils souhaitent devenir propriétaires.
Inutile de lutter contre ces tendances lourdes. Pour P. Rivier, Rennes est le modèle
le plus représentatif, le plus réussi en France de polycentrisme raisonné. Même si
les bourgs restent assez calmes le soir, si l’étoile ferroviaire ne fonctionne pas
encore, le développement se fait de manière assez dense autour de pôles d’appui
périphériques, de sorte que les transports en commun peuvent desservir assez
facilement toute l’agglomération et se substituer pour certains à l’usage de la voiture.
Il faut donc retenir du PLH que, s’il entraîne une consommation importante d’espace,
elle est rendue nécessaire par les évolutions démographiques et minimisée par
l’incitation à construire des formes urbaines denses.
(e) En outre un développement en phase avec les aspirations nouvelles
de la société (Métapolis)
Si Rennes Métropole n’est pas la Métapolis de François Ascher dans la mesure où la
ville centre conserve plus ou moins l’exclusivité des fonctions culturelles ou de loisirs
de dimension métropolitaine et des fonctions économiques, de sorte que des
habitants de Rennes se déplacent rarement à Pacé ou Betton dans la périphérie, le
59
PLH propose désormais de développer le polycentrisme rennais en favorisant la
construction de logements et d’équipements dans toutes les communes de
l’agglomération. La question se pose cependant de la disposition des élus
communautaires à développer une offre d’équipements ou de services
métropolitains, tels que des piscines d’agglomérations, de grands équipements
culturels, en périphérie plutôt que dans le centre de Rennes. A tout prendre, le PLH
de Rennes Métropole s’adapte malgré tout aux évolutions sociologiques actuelles,
vers plus de loisirs, vers des lieux de l’activité humaine plus diversifiés, vers des
déplacements non plus seulement radiaux entre la ville centre et la périphérie mais
aussi entre les différents pôles de la « Métapolis ».
(f) Conclusion
Même si seules quelques lignes sont écrites dans le document du PLH sur le
développement économique, sur les déplacements et la mobilité, sur l’étalement
urbain et l’environnement, sur les équipements, le PLH constitue pourtant
inévitablement un levier fondamental de tous ces aspects du développement d’une
métropole.
60
Conclusion générale : L’habitat comme clé de voûte d’une stratégie globale
Le PLH de Rennes Métropole
Au terme de cette étude, nous sommes en mesure de comprendre les objectifs PLH
2005-2012 de Rennes Métropole. S’appuyant sur une aide financière et technique de
Rennes Métropole, les 37 communes de l’agglomération s’engagent à produire d’ici 2
012, 36 000 logements au minimum, dont 25 % de logement social, 25 % de
logement en accession aidée ou en locatif intermédiaire, 50 % de logement collectif
ou semi-collectif. Il s’agit donc d’objectifs quantitatif et qualitatifs (diversité des
logements, diversité des formes urbaines) très ambitieux. De plus à travers le PLH,
Rennes Métropole participe lourdement au financement des équipements publics,
grâce à un mécanisme d’aide à la surcharge foncière Le territoire espère ainsi faire
face à l’augmentation du prix des logements, à la consommation foncière excessive,
au vieillissement de la population (doublement dès 2006 des départs à la retraite), à
la nécessité d’attirer de jeunes actifs et aux besoins liés au desserrement des
ménages (1/3 de la production de logements prévue).
L’habitat peut-il être, doit-il être, est-il la clé de voûte du développement de
Rennes Métropole ?…
Le cercle vertueux du développement de Rennes Métropole
En conclusion, le schéma suivant résume l’étude de ce mémoire et illustre de
manière synthétique la thèse qu’il défend : dans le contexte actuel de la concurrence
des territoires, la politique volontariste adoptée par Rennes Métropole en faveur de
l’habitat est la clé de voûte d’un développement « soutenable » et « durable » de
l’agglomération, intégrant les dimensions économique, sociale, culturelle, et
environnementale qui lui sont inhérentes.
En d’autres termes, on peut lire dans le PLH que « c’est l’attractivité, la dynamique
économique et la qualité de vie de l’agglomération qui sont en jeu, à l’heure d’une
concurrence accrue entre les métropoles. Rennes Métropole doit être capable de
répondre à de nouveaux besoins, d’offrir un cadre et un parcours résidentiel aux
populations en place ou nouvelles, si elle ne veut pas voir s’effriter ses ambitions
futures de développement. »
61
PLH
Diversité des
logements : social,
intermédiaire, libre
(mixité sociale)
Production
quantitative de
logements
Financement
des
équipements
Diversité des
formes urbaines,
économie
d’espace, densité
Image et
Attractivité du
territoire (accueil
des jeunes actifs et
des entreprises)
Développement
économique
Emploi
Satisfaction des
besoins essentiels
des personnes
âgées (logement,
services…)
Satisfaction des
besoins essentiels
des jeunes actifs et
étudiants (logement,
crèches, écoles…)
Travail
Qualité de vie
(Vie associative
Culture
Loisirs…)
Émancipation des Individus, Démocratie, Respect des Générations
Respect des Libertés Individuelles…
Mobilité
Environnement
Futures, Solidarité, Égalité,
Figure 18 : Le développement soutenable et durable de Rennes Métropole
62
… Et des métropoles françaises ?
Si le pari d’un développement articulé autour d’une politique volontariste de l’habitat
constitue un raisonnement encore novateur aujourd’hui, il est désormais acquis dans
l’esprit des décideurs de la plupart des métropoles françaises (dont Marseille,
Chambéry, Angers…). Dans le contexte actuel de concurrence entre les territoires,
conjuguant la nécessité d’attirer les jeunes actifs et les entreprises et la nécessité de
faire face au vieillissement de la population, l’habitat devra s’inscrire comme pilier
d’une stratégie globale de développement. En être la « clé de voûte ». Autrement, le
développement des métropoles ne pourra pas être « durable ».
Le Programme Local de l’Habitat est un outil capital de ces politiques.
Selon Maurice Lelièvre, vice-président délégué à l’habitat de Rennes Métropole, « le
nouveau PLH s’inspire des principes du développement durable : assurer le
développement économique du territoire, veiller à la solidarité sociale et préserver le
patrimoine pour les générations suivantes. »
63
Bibliographie
Livres
Ascher F. (1995). Métapolis ou l’avenir des villes. Paris : Editions Odile Jacob
Guy, C. and L. Givord (2004). Rennes, le pari d’une agglomération multipolaire. Editions de l’Aube
Mangin D. (2004). La Ville Franchisée. Formes et structures de la ville contemporaine. Paris : Editions
de la Villette
Rennes Métropole. (2005). Le Programme Local de l’Habitat 2005-2012. (Projet)
Revues
IDEAT (octobre/novembre 2005). Rennes la Breizh touch
La Lettre Métropole (n°147, 28 novembre 2005). Orientations budgétaires 2006
In Toulouse (n°14, Automne 2005). Les pôles de compétitivité : l’excellence du territoire
Rennes Info Urbanisme (n°4, Septembre 2005). Une nouvelle démarche
ème
La Lettre Sud Infos (supplément novembre 2004). Nos métropoles à l’épreuve du 21
siècle,
colloque du 30 septembre 2004
La Lettre Sud Infos (n°127, 19 décembre 2005). Aix-Marseille, un territoire d’avenir pour nos PME ?,
colloque du 6 décembre 2005
Sites internet
www.rennesmetropole.fr
Site officiel de la communauté d’agglomération de Rennes Métropole
(multiples informations sur le budget, le PLH, les grands projets…)
www.grandtoulouse.org
Site officiel de la communauté d’agglomération du Grand Toulouse
(possibilité de télécharger les détails du budget 2005)
www.ville-rennes.fr
Site officiel de la Ville de Rennes (informations sur le Projet Urbain
2015…)
www.sudinfos.com
La lettre Sud Infos (colloque «Nos métropoles à l’épreuve du 21
ème
siècle » téléchargeable)
www.scottish-enterprise.com
Site de l’agence de développement économique écossaise Scottish
Entreprise (documents téléchargeables sur le développement de
Glasgow…)
www.rennes-atalante.fr
Site officiel de la technopôle Rennes Atalante
http://grizzli.beat.free.fr
Site d’un photographe amateur (photos de Bordeaux…)
www.lyon-confluence.fr
Site du projet Lyon Confluence
www.iledenantes.com
Site du projet Ile de Nantes
64
Annexes
Annexe 1
La Lettre Sud Infos. Nos métropoles à l’épreuve du 21ème siècle (doc. pdf)
Annexe 2
IDEAT. Rennes la Breizh touch (scanné)
Annexe 3
Site internet du Grand Toulouse. Budget 2005 (doc. pdf)
Annexe 4 In Toulouse. Les pôles de compétitivité : l’excellence du territoire
(scanné)
Annexe 5 La Lettre Sud Infos. Aix Marseille, territoire d’avenir pour nos PME ?
(doc. pdf)
65
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