SAISON _ D`EUX 16 _ 17 PRESSE

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SAISON _ D’EUX 16 _ 17
PRESSE
POCHE /GVE
THÉÂTRE
/Vieille-Ville
Rue du Cheval-Blanc 7 /1204 Genève
+41 22 310 42 21
[email protected]
www.poche---gve.ch
contact presse
Julia Schaad
[email protected]
POCHE /GVE
Administration
4, rue de la Boulangerie
1204 Genève
+41 22 310 42 21
www.poche---gve.ch
dramaturge saison d’eux
Pauline Peyrade
identité visuelle
Pablo Lavalley — oficio / (logo : BCVa / Manolo Michelucci)
2
__saison d’eux
cargo4
cargo5
__ Waste
__ Dans le blanc
des dents
Guillaume Poix
/Johanny Bert
Nick Gill
/Collectif Sur un Malentendu
26.09 – 16.10
27.02 – 19.03
sloop3 i-monsters
accueil2 bienvenue aux Belges
__ Unité modèle
Guillaume Corbeil
/Manon Krüttli
__ Alpenstock
14.11 – 29.01
__ Les Morb(y)des
Sébastien David
/Manon Krüttli
21.11 – 29.01
Rémi De Vos
/Axel De Booseré & Maggy
Jacot
03.04 – 12.04
__ Loin de Linden
Veronika Mabardi
/Giuseppe Lonobile
__ Nino
24.04 – 30.04
Rébecca Déraspe
/Yvan Rihs
05.12 – 29.01
__ J’appelle mes
frères
Jonas Hassen Khemiri
/Michèle Pralong
09.01 – 29.01
3
__édito
L’enthousiasme n’a pas disparu. La profession de directeur s’apprend. L’artisanat
s’aiguise. On affine, on écoute, on améliore. Certaines critiques étaient attendues,
d’autres ont détonné. Le métier entre. Et c’est avec un plaisir et une fierté nullement
entamés que nous vous offrons cette SAISON_D’EUX, faite sur de nouvelles brisées,
vers d’autres ouvertures. Elle donne toute la place aux autres. Tout au
POCHE /GVE parlera D’EUX en cette saison. Des étrangers. Étrangers à NOUS, étrangers
à eux-mêmes. Et la parole vient D’EUX : pas de discours sur les étrangers, mais une
parole qui vient du lointain. Depuis le lointain Québec, où tout semble si loin et si proche.
Depuis la plate Belgique. Depuis Stockholm. Depuis une grande ville d’Europe. Et ces
lointains qui nous parlent D’EUX pointent non pas nos différences, mais ce qui nous unit :
nos peurs communes, nos espoirs, mais aussi et surtout, nos responsabilités. Le monde
dans lequel nous vivons est différent. Il n’a jamais existé avant. Il est pluriel, complexe,
incompréhensible, difficilement explicable. Il ne se laisse pas réduire à des vérités simples
et unilatérales.
Au POCHE /GVE, nous mettons les AUTEUR-E-S VIVANT-E-S dans la lumière : nos
questions, nos soucis, nos obsessions, nos peurs et nos espoirs ont besoin d’écrivains
d’aujourd’hui pour NOUS être racontés. Notre réalité mérite d’être décrite, écrite,
questionnée, déplacée et sublimée. Nous avons besoin de pensées articulées sur le réel,
de manières de le saisir. POCHE /GVE, c’est cette collectivité de pensées au présent,
vivantes, pour interroger un point du monde.
POCHE /GVE est un théâtre. Mais un théâtre particulier. Ici, c’est le choix des textes par
un COMITÉ DE LECTURE qui préside à la programmation de la saison. Ce sont donc
les textes qui sont à l’origine, au centre, au début du travail : ce qui nous invite à
interroger nos pratiques de production, à observer ce que font nos voisins, à nous
inspirer des dispositifs de fabrication des Allemands, des Anglais, des Canadiens...
Mettre les textes au centre de notre fabrique de théâtre nous oblige également à devenir
producteurs de la majorité de nos spectacles. POCHE /GVE est un lieu qui produit local,
dans le temps et l’espace et qui fait partager toute l’amplitude du paysage de l’écriture
contemporaine. L’usage veut que pour monter un spectacle, on réunisse un groupe d’acteurs
et de créateurs pour une dizaine de semaines, pour répéter et jouer un texte devant un
public. Puis, ce collectif se dissout dans l’espace pour reformer d’autres équipes de création.
Cette forme de création, c’est ce que nous appelons les CARGOs. Mais à regarder toutes
ces créations, ici et ailleurs, il nous semble que cette énergie créative, cette force de
groupe, cet apprentissage de l’être-ensemble investi pour un seul texte, une création,
puis perdu et dispersé dans le paysage sont en opposition avec une idée de durabilité
et d’économie. Produire en nombre des spectacles pour une durée de vie limitée est-il
encore // zeitgemäss // ?
Un SLOOP est la constitution d’un collectif de longue durée, pour la création de plusieurs
4
textes, avec une scénographie commune. L’énergie du collectif grandit de texte en texte.
Sa communauté, sa réactivité, son intelligence collective sont décuplées : nous avons fait
un théâtre pour des textes et nous avons obtenu un théâtre où se donne à voir le travail
des acteurs !
À l’heure où la question des permanences artistiques, des collectifs et des ensembles est
sur nombre de lèvres, plutôt que de simplement participer aux débats, nous passons aux
actes, afin de pratiquer les possibles ! En mettant les textes au début, nous redonnons
une place aux auteurs dans notre théâtre. Chaque saison, nous confions un travail
réflexif, éditorial et d’accompagnement artistique à l’un-e d’entre eux : notre dramaturge
de saison. Il ou elle (elle cette saison) rédige les cahiers de salle, seconde les collectifs
artistiques et propose son point de vue sur la saison. C’est la vision de Pauline Peyrade
qui vous ouvre cette première porte sur notre deuxième saison.
Pour nous, le théâtre est lieu d’interprétations et d’interrogations. Nous livrons les
questions. Le public reconstruit les vides et les absences : l’odeur des incendies dans
cette décharge d’Accra, celle du poulet de la bonne ménagère ou de son produit pour
les vitres, ce paysage de fumées et de collines… Nous faisons confiance à sa curiosité, à
son imagination, à sa participation.
Aujourd’hui, où la place de l’art, et du nôtre en particulier, est menacée
financièrement par les politiques publiques , moralement par les défenseurs
de nombreux apostolats et, statistiquement, par la défection des masses
individualisées, je crois que la meilleure façon de défendre notre raison d’être
est
d’être
radicalement
d’aujourd’hui,
d’être
moderne.
Les opportunités sont partout : une nouvelle grande maison de théâtre à Genève, une
émulation lémanique stupéfiante, de nouveaux directeurs avec de belles missions dans
de nombreux lieux genevois et des spectateurs affamés de formes et de questions : nous
avons tous un rôle à jouer dans la présence de notre art dans la Cité.
Au POCHE /GVE, nous tenons le bastion des écritures résolument modernes, ouvertes
aux mondes, aux AUTRES, aux existences différentes. Nous mettons du rire, de la
profondeur, de la dérision, de la noirceur brillante, du décalage dans nos réels. Certains
auteurs font fleurir des fleurs sur des décharges. Mais l’horreur et la beauté de ce que
nous montrons sur notre petite scène est à peine à la hauteur de nos responsabilités.
Nous savons qu’il n’est pas aisé de tenir cette place, mais la fidélité de nos spectateurs,
leur curiosité, leurs yeux et leurs oreilles ouverts, nous montrent leur désir de poésie, de
travail, de langues, de pensées et de présences vivantes.
_ mAthieu Bertholet
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__cargo /sloop
Un cargo est un spectacle produit de manière traditionnelle. Un collectif artistique
est réuni pour une période de répétition allant de 4 à 7 semaines, en fonction de la
difficulté du texte, du nombre d’acteurs, etc. La pièce est représentée // en suite //
pendant deux ou trois semaines, avant de partir en tournée dans d’autres théâtres.
Un cargo est un navire de charge, qui se manœuvre difficilement
mais qui transporte beaucoup d’expériences et de découvertes.
cargo4 #waste #guillaumepoix #johannybert #marionnettes #agbogbloshie
#accra #déchargesproduitsélectroniques
cargo5 #sérietéléviséedéjantée #dansleblancdesdents #mirrorteeth #nickgill
#collectifsurunmalentendu
Un
sloop est une forme de production propre au POCHE /GVE inspirée de certains
théâtres germanophones ou d’Europe de l’Est. Un collectif artistique est constitué
et se voit confier la création de plusieurs textes (de 2 à 4) qui vont bien ensemble
de par leurs thématiques ou leur forme, ou simplement parce qu’ils ont la même
distribution. Ces pièces sont alors répétées en parallèle et rapidement par les acteurs
de manière à ce qu’ils puissent non seulement en présenter une nouvelle chaque
semaine, mais aussi toutes les jouer, en alternance, au cours de la même semaine.
Ils jouent donc // en répertoire // . Ce // répertoire // vous offre l’opportunité de
rencontrer un groupe d’acteurs, de plonger dans un genre théâtral ou de voir
et sentir l’artisanat d’un collectif de création à l’œuvre. Un sloop est une
embarcation légère, rapide, qui peut naviguer sur des
flots contraires et vous emmener très loin, très vite.
sloop3 #comédiesquébécoises #unitémodèle #morbydes #nino #jappellemesfrères
#david #desraspes #corbeil #khemiri #pralong #krüttli #ryhs
6
26.09
/
16.10
cargo4
_ Waste
texte_Guillaume Poix
mise en scène_Johanny Bert
Tournée
28–31.03.2017 _ Comédie
de Clermont-Ferrand
jeu Jane Friedrich, Térence Rion, Miami Themo, Assane Timbo
assistanat à la mise en scène Barbara Tobola
scénographie Amandine Livet
marionnettes Christophe Kiss
son Fred Jarabo
lumière Danielle Milovic
costumes Eléonore Cassaigneau
La compagnie Théâtre
de Romette est
subventionnée par le
ministère de la Culture
et de la Communication
et conventionnée par
la Ville de Clermont-
production POCHE /GVE
coproduction Théâtre de Romette
Ferrand. Johanny Bert
est artiste associé à La
Comédie de ClermontFerrand, scène nationale
à partir de septembre
2016.
synopsis et présentation
À l’autre bout du monde, grandit une montagne. Un amas d’ordinateurs, de smartphones
et de télévisions qui grossit au rythme des allées et venues des cargos-poubelles du
Nord. Sur cette montagne, pousse une jungle humaine. Des enfants-troqueurs, des
trafiquants, des mères et des vieillards qui errent, luttent, se dressent et disparaissent
parmi les crevasses de plastique et les effluves toxiques. À l’autre bout du monde,
grandit // la bosse //. La tumeur du monde. Êtes-vous prêt-e-s à faire face ?
Au carrefour du documentaire et de la fiction, Waste aborde avec justesse et sans
concession un sujet épineux, douloureux, honteux de notre monde occidental : les
décharges numériques qui restent de nos consommations boulimiques. À Accra, au
Ghana, trois gamins, Jacob, Isaac et Moïse vivent de la refonte de métaux extirpés aux
carcasses d’ordinateurs et de smartphones usagés que les grands groupes déversent
quotidiennement sur les côtes africaines. La pièce nous raconte leur
survie face aux trafiquants et aux effluves toxiques à travers le regard
tour à tour effaré, effrayé et fasciné de // L’Homme occidental //.
Parabole contemporaine, Waste tente, par le détour de la poésie, de rendre
visible ce qui est insupportable à l’œil, audible ce que l’oreille refuse d’entendre,
appréhendable ce qui excède l’entendement, et rappelle ainsi l’humanité à elle-même.
7
__extrait
11/ #BABEL [Pb6]
Dans un coin de la bosse, abrités sous les fumées verticales.
WISDOM. - T’as tout le cimetière numérique de la planète ici, t’as tout l’obsolète qui se trouve une
place pour s’aplatir sous les coups de poing des gosses qui le fouillent. On te dit C’est numérique,
c’est dématérialisé, on te dit C’est sans fil c’est encore plus plat, on te dit C’est l’encombre en moins
et la vitesse du son du tonnerre dans ta gueule, on te dit C’est la fibre, on te dit C’est la fibre, on
te dit C’est les choses qui s’amenuisent et perdent en gravité et tout qui se stocke en minuscules
capteurs de rien de chez rien, on te dit C’est la poussière en propre, en qui prend pas de place,
on te dit des trucs pareils là où t’es toi, mais ce qu’on te dit pas c’est que chez nous ça devient la
bosse, ça devient l’Afadjato, ça devient Babel le truc, ça monte jusqu’au ciel, les merdes cabossées
dézinguées bousillées elles bâtissent une deuxième planète qui te poisse la gueule et le buste, qui
t’encrasse les conduits, merdes qui croupissent dans toi, qui se dispersent dans tes migraines et tes
vomissures, qui maculent les gosses morts à vingt ans de respirer l’air de la planète infestée par les
rebuts de là où t’es toi et que les gens de chez toi voient rien C’est dématérialisé, c’est numérique,
c’est sans fil, c’est tout plat, c’est amenuisé, c’est du vent pour toi là-bas et ici c’est des montagnes
d’air compact et brun qui se hissent en haut, qui peignent le ciel tout en volutes et qui te rentrent
Disons, pour conclure le
topo, que ce qui se voit pas là-bas est pas tout à fait invisible
ici.
dans l’épiderme que ça te gratte à t’en dégainer le cuir.
L’HOMME. - Tu peux m’introduire dans la zone où les gamins triment ?
WISDOM. - Je te branche avec les gosses que je connais.
L’HOMME. - Ils bossent pour qui ?
WISDOM. - Ils bossent pour leur famille, pour rapporter des trucs à becter, ils revendent le métal
et ils se ménagent une routine de fouille. Bon, nous on essaie de les protéger pour qu’ils se fassent
pas bouffer par des bandes qui les exploitent – je te dis bande, je te dis prédateur, je te dis tout ce
que les mecs peuvent vouloir bouffer des gosses, tu me comprends. Donc heureusement qu’on est
là, nous, pour au moins les empêcher de tomber dans les trafics. Tu as tout ?
Le blanc-bec est incommodé par les odeurs qui lui pénètrent les narines, mais il acquiesce puis
éteint son bazar.
WISDOM. - Il te faut des images ?
L’HOMME. - Ouais.
WISDOM. - Bon, tu te fais p’tit, tu cliches et on se casse. L’enfer, c’est pas open bar, mon gars.
8
__rencontre
entretien avec Guillaume Poix (extrait)
Comment est née l’envie, l’idée, la nécessité de l’écriture de Waste ? Pouvez-vous nous
raconter la manière dont vous avez travaillé et dont le texte s’est construit ?
En novembre 2013, j’ai découvert le travail d’un photographe sud-africain, Pieter Hugo, et
notamment Permanent Error, une série de clichés consacrée à la décharge électronique
d’Agbogbloshie, au Ghana. Je n’avais jamais entendu parler d’un tel lieu: une déchetterie à
ciel ouvert où échouent nos ordinateurs, smartphones et tablettes usagés – appareils que
// trient // de nombreux adolescents pour en extraire les métaux précieux. Je ne m’étais
non plus jamais posé la question du devenir de ces objets que j’utilise, comme presque
tout le monde aujourd’hui je pense, à longueur de journée. J’ai été profondément marqué
par ces photographies très spectaculaires qui jouent du sentiment de scandale et de
fascination que l’on ressent inévitablement en découvrant ce décor cauchemardesque.
Les travailleurs, travailleuses et habitant-e-s d’Agbogbloshie y posent au milieu des
déchets, leurs silhouettes et leurs visages se découpent sur les multiples fumigènes qui
s’élèvent dans le ciel : c’est une vision de l’enfer, comme si sous nos yeux, ici et surtout
maintenant, avait lieu l’apocalypse. Parce que cela me semblait impossible à représenter
sur une scène, j’ai immédiatement pensé qu’il fallait écrire un texte de théâtre qui se
passerait à Agbogbloshie. C’est souvent quand les choses me semblent infaisables que
l’envie d’écrire un texte me vient. Je sais qu’il y a beaucoup d’orgueil dans ce présupposé
d’écriture (c’est impossible, je vais donc essayer de le faire ! ) mais c’est ce qui rend
possible, chez moi, l’excitation et le grand désarroi de l’écriture. […]
Dans Waste, il est question du regard de l’Occident sur la situation au Ghana. Le
personnage de l’homme qui vient pour prendre des photos de la décharge semble
prendre en charge ce regard tour à tour inquiet, rebuté et fasciné par la misère engendrée
par notre civilisation. On serait tenté d’y voir une transposition de l’œil de l’auteur sur son
sujet. Pourquoi avoir insisté sur ce regard ? Que raconte-t-il pour vous ?
C’est tout à fait une transposition non de mon regard personnel, mais de celui de
// l’Occident //
(j’entends par là surtout l’Europe et l’Amérique du Nord) sur ce qu’il rend
possible sans s’en émouvoir outre mesure. C’est une manière de mettre les autres
personnages en confrontation directe avec un être dont les pratiques de consommation
et le mode de vie sont directement responsables de leur situation. Une manière aussi de
confronter une allégorie occidentale (le photographe) avec la réalité d’individus dominés,
opprimés et assassinés à petit feu. Une rencontre est-elle possible dans ces conditions?
Si moi, demain, je vais à Agbogbloshie, aussi bien intentionné que possible (mieux
intentionné en tout cas que le photographe de Waste), aussi rigoureux que possible,
aussi ouvert à l’autre que possible, ai-je une chance de rencontrer l’un des travailleurs
de la décharge ? Par rencontrer, j’entends poser les bases d’un échange équitable
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dénué de préjugés, de compassion et de projections fallacieuses. Puis-je sortir de ma
condition d’oppresseur ? Je me pose vraiment la question par le biais de ce personnage.
C’est donc un regard qui n’est pas strictement le mien mais qui prend en compte mes
questionnements de citoyen. Évidemment que je n’ai pas voulu qu’une décharge comme
celle d’Agbogbloshie existe. Pour autant, il m’est arrivé de me débarrasser d’un lave-linge
sans m’assurer qu’il serait convenablement recyclé, de jeter un ou plusieurs téléphones à
la poubelle, me disant qu’une fois le couvercle de celle-ci refermé, mon acte n’existerait
plus. Ainsi, comme j’interrogeais le rapport de notre civilisation au déchet, je ne pouvais
pas me confronter directement à cela sans inventer un personnage issu de ma société et
pris, comme nous tous, dans le monde numérique tel qu’il est aujourd’hui. Ce n’est pas
moi, mais ce n’est pas pas moi. L’idée n’était pas de condamner l’ère du
numérique, mais de questionner en profondeur notre rapport
à l’ordure, au rebut, et donc à l’autre que l’on n’est jamais
loin de considérer comme moins important que soi, donc
dispensable, et donc : jetable. Et puisque cette décharge est, comme par
hasard, dans un pays africain, qu’en est-il de ma conception postcoloniale d’un habitant
de ce pays ? Aussi altruiste et consistant que je me croie être, un Africain m’est-il toujours
un // moins //, et partant, un déchet ? Si je me permets de situer une décharge chez
lui, d’alimenter cette décharge avec mes propres appareils, quel respect ai-je pour lui ?
J’aurai beau me payer de mots et de discours universalistes, condamner le racisme et
désirer la paix, si je ne me confronte pas à ce problème essentiel, cette croyance enfouie
que serait mon droit supposé et inavoué de disposer du corps d’un être dit noir (que je
me raconte comme étant noir, quelle que soit sa couleur de peau), alors je ne suis plus
seulement responsable, mais aussi coupable de la situation. Et là, je dis précisément
// je // car je ne pense pas aux autres en écrivant, je pense à moi, à mes actes, aux leçons
que je me crois autorisé à donner aux autres alors que je me regarde de biais. J’ai assez
à faire avec mes propres culpabilités pour ne pas chercher à culpabiliser les autres. Ce
serait pourtant bien commode ! […]
La pièce dessine clairement le cercle vicieux des trafics de déchets numériques et surtout
leurs conséquences pour la planète. // La bosse // serait une sorte de tumeur du monde,
comme pourrait l’être le // huitième continent //, cet amas de déchets plastiques qui dérive
au Nord de l’océan Pacifique. Est-ce le prix à payer pour cette révolution technique?
L’humanité aurait-elle ainsi créé son propre meurtrier ?
Cela semble effectivement le prix de cette révolution, mais le problème est de savoir
qui s’en acquitte. Ce ne sont pas ceux qui jouissent de ces avancées technologiques qui
sont les premières victimes de leur usage et de leur obsolescence. D’accord l’addiction,
les problèmes d’hyperactivité, de nervosité, l’impossibilité à décrocher, le burn-out, la
mélancolie profonde née de la multiplication fascinante des possibles, mais au regard de
l’intoxication des corps et des sols par les métaux lourds, je ne suis pas certain qu’il y ait
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une juste répartition de ce prix à payer. Les conséquences de la révolution technologique
(formidable et émancipatrice à de maints égards) sont différenciées et de mon point de
vue, profondément injustes. Rassurons-nous, l’humanité a créé le meurtrier de ceux et
celles qu’elle juge moindres. Elle saura toujours se protéger tant qu’elle aura des cibles
sur qui faire peser le poids de ses ambitions. Et quand la terre sera épuisée, l’humanité
aura trouvé comment vivre ailleurs, elle saura se payer le voyage et ne s’encombrera
pas de ceux qui, génération après génération, payent le prix de ses désirs. Pour que
l’humanité survive, il faut qu’elle sacrifie une part d’elle-même.
Ce n’est pas de la sélection naturelle (ou cela va le devenir
à cause du désastre climatique qui a commencé), c’est la
sélection libérale. Et c’est ce discours politique fataliste qui
l’a emporté aujourd’hui. Alors je me dis qu’écrire c’est, quoi
que l’on fasse et quel que soit le sujet que l’on aborde, refuser
cela. C’est peut-être vain. Mais il me paraîtrait tout aussi vain de l’accepter. Alors, tant
qu’à faire, autant se compliquer un peu l’existence !
Propos recueillis par Pauline Peyrade
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#beautédelinadmissible
#poésiedelinsupportable #langue
#contamination #injustices #dérives
#courage #inyourface #dénonciation
#ensatt #prixjournéesauteurslyon
#dramaturgesaison_unes
© Jean-Louis Fernandez
__biographies
#metteurenscène #esthétiqueplurielle
#marionnettes #théâtredobjets
#géniemachinerie #auteursvivants
#irreprésentable #trashpoem
#directiondacteurs
Guillaume Poix
Johanny Bert
Auteur de pièces très documentées, ancrées
Johanny Bert a élaboré un langage théâtral très
dans des réalités difficiles, Guillaume Poix
personnel, né de la confrontation entre l’acteur
propose des langues fortes et poétiques pour
et
sublimer
diplômé
cette relation acteurs-marionnettes, il travaille
de l’Ensatt en écriture dramatique, il a été le
régulièrement avec des auteurs contemporains,
dramaturge de la saison UNES au POCHE /GVE.
par exemple dans le cadre de ses spectacles
Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre,
Histoires Post-it / On est bien peu de chose
dont Les Présomptions, Virgile n’a pas les
quand même ! pour lequel il passe commande
épaules, Wave, et Straight, publiée aux éditions
à quatre auteurs,
Théâtrales, lauréate de nombreux prix dont
Aubert avec Le Préau, CDR de Vire, Le Goret de
les Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre
Patrick McCabe, L’Emission de Sabine Revillet
et de l’aide à la création du CNT. En octobre,
(création en appartement), L’âge en bandoulière
il créera au Préau-CDN de Basse Normandie,
de Thomas Gornet (création pour adolescents
Tout entière, spectacle évoquant la mystérieuse
en salle de classe), De Passage de Stéphane
destinée de la photographe Vivian Maier. Il
Jaubertie, Pastoussalafoi !, opéra jeune public
travaille aussi pour l’opéra, le cinéma et la danse
de Matteo Franceschini sur un livret de Philippe
: comme dramaturge au Théâtre des Champs
Dorin. En 2012, il est nommé à la direction du
Elysées, pour La Favorite de Donizetti, avec
Centre Dramatique National de Montluçon - Le
l’actrice et réalisatrice française Nicole Garcia
Fracas - et mène, durant quatre ans, un projet
sur le film Un beau dimanche. Avec Christian
fort sur le territoire avec une équipe d’acteurs
et François Ben Aïm ainsi qu’Ibrahim Maalouf,
permanents. Il reprends en 2016 son parcours
il écrit actuellement une pièce chorégraphique
de metteur en scène en compagnie et devient
qui sera créée en février 2017. Waste a été lue
notamment artiste associé à La Comédie, scène
dans le cadre de la Mousson d’été 2015.
nationale de Clermont-Ferrand.
l’indicible.
Normalien
et
12
la
forme
marionnettique.
Développant
Les Orphelines de Marion
__sloop3 i-monsters
Trois comédies québécoises et un drame suédo-tunisien nous racontent les crises de
l’intime contemporain. D’un côté, la radicalisation de la norme, le bonheur-marchandise,
l’existence mappée par les architectes de la réussite, les designers de l’épanouissement,
les ingénieurs de l’amour et les développeurs de l’indépendance. De l’autre, les démons
que l’on porte en nous, nos // i-monsters //, avatars monstrueux tapis dans des recoins
de plus en plus retranchés de nos êtres, qui nous dérangent et nous empêchent de
correspondre-à, de nous fondre-dans, d’être reconnus-comme.
C’est au risque d’abandonner le politiquement correct, de froisser la bien-pensance et de
heurter les bons sentiments que les quatre auteurs du sloop3 nous font entendre, voir et
ressentir, sans concessions et dans toute sa complexité, notre (in)humanité. Pour ce faire,
ce n’est pas moins de quatorze rôles que se partageront les cinq acteurs du sloop, un défi
d’interprétation et de mise en scène qu’a accepté de relever la troupe d’artistes formée
au POCHE /GVE pour l’occasion. D’un texte à l’autre, d’une performance
à l’autre, ils nous réjouiront à la fois d’une prouesse artistique
et d’une authentique pensée à l’œuvre.
collectif
jeu Rebecca Balestra, Charlotte Dumartheray, Julien Jacquérioz, Céline Nidegger,
François Revaclier
assistanat à la mise en scène Lucile Carré
scénographie Sylvie Kleiber
lumière Jonas Bühler
son Andrès Garcia
production POCHE /GVE
13
sloop3 i-monsters
_ Unité modèle
26.09
/
16.10
texte_Guillaume Corbeil
mise en scène_Manon Krüttli
jeu Julien Jacquérioz, Céline Nidegger
assistanat à la mise en scène Lucile Carré
scénographie Sylvie Kleiber
lumière Jonas Bühler
son Andrès Garcia
Les spectacles du sloop3
sont soutenus par la
Fondation Leenards.
production POCHE /GVE
synopsis et présentation
Ce soir, nous vous présentons la cité Diorama. Diorama, c’est plus qu’un simple quartier
résidentiel. C’est une ville dans la ville. Un cadre de vie moderne et personnalisé prêt
à accueillir les plus beaux moments de votre existence. Diorama, c’est un restaurant
pour votre premier rendez-vous, un parc ensoleillé pour vos week-ends en famille, un
appartement tendance pour vos soirées entre amis. Diorama, c’est votre histoire. Nous
l’avons rêvée pour vous. Vous verrez. Vous allez adorer vivre ici.
Deux représentants tiennent conférence pour présenter un complexe immobilier
dernier cri : la cité Diorama. À travers le récit d’une histoire d’amour, de la rencontre à la
déliquescence du couple, mêlant démonstrations publicitaires et jeux de rôles, ils nous
invitent à découvrir la cité sous tous ses aspects, de ses appartements modernes à ses
espaces verts en passant par ses salles de sport et ses restaurants. Avec une justesse
inquiétante et un humour décapant, Guillaume Corbeil dresse le portrait de notre société,
entre ses possibles et ses dangers, ses aspirations et ses ambiguïtés, ses tendresses et
ses hypocrisies.
14
__extrait
LE REPRÉSENTANT. Vous desserreriez votre cravate
Vous accrocheriez votre veston sur une des lettres en métal que vous auriez
accrochées au mur
Et qui épelleraient le mot patère
LA REPRÉSENTANTE. Gros plan sur vous qui détacheriez votre coiffure
Vous souririez
Et au ralenti vos cheveux tomberaient délicatement sur vos épaules
LE REPRÉSENTANT. Vous choisiriez une bouteille dans votre cellier
Rien de trop cher
Non
Vous connaîtriez de bons vins
À prix raisonnable
De toute façon
Le plus important
Pour vous
Ce serait la qualité du moment partagé
LA REPRÉSENTANTE. Dans un walk-in de dix mètres carrés
Tous vos vêtements seraient accrochés les uns aux côtés des autres
Dans un système modulable pratique
Et
Avouez-le
Élégant
Vous feriez pivoter cette section-là
Ici
Comme ça
Et vous découvririez votre collection de chaussures
Les unes à côté des autres
Comme au magasin
Mesdames
Je suis certaine que vous êtes comme moi
C’est pas qu’on est superficielles
Disons simplement qu’on a
Oui
Un petit côté coquet
Je veux dire
Ça
C’est un rêve de petite fille devenu réalité
15
__réflexion
par Pauline Peyrade
Roger Caillois, à qui la France doit les premières traductions de Borges et peut-être
toute la sympathie pour le réalisme magique, dit quelque part que les rêves sont la
matière humaine la plus difficile à manier. Rien de plus rétif au partage qu’un rêve. Rien
qui ne soit plus intime expérience. On commerce de tous les biens et tous les dons : des
révélations de la divinité, des visions oraculaires et des prévisions astrales, mais le rêve ne
se vend pas, ni ne se prête, ni ne se donne. // Mickaël V. Dandrieux, Plénitude et songes
creux, // LE FAKE //, Cahiers européens de l’imaginaire n°6.
//
Y a-t-il un commerce du rêve ? Si oui, quelle(s) forme(s) prend-il ? À quelles fins
économiques et/ou politiques ? Et quelles en sont les conséquences ? Bien que, comme
le dit Mickaël V. Dandrieux, le rêve garde une part d’irréductible étrangeté, il serait naïf
de croire que le territoire du rêve échappe aux schémas libéraux. // New Frontier // pour
pionniers en jeans haute couture qui veulent nous faire croire qu’à l’Ouest l’or coule
encore à flots, les stratégies marketing n’ont de cesse d’entériner sa valeur de monnaie
d’échange. L’avènement de la publicité elle-même, y compris sous ses formes les plus
rudimentaires, révèle la nécessité de l’imaginaire dans le commerce des biens. Du matin
au soir, on nous // vend du rêve //, dissimulant le réel sous des couches de papier glacé,
de BB-Cream et de linoléum bon marché.
Dès lors, la question est : que nous dissimule-t-on ? Ou plutôt, que cherche-t-on à nous
faire ignorer ? Dans ce jeu de dupes qui lie l’acheteur et le vendeur, nul ne l’est vraiment.
L’un et l’autre connaissent les conditions de fabrication des vêtements, des meubles,
des steaks sous cellophane ou des tomates Monsanto. L’un et l’autre savent quelles
conséquences ces systèmes de production ont sur l’économie mondiale, sur le climat,
sur la santé. Pourtant, l’un et l’autre choisissent de ne pas y penser, reléguant l’éthique
au statut de bigoterie hypocrite ou de bien-pensance gauchiste, selon le groupe auquel
ils appartiennent. Comment ne pas les comprendre ? Face à l’impuissance citoyenne et
à l’aliénation de la démocratie, l’amnésie, le déni et le cynisme sont les meilleurs amis de
l’homme que sa conscience encombre. La part du roi revient alors à celui
qui lui offre l’illusion de légèreté, de légitimité et de sécurité
la plus crédible. Escrocs hier, prophètes aujourd’hui, les
// vendeurs de rêve // ont fait du monde leur terrain de jeu. Ils
l’imaginent, le conçoivent, le créent pour nous.
Rêver à notre place et nous servir ce rêve sur un plateau d’argent, c’est bien ce que
s’emploient à faire les deux représentants de la chaîne immobilière Diorama imaginée
par Guillaume Corbeil. Transformé en salle de conférence, le théâtre offre un cadre à une
fiction de réalité, art dans lequel Steve Jobs en son temps et à sa suite Mark Zuckerberg
sont passés maîtres. Les représentants Diorama n’ont plus rien des colporteurs en
16
complet strict et attaché-case. Ce sont des gens comme vous et moi, en un peu mieux.
Une version améliorée mais accessible. Leur discours tient en une phrase : // Il était une
fois votre vie. // Une vie saine, équilibrée, enrichissante, stimulante, épanouie, connectée…
une vie normale, quoi. Ce qu’ils vous vendent n’est ni plus ni moins que les réponses aux
besoins élémentaires des hommes et des femmes d’aujourd’hui. Il est loin, le temps des
premières nécessités. L’individu moyen peut désormais prétendre à plus qu’un toit sur
la tête et un repas chaud tous les soirs. Il peut exiger le confort, l’élégance, le choix, le
rapide, l’accessible, la quantité et la qualité. Alors, on y va ! Alors, on y croit ! Alors, on
achète, on s’endette, on se la pète, c’est ça le progrès !
// Pigeons //, pensez-vous ? // Inutile //, direz-vous ? Pas si sûr. Ce que propose Diorama
excède le plaisir du jeu de masques social et de la représentation de soi. Plus qu’un décor,
un environnement. Plus qu’un costume, un corps pour entrer sur la scène du théâtre du
monde. C’est peut-être là le coup de génie du capitalisme : nous
faire croire que nous n’appartenons pas tout à fait au monde.
Ou qu’il existe toujours une façon plus noble de l’habiter. Pour
que marche ce tour de passe-passe il faut d’abord créer en nous un sentiment d’inachevé,
d’imperfection, qui flirte souvent avec la honte et la détestation de soi, au point de
rendre notre condition insupportable. Seuls remèdes à notre désespoir : un nouveau
sac, un nouveau canapé, un // nouveau look pour une nouvelle vie //. Pas plus que
notre besoin de consolation, notre pulsion de consommation
semble impossible à satisfaire. Dès lors, le rêve qui autrefois permettait
de s’échapper du réel, de le transformer, de le transfigurer, n’est occupé à présent qu’à
le rejoindre. L’espoir dominant est celui du Même, quand l’Autre est relayé à la marge,
assigné aux ténèbres du doute et de l’anonyme, sans qu’on s’en aperçoive. En effet, la
caractéristique et le but premiers du capitalisme est de faire capitalisme de tout. Ainsi,
la contre-culture devient culture, la révolution renouveau et toute tentative d’altérité,
d’alternatif, est intégrée malgré elle à la dynamique de standardisation de l’unique.
De tout ceci est-il bon de s’inquiéter ? C’est la question qui sous-tend Unité modèle. À
travers le prisme du couple et de l’histoire d’amour, de la rencontre à l’effritement inavoué,
la pièce interroge l’endroit de frictions entre deux fictions : la fiction sociétale et la fiction
amoureuse. Qu’aime-t-on quand on aime ? Est-ce l’image que l’on renvoie à deux, aux
autres et à soi-même ? Est-ce l’autre ou le couple ? L’altérité ou l’unité ? L’environnement
ou l’intimité ? La posture ou l’aventure ? L’appartement Diorama, c’est une unité modèle
pour votre unité modèle, celle que vous formez à deux, indivisible et inaltérable. Un
cliché de bonheur saisi sur le vif et figé dans le temps à coups d’injections de Botox et
de ravalements de façade. À la fois un rêve et un cauchemar contemporain. Derrière
les intérieurs feutrés et les parcs ensoleillés, se cache le pendant le plus insaisissable du
capitalisme : son totalitarisme invisible, qui multiplie les cadres au même rythme que les
illusions de liberté. En effet, la pièce brosse le portrait d’un modèle sociétal rigoureusement
17
normé que nous ne connaissons que trop bien. Dans ce nouveau phalanstère, l’humanité
s’organise comme dans un catalogue de décoration. Chaque chose se doit d’y être à sa
place au risque de menacer l’harmonie de l’ensemble. Le canapé, face à la télé ; la cuisine
(ouverte), pas trop loin du salon ; les meubles encombrants ou atypiques, dans un coin,
on évitera de les bouger ; les chaises et le petit mobilier standard, ça se déplace, tant
qu’on peut s’asseoir dessus ou y poser des trucs ; quant à tout ce qui est vieux, cassé,
abîmé, fatigué, usé ou mal assorti, on les met // à la bosse //, sur le trottoir, le service de
propreté passe toutes les semaines pour vous en débarrasser.
18
__biographies
#québec #comédie
#absurditédumonde #formatage
#chaos #sociétéaseptisée #critique
#décapant #dérèglement #humain
#théâtredaujourdhui
#jeunesse #manufacture #idées
#mastermiseenscène #engagement
#froidquébecoisconnexion
#souffleusesloop2
Guillaume Corbeil
Manon Krüttli
La fine plume et le talent de Guillaume Corbeil
Après des études au Conservatoire de Genève
pour la critique sociale ont été largement salués
et aux Universités de Berne et de Berlin (tout en
par la critique québécoise et ce dès ses débuts.
effectuant stages et assistanats notamment à
Agé de 35 ans aujourd’hui, il avait, avant de finir
la Schaubühne de Berlin et au Théâtre de Vidy)
sa formation en écriture dramatique à l’École
Manon Krüttli complète sa formation avec un
nationale de théâtre en 2011, déjà écrit un recueil
master en mise en scène à la Manufacture-
de nouvelles, L’art de la fugue, finaliste au prix
HETSR. La même année, elle conçoit une
du Gouverneur général et récipiendaire du prix
performance Les carnets de l’intime. Carnet 1:
Adrienne-Choquette, un premier roman, Pleurer
Le corps avec la cie les minuscules à Genève
comme dans les films, ainsi qu’une biographie
qui marque le début d’une recherche plus large
du metteur en scène André Brassard. Depuis, il
autour de l’intime // féminin // et de l’écriture
écrit pour la scène les textes Tu iras la chercher
de soi. Elle met ensuite en scène une forme
et Nous voir nous. Ce dernier est présenté à
courte Die Welschen ficken besser – Eine
l’Espace Go sous le titre Cinq visages pour
Konferenz dans le cadre de la Tankstelle au
Camille Brunelle. Il s’est vu décerner le prix
Südpol à Lucerne. La saison dernière, elle est
de la critique pour le meilleur texte, le prix
assistante à la mise en scène au POCHE /GVE
Michel-Tremblay et le prix du public au festival
dans le cadre du SLOOP2 et collabore avec le
Primeurs, à Saarbrücken en Allemagne. En
metteur en scène Julien George, en tant que
avril 2016, Unité modèle est présentée au
dramaturge pour le spectacle Le Moche de
Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal,
Marius von Mayenburg. Elle présentera en début
et sa réécriture de trois contes célèbres, Trois
de saison prochaine à Lausanne, ChériChérie,
princesses, paraît aux éditions du Quartanier.
re-création de son spectacle de fin d’études.
19
sloop3 i-monsters
_ Les Morb(y)des
21.11
/
29.01
texte_Sébastien David
mise en scène_Manon Krüttli
jeu Rebecca Balestra, Charlotte Dumartheray,
François Revaclier
assistanat à la mise en scène Lucile Carré
scénographie Sylvie Kleiber
lumière Jonas Bühler
son Andrès Garcia
Les spectacles du sloop3
sont soutenus par la
Fondation Leenards.
production POCHE /GVE
synopsis et présentation
Y a Stéphany, pis y a Sa Sœur. Stéphany, elle aime rêver. La journée, elle tchatte avec
Kevyn sur un forum de freaks et, la nuit, elle traîne dans les quartiers mal famés de
Montréal. Sa Sœur, elle, elle passe son temps devant la télé à s’enfiler de la junk food,
tellement qu’elle peut plus se lever du canapé. Elle sort pas, Sa Sœur. Elle sort plus.
Stéphany et Sa Sœur, même si elles se disputent, dans le fond, elles se ressemblent.
Elles trouvent pas leur place. Elles veulent disparaître. En fait, elles ont déjà disparu.
Sûrement la plus sombre des trois comédies québécoises, Les Morb(y)des met en
scène deux sœurs, Stéphany et Sa Sœur, qui vivent coupées du monde. Souffrant
d’obésité morbide, elles se dérobent aux regards, sortent la nuit ou bien se terrent
chez elles sous des montagnes de paquets de chips et de pots de glace vides. Pour
seules fenêtres sur le monde, elles ont respectivement la télévision et les forums de
freaks sur Internet. Deux fenêtres donc non sur le réel mais sur les mises en fiction
de la société par elle-même, dont elles sont condamnées à occuper les coulisses.
La pièce raconte une tentative d’émancipation de Stéphany qui, avec l’irruption de
son ami virtuel Kevyn, entrevoit la possibilité de quitter son appartement en soussol et de remonter à la surface. Sébastien David s’empare d’un sujet de société et
en propose une mise en perspective vertigineuse avec humour, tendresse et acidité.
20
__extrait
Un demi sous-sol. Stéphany est par terre. Sa Soeur frappe Stéphany du bout du pied.
SA SOEUR. Stéphany
Réveille-toé
Envoye
Réveille-toé
Ostie
Stéphany revient à elle tranquillement.
Câlisse
Tu m’as faite peur
T’es tombée
Pis ç’a faite bang
STÉPHANY, encore sonnée. Le Big Bang
SA SOEUR. Non
Ç’a juste faite bang
Au début
J’ai ri
Je trouvais ça drôle
Me suis dit
A s’est enfargée
L’épaisse
Pis est tombée
C’est drôle
Mais là
Tu te relevais pas
T’avais l’air morte
STÉPHANY. Ben là chus ressuscitée
21
__reliefs
par Pauline Peyrade
Fictions et autofictions
À la marge du monde, Stephany et Sa Sœur vivent dans un monde d’histoires. Sa Sœur,
accro à la télévision, passe ses journées à regarder et commenter les mises en fiction du
monde, celles que nous proposent les médias, les séries, les jeux ou encore les émissions
de téléréalité. Elle se pose ainsi comme spectatrice du présent, peut-être la seule place
qu’elle ait réussi à trouver dans le théâtre du monde. Stéphany, au contraire, se rêve
actrice. Elle rêve seulement car, si elle sort de chez elle, c’est uniquement pour jouer pour
elle-même (ou à elle-même) des scénarii de films noirs : Montréal, la nuit, dans le parc où
les prostituées se font enlever et éventrer ( schéma qui n’est pas sans rappeler celui de
Jack l’Eventreur). Le reste du temps, elle traîne sur les forums de freaks, autres rêveurs
marginaux, et croit volontiers aux récits d’enlèvements extraterrestre de son cyber-ami
Kevyn s’ils peuvent enchanter un peu le monde, ou bien elle reste cachée sous sa couette
à imaginer des paysages merveilleux et le jour de sa rencontre avec le musicien star
Moby. Les deux soeurs présentent chacune une posture de retrait qui est tout à fait
spécifique à la société médiatisée et virtualisée dans laquelle nous vivons. Le réel se
rappelle à elles cependant, très régulièrement, chaque fois que Sa Sœur doit prendre les
pilules qui permettent à son corps de survivre malgré son obésité morbide.
Obésité morbide
Un phénomène de plus en plus répandu et qui attire l’attention de la médecine et des
médias à scandales depuis une vingtaine d’années. Et pour cause, l’obésité n’a été
reconnue comme maladie qu’en 1997. Depuis lors, le mot est sur toutes les lèvres et
les campagnes de prévention se sont multipliées au point de devenir omniprésentes
dans certains pays occidentaux. Paradoxalement, ce coup de projecteur, plutôt que de
permettre aux personnes souffrant de cette pathologie de retrouver une place digne
dans la sphère sociale, semble les avoir isolées davantage, au point d’en faire parfois
des bêtes de foire, de la chair à pognon pour la télévision. On les voit raconter leur
vie et pleurer à chaudes larmes dans des émissions d’amincissement ou de confessions
intimes, exhibant leur corps au voyeurisme collectif. Le corps obèse, objet de terreur et
de fascination, recueille toutes nos projections. À l’heure du jeunisme et de l’injonction
à la minceur, dans une société qui nous invite à projeter notre existence sur une page
de papier glacé et nous renvoie tous les jours à nos échecs, à nos imperfections, ce
corps excessif, excédé, poussé aux limites de lui-même, se
pose comme l’image de la réification du mal-être du temps,
incarnation de la pulsion de mort, de la pulsion d’ostracisme, pulsion à la fois érotique et
existentielle qui constitue l’homme et la femme contemporains.
22
La femme-canapé
On a tous quelque part dans notre imaginaire l’image de la femme-canapé, celle qui a
force de rester assise à manger de la junk food s’est incrustée dans son mobilier. Elle est
devenue une sorte de créature mythologique, un Minotaure contemporain. On ne sait
plus si on l’a vue aux informations ou bien dans une série télévisée, mais comme tout
mythe, la véracité de son existence est moins importante que ce qu’elle vient satisfaire.
À travers le personnage de Sa Sœur, Sébastien David la pose sur scène, proposant ainsi,
par le détour de la littérature et la mise à distance du plateau, de porter un autre regard
sur cette représentation du monde par lui-même, un regard libéré de la complaisance
médiatique et infusé d’esprit critique et de poésie – un regard, en somme, hautement
politique. Car le mythe, représentation cathartique du monde, a pour fonction première
d’expliquer ce qu’on ne comprend pas, de donner corps à nos peurs et à nos doutes.
La femme-canapé pourrait être l’incarnation de l’échec du
modèle consumériste, de sa perversité, de sa dangerosité
pour l’homme – ce n’est d’ailleurs peut-être pas pour rien si c’est une femme, une femme
grosse // de rien, grosse de graisses saturées et d’OGM, grosse de la vacuité de la société de
consommation, de ses déchets, de ses poisons, en un mot, grosse de la fin de l’espèce.
//
Un vélo qui ne va nulle part
Quoi de plus triste ? Outre sa fonction fitness, que la pièce dépasse très rapidement,
l’image du vélo prend en charge une dimension symbolique fondamentale des
Morb(y)des. Moyen de transport léger, qui rappelle à l’enfance, à la puissance du corps,
au défi, à l’aventure, il est à Stéphany ce que le canapé est à Sa Sœur, une sorte de totem
ou d’avatar mobilier. Seul meuble (à part le canapé) de l’appartement, juché en plein
milieu du salon, à l’abandon, le vélo d’appartement de Stéphany symbolise la quête du
mouvement, le désir de réintégrer le monde, de // reprendre sa vie en main // pour parler
comme un magazine bien-être, d’agir sur le monde et sur sa vie. Cela passe par une
réappropriation de son corps, de ses muscles, de ses nerfs. Car, comme le vélo, Stéphany
est dans les starting-blocks. En effet, ce qui la distingue de Sa Sœur, et ce qui la // sauve //
aussi, c’est la vélocité de son imaginaire. Si son corps ne va nulle part, son
esprit voyage, rencontre, espère et rêve. À travers l’imagination de
Stephany, l’auteur semble proposer une possible réhabilitation de la marge. Il ajoute à la
pièce une dose d’espoir. Il nous permet de croire que, peut-être, un jour, Stéphany sortira
du tombeau qu’elle et Sa Sœur se construisent pour échapper au monde et que, comme
le vélo, elle ira quelque part.
Pouce levé
En code numérique : ( y ). Au cœur des Morb(y)des, comme un rappel à l’espoir et à la puissance.
23
©Julie Artacho
__biographies
#québec #comédie #langue
#plateaumontroyal #réinvention
#solitude #freak #rêve #corps
#cauchemarcontemporain #poésie
#jeunesse #manufacture #idées
#mastermiseenscène #engagement
#froidquébecoisconnexion
#souffleusesloop2
Sébastien David
Manon Krüttli
Né à Montréal, Sébastien David est acteur, auteur
Après des études au Conservatoire de Genève
et metteur en scène. Il obtient son diplôme en
et aux Universités de Berne et de Berlin (tout en
interprétation de l’École nationale de théâtre
effectuant stages et assistanats notamment à
du Canada en 2006. En quatre fortes pièces,
la Schaubühne de Berlin et au Théâtre de Vidy)
il a démontré une maitrise de l’écriture dans
Manon Krüttli complète sa formation avec un
laquelle il explore la solitude et la misère urbaine
master en mise en scène à la Manufacture-
sans aucune complaisance : T’es où Gaudreault
HETSR. La même année, elle conçoit une
précédé de Ta yeule Kathleen, lui a valu plusieurs
performance Les carnets de l’intime. Carnet 1:
prix ; son deuxième texte Les morb(y)des a été
Le corps avec la cie les minuscules à Genève
présenté au Théâtre de Quat’Sous à Montréal, en
qui marque le début d’une recherche plus large
lecture publique à la Comédie-Française (prix
autour de l’intime // féminin // et de l’écriture
coup de cœur du public), puis à La Mousson
de soi. Elle met ensuite en scène une forme
d’été ; Les haut-parleurs, texte pour adolescents,
courte Die Welschen ficken besser – Eine
créé en 2015 dans le cadre d’une résidence au
Konferenz dans le cadre de la Tankstelle au
Théâtre Bluff est actuellement en tournée à
Südpol à Lucerne. La saison dernière, elle est
travers le Québec. Sébastien David assure la
assistante à la mise en scène au POCHE /GVE
direction générale et artistique de la compagnie
dans le cadre du SLOOP2 et collabore avec le
La Bataille, et enseigne régulièrement à l’École
metteur en scène Julien George, en tant que
nationale de théâtre du Canada. Il travaille en
dramaturge pour le spectacle Le Moche de
ce moment sur son quatrième texte, Dimanche
Marius von Mayenburg. Elle présentera en début
napalm, qui verra le jour en novembre 2016 au
de saison prochaine à Lausanne, ChériChérie,
Centre du Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal.
re-création de son spectacle de fin d’études.
24
05.12
/
29.01
sloop3 i-monsters
_ Nino
texte_Rébecca Déraspe
mise en scène_Yvan Rihs
jeu Rebecca Balestra, Charlotte Dumartheray,
Julien Jacquérioz, Céline Nidegger, François Revaclier
assistanat à la mise en scène Lucile Carré
scénographie Sylvie Kleiber
lumière Jonas Bühler
son Andrès Garcia
Les spectacles du sloop3
sont soutenus par la
Fondation Leenards.
production POCHE /GVE
synopsis et présentation
Nino pleure. On ne sait pas pourquoi, c’est un bébé et, les bébés, on ne sait pas vraiment
pourquoi ils pleurent. Alors, chacun y va de son petit commentaire, de son petit conseil,
de son petit jugement. Chacun y va, toujours avec politesse et bienveillance… Nino
pleure. Pour l’endormir, quelle méthode est la meilleure ? Qui est le meilleur père ? La
meilleure mère ? Moi je dis ça je dis rien… Nino pleure. Et sa mère ? Que fait-elle ? Qui
est-elle ? Est-elle encore une bonne amie ? Une bonne épouse ? Peut-elle encore être
une femme ? Nino pleure. À croire qu’il ne s’arrêtera pas. Pas avant de nous avoir tous
rendus fous…
Comédie grinçante, la pièce met en scène deux jeunes parents et leurs proches face à
un défi de taille : endormir Nino, un an, qui ne cesse de pleurer dans la pièce d’à côté. De
conseils en analyses, les pleurs de l’enfant les renvoient tour à tour à leur impuissance, à
leur insuffisance, à leurs frustrations et à leur terreur d’être au monde. Avec un humour
et une intelligence redoutables, Rébecca Déraspe interroge le rapport de trois femmes
et deux hommes à la figure maternelle et pose la question qui fâche encore nos sociétés
modernes : une Mère a-t-elle le droit de disposer d’elle-même ?
25
__extrait
CHARLOTTE. Aurais-tu aimé ça qu’on te laisse pleurer dans ta chambre
Le jour de tes trente ans ?
MARION. Y a pas eu trente ans
CHARLOTTE. Je veux ben mais –
MARION. Y a eu un an
Le plus beau cadeau que tu peux faire à un enfant
C’est d’y apprendre à s’endormir tout seul
CHARLOTTE. Ostie de cadeau de pauvre
MARION. Moi
Si j’avais un enfant
Ça ferait longtemps qu’y serait capable de s’endormir tout seul
CHARLOTTE. Tu vas le laisser pleurer comme ça ?
Imagines-tu l’angoisse qu’y doit vivre en ce moment ?
MARION. Angoisse
Angoisse
CHARLOTTE. C’est important que sa mère réponde à ses besoins
Sinon
En qui y va pouvoir avoir confiance ?
MARION. Y est clairement sur le bord de s’endormir
CHARLOTTE. Y a peut-être faim
MARION. Qui dort dîne
SANDRINE. Pis ?
Comment ça va vous autres ?
26
__résonance
Simone de Beauvoir,
1949 (extraits)
//
La mère //, Le Deuxième Sexe, tome 2,
C’est par la maternité que la femme accomplit intégralement son destin physiologique ;
c’est là sa vocation // naturelle // puisque tout son organisme est orientée vers la
perpétuation de l’espèce. Mais on a déjà dit que la société humaine n’est jamais
abandonnée à la nature. Et en particulier depuis environ un siècle, la fonction reproductrice
n’est plus commandée par le seul hasard biologique, elle est contrôlée par des volontés.
[…]
//
Grossesse et maternité seront vécues de manière très différente selon qu’elles se déroulent
dans la révolte, dans la résignation, la satisfaction, l’enthousiasme. Il faut prendre garde
que les décisions et les sentiments avoués de la jeune mère ne correspondent pas
toujours à ses désirs profonds. Une fille-mère peut être matériellement accablée par la
charge qui lui est soudain imposée, s’en désoler ouvertement, et trouver cependant dans
l’enfant l’assouvissement de rêves secrètement caressés ; inversement, une jeune mariée
qui accueille sa grossesse avec joie et fierté peut la redouter en silence, la détester, à
travers des obsessions, des fantasmes, des souvenirs infantiles qu’elle-même refuse de
reconnaître. […]
On a vu que dans l’enfance et l’adolescence, la femme passe par rapport à la maternité
par plusieurs phases. Toute petite, c’est un miracle et un jeu : elle trouve dans la poupée,
elle pressent dans l’enfant à venir un objet à posséder et à dominer. Adolescente, elle y
voit, au contraire, une menace contre l’intégrité de sa précieuse personne. Ou bien elle la
refuse farouchement, ou bien elle la redoute tout en la souhaitant, ce qui conduit à des
fantasmes de grossesse et à toutes sortes d’angoisses. […]
Il n’existe pas d’ // instinct // maternel : le mot ne s’applique
en aucun cas à l’espèce humaine. L’attitude de la mère est
définie par l’ensemble de sa situation et par la manière dont
elle l’assume. Elle est extrêmement variable. […]
Comme l’amoureuse, la mère s’enchante de se sentir nécessaire ; elle est justifiée par les
exigences auxquelles elle répond ; mais ce qui fait la difficulté et la grandeur de l’amour
maternel, c’est qu’il n’implique pas de réciprocité ; la femme n’a pas en face d’elle un
homme, un héros, un demi-dieu, mais une petite conscience balbutiante, noyée dans un
corps fragile et contingent ; l’enfant ne détient aucune valeur, il ne peut en conférer aucune;
en face de lui la femme demeure seule ; elle n’attend aucune récompense en échange
de ses dons, c’est à sa propre liberté de les justifier. Cette générosité mérite les louanges
que les hommes inlassablement lui décernent ; mais la mystification commence quand
la religion de la Maternité proclame que toute mère est exemplaire. Car le dévouement
27
maternel peut être vécu dans une parfaite authenticité ; mais, en fait, c’est rarement le
cas. Ordinairement, la maternité est un étrange compromis de narcissisme, d’altruisme,
de rêve, de sincérité, de mauvaise foi, de dévouement, de cynisme. //
Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité, 31 (extrait)
De l’autre côté de moi, bien loin derrière l’endroit où je gis, le silence de la demeure
touche à l’infini. J’écoute la chute du temps, goutte à goutte, et aucune des gouttes
qui tombent n’est entendue dans sa chute. Je sens mon cœur physique oppressé
physiquement par le souvenir, réduit à rien, de tout ce qui a été ou de ce que j’ai été. Je
sens ma tête matériellement posée sur l’oreiller, qu’elle creuse d’un petit vallon. La peau
de la taie d’oreiller établit avec ma peau le contact d’un corps dans la pénombre. Mon
oreille même, sur laquelle je repose, se grave mathématiquement contre mon cerveau.
Mes paupières battent de fatigue, et mes cils produisent un son d’une faiblesse extrême,
inaudible, sur la blancheur sensible de l’oreiller relevé. Je respire, tout en soupirant, et ma
respiration est quelque chose qui se produit – elle n’est pas moi-même. Je souffre sans
penser ni sentir. L’horloge de la maison, endroit fixe au cœur de l’infini, sonne la demie,
sèche et nulle. Tout est si vaste, tout est si profond, tout est si noir et si froid ! //
//
28
#québec #comédie #réuniondefamille
#ressentiment #catastrophe #préjugés
#quotidiencontemporain #sos
#rirejaune #huisclos #rythme #virtuose
© Cédrinne Vergain
© Julie Artacho
__biographies
#genevois #incontournable #surprises
#textes #auteurscontemporains
#directiondacteurs #musiquesurscènes
#conservatoire #rythme #ludique
Rébecca Déraspe
Yvan Rihs
Rébecca Déraspe est diplômée de l’École
Yvan Rihs arpente les plateaux romands depuis
Nationale de Théâtre du Canada en écriture
plus de vingt ans comme metteur en scène,
dramatique. Elle est l’auteure des textes :
dramaturge, comédien et pédagogue. Avec
Le Radeau, présenté au Théâtre de la Petite
sa compagnie - Yvan Rihs pour le moment
Marée à Bonaventure (QC), Deux ans de votre
-, il a réalisé dernièrement l’adaptation et la
vie, créé par Les Biches Pensives au Théâtre
mise en scène des Aventures de Huckleberry
d’Aujourd’hui à Montréal (prix BMO auteur
Finn, d’après Mark Twain, au Théâtre Populaire
dramatique), Plus (+) que toi et Nino présentés
Romand et en tournée. C’est dans la littérature
au Festival Dramaturgies en dialogue, Votre
mondiale qu’il puise les récits qui l’inspirent.
crucifixion, créée par Ubi et Orbi aux Contes
D’Evgueni Schwartz (Le Dragon) à Charles
Urbains du Théâtre La Licorne de Montréal,
Dickens
Peau d’ours au Petit théâtre du Nord (en lice
Novarina (L’Inquiétude) à Toshiki Okada (Cinq
pour le prix Michel-Tremblay), Le merveilleux
jours en mars), Yvan Rihs développe une
voyage de Réal de Montréal au Théâtre de la
esthétique haletante fondée sur la pulsation
Petite Marée, et Gamètes qui est présenté cette
du récit, mêlant création théâtrale, musicale
année au Festival Jamais Lu. Elle fait partie du
et chorégraphique. Parmi d’autres multiples
collectif endoscope.collectif qui a créé la pièce
collaborations, il a notamment créé Purgatory
Ceci est un meurtre au Théâtre Aux Écuries. Elle
quartet, opéra de Xavier Dayer ou Express
travaille également comme scénariste. Selon elle,
Partout, avec la compagnie haïtienne Zepon.
l’objectif principal de l’écriture est de provoquer
Depuis une quinzaine d’années, il enseigne
l’empathie. Ce à quoi elle arrive aisément avec
au Conservatoire de Genève (classes pré-
son style vif, son écriture acérée, concrète, et ses
professionnelles d’art dramatique) : dramaturgie,
personnages si loin, si proches de nous !
interprétation, stages et ateliers.
29
(Great
Expectations),
de
Valère
sloop3 i-monsters
_ J’appelle mes
frères
09.01
/
29.01
texte_Jonas Hassen Khemiri
traduction_Marianne Ségol-Samoy
mise en scène_Michèle Pralong
jeu Rebecca Balestra, Charlotte Dumartheray,
Julien Jacquérioz, François Revaclier
assistanat à la mise en scène Lucile Carré
scénographie Sylvie Kleiber
lumière Jonas Bühler
son Andrès Garcia
Les spectacles du sloop3
sont soutenus par la
Fondation Leenards.
production POCHE /GVE
synopsis et présentation
Amor décroche. Il apprend la nouvelle. La police est partout. Une voiture a explosé.
Amor sort de chez lui. La ville le regarde. Elle regarde ses cheveux noirs. Son sac à
dos. Son foulard palestinien. Une voiture a explosé. Amor pense. Il pense à sa famille.
À ses amis d’enfance. À tout ce qui fait de lui qui il est. Amor marche. La ville tremble
sur son passage. Elle le file. Elle se cache. Amor tremble. Une voiture a explosé. Amor
doute. Une voiture a explosé. Et si ? Il n’était pas là. Et si ? Ça n’a pas de sens. Et si ? Et
si ?… Et si ?
La nuit dernière, une voiture a explosé. Amor, jeune homme issu de l’immigration maghrébine,
refuse de se sentir concerné. Au fil d’une errance à travers la ville, il revisite ses souvenirs et
mène des conversations imaginaires avec ses proches pour faire le point sur la situation.
Traversé par l’inquiétude des uns, le jugement des autres, les questions d’ici, la colère de
là-bas, le doute de tous et la peur de chacun, Amor se met en examen lui-même et malgré
lui. Lui qui refusait de croire au délit de faciès s’accuse peu à peu d’être responsable de
l’explosion. Avec justesse, intransigeance et humour , Jonas Hassen Khemiri raconte l’autre
ravage du terrorisme, celui qui s’abat sur ceux et celles qu’on identifie à l’ennemi, et nous
rappelle, en ces temps troublés, à nos responsabilités. Car la suspicion persistante peut,
telle la // question //, pousser des innocents à avouer des crimes qu’ils n’ont pas commis.
30
__extrait
2/SHAVI.- Putain c’est un truc de malade, un vrai truc de malade.
1/AMOR.- Rues désertes.
2/SHAVI.- Salut c’est encore moi. Ils disent que c’était une voiture remplie d’explosifs,
remplie de dynamite.
1/AMOR.- Feux qui clignotent.
2/SHAVI.- Elle a explosé il y a juste quelques heures. J’espère que c’est pas un…
1/AMOR.- Ponts déserts.
2/SHAVI.- Putain j’espère vraiment que c’est pas un…
1/AMOR.- Terrasses de café vides.
2/SHAVI.- Salut c’est encore moi. Je voulais juste dire que ça y
est, ils ont sont signalement. Ils disent qu’il ressemble à un…
1/AMOR.- Abris bus vides.
2/SHAVI.- Ils disent qu’il portait un…
1/AMOR.- Vitrines éteintes.
2/SHAVI.- Ils ont renforcé le degré d’alerte au niveau 3 ou rouge ou je sais pas
comment on dit quand c’est presque le niveau maximum.
1/AMOR.- J’étais assis dans le taxi et je comprenais pas pourquoi il réagissait si fort.
2/SHAVI.- Merde putain. Merde.
1/AMOR.- J’avais l’impression qu’il allait se mettre à…
2/SHAVI.- Putain putain putain putain.
1/AMOR.- Enfin… C’était juste une voiture.
2/SHAVI.- Rappelle-moi.
1/AMOR.- Personne n’était… enfin…
2/SHAVI.- Appelle-moi.
1/AMOR.- Ça n’avait rien à voir avec nous.
2/SHAVI.- Appelle-moi.
1/AMOR.- Rien.
31
__rendez-vous
entretien avec Jonas Hassen Khemiri et Marianne Ségol-Samoy
On trouve beaucoup d’humour dans votre pièce. Pour vous, est-ce nécessaire de rire
dans le contexte actuel ?
Jonas Hassen Khemiri : J’ai souvent utilisé l’humour comme une issue de secours dans
ma vie. Je crois que le rire peut ouvrir les gens. C’est très difficile de s’empêcher de rire.
Je suis aussi inspiré par les comédiens qui utilisent l’humour comme outil politique, je
pense par exemple à un humoriste comme Richard Pryor : il crée des rires, mais il a aussi
la capacité de créer des silences. J’ai toujours aimé ce moment où on n’est pas sûr, quand
on commence à rire qu’on se demande pourquoi on rit, quand on ne sait pas si le but
de l’écrivain est de nous faire rire ou de nous de faire pleurer… C’est déstabilisant. C’est
quelque chose que je recherche dans mes romans aussi.
Marianne Ségol-Samoy: Dans les pièces de Jonas, on passe souvent du rire aux larmes.
C’est ce qui, à mon avis, donne encore plus de force à ses textes. Il y a beaucoup d’humour
et en même temps, derrière les mots se cache une gravité. Progressivement, le rythme se
resserre et la comédie devient plus grinçante. Les clichés et les malentendus autour de
l’Autre laissent place à la réalité et à la solitude de l’être humain. Et si l’autre, c’était moi ?
Le personnage d’Amor dit : // Notre histoire est soit musulmane soit communiste. On est
soit du côté de Mohamed soit du côté de Marx.
l’islam et le communisme ?
//
Pouvez-vous éclairer ce rapport entre
J. H. K. : J’appelle mes frères, c’est l’histoire de quelqu’un qui essaie de trouver son
groupe, sa communauté. Dans la pièce, Amor s’en prend aux gens qui l’entourent
parce qu’ils ne sont pas // vrais //, parce qu’ils ne se souviennent pas de l’Histoire. Mais
lui non plus n’est pas // vrai //. Il utilise beaucoup de dichotomies quand il cherche sa
place dans le monde. Le choix entre le communisme et l’islam, c’est un exemple de ça.
Amor ne veut pas choisir son camp et il reproche aux autres de le faire. Il reproche à sa
cousine d’avoir trouvé sa voie. Il y a plusieurs exemples dans la pièce. Amor essaie
toujours de se séparer d’une communauté, mais quand il se
rend compte qu’il a besoin d’elle, il y revient. Et il utilise des
mots pour se situer, pour se reconnaître. C’est quelque chose
qui m’a toujours intéressé : comment, en tant que collectif, on
se retrouve avec l’outil de la langue.
Vous jouez beaucoup sur les étiquettes, rien que dans le titre, comme pour piéger le lecteur,
le mettre face à ses préjugés et/ou surligner la puissance évocatrice (voire assignataire et
performative) du langage. Est-ce pour vous une manière de déjouer ces préjugés, de les
bousculer ?
32
J. H. K. : Oui. Je ne sais pas ce que cette pièce évoque sur une scène française. J’ai écrit
cette pièce en suédois, pour des suédois. Le mot // frère //, en suédois, peut désigner
n’importe qui. Amor dit // j’appelle mes frères //, mais il ne parle qu’avec des femmes. Il
essaie d’être masculin dans un monde patriarcal. Je pense que le mot // frère // raconte
aussi ce besoin de trouver sa communauté. Par exemple, dans le magasin, il dit : // il était
mon frère, il fait partie de mon histoire. // Je crois qu’il y a un pouvoir fort dans la création
d’un groupe, même si c’est toujours simple de le critiquer. Finalement, je crois qu’Amor
est quelqu’un d’extrêmement seul, qui essaie de trouver une communauté à laquelle
appartenir. D’ailleurs, il ne parle aux autres qu’au téléphone.
M. S-S. : Comment partir d’un stéréotype pour le déconstruire et montrer la complexité
du monde. Jonas joue avec les préjugés envers les autres et envers nous-mêmes. Ici,
comme souvent dans ses pièces, la représentation des immigrés et des étrangers est au
cœur de l’histoire. Au fur et à mesure que le personnage central évolue dans un paysage
urbain, l’arrière-plan politique d’une société se dessine et révèle son racisme et sa peur
de l’étranger. Amor est lui-même dans ce stéréotype. Pour lui, ses amis sont des frères.
Mais ici, son sentiment d’appartenance à un groupe est mis à l’épreuve. Ses amis ont
choisi une identité plutôt que d’en avoir plusieurs. Chacun a choisi sa propre voie. Cette
pièce parle du danger de réduire l’individu au groupe.
L’histoire se déploie au fil de l’errance d’Amor, à travers le récit de ses souvenirs et la
réécriture de ses souvenirs. Il semble refuser de se mêler au monde ou de s’y confronter.
Est-ce un moyen de traduire un repli sur soi généralisé face à la peur ambiante ?
J. H. K. : Je pense que la technologie crée de la distance entre Amor et le monde, et
cette distance crée une possibilité de manipulation. Je pense que c’est lié à sa peur. Il
s’agit d’un personnage qui passe du temps dans une ville qui
est pleine de peur, et qui lui aussi a très peur du monde autour
de lui. Je voulais que dans la pièce, la frontière entre la paranoïa d’Amor et la peur de
la société soit trouble. C’est parce qu’il essaie de devenir invisible que les autres ont peur
de lui. Je crois que c’est la phrase clé de la pièce : // On n’est pas peur //. En
Suède, lors d’une représentation, le public s’est mis à scander cette phrase. Ici encore, j’ai
ressenti la puissance du groupe, de la communauté.
M. S-S. : Cette pièce tourne autour de la paranoïa et du fait de se sentir exclu. On s’est
tous déjà sentis étranger à soi-même. Ne pas reconnaître sa propre image, réaliser qu’on
a plusieurs visages. La pièce nous embarque dans un univers singulier et claustrophobe
où un personnage est happé par la suspicion ambiante. Une guerre a été déclarée. Mais
pas comme nous l’entendons. Ici, la guerre s’est introduite dans la tête des gens et
s’exprime sous forme de peur. Et lorsque cette peur s’est installée, les avions deviennent
des missiles, les sacs à dos deviennent des bombes et tous les barbus deviennent des
ennemis potentiels.
Propos recueillis par Pauline Peyrade et Célia VermotDesroches, Festival Regards Croisés, Grenoble, avril 2013
33
©Thron Ullberg
__biographies
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Jonas Hassen Khemiri
Michèle Pralong
Jonas Hassen Khemiri est l’un des auteurs
Michèle Pralong a été collaboratrice artistique
suédois les plus reconnu de sa génération. Il a
du Théâtre du Grütli, de la Comédie de Genève
remporté de nombreux prix pour ses romans
et a codirigé le GRÜ/transthéâtre avec Maya
(dont l’August Prize, le plus prestigieux prix
Bösch.
littéraire suédois). Il creuse de façon rare un
théâtre en un vigoureux cluster de pratiques
univers personnel dans lequel sa langue et son
transdisciplinaires. Elles y développent des
écriture sont au service d’une recherche sur
projets collectifs et insistent sur le lien entre
la nature de l’individu contemporain, révélée
théorie et pratique. Elle a travaillé comme
au prisme d’une histoire en mouvement, dans
rédactrice pour le Théâtre de Vidy, comme
laquelle
l’immigration
et
la
Ensemble,
elles
transforment
ce
mondialisation
dramaturge de projets chorégraphiques et/
sont les ferments d’un trouble de l’identité.
ou performatifs, notamment avec Caroline
Sa première pièce, Invasion !, écrite pour le
Bergvall, Cindy Van Acker ou Foofwa d’Imobilité.
Théâtre National de Stockholm, rencontre un
La saison dernière, Michèle Pralong participe
immense succès dès sa création (deux saisons
au SLOOP2 du POCHE /GVE en mettant en
à guichets fermés) ; Michel Didym en assure la
scène Au Bord de Claudine Galea. En 2016 et
mise en scène en français au Théâtre Nanterre-
2017, elle collabore avec Caroline Bergvall sur
Amandiers. J’appelle mes frères est créée au
RAGA DAWN, chant de l’aube qui sera créé à
Théâtre National Itinérant dans le cadre du
La Bâtie en septembre prochain et voyagera
projet européen “Europe Now”, et à New-York
ensuite du Maroc à l’Islande. Michèle Pralong a
en février 2014 par la Play Compagny. Jonas
publié Raconter des histoires. Quelle narration
Hassen Khemiri a reçu de nombreux prix dont
au théâtre aujourd’hui, avec Arielle Meyer
la bourse Henning Mankell en 2011 et le OBIE
MacLeod, Partituurstructuur : Les Partitions
Award aux Etats-Unis. Ses romans sont traduits
Chorégraphiques de Cindy Van et GRÜ: six ans
en dix langues, et ses pièces ont été jouées en
de transthéâtre avec Maya Bösch.
Europe et aux Etats-Unis.
34
cargo5
_ Dans le blanc
des dents
27.02
/
19.03
texte_Nick Gill
traduction_Elisabeth Angel-Perez
mise en scène_Collectif Sur un Malentendu
jeu Léonard Bertholet, Émilie Blaser, Cédric Djedje,
Pierre-Antoine Dubey, Nora Steinig
accompagneurs Claire Deutsch, Cédric Leproust
scénographie Chloé Dumas
lumière Joana Oliveira
costumes Véronica Segovia
coproduction Collectif Sur un Malentendu, POCHE /GVE,
Théâtre Populaire Romand La Chaux-de-Fonds, Centre
neuchâtelois des arts vivants, Les Colporteurs, avec le soutien
du Comité régional franco-genevois (CRFG)
tournées 25–
28.01.2017 _ Théâtre
populaire romand
La Chaux-de-Fonds,
Centre neuchâtelois
des arts vivants /
01–04.02.2017 _ Arsenic,
Centre d’art scénique
contemporain, Lausanne
titre original Mirror Teeth.
The Agency (London)
est agent théâtral du
texte représenté.
synopsis et présentation
Dans la famille Jones, il y a le père, James, la mère, Jane, la fille, Jenny et le fils,
John. James, le père, tient un petit commerce spécialisé dans la vente d’armes aux
particuliers. Jane, la mère, est passée maître dans l’art de tenir sa maison et d’esquiver
les voyous capuchés qui squattent les trottoirs du voisinage. Un soir où John, le fils,
revient de l’université, Jenny, la fille, ramène à la maison son nouveau petit ami, un
jeune homme au nom délicieusement exotique : Kwesi Abalo. Qu’à cela ne tienne, on
n’a aucun tabou chez les Jones. Absolument aucun.
Comédie décapante, Dans le blanc des dents s’attaque à la bien-pensance de la petite
bourgeoisie européenne occidentale pour en révéler les mensonges, les travers et
l’hypocrisie. À travers l’histoire d’une famille bien sous tous rapports, il dresse un portrait
farcesque et hautement critique de notre société, société en proie au politiquement
correct, au racisme inassumé, aux pulsions sexuelles réprimées. Dans l’intimité d’une chic
maison de banlieue, derrière les rideaux de laine, se jouent les pires comédies humaines,
dont l’auteur Nick Gill s’empare avec finesse et insolence pour nous les servir sur un plateau.
35
__extrait
JAMES. As-tu réfléchi un peu plus à ce que tu aimerais faire après le lycée ?
JENNY. Eh bien, avant de m’inscrire à l’université, je pense que je vais prendre une
année de césure, papa ; des tas de jeunes gens de mon âge font ça de nos jours, dans
Ce Pays, parce qu’on aime élargir notre horizon, et s’employer à trouver qui on est.
JAMES. Hmm. Voilà une idée intéressante.
JOHN. Peut-être que passer du temps à voyager dans Un Autre Pays serait une bonne
façon de découvrir qui tu es ?
JAMES. Voilà une excellente idée, John.
JANE. Voilà une très très bonne idée. Tu entends ça, Jenny ? Une seule année à
l’université et le voilà qui revient avec des idées comme ça. Tu auras vraiment du pain
sur la planche si tu veux faire aussi bien que ton frère à l’université.
JAMES. Tu iras loin en Affaires, John, écoute bien ce que je te dis.
JOHN. Je l’espère, papa.
JAMES. Mmm, c’est succulent, chérie. Qu’est-ce que c’est ?
JANE. Du poulet.
JOHN. C’est très bon, maman.
JANE. Merci, mon cœur.
JAMES. Tu as avalé ça vite fait, Jenny.
JENNY. Oui ; il faut que je me prépare pour ce soir ; Kwesi ne va pas tarder.
JOHN. Qui ?
JENNY. Kwesi. C’est mon nouveau petit copain.
JANE. Oh, comme c’est formidable que nous puissions faire sa connaissance. C’est un
drôle de non ça, Kwesi.
JENNY. Oui, c’est africain.
Silence interminable.
JANE. Il travaille… dans une Banque ?
JENNY. Non.
JANE. Oh.
36
__regard
collectif Sur un Malentendu
Les projets du Collectif Sur Un Malentendu s’appuient avant tout sur le choix de textes
contemporains. Il s’agit de rencontrer un auteur, d’entrer en dialogue, en friction avec
sa proposition. Comment ce qu’il a écrit va entrer en interaction avec nos imaginaires à
la fois individuellement et collectivement ? Nous faisons appel à des collaborateurs qui
suivent les différentes phases de la création et avec qui nous débattons, échangeons,
proposons et décidons.
Dans le processus de travail nous commençons par une semaine de dramaturgie : un
chantier qui nous permet de dégager les thèmes, les questions soulevées par la pièce,
d’analyser les mouvements de l’écriture, les moteurs et les trajectoires des personnages.
Nous collectons des matériaux qui entrent en correspondance avec l’univers de la pièce
(textes, films, musiques, images, expositions…). Chacun prend l’initiative de présenter au
groupe ce qui l’interpelle. Et nous débattons. Nous procédons à des séances d’écriture
automatique. Cela permet de découvrir quelle(s) réalité(s) imaginaire(s) recouvrent les
mots employés, les idées avancées. A l’issue de cette semaine, la distribution est décidée
et des directions se dessinent quant à la scénographie, au son, au climat, au type de jeu...
Une deuxième phase, ultérieure, réservée au plateau, sans présence de regards extérieurs,
constitue une sorte de laboratoire. Chacun a pour mission de lancer des défis aux autres
membres du groupe, en rapport avec les thèmes de la pièce et en fonction des rôles
de chacun. Cela permet de réveiller le goût du jeu, de s’amuser avec la matière, les
partenaires sans viser de résultat.
Dans un troisième temps, celui qui dure le plus longtemps, nous nous confrontons
directement au texte, à l’espace, au climat sonore, au jeu. Il s’agit de donner une forme à
l’univers rêvé. Chacun, dans son domaine, est responsable de faire des propositions que
nous testons, que nous analysons. Les phases de discussion, de bilan sont fréquentes
afin d’avancer ensemble.
Mirror Teeth, Nick Gill
Mirror Teeth est une variation en trois temps de la vie d’une famille anglaise bourgeoise :
les Jones. Nous assistons à la dégénérescence de ce modèle.
Les dents du pouvoir
Qui détient l’autorité ? Que fait-on du pouvoir une fois qu’on l’a ? Avoir les dents longues,
oui, mais à quel prix ? Qu’est-ce qu’un gagnant ?
37
La question du pouvoir dans un groupe est au cœur de notre recherche, à travers notre
propre fonctionnement en tant que collectif et à travers les pièces que nous choisissons
de créer. Le texte que nous traitons est un miroir qui nous renvoie à nous-même et au
fonctionnement de la société dans laquelle nous vivons.
Cette pièce peut apparaître comme une loupe sur notre société et plus précisément sur
un milieu, la bourgeoisie. Est bourgeois celui qui possède les moyens
de production et de ce fait appartient à la classe dominante
d’une société. A travers cette famille, en sondant ses comportements, ses codes,
en analysant son langage, en lui donnant un corps, une voix, nous souhaitons soulever
les questions du pouvoir que confère l’argent, un statut social, une appartenance, et
comment les rapports de force qui régissent ce microcosme l’amènent à s’autodétruire.
Il s’agira de mettre au jour comment se distribue le pouvoir dans cette famille : qui obéit
à qui ? Découvrir comment peut naître la révolte, le soulèvement par rapport aux codes
institués à travers le personnage de Jenny. Comment l’étranger, Kwesi, peut vouloir
intégrer ces codes jusqu’à être désintégré.
L’Autre : un miroir ou les dents de la menace ?
La famille Jones est un milieu fermé dans lequel un étranger (Kwesi, le petit ami de
Jenny) va entrer. Nous désirons aborder ce phénomène d’un point de vue chimique et
faire l’expérience suivante : qu’est-ce qu’un corps étranger provoque
en s’introduisant dans un milieu homogène (qui ne se remet
pas en question) ? Dans quelle mesure un monde avec ses codes se laisse-t-il
altérer, modifier, déplacer par l’arrivée d’un Autre ? Comment Kwesi modifie l’état des
Jones ? Il s’agira, en filigrane, de raconter, de questionner un phénomène géopolitique
actuel : comment et pourquoi un pays ouvre ou ferme ses frontières aux étrangers ?
Qu’est-ce que nous attendons de l’Autre ? Qu’il soit même et rassure, comme Jean, la
petite amie du frère ressemblant comme deux gouttes d’eau à la sœur ? Jean apparaît
comme un ersatz de Jenny. Qu’il soit exotique et nous fasse rêver à un ailleurs idéalisé
? Qu’il comble nos désirs ? Dans quelle mesure est-il possible d’intégrer à une forme un
élément qui va nécessairement la transformer ?
Un miroir déformant
Mirror Teeth peut apparaitre comme un miroir déformant de nous-mêmes, des tares de
notre société, des tares qui menacent chaque groupe se formant. En tant que groupe,
que collectif, nous voulons questionner notre formation, nos rapports. Le collectif est
lui-même objet d’expérience. Il faut pouvoir porter un regard critique sur lui, remettre en
cause, inquiéter les affirmations qui nous ont fondés.
38
Avec cette pièce nous désirons travailler sur le cliché, à la fois visuel et langagier.
Comment se forme-t-il ? Comment circule-t-il ? Comment agit-il ? Dans Mirror Teeth,
on peut identifier des // phrases qui courent // : celles qu’on entend ailleurs (dans les
médias, chez les voisins, dans la rue…) et qu’on répète sans y avoir pensé. Des //on-dit //
qui forment une pensée collective, qui ont un impact sur le comportement d’un groupe.
Nous souhaitons mettre au jour la nécessité de remettre en cause ce qui a été dit, sans
quoi la sclérose risque de s’installer. Sans mouvement, sans la perturbation (provoquée
par l’Autre) la maladie s’installe. Les Jones déménagent, ils opèrent une migration. Dans
l’acte I, ils vivent en Angleterre, dans l’acte II, au Moyen-Orient et cependant leur maison,
leurs comportements restent absolument intacts, identiques. Les Jones ne semblent pas
intégrer dans leur système le changement du paramètre // environnement //. L’Autre
est un corps dérangeant à éliminer. La famille Jones devient autophage, détruisant ses
propres membres (Jenny qui finit par sombrer dans l’apathie). A travers elle, on peut lire
le fonctionnement d’un type de société.
Les personnages de cette pièce apparaissent comme des archétypes, comme des
caricatures, ce qui permet d’opérer une catharsis. Mirror Theeth fonctionne comme une
loupe. Les traits grossis, observés de trop près révèlent leurs ridicules, leur absurdité. Ce
qui peut réveiller le rire, le dégoût, une réaction physique, une mise à distance.
Collectif Sur Un Malentendu, Avril 2016
39
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© Lucas Seitenfus
©Ve Knowland
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Nick Gill
Collectif
Sur un Malentendu
A 36 ans, l’anglais Nick Gill est un touche-à-
Fondé en juin 2014, le collectif Sur Un
tout brillant, dont l’expression se réalise au
Malentendu est formé de six comédiens,
travers de médias variés. Outre son activité
tous issus de La Manufacture–HETSR: Emilie
aujourd’hui bien reconnue en Angleterre
Blaser, Claire Deutsch, Cédric Djejde, Pierre­
d’auteur pour le théâtre, il est scénariste
Antoine Dubey, Cédric Leproust et Nora
pour le cinéma, compositeur et interprète
Steinig. Ils se réunissent une première fois
de musiques de scène, mais développe
pour travailler Les Trublions, pièce de Marion
aussi des compositions en solo et avec des
Aubert. Ainsi naît un premier projet, qui
formations
Tranfer
rencontre un joli succès en tournée dans
ou Fireworks Night. Pour vivre, il travaille
plusieurs théâtres autour du Léman (Théâtre
comme typographe. Ses pièces de théâtre
du Grütli, Arsenic, Théâtre Oriental-Vevey,
sont mises en scène par des compagnies
Théâtre du Pommier). Ce succès les convainc
britanniques
The
de poursuivre leur travail ensemble et leur
Apathists, The Royal Court, Theatre 503 ou
permet de poser les bases d’une étique de
Paines Plough. Parmi celles-ci, on peut citer
travail particulière : le théâtre développé
fiji land, Sand, The Trial, ainsi qu’une quinzaine
par le collectif se construit sans metteur
de courtes pièces. Il bénéficie régulièrement
en scène, dans la confrontation de leurs six
de bourses de la Peggy Ramsay Foundation
expériences, guidé par le jeu de l’acteur,
pour l’écriture de ses pièces et celles-ci sont
fondé par le texte et questionnant les limites
publiées chez Oberon Books. A sa création
du théâtre. Ce manifeste conduit à un second
par Kate Wasserberg en 2011, Mirror Teeth
projet sorti à l’automne 2015, Tristesse animal
a été nominée pour quatre des OFF WEST
noir d’Anja Hilling qui rencontre à nouveau un
END awards, dont ceux de Meilleure nouvelle
beau succès public et suscite définitivement
pièce et Auteur le plus prometteur.
l’intérêt de la critique et des professionnels.
comme
The
Monroe
prestigieuses
comme
40
accueil2_bienvenue aux belges
Comment se reconnaît-on ? Selon quels critères se définit-on ? Pour quelles conséquences?
Et pourquoi en a-t-on à ce point besoin ? Chacun à sa manière, les deux spectacles qui
côturent la SAISON_D’EUX interrogent notre rapport à l’identité. Venus de Belgique, une
comédie burlesque sur le nationalisme et un entrecroisement sensible de récits de vie
racontent ensemble et par contre-points comment la petite histoire se mêle à la grande
pour construire les figures, archétypes, stéréotypes auxquels nous nous identifions et
auxquels nous assignons l’Autre. Un double accueil qui affirme si besoin
est l’inévitable porosité de l’intime et du politique et offre une
réjouissante conclusion à cette saison consacrée à la diversité.
41
accueil2_bienvenue aux belges
03.04
/
12.04
_ Alpenstock
texte_Rémi De Vos
mise en scène_Axel De Booseré & Maggy Jacot
jeu Mireille Bailly, Didier Colfs, Thierry Hellin
assistanat Rüdiger Flörke, Valérie Perin
scénographie & costumes Axel De Booseré, Maggy Jacot
son & musique François Joinville
lumière Gérard Maraite
effets spéciaux Paco Arguelles
maquillage Laura Lamouchi
construction décor & confection costumes Ateliers du Théâtre
de Liège
production Compagnie Pop-Up
coproduction Théâtre de Liège, Théâtre Le Public
avec le soutien de Fédération Wallonie-Bruxelles / Service du
Théâtre et Tournées Art et Vie
synopsis et présentation
Fritz et Grete forment un couple austro-hongrois irréprochable. Leur maison austrohongroise étincelle l’encaustique austro-hongroise et chaque année Fritz revêt son
costume traditionnel austro-hongrois pour participer aux réjouissances austrohongroises de la fête austro-hongroise de la ville. Tout va austro-hongrois jusqu’au
jour où Grete se rend au marché cosmopolite et ramène un détergent fabriqué… on ne
sait où. Dès lors, c’est la porte ouverte à tous les Yosip des environs que Fritz tentera
par tous les moyens de chasser de chez lui.
Fritz et Grete semblent mener une vie paisible dans leur intérieur rutilant au
milieu des prairies verdoyantes. Mais les apparences sont souvent trompeuses.
Fritz est rongé de convictions nationalistes et développe un dégoût profond
pour les étrangers. Grete tente en s’investissant dans le nettoyage compulsif
de juguler ses aspirations romantiques. Un jour, elle rencontre Yosip, un exilé
balkano-carpato-transylvanien, qui lui offre l’amour passionnel dont elle rêvait....
42
__extrait
FRITZ. As-tu bien travaillé aujourd’hui ?
GRETE. J’ai fait le ménage de fond en comble car la saleté revient tous les jours. Toute
la sainte journée, j’ai astiqué dans la maison et il ne reste plus de poussière. Même si je
sais que demain tout sera à recommencer, ça m’est égal ; je ne suis pas de ces femmes
qui regardent tranquillement la poussière s’installer dans la maison et qui laissent la
vaisselle dégoûtante s’amonceler dans l’évier au risque de provoquer la colère légitime
de leur mari au retour du travail.
FRITZ. Tu es une véritable femme au foyer, ma poulette. J’ai eu de la chance de tomber
sur toi.
GRETE. Dès le lever du jour, je pars en guerre contre la saleté qui s’introduit dans les
maisons. Toute la journée, j’astique et je nettoie pour que mon gentil mari retrouve une
maison saine après sa journée de travail.
FRITZ. Bravo, Grete !
GRETE. J’emploie différents produits qui combinent une action désinfectante pour tuer
les microbes à des particules désincrustantes qui laissent une maison désinfectée et
dégageant une bonne odeur de frais.
FRITZ. C’est très bien, Grete.
GRETE (extatique). Je n’arrête pas de frotter et de récurer. Tout est en ordre ! La
maison est d’une propreté inimaginable ! Je mets au défi quiconque de trouver la
moindre saleté quelque part.
FRITZ. Je te fais confiance, Grete, ma poulette. (Il s’assoit et prend le journal.) Ah ah…
GRETE. Des nouvelles très intéressantes ?
FRITZ. Qu’as-tu préparé pour le dîner ?
GRETE. J’ai préparé des pommes de terre et de la charcuterie avec des cornichons.
FRITZ. Beau travail, Grete.
GRETE. J’ai trouvé le temps de faire les courses. Je suis allée au marché cosmopolite.
Un temps.
FRITZ. Tu sais bien que je n’aime pas te savoir seule au marché cosmopolite.
GRETE. Je le sais bien, mon lapin, mais c’est le plus pratique pour faire les courses.
J’avais la maison à nettoyer. J’ai même acheté du détergent.
FRITZ. Du détergeant dis-tu ? Au marché cosmopolite ? Enfin Grete, quelle valeur peut
avoir un détergent acheté au marché cosmopolite?
43
__l’intrigue
vue par les metteurs en scène
La pièce
Dans une petite maison surannée digne de celles qui poussent dans les prairies
verdoyantes de certains feuilletons télévisés, Fritz et Grete semblent vivre une vie
confortable bien ancrée dans les traditions. Mais leur monde stéréotypé n’est lisse qu’en
apparence : sous le vernis des conventions, les frustrations et les peurs s’accumulent.
Arrive alors l’inéluctable bouleversement, conséquence de l’incapacité humaine à juguler
indéfiniment les insatisfactions d’une vie étriquée. Chez Fritz, cette altération prendra
le chemin du repli sur soi et de l’adhésion aux thèses identitaires, tentative forcenée
de retrouver une estime de soi par la mise en avant de l’estime de sa terre natale. Pour
Grete, ce trouble se traduira par le désir d’une aventure amoureuse riche et sensible dont
le manque crée inconsciemment la maniaquerie qui l’obsède.
Or, ironie féroce, c’est sous les traits d’un étranger croisé au marché // cosmopolite //
que ce besoin affectif sera comblé de la façon la plus charnelle qui soit. La confrontation
de ces deux parcours verra alors les vernis se craqueler monstrueusement, laissant
apparaître un racisme déchaîné où préjugés xénophobes et peur de l’autre sont le
creuset de dérives identitaires extrêmes. Le vaudeville farcesque de Rémi De Vos se fera
alors satire politique aux accents grandguignolesques.
La forme et le sens
Au-delà des vallées alpines d’opérette dessinées à gros traits colorés par l’auteur, ce
sont les stigmatisations, les difficultés du vivre ensemble, les frustrations qui rongent et
la puissance destructrice des préjugés qui sont épinglés. Mais l’écriture brillante, ludique
et éminemment théâtrale de Rémi De Vos, malgré les dénonciations domestiques, ne
s’enferre pas dans un réalisme documentaire. Libres et revisités, les mots s’articulent
autour de concepts néologiques d’une inventivité réjouissante. Ils dévoilent la nature
profonde des personnages qui les portent et les endoctrinements dont ceux-ci sont
les sujets et les victimes dociles. Les situations sont développées dans une liberté de
ton qui touche souvent au délire. Mais, comme dans toute grande farce, l’humour n’est
pas au seul service de lui-même. Si les personnages partent en vrille, c’est pour mieux
nous raconter les aspirations secrètes, les violences enfouies et les troubles traversés. La
profondeur du drame qui se joue en eux, le ridicule des situations qu’ils traversent, leur
volonté impossible à satisfaire de maintenir le réel dans un cadre contrôlé, se font l’écho
grotesque de nos propres fragilités. Et la déraison débridée de leur humanité fracturée
nous réjouit et nous effraie. En nous invitant à réfléchir aux mécanismes qui conduisent
aux // dérapages //, le style résolument burlesque de l’ensemble nous embarque dans un
univers absurde et salvateur.
44
Avec Alpenstock, nous retrouvons les fondements d’un théâtre contemporain, à la fois
politique et ludique – celui-là même qui a été au coeur de notre recherche au sein de la
Compagnie Arsenic. Nous renouons ainsi avec le désir de proposer à tous les spectateurs,
quelles que soient leurs habitudes culturelles, un moment théâtral où réflexion et plaisir
se renforcent.
Axel De Booseré et Maggy Jacot
__biographies
Rémi de Vos
Né en 1963 à Dunkerque, Rémi De Vos est
l’un des auteurs français les plus en vue du
moment ; ses pièces sont mises en scène très
régulièrement en France comme en Suisse ou
en Belgique. D’abord comédien, il commence
à écrire pour le théâtre en 1994. Il reçoit une
bourse de la Fondation Beaumarchais pour sa
première pièce Débrayage, qu’il monte avec
l’aide d’Eric Vigner. En 1998, il est Lauréat
du programme En-Quête d’auteurs – AFAA/
Beaumarchais. En 2006, il reçoit le Prix de
la Fondation Diane et Lucien Barrière pour
le théâtre // De l’écrit, à l’écran et à la mise
en scène //, pour sa pièce Jusqu’à ce que la
mort nous sépare créée par Éric Vigner et
#comédie #stigmatisations
#vivreensemble #frustrations
#préjugés #farce #écritureféroce
#peurs #éditionsactessudpapiers #sissi
#alpsconnection #rire #délire #violences
#troubles #lasuissepaslasuède
présentée au Théâtre du Rond-Point. Pour l’écriture du Ravissement d’Adèle, il a obtenu l’aide
à la création de textes dramatiques du Centre National du Théâtre. La pièce a été créée au
Théâtre du Peuple à Bussang dans une mise en scène de Pierre Guillois. Il reçoit de nouveau
l’aide à la création pour sa dernière pièce Trois ruptures, créée au théâtre de Dole. Depuis
deux ans, il est auteur associé au Théâtre du Nord, CDN à Lille sous la direction de Christophe
Rauck. Ses pièces sont éditées chez Actes Sud-Papiers, dont Alpenstock suivi de Occident.
Rémi De Vos est reconnu comme l’un des rares auteurs contemporains convaincu par la force
de la comédie et capable de convaincre par son écriture tous les publics.
45
Maggy Jacot
Maggy Jacot habite Bruxelles et partage sa
vie entre le monde de la scène et un travail
personnel en sculpture.
Depuis 1985, elle
conçoit les décors, costumes, marionnettes,
masques et accessoires
pour
plus d’une
soixantaine de spectacles en Belgique et
en France, principalement dans le domaine
théâtral avec des metteurs en scène d’horizons
très variés, tout en faisant des incursions dans le
monde de la danse avec Wim Vandekeybus, et
de l’opéra avec Thierry Poquet et Claire Servais.
De 1999 à 2011, avec le metteur en scène
Axel de Booseré, elle cosigne les spectacles
#artsplastiques
#histoiredelart
#compagniearsenic
#scénographie
#costumes
#marionnettes #masques
#sculpture #performance
#acteurmetteurenscène
#compagniearsenicaussi
#prixdumeilleur
spectacle2002
#nouvellestructure_
compagniepop-up
d‘Arsenic, compagnie de théâtre itinérant pour laquelle elle crée également des espaces mobiles
singuliers. Dans son partenariat avec celui-ci, elle développe un langage exigeant et varié pour
explorer les formes dites populaires, alliant une réflexion citoyenne du théâtre et un souci aigu
des relations avec les publics. Depuis 2013, au sein de la Compagnie Pop-Up, elle poursuit
avec Axel De Booseré les recherches sur un théâtre populaire contemporain porteur de sens.
Axel de Booseré
Après une formation au Conservatoire de Liège (Belgique), il entame une carrière d’acteur au
Théâtre du Campagnol. Il rencontrera ensuite des metteurs en scène tels qu’André Steiger, JeanClaude Berutti et Jacques Delcuvellerie. C’est en 1999 que son travail prend son ampleur dans
sa rencontre avec Maggy Jacot (lire ci-dessus). Avec elle, il réalise durant 12 ans les créations de
la Compagnie Arsenic. Ce ne sont pas moins de 200’000 spectateurs qui ont assisté à l’une de
leurs 1’200 représentations. Aujourd’hui, sa collaboration avec Maggy Jacot et l’équipe artistique
qui s’est rassemblée autour de leur duo, entame un nouveau parcours avec la Compagnie PopUp. Leur première création en janvier 2014 au Théâtre de Liège, Alpenstock de Rémi De Vos, a
rencontré un vif succès. On les retrouvera début 2017 aux commandes de Méphisto inspiré par
Faust de Goethe au Théâtre du Parc de Bruxelles.
46
accueil2_bienvenue aux belges
24.04
/
30.04
_ Loin de Linden
texte_Veronika Mabardi
mise en scène_Giuseppe Lonobile
Loin de Linden est édité
aux éditions Lansman.
jeu Valérie Bauchau, Véronique Dumont, Giuseppe Lonobile
régie & création lumière Fabien Laisnez
création et production ATIS THÉÂTRE / lemanège.mons
coproduction Le Rideau de Bruxelles
synopsis et présentation
Clairette et Eugénie se sont vues une seule fois, un soir d’hiver 1960 à Linden. L’une
est flamande, l’autre wallonne. L’une modeste femme au foyer, fille d’un gardechasse, l’autre issue de la grande bourgeoisie. Toutes les deux drôles malgré elles,
pudiquement touchantes, secrètement tendres, également fières. C’est à Linden que
leurs enfants s’aiment, puis se marient. C’est à Linden que le silence s’installe entre
elles, ce fameux hiver 60, pour ne plus jamais se rompre. Des années plus tard, c’est au
théâtre, dans un Linden reconstitué, que se rejoue leur rencontre manquée. L’occasion
pour leur petit-fils de réinventer leur histoire et, peut-être, de comprendre ce qui s’est
passé ce jour-là.
Un homme convoque sur la scène ses deux grands-mères, Eugénie et Clairette. La
première, flamande, était fille du garde-chasse. La seconde, francophone et cosmopolite,
est la fille du Général de Witte. Leurs destins se sont croisés autour du Château de Linden.
Le petit-fils questionne le silence qui a régné entre elles depuis cet hiver de 1960 et veut
comprendre ce qui a empêché les deux femmes de se parler… Entre leurs trajectoires, la
Belgique des années 60, les guerres, les conflits linguistiques, on découvre avec humour et
tendresse la vie telle qu’elle a changé en deux générations dans ce pays si proche du nôtre.
47
__extrait
EUGÉNIE. En ce temps-là, il y avait des prières pour tout
Les maisons, la récolte, les bêtes, il y avait des prières pour tout
Alors ils ont béni l’enfant, ils ont protégé la maison
LE PETIT-FILS. Et ça a écarté la sorcière ?
EUGÉNIE. Elle n’est plus venue, c’est tout
LE PETIT-FILS. Et après ?
EUGÉNIE. Après, un jour…
(soupir) Ma mère était sur la route, avec le petit
Émile, il s’appelait. C’était le plus beau de nous tous
Et la vieille est sortie du bois
Elle a dit : il va mieux ce petit ?
Elle lui a caressé la tête
LE PETIT-FILS. Et alors ?
EUGÉNIE. Ce soir-là, il l’a eu encore une fois. Le mal
LE PETIT-FILS. Il est mort ?
EUGÉNIE. C’est une mauvaise hasard
Regard vers Clairette
Mais les paroles restent, ça je crois
Les paroles, c’est du grain, ça vole, on sait pas où ça va
Et quand on n’y pense plus ça fleurit, comme du poison
C’est pour ça, il faut faire attention
Les paroles, ça réveille le mal qui dort
C’est pas de la magie. C’est de la colère
48
__note de l’auteur (extrait)
En 1979, j’ai demandé à ma grand-mère Eugénie de me raconter sa vie. Pour moi, à
17 ans, c’était logique : elle allait mourir, elle perdait la faculté de raisonner, je voulais
garder quelque chose d’elle, pour // après //. Faire entrer l’idée de sa mort dans nos
conversations m’était impossible, alors je lui ai dit que je voulais écrire un livre sur sa vie.
Je suivais l’intuition qu’il y avait quelque chose à comprendre dans la parole de cette
vieille femme aimante, qui n’avait pas achevé ses études primaires, mais avait, selon
ses propres dires // eu une belle vie //. Comprendre peut-être, pourquoi je me sentais
// sans terre //, tiraillée entre deux langues, deux classes sociales, deux façons de ressentir
le monde, et d’où venait ma colère devant les jugements hâtifs, les clichés de classe,
de langue, ce qu’adolescente j’appelais // les étiquettes de merde // ; la façon dont on
classe les gens en riche ou pauvre, flamand ou wallon, beau ou laid, bête ou intelligent,
avant même de leur avoir adressé la parole. J’ai passé des heures à enregistrer la voix
d’Eugénie sans savoir exactement ce qu’il fallait demander. Je n’osais pas évoquer sa
rencontre avec mon autre grand-mère, Marie-Claire. Ou plutôt, l’absence de rencontre,
puisqu’elles n’ont fait que se croiser. Car elles se sont à peine parlé et chacune refusait
de me parler de l’autre. Je sentais qu’à cet endroit quelque chose était trop douloureux
pour être raconté et je reconnaissais cette douleur comme une part de moi. […].
__note du metteur en scène
Quand j’ai lu Loin de Linden, j’ai tout de suite pensé qu’il s’agissait d’une œuvre intime
à vocation universelle. Une œuvre à la fois charnelle, autobiographique et historique
– voire sociologique. À travers le prisme de ces deux récits croisés, de ces deux vies
touchantes et représentatives d’une société, on comprend que c’est de la Belgique
dont il est question. La Belgique du siècle passé, avec ses mutations sociales sans
précédent. Chaque décennie apportant son lot d’espoirs, de frustrations, de blessures
et de renouveau. En mettant en scène ce texte de Véronika Mabardi je souhaite
inviter le public à s’immerger totalement dans la vie des femmes et des hommes
qui ont été pris dans le courant de ces années folles. À l’heure où les partis radicaux
font des percées significatives dans le nord du pays, où l’on souhaite des divorces
communautaires, il m’a semblé intéressant de proposer une création qui, parmi
d’autres, peut apporter un modeste éclairage sur notre histoire commune. Sans être
moralisatrice, Loin de Linden est une œuvre qui interroge notre propre rapport à l’autre.
49
__biographies
#mémoire #témoignage #souvenirs #intime
#tendresse #humour #actualité #identité
#autobiographique #historique #sociologique
#éditionslansman
#conservatoireroyaldemons #recherche_acteur
#jeunepublic #ateliers #finesse #tendresse
Véronika Mabardi
Giuseppe Lonobile
Veronika Mabardi est née à Louvain en 1962
Issu du Conservatoire de Mons, Giuseppe
et s’est formée aux métiers du théâtre (de
Lonobile est comédien, metteur en scène et
l’écriture à la production) sur le terrain des
auteur. Issu du Conservatoire de Mons, Giuseppe
jeunes compagnies Ateliers de l’Echange et
Lonobile est comédien, metteur en scène et
Ricochets. Elle y a joué, mis en scène, balayé
auteur. En 2000, il fonde l’Atis théâtre avec la
le plateau… Peu à peu, l’écriture a pris une
comédienne Céline Degreef et met en scène
place centrale dans son travail, tantôt solitaire,
entre autres Agatha de M. Duras, Un paysage
tantôt en collaboration avec divers artistes
sur la tombe de F. Mentré, La nuit des assassins
(metteurs en scène, plasticiens, musiciens,
de J. Triana ou encore Childéric d’Eric Durnez.
danseurs, créateurs sonores...). Avec le groupe
Les thèmes de la compagnie tournent autour de
rock féminin Guys in the Kitchen, elle a créé le
// l’Homme en devenir //, sa construction et sa
spectacle Collapse or notes en 2013. Animatrice
recherche identitaire. L’acteur reste au centre de
d’ateliers d’écriture et de dramaturgie, elle
ses préoccupations artistiques. Il gère un atelier
accompagne des auteurs dans leur travail,
de formation sur le jeu de l’acteur et avec lequel
notamment dans le cadre du Master en Ecriture
il monte régulièrement les classiques comme
de l’INSAS. Elle écrit également pour la radio
Molière, Shakespeare, Tchekhov, Canetti, Kafka,
et réalise les créations radiophoniques Demain
etc. Il travaille aussi pour le jeune public et
Tombouktou et Tout ce qui pousse. Ses textes
développe de nombreuses animations pour des
sont principalement édités chez Emile Lansman
associations dédiées à l’éducation culturelle. Il
et aux Editions Esperluète. Pour les éditions
est auteur d’une premier texte, Vivarium, créé à
Weyrich, en collaboration avec Lire et Ecrire,
Bruxelles et édité en 2014 sous le titre Comme
elle écrit Rue du Chêne, un roman pour adultes
un insecte aux Editions Lansman. Trois autres
en apprentissage d’écriture.
textes et créations sont aujourd’hui en chantier.
50
__en parallèle /autour des
spectacles
forums thématiques
Cette saison, POCHE /GVE accueille deux forums. Le premier, en parallèle à la création de
Waste, portera sur la question de la représentation de la diversité et des minorités sur les
plateaux de théâtre. Le second s’intéressera aux différentes langues au théâtre : accents,
idiolectes, dialectes, langues artificielles, travaillées et poétiques, en échos aux textes
québécois, en néo-argot, en sabir télévisuel et autres langages spécifiques représentés
dans les textes de cette saison.
forum2 les minorités sur les plateaux de théâtre 14 & 15 octobre 2016
forum3 les langues au théâtre 24 & 25 février 2017
Gratuit
les Colporteurs
Voyages des publics pour une scène sans frontières
Quatre lieux culturels du bassin lémanique (L’Arsenic – Centre d’art scénique contemporain
à Lausanne, Château Rouge à Annemasse, la Maison des Arts du Léman à Thononles-Bains et POCHE /GVE) mènent chaque saison une action culturelle commune. Ils
vous invitent à traverser un programme ambitieux de collaborations artistiques et de
créations théâtrales développé des deux côtés de la frontière pour faire voyager les
publics et les idées.
Saison 2016-2017 :
Quand même texte & mise en scène Jean-Paul Delore
12 octobre 2016 à Château Rouge
Paysages intérieurs Cie Philippe Genty / mise en scène Philippe Genty
15 novembre 2016 au Théâtre Maurice Novarina (MAL)
Ivanov texte AntonTchekhov / mise en scène Emilie Charriot
22 novembre 2016 à L’Arsenic
Voyage en bus, collation et billet de théâtre au prix unique de CHF 30.-
51
__dramaturge de saison
Parce que les auteur-e-s et les textes sont au
centre de notre fabrique de théâtre, il nous
semble important de donner une place à celles
et ceux qui, aujourd’hui, font le pari d’être les
documentalistes
de
notre
monde.
Pauline
Peyrade est de ceux-ci.
Jeune auteure formée à l’École Nationale
Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre
à Lyon (ENSATT), Pauline conçoit des formes
avant même de commencer à écrire ses pièces.
Elle embrasse des sujets en y plongeant
entièrement, faisant de ses personnages, de ses
fables, de ses motifs, les matériaux absolument
concrets de ses pièces. Lorsqu’elle écrit Ctrl-X,
(créé au POCHE /GVE en avril 2016), elle offre
à son héroïne des centaines de fragments
#ctrlX #boisimpériaux #formfollowsfunction
#engagement #bruitsdumonde #neoféminisme
#ensatt #solitairesintempestifs #hashtaggull
#profondléger
Pauline Peyrade
d’internet et de conversations pour exprimer
au plateau la solitude des individus d’aujourd’hui. Dans Bois Impériaux, elle crée un road movie
théâtral qui révèle les failles intérieures d’une sœur et d’un frère.
Pour Pauline, chaque sujet, chaque personnage appelle son propre théâtre. Elle sait que les formes
canoniques n’ont plus cours et que chaque auteur se retrouve seul-e devant son écran face à
ses choix. Radicalement moderne, elle ose interroger la machine du théâtre, lui lancer des défis.
L’exigence artistique absolue à laquelle elle s’astreint, du début à la fin de ses dialogues, ainsi que
ses choix formels et artistiques font de ses textes de véritables défis pour les créateurs de théâtre.
Membre d’une génération que l’on dit // individualiste //, Pauline prouve la fausseté d’un tel
raccourci et partage son engagement d’artiste. Fondatrice de la revue le bruit du monde, elle
travaille à l’apparition d’une nouvelle scène de l’écriture contemporaine et participe à la réflexion
sur le rôle et la place des auteurs aujourd’hui.
Par cet engagement et parce que chacune de ses pièces est une preuve de sa modernité, Pauline
Peyrade se révèle être la dramaturge idéale pour cette SAISON_D’EUX.
Ctrl-X et Bois Impériaux sont publiés aux Solitaires Intempestifs.
Les différents numéros du bruit du monde se trouvent à la librairie du POCHE /GVE. Nous y vernirons
également le prochain numéro.
52
__ partenariats /
remerciements
POCHE /GVE est géré par la Fondation d’Art Dramatique de Genève, soutenue par la
Ville de Genève (Département de la culture et du sport) et la République et Canton de
Genève. POCHE /GVE est heureux de compter sur le soutien de ses partenaires :
LE BRUIT
DU MONDE
G5
POCHE /GVE est associé à la Comédie de Genève, le Galpon, le Théâtre du Loup et le
Théâtre du Grütli, dans le cadre du projet G5 qui favorise la circulation des publics entre
les théâtres en leur proposant un tarif réduit sur présentation d’un billet acheté pour un
spectacle dans l’un des théâtres partenaires: tarif G5 au POCHE /GVE CHF 22.le passe-textes avec la Comédie de Genève
Le passe-textes facilite le voyage entre la Comédie et POCHE /GVE et favorise la
découverte des auteurs vivants et des écritures contemporaines.
Trois spectacles au POCHE /GVE: Waste / J’appelle mes frères /Dans le blanc des dents
Deux spectacles à la Comédie de Genève: La Boucherie de Job texte Fausto Paravidino,
mise en scène Hervé Loichemol, du 04 au 21 octobre 2016 /Des Roses et du Jasmin texte
et mise en scène Adel Hakim, le 25 février 2017
le passe-textes CHF 150.- /le passe-textes réduit (avs, ai, étudiants, chômeurs) CHF 125.-
53
__horaires /tarifs
horaires des représentations nouveau !
lundi, mercredi, jeudi et samedi 19h
mardi 20h
dimanche 17h
vendredi relâche
attention ! horaires spécifiques les fins de semaine en période de SLOOP, consulter les horaires détaillés et la grille.
tarifs
plein tarif
avs_ai_chômeurs
groupe (min. 10 personnes)
tarif du mardi nouveau !
étudiants_apprentis
carte 20ans / 20francs
groupe 3 personnes
billets suspendus
inconnu !
CHF 35.CHF 22.CHF 25.CHF 15.CHF 15.CHF 10.CHF 27.-
nouveau !
informations/accès
www.poche---gve.ch
+41 22 310 37 59
7, rue du Cheval-Blanc
1204 Genève
La billetterie et le
BARDU (bar du
théâtre) ouvrent
une heure avant la
représentation
(soit 3 billets pour CHF 81.-)
offrez 1 place de spectacle à un
Connaissez-vous les // cafés suspendus // en Sicile ? Si vous achetez deux cafés et que vous
n’en buvez qu’un, le second reste // suspendu // pour être servi plus tard à une personne
en difficulté. L’idée est la même. Mais ici, en achetant un second billet, le spectateur
offre une place à quelqu’un qui a moins facilement accès au théâtre : immigrés, primoarrivants, jeunes déscolarisés, familles précaires. Pour chaque spectacle, POCHE /GVE
choisit une association pour laquelle il est possible de // suspendre // des billets. Nous
nous engageons alors à leur remettre les clés pour entrer dans le spectacle ainsi qu’un
espace pour exprimer leurs impressions.
54
__abonnements /adhésion
abonnement saison_d’eux (8 spectacles)
pass
pass
pass
pass
pocheCHF 160.poche réduit (avs, ai, étudiants, chômeurs) CHF 140.poche –30ansCHF 80.poche duo (2 places par spectacle)
CHF 280.-
option cahiers de salle en POCHE nouveau !
Ajoutez CHF 10.- à votre pass et recevez l’ensemble des cahiers de salle de la saison
(prix normal CHF 5.- /pièce).
pour les abonnés de la saison UNES / 2015/2016
POCHE /GVE remercie ses abonnés de leur fidélité et leur propose un tarif préférenciel
sur le renouvellement de leur abonnement s’ils viennent accompagnés d’un nouvel
abonné :
1 nouvel abonné = CHF 20.- de rabais (sauf pass poche duo)
2 nouveaux abonnés et plus = CHF 40.- de rabais (sauf pass poche duo)
Les nouveaux abonnés s’abonnent au tarif correspondant à leur catégorie.
POCHE /GVE à la carte nouveau !
adhésionCHF 30.Adhésion au POCHE /GVE pour bénéficier d’un tarif préférentiel sur les 8 spectacles de
la saison 2016/2017.
tarif adhérent pleinCHF 25.- (au lieu de CHF 35.-)
tarif adhérent réduit (avs, ai, étudiants, chômeurs) CHF 16.- (au lieu de CHF 22.-)
tarif adhérent –30ansCHF 15.- (au lieu de CHF 35.-)
55
SAISON _ D’EUX
POCHE---GVE.CH
Unité modèle
Les Morb(y)des
atelier d'écriture
Les Morb(y)des
ME 23 19h
19h
JE 24
VE 25 19h
SA 26 19h
Waste
atelier mvt_texte_corps
Waste
atelier critique
atelier mvt_texte_corps
Waste
atelier mvt_texte_corps
Waste
atelier mvt_texte_corps
atelier d'écriture
atelier mvt_texte_corps
17h
19h
20h
19h
19h
19h
19h
DI 02
MA 18
DI 16
SA 15
VE 14
JE 13
Waste
forum2
19h
atelier critique
Waste
atelier d'écriture
forum2
19h
17h
Waste
19h
Waste
Colporteurs Château Rouge
SOIRÉE
PETITJÉSUS !
19h
Les Morb(y)des
21h
Nino
0h45 Unité modèle
SA 31
SOIRÉE
GALA !
MA 20 20h
Les Morb(y)des
Nino
Nino
LU 19
JE 22
Nino
19h
DI 18
Nino
Nino
Les Morb(y)des
Unité modèle
15h
17h
19h
19h
Nino
Les Morb(y)des
17h
19h
SA 17
19h
21h
Nino
19h
JE 15
ME 21
SA 25
Les Morb(y)des
ME 14 19h
19h
17h
19h
DI 19
VE 31
19h
20h
Dans le blanc des dents
MA 28 20h
Loin de Linden
VE 05 19h
atelier d'écriture
MAI
Loin de Linden
DI 30
17h
SA 29 19h
atelier d'écriture
Loin de Linden
VE 28
Dans le blanc des dents
19h
LU 27 19h
forum3
Loin de Linden
Loin de Linden
Loin de Linden
Alpenstock
Alpenstock
MA 25 20h
LU 24 19h
ME 12
MA 11
19h
Alpenstock
Alpenstock
LU 10
17h
Alpenstock
atelier d'écriture
DI 09
Alpenstock
VE 07 19h
SA 08 19h
Alpenstock
JE 06 19h
Alpenstock
Alpenstock
AVRIL
atelier d'écriture
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
ME 05 19h
MA 04 20h
LU 03 19h
19h
19h
JE 16
SA 18
19h
ME 15
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
JE 27
forum3
atelier d'écriture
19h
Dans le blanc des dents
atelier d'écriture
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
atelier d'écriture
Dans le blanc des dents
Dans le blanc des dents
MARS
ME 26 19h
VE 24
Nino
stage d'écriture
VE 17
stage d'écriture
stage d'écriture
JE 16
SA 18
stage d'écriture
stage d'écriture
stage d'écriture
FÉVRIER
J'appelle mes frères
Unité modèle
Les Morb(y)des
Nino
J'appelle mes frères
atelier d'écriture
J'appelle mes frères
J'appelle mes frères
J'appelle mes frères
ME 15
MA 14
LU 13
DI 29
15h
17h
19h
21h
SA 28 19h
MA 13 20h
Nino
Les Morb(y)des
Unité modèle
19h
VE 27 19h
JE 26
ME 25 19h
MA 24 20h
LU 23 19h
DI 22
J'appelle mes frères
LU 13
Nino
Unité modèle
Les Morb(y)des
15h
17h
19h
17h
19h
MA 14 20h
DI 12
J'appelle mes frères
19h
SA 21
SA 11
J'appelle mes frères
19h
JE 19
19h
VE 10
J'appelle mes frères
ME 08 19h
MA 07 20h
ME 18 19h
Nino
15h
17h
19h
17h
LU 06 19h
DI 05
SA 04 19h
JE 09 19h
J'appelle mes frères
J'appelle mes frères
J'appelle mes frères
atelier d'écriture
J'appelle mes frères
VE 03 19h
JE 02 19h
ME 01 19h
J'appelle mes frères
19h
17h
19h
19h
19h
J'appelle mes frères
J'appelle mes frères
J'appelle mes frères
JANVIER
MA 17 20h
LU 16
DI 15
SA 14
VE 13
JE 12
19h
LU 12
DI 11
SA 10
atelier d'écriture
VE 09 19h
Nino
Unité modèle
Nino
JE 08 19h
17h
19h
Les Morb(y)des
Nino
Nino
atelier d'écriture
Unité modèle
ME 07 19h
MA 06 20h
19h
LU 05 19h
Waste
20h
MA 11
Waste
19h
LU 10
19h
JE 01
VE 02 19h
DÉCEMBRE
Les Morb(y)des
Les Morb(y)des
MA 29 20h
ME 30 19h
Unité modèle
LU 28 19h
Waste
17h
ME 12
Les Morb(y)des
Colporteurs Arsenic
20h
Unité modèle
Les Morb(y)des
Les Morb(y)des
19h
LU 21
17h
19h
Unité modèle
19h
JE 17
DI 27
Unité modèle
ME 16 19h
Waste
atelier mvt_texte_corps
Waste
DI 09
SA 08
VE 07
JE 06
ME 05
MA 04
LU 03
MA 22
Waste
19h
SA 01
OCTOBRE
Waste
19h
JE 29
MA 15
Waste
19h
ME 11
ME 28 19h
20h
Unité modèle
Colporteurs MAL
Waste
MA 27 20h
MA 10 20h
LU 09 19h
2017
Unité modèle
atelier d'écriture
Waste
19h
LU 14
atelier d'écriture
LU 26 19h
19h
NOVEMBRE
VE 11
SEPTEMBRE
VE 23 19h
2016
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