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sept experts du Comité de lutte contre la grippe A H1N1 n’avaient pas de relations avec des
firmes ! Cette perte de confiance est de nature à altérer gravement la relation
médecins/patients. Dans un sondage récent réalisé par l’IFOP et publié par le Quotidien du
Médecin on apprend que deux tiers des médecins témoignent de ce que leurs patients sont
désormais plus méfiants des prescriptions ordonnées.
Dans le domaine de la santé et de la médecine en particulier, l’idée que les décisions
médicales puissent être guidées par des intérêts financiers ou autres est inacceptable au regard
de ce que la société attend de ceux à qui les hommes doivent pouvoir confier leur vie et leur
intimité sans aucune arrière pensée : La probité, l’impartialité et l’indépendance du
médecin sont des corollaires indispensables à l’exception qui est faite aux médecins,
seule profession à pouvoir porter atteinte à l’intégrité corporelle des individus telle que
prévue par l’Art. 16-3 du Code Civil.
A l’instar de ce qui existe pour le respect de la confidentialité, sans gage de probité totale, de
loyauté, d’indépendance et de transparence aucun consentement ne saurait être accordé à un
acte médical.
En effet, l’indépendance attendue du médecin doit être telle qu’aucune autre
considération ne saurait passer avant le seul intérêt du patient. C’est là une exigence
lourde, tant cette indépendance est menacée : par les intérêts matériels du médecin, par son
employeur, ses confrères, ou l’établissement de soins ou tout autre structure avec laquelle il
collabore.
Qui plus est, dans le domaine collectif, comme la santé publique, les enjeux humains, sociaux
et économiques revêtent une importance particulièrement grande. Cela suppose une exigence
d’indépendance et d’impartialité de la part de l’ensemble des personnes participant aux
procédures de décisions, d’avis ou de recommandations. Les recommandations
professionnelles sont basées sur les résultats d’études cliniques. Mais l’on sait qu’un grand
nombre d’entre elles sont financées voire même contrôlées, notamment à travers des clauses
contractuelles de confidentialité. L’industrie pharmaceutique ou biomédicale forme certains
professionnels de santé en vue d’en faire des leaders d’opinion sensés influencer les
prescripteurs et ainsi assurer la promotion de leurs produits. Ces leaders d’opinion eux-mêmes
participent aux équipes de rédaction des recommandations professionnelles.
Trop d’exemples montrent combien des techniques ou des thérapeutiques ont été proposées
sans pourtant apporter un avantage déterminant en terme de bénéfice rendu. Aussi les
conclusions déposées dans ce domaine ne doivent être entachées d’aucun doute quant aux
motivations qui ont pu conduire les experts à les établir !
La presse médicale n’est pas épargnée
L’impact de l’industrie pharmaceutique sur les publications médicales est rapporté depuis de
nombreuses années dans la littérature anglo-saxonne ; dès 1993 en effet F. THOMPSON
abordait ce sujet dans un article du New England Journal of Medecine. Le site de
FORMINDEP sous le titre « des recommandations professionnelles peu recommandables »
mentionne un article du JAMA de 2002 rapportant les résultats d’une enquête sur la nature
des liens d’intérêts entre l’industrie et les auteurs de recommandations en Amérique du nord
et en Europe : 60 % des auteurs auraient des liens d’intérêts financiers avec les firmes dont les
médicaments étaient concernés par la recommandation et 81% des auteurs avaient des liens
d’intérêts avec des firmes. Des recommandations sur le diabète et sur le cholestérol en