
Langue française : les informations et les conseils d’ORTHONET http://www.sdv.fr/orthonet/pages/informations_p10.html
1 of 2 05/06/2005 00:48
FÉMINISATION DES FONCTIONS
QUESTIONS ET RÉPONSES
1)« Quel est le féminin de « successeur » ? - Il n’y en a pas. Ce n’est ni un titre, ni une fonction, mais une «
situation ». Dans ce cas, la distinction du genre – donc du sexe – ne semble pas indispensable, et l’usage
peut se contenter d’un genre unique. . C’est ainsi qu’un homme peut être « la victime » d’un accident dont
une femme est « le témoin ». Celle-ci peut être « vainqueur » d’un mal dont l’homme a été « la proie ».
Donc pas besoin d’un féminin pour témoin, prédécesseur, auteur, etc.
2)Certains avancent que des néologismes comme « auteure, professeure, procureure » sont illégitimes,
parce que les seuls noms en –eur, féminin -eure sont d’anciens comparatifs latins ; ce qui est en effet le cas
de « meilleur, prieur, majeur, mineur, supérieur, inférieur, antérieur, postérieur ».- Mais on objectera qu’en
français seul « meilleur » est resté un comparatif ; que les autres sont des adjectifs ou des noms sans
particularité sémantique ; que leur origine commune n’est connue que des étymologistes, les usagers n’en
ayant aucune conscience ; que le type –eur/-eure peut donc servir de modèle au même titre que
–eur/-euse.
3) Quand on parle des habitants, des commerçants, des clients, des étrangers, des députés, etc., on sait
que ces appellations concernent des personnes des deux sexes.Mais on ne dirait pas " un habitant, mère de
deux enfants ", ni " un étranger, fille d’immigrés ", ni " un client de la sage-femme ".La langue a besoin,
quand il ne s’agit plus du sens général, mais des individus, de mots féminins, et elle crée " habitante,
étrangère, cliente",etc. A mesure que des dignités, des professions, des fonctions jadis masculines sont
devenues accessibles aux femmes, on a vu naître ainsi des mots comme " étudiante, institutrice, directrice,
historienne, championne… ".
4)Pourquoi le nom " députée ", déjà dans l’usage, est-il refusé par l’Académie française ? Jusqu’à la fin du
19e s., les femmes ne faisant pas d’études, beaucoup de fonctions n’avaient qu’un nom masculin : c’est le
cas, dans Littré (1863-77) et dans la 7e éd. de l’Académie (1878), pour étudiant, bachelier,docteur,
historien, latiniste, chimiste, chirurgien, notaire, avocat, magistrat, juge, député, sénateur, ministre,
ambassadeur, etc. De même pour des professions non universitaires (artiste, journaliste, militaire,
photographe, écrivain), des qualités comme arbitre, champion... La 8ème édition de l’Académie (1935) a
donné un féminin à la plupart de ces noms (sauf géomètre, expert, militaire, notaire…); la 9ème refuse
encore le féminin à arbitre, aumônier, auteur, chef, chirurgien, écrivain, militaire… et, systématiquement,
aux fonctions d’Etat : ambassadeur, consul, député, conseiller (municipal, régional), juge, ministre... Mais
les autres dictionnaires, à partir de 1900, enregistrent l’évolution sociale : il leur suffit souvent, dans la
mention n.m., de supprimer le m.
POUR ET CONTRE
En France surtout, la féminisation rencontre des oppositions de principe.
a) Beaucoup de femmes tiennent au titre masculin (Mme X, avocat au barreau de…, député de…) ; mais
cette réserve devient rare.
b) Le masculin, " genre non marqué ", vaut pour les deux sexes ; c’est exact quand le terme, pluriel ou
singulier, est pris dans son sens général : " les clients – les voisins – les Anglais… ; le client du
commerçant… ", mais cela n’a jamais empêché la création spontanée de féminins quand une fonction
cessait d’être réservée aux hommes.
c) C’est pourtant la motivation de l’opposition catégorique de l’Académie, dont la 9e éd. du Dictionnaire, en
cours, n’accepte que le masculin (voir l’article GENRE) pour ambassadeur (sauf fig., ou épouse), conseiller
(sauf privé), député, juge, magistrat, maire, ministre, etc.
d)Le gouvernement, lui, féminise ses ministres et les députés ; le Journal officiel et la Documentation