Thème 3 – Dynamiques des grandes aires

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Thème 3 – Dynamiques des grandes aires continentales.
Niveau d’échelle
Ville
État
Aire régionale
Aire continentale
Identification
dans le thème 3
– Mumbai
– Japon-Chine
– États-UnisBrésil
– Afrique du sud
– Bassin caraïbe
– Sahara
– Amérique
– Afrique
– Asie du Sud et
de l’Est
● Notions-clés
- Économie extravertie : Économie dont les activités sont fortement liées aux exportations de ressources
naturelles (pétrole pour le Venezuela), de productions agricoles (plantations de bananes et de café sur les
plaines côtières du bassin caraïbe) ou de produits manufacturés réalisés par une main-d’œuvre bon marché
(maquilas mexicaines).
- Intégration régionale : Processus par lequel des États intègrent une organisation régionale. Plus la mise
en commun des prérogatives est forte, plus l’intégration régionale est élevée. Cette coopération peut être
motivée par de simples objectifs économiques (Alena, AEC), sécuritaires (Alena) ou, au contraire, envisager
un partenariat plus abouti (UE présente par les territoires européens).
- Interface : Lieu privilégié d’échanges entre un espace et le reste du monde. Le bassin caraïbe est une
interface américaine puisque les échanges (migratoire, financier, économique, culturel) sont importants entre
les États qui la composent, mais il est surtout une interface mondiale puisqu’il constitue un lieu de passage
privilégié (Panama) de la navigation internationale. À plus grande échelle, l’interface est ici linéaire (littoral
caraïbe, frontière entre États) ou ponctuelle (hubs tels que Colon ou Kingston, aéroports tels que Miami ou
Mexico).
Question1 - L’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud.
Introduction générale :
Le continent américain est un espace de forts contrastes entre un Nord riche et développé (Canada, ÉtatsUnis), et un Sud en développement désigné en tant qu’Amérique « latine ». Ces contrastes se reflètent
largement à travers le bassin caraïbe, situé dans la partie dite Amérique « centrale », qui constitue une
interface aussi bien américaine que mondiale par la présence de flux internationaux très denses.
Depuis le début des années 1990, diverses associations régionales voient le jour, tentant d’organiser les
échanges par la coopération active entre États du Nord d’une part, puis États du Sud d’autre part.
L’intégration régionale est ainsi privilégiée, mais au détriment sans doute d’une intégration continentale
qui ne rencontre encore que peu d’échos du fait de tensions vives entre Nord et Sud, comme entre pays du
Sud, et même à l’intérieur de chaque État.
De cet immense continent se détachent deux géants mondiaux que sont les États-Unis et le Brésil, chacun
avec ses propres dynamiques territoriales et sa puissance affichée à l’échelle régionale, continentale et
mondiale : en effet, si les États-Unis sont depuis longtemps à la tête de la mondialisation, le Brésil s’affirme
en tant que puissance émergente comme un sérieux concurrent aux ambitions et aux intérêts toujours plus
vastes.
En quoi la mondialisation redéfinit-elle les rapports Nord/Sud sur le continent américain ?
Chapitre 1 - Le bassin caraïbe : interface américaine, interface mondiale (étude de cas).
→ Croquis + Schéma
I – Les limites du bassin caraïbe.
II - Une interface américaine.
III - Une interface mondiale.
Ou
I – Le bassin caraïbe, quelle interface ?
II – Son intégration dans la mondialisation.
III – Espace d’intégration ou de tensions ?
Introduction :
Le bassin caraïbe est un espace regroupant les littoraux riverains de la mer des Caraïbes, très fragmenté
géographiquement et géopolitiquement : une mer de 4 millions de km², 7000 îles, 34 États riverains, et près
de 80 millions d’habitants. Ce bassin illustre au mieux les contrastes de la mondialisation et ses effets
positifs comme négatifs. Il s’agit d’un espace ouvert sur le monde mais associant des États très diversifiés et
divisés, opposés tant au niveau économique que politique et social (États-Unis, Venezuela ou Cuba par
exemple). C’est une interface entre Amérique du Nord et du Sud, comme entre Atlantique et Pacifique, entre
espaces anglo-saxons, hispaniques, lusophones ou européens : les fractures y sont multiples et les tensions
sévères. C’est pourquoi l’intégration régionale qui y est à l’œuvre peut sembler une solution efficace à long
terme mais qui peine à émerger réellement.
● En quoi le bassin caraïbe est-il une interface à la fois américaine et mondiale ?
I – Pourquoi le bassin caraïbe est-il une interface ?
→ Un des plus forts différentiels de développement au monde
A/ Le bassin caraïbe oppose un État du Nord et des États du Sud.
Même si la transition est progressive, le bassin caraïbe est l’espace qui présente un des plus forts
différentiels de développement au monde. Avec les territoires européens caraïbes, les États-Unis (1er PIB
mondial, 4e IDH) incarnent les pays du Nord développés. À l’inverse, les pays d’Amérique latine
appartiennent au Sud : Haïti (158e rang mondial de l’IDH) cumule les critères du mal-développement.
B/ Le bassin caraïbe est une interface mondiale car il est un carrefour des échanges internationaux.
Dans le cadre de la mondialisation croissante des échanges matériels et immatériels, cet espace occupe une
place stratégique (liaison interocéanique de Panama, paradis fiscaux) dans les flux entre les trois pôles de la
Triade : le bassin caraïbe est un trait d’union entre l’Est et l’Ouest. Les hubs des Caraïbes (Miami, Colon,
Kingston) deviennent des espaces relais sur les grandes routes maritimes mondiales, ce sont des pôles
logistiques et des plaques tournantes : Miami est la métropole économique et financière du bassin.
C/ Le bassin caraïbe est une interface américaine aux échanges régionaux inégaux.
Les Caraïbes sont une « Méditerranée américaine » comme en témoigne l’intensité des flux migratoires qui
parcourent la région : l’espace caraïbe est à la fois une région de départ et de transit vers le Nord pour le
reste de l’Amérique latine. S’ils ne rivalisent pas avec les flux de transit internationaux, les flux régionaux
de marchandises, licites ou illicites, sont importants et s’organisent en réseaux grâce à des infrastructures
cohérentes (spokes - rayons - et ports relais) ou inachevées (route panaméricaine). Les flux de capitaux
(IDE, transferts des migrants) sont essentiellement Nord-Sud.
II - Comment le bassin caraïbe s’intègre-t-il dans la mondialisation ?
→ Une inégale intégration des territoires dans la mondialisation
A/ Le bassin caraïbe est intégré à la mondialisation.
Les activités économiques y sont fortement extraverties : mise en valeur de rente énergétique (États-Unis :
3e producteur mondial ; Mexique : 7e ; Venezuela : 11e), développement de productions agricoles commerciales (plantations de café, sucre, fruits...), industries ouvertes aux investissements (maquiladoras
mexicaines), valorisation du potentiel naturel (climat, paysages) et culturel pour une ouverture au tourisme
international. Le bassin caraïbe est également un espace d’attractivité financière dans le cadre des flux
croissants de capitaux : IDE, remesas (transfert des migrants), argent relevant de trafics illicites (paradis
fiscaux et pavillons de complaisance), aide au développement. Outre les infrastructures portuaires, cette
intégration encourage la valorisation des ressources du territoire et leur spécialisation (monoculture,
tourisme…) mais également leur développement : les espaces ouverts sont aussi les plus développés.
B/ Mais sa forte ouverture sur le monde entraîne une dépendance.
D’abord, la forte ouverture des économies caraïbes les soumet fortement aux aléas de la conjoncture
économique internationale : flux de touristes internationaux, vente des productions agricoles suivant des
cours fixés par le Nord (Bourse de Chicago, Bourse du café de Londres), exportations d’hydrocarbures… La
dépendance financière est également très forte : importance des IDE dans le développement local (31 % du
PIB mexicain), des transferts de migrants indispensables au développement de certaines régions
défavorisées, blanchiment d’argent dans les paradis fiscaux.
C/ Les territoires du bassin caraïbe sont inégalement intégrés.
En effet, si les littoraux, les métropoles (hubs de Miami, Mexico) et certains espaces transfrontaliers
(Mexamérica) sont largement ouverts sur le monde, une grande partie de l’espace caraïbe est à l’écart de
cette intégration. L’hinterland, très large au nord, est limité, au sud et dans la plupart des îles caraïbes, à une
simple plaine côtière qui concentre les hommes et les activités (plaines d’agriculture commerciale, littoraux
touristiques, ZIP) : 80 % de la population vénézuélienne se concentre sur le littoral. Même si elles sont peu
nombreuses, les métropoles sont également des pôles de concentration des activités, à tel point qu’on peut
parler de macrocéphalie pour Mexico ou Caracas (40 % de la population, 50 % de l’économie). Les régions
les plus pauvres sont aussi les périphéries marginalisées en raison d’un enclavement lié aux conditions
naturelles (forêts, montagnes), politique (embargo américain) ou d’une trop grande pauvreté (Haïti). À
l’échelle nationale, ces inégalités sont aussi très marquées, tout comme à l’échelle intra-urbaine : les centres
d’affaires concentrent les activités et contrastent avec les bidonvilles déshérités.
III - Le bassin caraïbe est-il un espace d’intégration, ou de tensions ?
→ Un espace entre tensions et intégrations régionales
A/ Le bassin caraïbe est sous influence des États-Unis et de l’Europe.
Cette double influence s’exprime de manière politique (possession – Antilles et Guyane françaises, Iles
vierges britanniques- ou association de territoires – Porto Rico associé aux États-Unis), militaire (présence
de flotte ou de bases : Guantanamo, Martinique), culturelle (diffusion d’un mode de vie – McDo –, de la
langue française…) ou socio-économique (migrations, aide au développement, investissement). Si l’aire
d’influence européenne se limite à quelques archipels orientaux des Caraïbes, le modèle américain est
dominant même s’il se heurte à des formes diverses de résistance : régimes hostiles (Cuba, Venezuela),
associations de coopération économique concurrente (Mercosur, Alba).
B/ Le bassin caraïbe est un espace de tensions.
Ces tensions sont d’abord liées à l’influence qu’exercent les États-Unis dans la région : le bassin caraïbe est
parfois qualifié de « lac étasunien ». Cette domination suscite des protestations plus ou moins virulentes
(Venezuela, Cuba) mais relativement limitées. L’autre motif de tensions géopolitiques relève du tracé des
frontières, en particulier maritimes. La forte insularité et la fragmentation de l’espace en de multiples États
accroissent le risque d’oppositions (litige sur le tracé de la ZEE) : le moindre îlot prend alors une importance
stratégique (île « disparue » de Bermeja). Enfin, les tensions sont internes aux États : la Colombie est un
exemple exacerbé des violences (guérillas, trafic de drogue) qui règnent dans les Caraïbes, région la plus
violente au monde.
C/ Les tentatives de coopération sont trop nombreuses pour être efficaces.
Les nombreux litiges et contrastes opposant les pays du bassin caraïbe expliquent à la fois l’absence d’une
réelle coopération régionale et la multiplication des petites organisations régionales. Le nombre (16 au total)
et l’enchevêtrement des organisations régionales en empêchent l’efficacité : le Nicaragua, par exemple,
appartient à sept associations différentes. Les organisations les plus abouties sont en fait périphériques et
n’intègrent qu’un petit nombre de territoires des Caraïbes : l’Alena (Mexique, États-Unis), le Mercosur
(Venezuela) et la lointaine UE par les territoires européens (DROM et PTOM). Elles sont souvent en
situation de concurrence dans les Caraïbes. Quant au CARICOM (marché commun des Caraïbes), créé en
1973 et regroupant 14 États, il reste largement en retrait et connaît de trop nombreuses difficultés.
Chapitre 2 - Le continent américain : entre tensions et intégrations régionales.
Introduction :
Continent aux multiples contrastes, l’Amérique est un continent aux tensions mutliples qui balance entre
cloisonnement du fait de l’existence de nombreuses associations régionales et intégration continentale dans
un idéal de prospérité et d’échanges généralisés. Avec 42 millions de km² et 900 millions d’habitants, le
continent américain s’appuie sur des échanges à différentes échelles, depuis des métropoles très
hiérarchisées jusqu’aux États plus ou moins bien intégrés à la mondialisation (États-Unis/Paraguay), aux
espaces plus ou moins bien connectés (Andes/Littoraux). Cet ensemble diversifié est animé par la nécessité
d’une meilleure intégration et des logiques d’intérêts nationaux ou locaux, les enjeux majeurs de puissance
et de développement passant par une intensification des échanges et une densification des réseaux.
[Problématique] Les initiatives d’intégrations régionales reflètent-elles ou résorbent-elles les tensions qui
affectent le continent américain ?
I – Puissance du Nord, affirmation du Sud : pôles et marges du continent.
A/ Un pôle de la Triade.
Les États-Unis sont, avec le Canada deux des principales puissances mondiales : 1er PIB mondial pour les
États-Unis et 6e pour le Canada. À eux deux, ils forment l’un des pôles de la Triade qui impulse la
mondialisation depuis le XXe siècle. Il s’agit plus précisément de la façade atlantique de l’Amérique du
Nord, autour de la Megalopolis (BosWash), puis autour de la mégalopole des Grands Lacs (Chicago-Détroit)
et de la Main Street America (Montréal-Toronto).
Les échanges entre les deux pays sont majeurs, notamment sur la frontière des Grands Lacs à l’Est, et entre
Vancouver et Seattle à l’Ouest. Le commerce s’est intensifié surtout depuis 1994 avec la création de
l’ALENA, avec le concours du Mexique.
Cependant, ce sont les États-Unis qui dominent largement ces échanges et la concurrence est très forte avec
le Canada. Les États-Unis restent un modèle économique, social et culturel attractif qui affiche encore des
ambitions hégémoniques à l’échelle mondiale. Ils restent par ailleurs les premiers dans de nombreux
domaines et investissent largement à l’échelle du continent et du monde.
Le Canada quant à lui est un pays riche de ressources naturelles et exporte ses matières premières, il profite
d’un réservoir d’exploitation immense en hydroélectricité et de capacités agricoles vastes. La proximité de
sa mégalopole du Saint-Laurent avec le Nord-Est des États-Unis fait de cette région transfrontalière un poids
lourd de la mondialisation.
B/ Des espaces associés : les « Jaguars » émergents.
À l’image des Dragons asiatiques développés depuis les années 1970, les pays émergents d’Amérique latine
sont surnommés les Jaguars. Parmi eux, il faut distinguer d’abord le Brésil, véritable puissance motrice du
Sud du continent, c’est un contrepoids important à la puissance des États-Unis notamment depuis la
présidence de Lula da Silva (2003-2011), et cela malgré de graves inégalités sociales et des écarts de
richesse énormes entre les régions du pays (Nordeste pauvre face à un Sudeste bien développé).
Ensuite, le Mexique profite de sa situation frontalière avec les États-Unis : c’est à la fois un atout pour les
exportations notamment du fait de la présence de maquiladoras (main-d’œuvre moins chère), et une
situation de dépendance accrue. Le pays est toutefois bien intégré dans l’économie mondiale et profite
d’atouts majeurs (pétrole, tourisme international en particulier dans la région du Yucatan/Cancun), enfin il
est le premier pays émetteur d’IDE en Amérique latine, et le deuxième récepteur du Sud du continent.
L’Argentine et le Chili sont d’autres émergents assez proches dans leur situation économique, tous deux
exportateurs de matières premières et de produits agricoles et d’élevage (minerais, viande, fruits…)
Enfin, le Venezuela, la Colombie et le Pérou sont dans des situations ambivalentes : leur situation
économique semble s’améliorer en intégrant l’économie mondiale grâce à leurs matières premières (pétrole
du Venezuela : 7e exportateur mondial et 1ères réserves mondiales ; or du Pérou ; café et charbon de
Colombie). Mais leur production n’étant pas diversifiée, ils sont très dépendants de leurs exportations.
Enfin ces trois pays sont dans des situations politiques et sociales délicates : élections peu claires au
Venezuela, présence de milices antigouvernementales en Colombie (Farc) par exemple.
C/ Les périphéries marginalisées.
Malgré une situation en nette amélioration de nombreux pays d’Amérique latine, il reste des périphéries en
retard de développement, totalement dominées, quelle que soit l’échelle : pays, espaces urbains et ruraux, au
sein des villes, etc.
Au sein du bassin caraïbe, quelques îles profitent de la présence de nappes pétrolifères (Trinidad-et-Tobago)
mais à faible niveau, la plupart ne subsistant que par des exportations à faible valeur ajoutée (produits
tropicaux divers). L’économie de nombreux pays reste celle de PED voire de PMA, notamment lorsqu’il y a
mono-exploitation et exportation : bauxite au Surinam par exemple.
Ensuite, plusieurs pays n’exportent que peu et privilégient encore une agriculture vivrière destinée à
l’autoconsommation, donc très peu compétitive. De ce fait, de nombreux pays subissent les cultures illégales
(cannabis et coca de Colombie, Venezuela, Jamaïque, Guatemala, Salvador, Nicaragua), ou les encouragent
pour soutenir des économies en difficulté. Cuba a longtemps été soutenue financièrement par l’URSS, mais
depuis 1991 son économie est délabrée, d’autant plus que l’embargo total des États-Unis (économique,
commercial, financier) persiste depuis 1962 !
Parmi les États les plus pauvres du monde, le Honduras ou Haïti subissent l’absence d’économie stable et un
pouvoir politique corrompu et trop faible, de même que des catastrophes naturelles à répétition (séismes,
cyclones) : Haïti a un PIB/habitant de 672 dollars, contre 1130 pour le Nicaragua, 6300 pour la Colombie,
11000 pour le Brésil (47300 pour les États-Unis). D’autres pays comme le Guatemala, la Bolivie voient leur
population majoritairement en situation de misère, en particulier les indigènes (indiens des Andes).
II – Une intégration en marche.
A/ L’intégration régionale multipliée.
Au niveau de l’intégration régionale, ce sont les deux grands marchés d’échanges du Nord et du Sud qui
dominent :
- L’ALENA (Accord de Libre-Échange Nord-Américain), entre États-Unis, Canada et Mexique qui
s’appuie sur l’abaissement des barrières douanières et la facilitation des échanges transfrontaliers.
Cette union qui existe depuis 1994 est cependant encore bien loin de ce que les européens ont pu
réaliser avec l’UE en termes d’intégration.
- Le MERCOSUR (Mercado Comun del Sur), créé en 1991 entre 4 États : Argentine, Brésil, Paraguay
et Uruguay : il s’agit ici d’un marché commun, c’est-à-dire qu’il a une dimension politique qui en
fait l’union la plus développée du continent américain.
Ces deux associations sont les véritables moteurs de l’intégration sur le continent, mais les alternatives à ces
organisations sont nombreuses :
- CAN (Communauté andine) : créée en 1969 autour de la Bolivie, Équateur, Colombie et Pérou. Le
Chili et le Venezuela en ont fait partie mais se sont retirés. D’autres pays sont associés à la CAN.
C’est un système complexe qui se base sur plusieurs institutions qui ont pour but l’union
économique, commerciale, politique, sociale…
- SICA (Système d’intégration centraméricain) : Organisation créée en 1993 autour de 8 pays, et qui
siège à Salvador. Il a des ambitions politiques et culturelles également. De nombreux États, y
compris la France et l’Espagne en sont observateurs.
- ALBA (Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique) : autour des principes de solidarité entre
les peuples de l’Amérique latine et du bassin caraïbe : c’est le président vénézuélien Hugo Chavez
qui est à l’origine du projet, qui est créé en 2005 avec Cuba. De nombreux pays y adhèrent
aujourd’hui : Bolivie, Nicaragua, Honduras, Saint-Vincent, Antigua, Équateur.
- CARICOM (Carribean Community), créée en 1973 et qui comprend aujourd’hui 14 États membres
(Barbade, Jamaïque, Trinidad, Guyana…), avec pour langue officielle l’anglais, mais dont le français
est une langue majeure (présence d’Haïti).
- AEC (Association des États de la Caraïbe), association de coopération créée en 1994, avec 25
membres et des États associés (la France par exemple).
Cette multitude d’organisations témoigne de la volonté des petits États de se défaire de la domination des
grandes puissances régionales.
Pourtant il existe une organisation qui regroupe aujourd’hui tous les États du continent : l’OEA
(organisation des États américains) qui n’est pas économique mais politique et promeut les droits de
l’homme, la démocratie et tente de lutter contre les trafics et la corruption. Cette organisation est faible et
très incomplète, et laisse donc de côté les enjeux majeurs du continent : intégration économique, sociale et
environnementale !
B/ Des échanges intensifiés, des réseaux plus denses.
Toutes les organisations régionales ont fini par encourager et favoriser les échanges commerciaux : en 20
ans, les échanges au sein du Mercosur ont été multipliés par 10 ! Toutefois ils se font nettement en faveur du
Brésil et témoignent d’un fort déséquilibre entre États membres. C’est le cas aussi de l’Alena qui profite
avant tout aux États-Unis.
D’autre part, les réseaux d’échange et de communication se sont largement développés et sont en pleine
expansion aujourd’hui : c’est ainsi que les villes-jumelles deviennent les points cruciaux des flux de biens et
services. Ces villes transfrontalières constituent les points de passage pour les hommes également. Elles sont
situées sur les frontières les plus actives et assurent la complémentarité entre certains États : Mexique/ÉtatsUnis autour des villes de Tijuana/San Diego, El Paso/Ciudad Juarez ; Brésil/Uruguay, etc. Certaines zones
sont des lieux particulièrement surveillés : ainsi la triple frontière Brésil/Argentine/Paraguay.
Ces espaces constituent donc les passages essentiels des migrations entre Sud et Nord, mais aussi des
migrations Sud-Sud.
C/ Une intégration régionale en question : des limites majeures.
La première limite est celle d’une lutte entre organisations régionales aux idéaux divergents : certaines se
placent avant tout en organes de lutte anti-impérialiste, donc anti-étatsunienne. C’est le cas de l’Alba de
Chavez. Quelques représentants politiques du continent s’affirment clairement anticapitalistes : Chavez et
son successeur et disciple Maduro ; Fidel Castro et son frère Raul à Cuba ; Evo Morales en Bolivie ; Rafael
Correa en Équateur. Ils se veulent les héritiers des Simon Bolivar, Ernesto Guevara, José Marti ou Salvador
Allende.
Pourtant, de nombreux accords bilatéraux lient les États-Unis à presque chacun de ces pays ! Pour ces
raisons de méfiance vis-à-vis du grand voisin du Nord, la ZLEA (Zone de libre-échange des Amériques),
projet d’union économique continentale, est à ce jour en sommeil, d’autant qu’elle avait été lancée à
l’initiative des États-Unis. Pour contrer la ZLEA, plusieurs pays ont créé en 2008 l’Union des Nations sudaméricaines (Unasur) : 12 pays qui visent l’intégration énergétique.
Enfin, il est clair que les différentes tentatives d’intégration ne prennent quasiment jamais en compte
l’aspect social et la question des minorités laissées pour compte : les indigènes de quelques pays sont
marginalisés, mis à l’écart de la vie économique, politique et civique : indiens du Chiapas au Mexique,
indigène guatémaltèques pourtant majoritaires dans le pays, populations d’Amazonie, indiens de la
cordillère des Andes (Mapuche, Quechua…). C’est pourquoi les flux migratoires restent un enjeu majeur de
l’intégration continentale : les contrôles aux frontières sont intensifs, notamment sur la frontière la plus
surveillée du continent, entre Mexique et États-Unis le long de laquelle les morts se comptent en nombre. La
plupart sont des migrants centraméricains qui traversent le Mexique vers les États-Unis sur les toits des
trains de marchandises : la ligne ferroviaire est d’ailleurs appelée « la Bestia » pour en souligner la
dangerosité (trafics, corruption, assassinats…).
III – L’Amérique, espace de tensions, continentales et mondiales.
A/ Les États-Unis critiqués.
Depuis la doctrine Monroe de 1823 qui fait de l’Amérique la chasse gardée des États-Unis et menace toute
puissance étrangère d’y prendre pied, les États-Unis sont en situation hégémonique sur le continent.
D’autant qu’ils ont toujours soutenu des régimes militaires autoritaires et des dictatures dites « bananières »
qui leur étaient soumises : Pinochet au Chili après le coup d’État de 1973 contre Allende, Batista à Cuba
avant l’arrivée de Castro en 1958, Somoza et ses fils au Nicaragua de 1936 à 1979, etc.
L’un des appuis à ces dictatures venait de la compagnie fruitière des États-Unis : United Fruit Company,
deuxième exportatrice de bananes au monde, qui corrompait les responsables politiques des pays
d’Amérique latine pour obtenir terres et concessions (d’où les « républiques bananières »).
L’influence des États-Unis se mesure encore aujourd’hui par sa présence militaire tout autour du continent,
et en particulier dans certaines bases : Guantanamo sur l’île de Cuba depuis 1961 ; mais aussi par les très
nombreuses interventions militaires ou des services secrets (CIA) à travers le continent : Guatemala en 1954,
Cuba en 1961, Chili en 1973, Nicaragua en 1979, Grenade en 1983, Panama en 1989, Haïti en 1994 et bien
d’autres.
C’est ainsi que se développe un très fort ressentiment anti-étatsunien dans de nombreux pays sudaméricains, qui persiste largement aujourd’hui. En particulier avec les nombreuses crises économiques et
financières du système capitaliste libéral qui a entrainé la ruine de nombreux pays contrôlés ensuite par le
FMI dirigé par les États-Unis eux-mêmes (Argentine en 1998 par exemple).
L’axe anti-impérialiste a été dirigé pendant une décennie par Hugo Chavez qui se voulait le disciple de Fidel
Castro. Or il apparaît malgré tout que les États-Unis sont encore un modèle attractif et puissant car la
stabilité de son régime politique et économique fait ses preuves : les migrants vers le brillant État du Nord
sont toujours plus fortes.
B/ La course aux ressources : guerres et mafias.
Dans des pays confrontés à une misère importante, l’économie souterraine et les trafics en tout genre
pullulent et ne cessent de croître en déstabilisant les États. Les inégalités sociales sont ainsi renforcées et les
violences extrêmes : les taux d’homicide au Venezuela, ou au Honduras et Salvador sont les plus forts au
monde. Cette violence touche les États-Unis car des gangs ultraviolents apparus parmi les exilés
centraméricains existent dans le pays : à Los Angeles et jusqu’en en Amérique latine, les « maras » diffusent
une violence armée depuis les années 1980.
Mais les contestations se basent avant tout sur les questions d’accès à la terre et à la propriété : c’est le cas
en Bolivie, au Paraguay, au Mexique (Mouvement zapatiste), au Brésil (Mouvement des Sans terre), etc.
Le narcotrafic est l’un des éléments clef de la violence que subit le continent et les exportations de drogues
entre le sud et le nord sont massives : les drogues sont avant tout destinées au marché des États-Unis et
transitent par le Mexique qui est impuissant face aux cartels (organisations criminelles). De même en
Colombie qui ne cesse de subir la pression des grands cartels même si l’État a réussi à éliminer quelques
cartels majeurs (celui de Medellin autour des frères Ochoa et de Pablo Escobar par exemple). Les villes
frontalières entre États-Unis et Mexique ont des taux de criminalité particulièrement élevés (Tijuana, Ciudad
Juarez).
Enfin, le pétrole est un élément de tensions important notamment dans le bassin caraïbe, mais qui n’a pas
entraîné pour le moment de crise majeure : les conflits entre Venezuela et Guyana, États-Unis et Canada,
Bolivie et Chili pour l’accès aux ressources de gaz et pétrole sont fréquents. De même entre Argentine et RU
pour le contrôle des îles Malouines et leurs ressources.
C/ Des tensions apaisées.
Depuis les années 1980, de nombreuses dictatures sont tombées (Pinochet au Chili, Somoza au Nicaragua,
Videla en Argentine, etc.), dont certaines soutenues par les États-Unis, et des guerres civiles ont pris fin
(Guatemala, Salvador). Seule la Colombie abrite encore un conflit armé intérieur entre le gouvernement
légitime et les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), guérilla marxiste opposée au pouvoir en
place. Par ailleurs, quelques pays voient des mouvements de contestation pacifistes face à des pouvoirs en
place trop peu enclins aux réformes en faveur des plus pauvres : c’est le cas au Mexique ou au Brésil. Mais
certains pays ont vu l’accession d’indigènes au pouvoir (Morales en Bolivie, Humala au Pérou), ou
d’anciens guérilléros (Ortega au Nicaragua, etc.)
Au final, les tensions de niveau international sur le continent américain sont rares, et rares sont les frontières
chaudes (contestées et militarisées) : entre Pérou et Équateur, ou Colombie et Équateur. C’est pourquoi les
gouvernements des pays d’Amérique latine consacrent peu aux budgets de défense et entretiennent de petites
armées, contrairement aux États-Unis qui ont le premier budget militaire au monde, et l’armée la plus
puissante. Si les États-Unis sont liés par plusieurs alliances militaires dans le monde, les États d’Amérique
latine ne le sont par aucune.
Chapitre 3 - États-Unis - Brésil : rôle mondial, dynamiques territoriales.
Introduction :
Deux puissances rivalisent à l’échelle continentale et mettent en œuvre des organisations souvent similaires.
Les États-Unis et le Brésil sont deux pays neufs, colonisés à partir du XVIe siècle, mais jouent à l’échelle
mondiale aujourd’hui un rôle encore bien différent : si les États-Unis sont les leaders de la mondialisation
des échanges et la première puissance mondiale, le Brésil est un pays émergent en pleine croissance qui
réussit de mieux en mieux son intégration à cette mondialisation. Pourtant, ces deux pays révèlent un
ensemble de contrastes internes forts entre régions délaissées et grandes métropoles actives, ainsi que de
contrastes sociaux et économiques, de même qu’ils se fondent sur des éléments semblables : territoire vaste
mais contraignant, fort peuplement inégalement réparti par exemple.
Quel rôle mondial et quelles dynamiques territoriales pour les États-Unis et le Brésil ?
Plans possibles :
I – Les dynamiques territoriales des États-Unis : un territoire maîtrisé.
II – Les dynamiques territoriales du Brésil : un territoire à maîtriser.
III – Étude comparée des deux puissances.
I – Deux puissances rivales à l’échelle continentale.
II – Des territoires reflets de la puissance.
III – Les limites du développement de deux géants.
I – Deux puissances rivales à l’échelle continentale, et mondiale.
A/ Deux géants économiques.
Les deux pays sont fortement insérés dans l’économie mondiale et en sont deux centres d’impulsion mais à
des degrés divers selon les domaines.
En effet, ce sont deux des plus grandes agricultures mondiales : si les États-Unis sont 1er pour le soja, le
maïs, les bovins, le Brésil sont les 2e au monde. En revanche les FTN brésiliennes sont peu nombreuses et
rares sont les concurrentes des FTN étatsuniennes : Petrobras est la 4e compagnie pétrolière mondiale, mais
Exxon (EU) est la 1ère ; Vale est le 2e minéralier mondial derrière les anglo-australiens BHP et Rio Tinto.
Alors que les EU disposent en 2012 de 133 des 500 premières FTN mondiales, le Brésil n’en possède que
7 ! Par ailleurs, alors que le Brésil est compétent dans les activités liées aux matières premières, les EU
possèdent des entreprises leaders dans tous les domaines, agroalimentaire (Kraftfoods, Cargill, Monsanto),
pétrole (Exxon, Chevron), informatique (Apple, IBM, Microsoft), pharmacie (Pfizer), distribution (Wal
Mart), automobile (GM, Ford). Des entreprises comme Wal Mart, ou Exxon réalisent des chiffres d’affaires
de 425 milliards de dollars par an, c’est-à-dire supérieur au budget de la plupart des pays du monde (et
quasiment le budget français).
Les États-Unis dominent ainsi la Triade avec un PIB supérieur à celui de ses concurrents directs réunis
(Chine, Japon et Allemagne). Alors que le Brésil n’est encore qu’une puissance émergente, avec le 6e PIB
mondial mais une croissance rapide et une économie qui se diversifie : en effet le pays développe de
nouveaux domaines de puissance comme l’aéronautique, les télécommunications, les énergies.
Ensuite, si les États-Unis sont les 2e exportateurs mondiaux, le Brésil est le 22e, en revanche la balance
commerciale étatsunienne est extrêmement déficitaire (-54%) alors qu’au Brésil elle est excédentaire
(+14%) du fait d’exportations en très forte hausse (x 3,6 entre 2000 et 2010). La croissance brésilienne est
soutenue par un afflux massif d’investissements étrangers (notamment de la Chine).
De plus, si le niveau de vie évolue rapidement au Brésil avec l’émergence d’une classe moyenne importante,
le marché intérieur étatsunien stimule toujours aussi fortement le secteur des services et permet la supériorité
des firmes américaines (Time Warner, Disney, AIG..) : ce sont 194 millions d’habitants pour le Brésil contre
300 millions pour les EU, autant de consommateurs potentiels.
Enfin, la supériorité des EU en matière financière est encore considérable face au Brésil : le dollar est
toujours la monnaie de référence des échanges mondiaux, les places boursières sont les 1ères (Wall Street,
Chicago) et la capitalisation boursière des FTN étatsuniennes est écrasante. La place boursière de Sao Paulo
(Bovespa) n’est qu’au 44e rang mondial et les FTN brésiliennes n’ont encore qu’une influence limitée à
l’Amérique latine.
B/ Un fort déséquilibre du point de vue géostratégique.
Les EU jouent toujours clairement un rôle politique, diplomatique et militaire majeur dans le monde (hard
power). Si l’hyperpuissance est largement contestée avec des réactions de rejet violentes et extrêmes (alQaïda), le leadership qu’ils exercent à ce niveau n’est pas remis en cause par les puissances émergentes.
Première base de cette puissance incontestable, le complexe militaro-industriel (Lockheed, Northrop,
Boeing…) appuyé sur le plus important budget militaire et de défense jamais engagé (environ 700 milliards
de dollars par an, contre 30 pour le Brésil), et sur près d’1,5 million de soldats (contre 400000 au Brésil).
Les forces armées des EU sont présentes partout dans le monde, par leurs flottes qui contrôlent tous les
points de passage du commerce mondial (détroits et autres espaces géostratégiques) et leurs armées de terre
et d’air réparties sur des bases sur tous les océans et tous les continents. Depuis les années 1990 ils jouent le
rôle de « gendarmes du monde », rôle qui leur est contesté et qui est considéré comme une forme
d’impérialisme. Le Brésil a ainsi largement critiqué en 2010 l’implantation de bases étatsuniennes en
Colombie, et cherche actuellement à créer sa future puissance nucléaire pour protéger ses intérêts et ses
ressources (hydrocarbures notamment) : la présidente Dilma Rousseff a ainsi annoncé le projet de sousmarins nucléaires construits en partenariat avec la France d’ici 30 ans.
Ensuite, au niveau diplomatique, les EU se démarquent par le 1er réseau d’ambassades au monde, une place
privilégiée à l’ONU, avec droit de veto, leader de l’OTAN, acteurs majeurs de la plupart des grandes
organisations internationales, ils possèdent les plus gros contingents de casques bleus et sont les premiers
contributeurs des grandes organisations politiques, économiques et de développement de la planète (ONU,
FMI, Banque mondiale, etc.) En revanche la diplomatie brésilienne, influente à l’échelle de l’Amérique
latine, ne l’est que très peu à l’échelle mondiale.
Enfin, au niveau politique, c’est surtout depuis la présidence de Lula da Silva (2003-2011) que le Brésil a
fait entendre sa voix comme chef de file du socialisme dans les pays émergents, et soutien des solidarités
internationales : le 1er Forum Social Mondial a eu lieu à Porto Alegre et le Brésil reste la terre d’accueil des
mouvements altermondialistes. C’est en ce sens que le Brésil a critiqué à l’OMC les politiques
protectionnistes irrégulières des pays du Nord, notamment au sommet de l’OMC en 2003. Actuellement le
pays est même devenu émetteur d’aide au développement, même si les dons sont limités, alors qu’il était
jusqu’au début des années 2000 un récepteurs exclusif de ces aides. Ce sont surtout les pays lusophones
africains qui sont l’objet des attentions du pays (Angola, Mozambique, Guinée Bissau). Cependant, si le
Brésil souhaite une réforme du FMI et un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU (avec droit de veto), sa
participation au G20 et l’activité de ses FTN an Amérique latine le font dénoncer par ses voisins (Argentine,
Bolivie) comme un État néo-impérialiste.
C/ Le modèle américain toujours dominant.
Les EU restent un modèle attractif (soft power) et malgré la crise le modèle libéral fonctionne et continue
d’attirer les capitaux dans le pays, ainsi que les migrants très qualifiés (brain drain).
Ils maîtrisent toujours les NTIC (net power) et leurs réseaux médiatiques sont propagés à travers le monde et
diffusent en permanence l’american way of life. Leur modèle culturel caractérisé par la consommation de
masse reste un modèle mainstream (dominant) : séries télévisées, cinéma, NTIC, centres commerciaux,
société du tout-automobile, fast foods (McDonald’s présent dans 117 pays) : le pays est toujours le premier
pôle d’immigration au monde.
Ce modèle a initié et encouragé des modèles contestataires et le réveil de cultures nationales, mais le Brésil
comme les autres, ne peut concurrencer le modèle étatsunien : si les telenovelas brésiliennes font fureur et
sont exportées dans plus de 130 pays, le portugais ne représente que très peu de locuteurs face à l’anglais
pratiqué par tous.
Au final, le Brésil a un rayonnement régional plutôt que mondial, et ses services médiatiques, bien que
dominants en Amérique latine (Globo : 1er groupe de médias : télévision, cinéma, édition), n’ont pas
d’influence mondiale, ni même continentale. En revanche, le pays se donne des objectifs plus hauts et espère
diffuser à plus large échelle grâce par exemple à l’organisation de grands événements internationaux :
Coupe du monde de football en 2014 et Jeux Olympiques en 2016 à Rio de Janeiro.
II – Des territoires, reflets de la puissance.
A/ Le territoire des États-Unis, un territoire maîtrisé mais contraignant.
L’immensité du territoire est un atout tant qu’il est bien maîtrisé, car de nombreuses contraintes s’imposent.
Avec 9 millions de km² (16 fois la France) ,les paysages sont très variés, avec une grande diversité de
climats.
On peut distinguer quatre domaines naturels :
- Plaine littorale atlantique
- Moyennes montagnes des Appalaches
- Grandes Plaines centrales drainées par le Mississippi et affluents, et au nord les Grands Lacs
- Hautes Terres de l’Ouest autour d’un ensemble de chaînes de montagnes (Rocheuses, Cascades et
Sierra Nevada), de vallées et de hauts plateaux.
Il a fallu plus d’un siècle pour conquérir l’ensemble du territoire, depuis l’Atlantique au Pacifique, par le
déplacement d’un front pionnier (la « Frontière » entre le monde « sauvage » des Indiens libres et l’espace
« civilisé » des colons) : conquête de l’Ouest.
Ce sont les transports qui ont permis les avancées rapides à travers le pays et qui constituent aujourd’hui un
tissu dense et très performant : les réseaux aérien, ferroviaire et autoroutier sont les plus importants du
monde. Cependant ce sont les fleuves qui ont les premiers servis à la conquête du territoire. Aujourd’hui les
fleuves permettent toujours l’essentiel du transport de pondéreux (matériaux lourds : bois, minerais,
charbon, pétrole). Le réseau ferroviaire a permis la conquête à partir de 1850, quant au système autoroutier il
s’est développé dans les années 1950.
Les contraintes sont nombreuses à gérer, et en premier lieu le risque sismique (faille de San Andreas en
Californie). Par ailleurs les régions de l’Ouest souffrent aussi de sécheresse graves et d’incendies
dévastateurs.
Le Sud et le centre sont soumis aux cyclones, aux tornades (Golfe du Mexique), et aux inondations
(Nouvelle-Orléans noyée à 80 % en 2005).
Les Plaines centrales et le Nord-Est subissent des vagues de froid, tempêtes de neige : Snow Belt.
Mais le territoire américain possède d’extraordinaires richesses naturelles : charbon (le ¼ des réserves
mondiales : Rocheuses, Appalaches), hydrocarbures (Golfe du Mexique, sud des Grandes Plaines,
Californie, Alaska), fer, or et cuivre ; l’eau des fleuves permet une production hydroélectrique importante (la
2ème du monde après le Canada) et permet l’irrigation des terres de l’Ouest subissant les sécheresses. Les
ressources en bois sont également très abondantes.
Toutefois, les besoins énergétiques gigantesques des E.-U. sont le point faible de leur économie : ils
consomment le ¼ de l’énergie mondiale et doivent importer massivement pétrole, gaz et électricité même
s’ils en produisent massivement : leur balance énergétique est largement déficitaire.
C’est pourquoi les États-Unis font le choix de se tourner de plus en plus vers le nucléaire (1ère production
mondiale). Gros gaspilleurs : l’exploitation sans ménagement a créé de nombreuses pollutions, l’érosion des
sols. Les américains se sont donc tôt lancés dans des programmes de préservation des milieux naturels, avec
des lois contraignantes : ils ont créé les premiers parcs naturels (Yellowstone en 1872), un service de
conservation des sols, l’introduction de nouvelles méthodes de culture, etc.
● Une diversité d’espaces :
L’espace agricole.
C’est un espace dynamique en adaptation permanente. Basé sur des exploitations de grande taille (200 ha),
mais avec de fortes disparités. Il y a une agriculture marginale : espaces arides, forestières, etc.
On distingue deux agricultures : familiale et capitaliste (industrielle).
- L’agriculture familiale, dans les Grandes Plaines : peu de salariés, très dépendante des politiques
fédérales.
- L’agriculture capitaliste, dirigée par de puissantes entreprises familiales ou de grandes firmes de
l’agrobusiness : Ouest (Californie, Rocheuses) et Golfe du Mexique. Grandes exploitations, maind’œuvre salariée, souvent immigrée, forts moyens techniques (machines, engrais, irrigation, etc.)
Les dynamiques de l’espace industriel.
On distingue quelques grandes régions :
-
-
Le Nord-Est, premier cœur industriel du pays, autour des Grands Lacs : la Manufacturing Belt. Cet
espace touché largement par la crise est en reconversion. Beaucoup d’industries ont été délocalisées
vers la Sun Belt ou vers la frontière mexicaine (maquiladoras). Quelques pôles restent importants :
Denver, Phoenix, etc.
L’Ouest et le Sud : implantation des principales industries liées à l’armement (Gun Belt), et à
l’aéronautique ; les industries lourdes, dépendantes des importations de mat. 1ères, se situent sur les
littoraux ; les industries de pointe se situent près des grands centres universitaires et centres de
recherche : Californie (Silicon Valley près de San Francisco), Boston.
Les espaces touristiques.
Les États-Unis sont parmi les premières destinations touristiques : le pays y occupe 10 % des actifs. Les
principaux foyers sont :
- La Megalopolis (New York notam.), tourisme culturel en particulier.
- Les régions du Sud et de l’Ouest (soleil, mer : héliotropisme, tourisme balnéaire) : la Floride est un
grand foyer avec des villes balnéaires (Miami), des parcs d’attractions (Disneyworld à Orlando).
- La Californie dispose de tous les types de tourisme : parcs d’attractions (Disneyland), parcs nationaux
(Yosemite), tourisme culturel, balnéaire, sports d’hiver, jeux.
- Las Vegas est le premier centre hôtelier du pays.
- Les îles Hawaï sont un autre grand foyer.
B/ Pôles de commandement et périphéries : un territoire hiérarchisé.
Le territoire des E.-U.. se polarise de plus en plus autour des grandes métropoles : ce sont celles du Nord Est
qui demeurent les plus importantes (centres politiques et économiques).
Les métropoles, nœuds de communication, commandent des espaces plus ou moins étendus, selon leur
importance décisionnelle. Aux E.-U., trois métropoles de niveau international dominent l’armature urbaine :
New York, Los Angeles et Chicago. Vient ensuite Washington, capitale fédérale, puis une dizaine de villes
au rayonnement moindre, mais qui constituent des pôles de commandement régionaux : Minneapolis et
Saint Paul dans les Grandes Plaines, Denver dans les Rocheuses, Houston au Sud et San Francisco à l’Ouest.
Du fait de la contigüité de certaines métropoles, elles forment des mégalopoles :
- La plus puissante étant la Mégalopolis (côte atlantique, de Boston à Washington).
- La seconde est la mégalopole californienne : SF, LA et San Diego jusqu’à Tijuana au Mexique.
- La troisième est celle des Grands Lacs : Chicago, Detroit, Cleveland jusqu’à Toronto (Canada).
La conséquence principale est l’étalement urbain et donc l’allongement des distances entre centre-ville et
périphéries, des métropoles aux centres multiples, réseaux de transport très étendus et donc coûteux.
On distingue aux E.-U. un cœur politique et économique ancien, constituant depuis l’origine le centre de
décision du pays : le Nord-Est.
- Mégalopolis et Grands Lacs : 38 % de la pop. totale, 70 % des sièges sociaux des FMN américaines,
premier marché financier du monde (New York), 1er marché céréalier (Chicago), et siège des grandes
organisations (ONU, FMI).
- C’est aussi le cœur industriel, mais il a connu une crise dans les années 1960-80 (vieilles industries
textiles et sidérurgiques) : de nombreuses friches aujourd’hui, en reconversion, population qui migre vers
la Sun Belt. Toute cette région de vieille industrie est appelée Rust Belt.
- La reconversion de cette région se fait vers le tertiaire et les industries de haute technologie : Boeing
s’installe à Chicago en 2000, universités et centres de recherche prestigieux : Yale à Princeton, MIT et
Harvard (l’université la plus riche au monde) à Boston, etc.
On distingue deux ensembles : le croissant périphérique attractif, et la diagonale intérieure en difficulté.
1. La Sun Belt.
Le croissant périphérique court du sud de la Mégalopolis jusqu’au Nord-Ouest pacifique : 45 % de la pop.
C’est l’héliotropisme (attraction des régions ensoleillées : Floride, Californie) qui opère. Mais c’est aussi
l’interface maritime pacifique avec l’Asie et la frontière active avec le Mexique.
Cette région cumule les avantages : richesses du sous-sol, présence d’industries lourdes profitant d’une
main-d’œuvre abondante, du fait de l’immigration, et peu chère.
Les déséquilibres y sont toutefois très marqués : ghettos de riches et retraités aisés, et quartiers très pauvres
(barrios et ghettos noirs) ; main-d’œuvre immigrée sous-payée, usines et ateliers vétustes et parcs
technologiques. De plus la région n’a pas de métropoles concurrençant celles du Nord Est.
2. Pôles et périphéries.
La façade pacifique est anciennement développée : Californie très peuplée et riche, région touristique,
industries de pointe ; Nord-Ouest dominé par Seattle (siège de Microsoft) et Portland.
L’Alaska et les îles Hawaï sont des espaces lointains mais stratégiques : ressources majeures (hydrocarbures,
pêche, tourisme, agriculture tropicale).
Le Sud connaît un fort développement : le Texas est le 2ème État le plus peuplé, forte agriculture, région
pétrolifère, infrastructures très développées (Houston, Dallas).
Une diagonale intérieure reste peu peuplée, grandes exploitations agricoles et d’élevage, quelques centres
urbains (Denver, Phoenix, Las Vegas).
C/ Un espace de forts contrastes : le territoire brésilien.
Il est le 5e pays le plus vaste du monde (8,5 millions de km²), il possède près de 14000km de frontières avec
10 États. Il possède les plus grandes richesses d’Am. Latine, et du monde : 17% des ressources en eau de la
planète, au 2e rang pour les forêts derrière la Russie, 1er rang mondial pour le fer.
Le territoire est un atout majeur : les bassins fluviaux sont immenses avec le plus grand fleuve du monde :
l’Amazone. Le potentiel hydroélectrique est donc gigantesque. Le sous-sol est très riche, à l’exception du
pétrole. Cela permet le développement d’industries lourdes. Les surfaces cultivables sont immenses et
continuent de s’étendre avec les déboisements.
Le pays est un géant agricole, et sa situation et sa superficie font que les cultures sont aussi bien tropicales
que tempérées : les cultures sont très variées. Le pays possède des cultures vivrières au Nord et des cultures
commerciales d’exportation à l’Est et au Sud-est bien desservies par les ports et les réseaux de transport. Ces
espaces se sont étendus vers l’intérieur des terres, mais le front pionnier de défrichement ne progresse
aujourd’hui plus beaucoup. Le Brésil est le 1er producteur mondial de café, canne à sucre, agrumes, le 2e
pour le soja et les bovins, le 3e pour le maïs, le 5e pour le cacao. Il est le 3e exportateur agricole mondial, et
la modernisation des techniques lui permet d’exporter de plus en plus de produits agroalimentaires, grâce à
un puissant complexe agro-industriel.
Au niveau industriel, la production est diversifiée, mais ce sont les industries lourdes qui sont les plus
solides et qui sont parmi les plus modernes du monde (chimie, sidérurgie). Les secteurs de l’automobile,
l’aéronautique, informatique ou industrie pharmaceutique sont en plein essor. 80% des exportations
brésiliennes sont des produits industriels.
L’immensité du territoire est aussi une contrainte car il devient difficile d’exploiter toutes les ressources du
pays : les aménagements de ports, de voies navigables, de routes, etc., coûte extrêmement cher.
Le 1er contraste sépare l’Est du pays, peuplé et développé depuis longtemps depuis le littoral, de l’Ouest,
presque vide.
Le 2e contraste oppose le Nord (Amazonie et Nordeste) très pauvre au Sud (Sudeste et Sud) plus riche.
Le 3e contraste est celui qui oppose le centre de commandement Sao Paulo – Rio de Janeiro – Belo
Horizonte, au reste du pays qui fait figure de marge sous développée.
Pourtant les autorités ont depuis les années 1960 lancé le front pionnier vers l’Ouest : Brasilia est la seule
capitale d’un État à avoir été installée en plein désert : la ville est construite de toute pièce en quelques
années selon les plans de l’architecte Oscar Niemeyer. Mais cela n’a pas amené beaucoup de population à la
conquête de l’Ouest, même si cette région du Centre-Ouest est dynamisée par la capitale.
Enfin, le Brésil s’est développé de manière bien différente suivant les 5 régions du pays :
- Sud et Sudeste sont le cœur économique du pays, avec les plus grandes villes (Rio, Sao Paulo, etc.). Ces
régions possèdent les centres de décisions, politiques, économiques, culturels, attirent les investissements
et voient se développer les infrastructures les plus modernes : Sao Paulo est la 1ère ville du pays.
- Centre-Ouest et Amazonie : espaces sous-peuplés : 61% de la surface du pays avec 13% de la pop.
L’Etat a lancé dans les années 1970 un plan d’intégration nationale pour coloniser les terres agricoles
d’Amazonie : les principaux flux migratoires du pays se font vers ces régions-là.
- Nordeste : c’est la zone de sous-développement du Brésil : climat difficile (sécheresse), populations
très pauvres qui manquent de tout : malnutrition, manque d’eau, très peu d’infrastructures.
III – Les limites du développement de deux géants.
A/ A l’échelle mondiale, des contestations nombreuses.
La première critique touche bien sûr la politique extérieure des EU, qui par leur présence planétaire et dans
tous les domaines est jugée impérialiste et néfaste au développement d’autres pays laissés en trop forte
dépendance. Si Obama a tenté d’œuvrer pour une meilleure image de son pays dès sa première élection de
2008 (discours du Caire), les critiques sont permanentes. Quant au Brésil il cherche déjà à s’imposer en tant
que seule véritable puissance diplomatique de l’Amérique du Sud et progresse avec difficultés.
La seconde critique touche la dette des deux pays, à commencer par celle des EU qui est colossale : en effet,
ils sont les 1ers débiteurs de la planète, et si leur dette représente un plus faible pourcentage du PIB que celle
du Japon, c’est le seul fait de leur PIB très supérieur. La réduction de cette dette est devenue un enjeu majeur
à l’échelle mondiale, et a été l’objet d’un vif débat aux EU entre le président et le Congrès. D’autant plus
que la Chine possède actuellement une grande partie de la dette sous forme de bons du Trésor émis par la
FED pour trouver des liquidités. Quant au Brésil, si les efforts depuis 10 ans sont faits pour réduire la dette
extérieure, c’est au prix de la dégradation de sa monnaie, le réal, qui perd sans cesse de sa valeur et est
largement déprécié face au dollar.
Enfin, la troisième critique porte sur le trop faible engagement des deux pays dans des politiques de
développement durable, et sur les atteintes fréquentes à l’environnement : les EU sont le 1er producteur
mondial d’OGM, plantes qui sont décriées à travers l’Europe pour le risque qu’elles peuvent faire encourir
aux populations (cancers ?). Par ailleurs ces plantes sont modifiées pour ne produire que peu de récoltes, et
le risque de pollution des plantes non OGM est avéré. La quasi-totalité du maïs et du soja produite aux EU
est OGM. Le risque d’épuisement des sols existe et également. Au Brésil, c’est la question de la forêt
amazonienne qui se pose régulièrement, notamment la déforestation du Mato Grosso qui laisse place à
l’élevage et à la culture du soja. Or l’impact est planétaire car il s’agit de la plus grande zone forestière
mondiale et que les enjeux liés au réchauffement climatique sont lourds. De même que le Brésil multiplie les
aménagements destructeurs dans cette région, par la construction de barrages (celui de Jirau par exemple),
de routes, et autres infrastructures nécessaires pourtant au développement du pays et à son indépendance
énergétique. Il émerge pourtant une conscience environnementale dans la société brésilienne qui fait
entendre sa voix : pour la défense de l’environnement et des peuples de la forêt, la justice brésilienne a
finalement ordonné l’arrêt des travaux sur le grand barrage de Belo Monte en 2011 par exemple.
B/ A l’échelle nationale, des très fortes inégalités.
Les deux pays sont parmi les plus inégalitaires au monde, et les disparités régionales y sont fortes.
Le Brésil est un pays de métissage, du fait de son histoire : le peuplement s’est fait en plusieurs vagues : les
Portugais dès 1500 entrent en contact avec les populations indiennes déjà présentes, puis envoient des
esclaves déportés d’Afrique pour exploiter les ressources du pays. Puis les européens viennent ensuite
peupler les littoraux : Allemands, Italiens, et même Japonais. Cependant il existe une très nette séparation
entre les populations métisses qui dominent dans le Nord et le Nord-est, alors que les populations d’origine
européenne dominent le Sud et le Sud-est : le Brésil du Nord connaît de graves problèmes alors que le Sud,
blanc, est développé.
Les inégalités sociales sont écrasantes : la Brésil est l’un des pays les plus inégalitaires du monde : 10% des
plus riches détiennent 45% du revenu national ; les 10% les plus pauvres n’en possèdent qu’1 %. Les
conditions de vie s’en ressentent : le Nordeste est plus misérable, l’espérance de vie y est plus faible que
dans le Sudeste. Les industries se concentrent d’ailleurs dans la région du Sudeste, les écarts de revenus se
creusant d’avantage. Un tiers de la population du pays est donc pauvre, et dans cette tranche, on compte une
majorité d’analphabètes, certains vivent sans accès à l’eau potable et à l’électricité. La région la plus pauvre
est celle du Nordeste, c’est une population essentiellement rurale, notamment dans le Sertao (région aride du
Nordeste). On trouve toujours aujourd’hui des paysans sans terres alors qu’il n’y en a quasiment plus dans le
Sudeste. Le problème de la terre reste un grave au Brésil, du fait de l’opposition entre latifundio (très grande
propriété foncière qui utilise des paysans sans terres soumis et exploités par le propriétaire) et minifundio
(très petite exploitation de taille insuffisante pour vivre). Des ligues paysannes existent depuis les années
1960, et la voie des sans-terres reste aujourd’hui un acteur majeur dans les décisions politiques en matière
d’agriculture et de répartition : le président Lula da Silva en a fait un de ses thèmes majeurs de campagne.
Les politiques menées n’ont jusqu’à présent pas réussi à réduire les écarts de développement, on distingue
donc toujours :
- Le vieux Brésil au Nordeste, au passé esclavagiste : essentiellement rural, très grande pauvreté, forte
proportion de population noire, la minorité la plus défavorisée du pays.
- Le nouveau Brésil, Sud et Sudeste, qui produit les ¾ du PIB : mis en valeur par les colons européens
depuis 1850 : développement rapide des villes et des infrastructures.
- Le Brésil pionnier, Centre-Ouest et Amazonie : moins de 15% de la pop. sur 65% du territoire. Cette
région possède d’abondantes ressources et en 1960 y a été établie la capitale économique et
administrative du pays : Brasilia. Région d’agriculture mécanisée, qui attire très peu de pionniers.
Enfin, les inégalités sont spectaculaires dans les villes. L’urbanisation est ancienne et les villes ont abrité
longtemps les élites européennes coloniales. Le développement des industries et du tertiaire a amené en ville
les classes moyennes, qui dominent aujourd’hui. Mais l’exode rural massif a amené une très grande
population très pauvre : les populations peuplent des bidonvilles et quartiers insalubres dans les centres et les
périphéries des villes : les favelas : les quartiers très riches côtoient donc les quartiers d’extrême pauvreté.
Les quartiers riches sont de plus en plus fermés, barricadés (condominios fechados) gardés par des milices
privées : ils ont accès à des centres commerciaux réservés.
Aux États-Unis, c’est l’échec du Melting pot : le modèle américain n’est pas parvenu à assurer la réussite de
tous : 12 % de la pop. vit en-dessous du seuil de pauvreté (37 millions de pers.). Les classe moyennes,
autrefois dominantes, éclatent : certains s’appauvrissent, les écarts se creusent. Le pays est un des plus
inégalitaires au monde, et les affrontements violents sont fréquents. Le mythe du melting pot est bel et bien
révolu : les ségrégations spatiales et ethniques sont courantes, et si les populations de l’Europe de l’Ouest
ont été assimilées à la culture WASP (White Anglo-Saxon Protestant), les minorités sont globalement
défavorisées. Les hispaniques et les Noirs ont pu accéder à de grandes responsabilités et on y trouve des
bourgeoisies bien implantées, mais l’essentiel est pauvre. En fait, il s’avère qua la société américaine n’est
pas métissée, mais est constituée de communautés aux identités fortes cohabitant sans se mélanger : c’est le
salad bowl (saladier), ou encore, ce que J.F. Kennedy appelait la « Nation de nations ».
D’autre part, près de 45 millions de personnes vivent aujourd’hui sans la moindre protection sociale, d’où la
volonté affichée du président Obama d’étendre la sécurité sociale dans le pays, mais il n’y est parvenu qu’en
très faible proportion. Les États les plus pauvres sont traditionnellement ceux du Sud : Alabama,
Mississippi, Géorgie, qui sont aussi les États ou la discrimination et la ségrégation ont tenu le plus
longtemps et où le racisme es encore aujourd’hui très présent. Les populations noires y sont notamment
délaissées, ce qui avait causé un lourd contentieux moral dans le pays lors de l’ouragan Katrina qui dévasta
en 2005 la Nouvelle-Orléans.
C/ A l’échelle locale : les clivages intra-urbains.
Que ce soit aux EU ou au Brésil, les noirs sont surreprésentés dans les ghettos urbains et les favelas, ils sont
les premières victimes de la violence urbaine et de la pauvreté : il s’agit bien de l’échec du melting pot. Les
principales villes des États-Unis ont connu des périodes d’émeutes au cours du XXe siècle, la dernière en
importance fut celle de Los Angeles en 1992. De Seattle à New York, Chicago, Atlanta, les tensions raciales
sont entretenues par un fort taux de chômage qui pèse sur les minorités essentiellement, ainsi que par des
rivalités entre noirs, hispaniques et asiatiques, et enfin par une police souvent très violente vis-à-vis des
populations marginalisées. La criminalité est la plus élevée dans les villes où la pauvreté et la
désindustrialisation de permettent pas aux populations de s’en sortir, d’autant si le racisme s’y associe :
Saint-Louis et Détroit sont parmi les plus touchées. Il existe des gangs nombreux organisés à partir de
l’adolescence et qui prennent en charge des jeunes gens désœuvrés délaissés par l’État.
Au Brésil ce sont les villes de Récif et de Rio qui figurent parmi les plus violentes métropoles du monde :
les favelas sont à proximité de quartiers luxueux, tous les trafics y existent. Ainsi, Sao Paulo voit les
déplacements par hélicoptères très nombreux : les riches circulant par ce moyen pour éviter les tensions
urbaines et la saturation : la plupart des immeubles possèdent d’ailleurs des héliports.
Ces difficultés pour les EU comme pour le Brésil à intégrer leurs minorités amènent des logiques de repli et
de nouveaux types d’urbanisme : les Gated Communities (quartiers riches sécurisés par des sociétés privées)
et les Condominios fechados. Le gouvernement brésilien a choisi également de régulariser les favelas,
notamment la Rocinha de Rio, faute d’avoir les moyens d’expulser et de reloger les milliers de ruraux qui
débarquent chaque année.
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