13 NOV. <1er DÉC.
{AU THÉÂTRE DES ABBESSES}
{ Dossier pédagogique }
SAISON 2013 I2014
CORNEILLE
BRIGITTE
JAQUES-WAJEMAN
&Sophonisbe
2 CRÉATIONS
Pompée
3
SOMMAIRE
ce qu’il est utile de savoir p. 4
Deux nouvelles mises en scène p. 6
L’Alexandrin p. 8
POMPÉE I 1643 I L’intrigue p. 10
Notes sur les personnages p. 12
Extrait Acte I scène 1 p. 15
Quelques dates I Pompée p. 16
SOPHONISBE I 1663 I L’intrigue p. 18
Sophonisbe I La brûlure de l’histoire p. 19
Notes sur les personnages p. 20
Extrait Acte II scène 1 p. 23
Quelques dates I Sophonisbe p. 24
Corneille Colonial I Splendeur de Rome p. 26
Corneille p. 28
Brigitte Jaques-Wajeman p. 29
Les comédiens p. 30
Annexes p. 32
2
CORNEILLE IBRIGITTE JAQUES-WAJEMAN
Pompée &Sophonisbe 2 CRÉATIONS
AVEC POMPÉE SOPHONISBE
Yacine Aït Benhassi Achillas, LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES DÉGYPTE Albin, CENTENIER ROMAIN
Marc Arnaud Photin, CHEF DU CONSEIL DÉGYPTE Lélius, LIEUTENANT DE SCIPION CONSUL DE ROME
Anthony Audoux Marc-Antoine / Philippe, AFFRANCHI DE POMPÉE Bocchar, LIEUTENANT DE SYPHAX
Pascal Bekkar Jules César Lépide, TRIBUN ROMAIN
Sophie Daull Cornélie, FEMME DE POMPÉE Barcée, DAME DHONNEUR DÉRYXE
Marion Lambert Cléopâtre, SŒUR DE PTOLOMÉE Herminie, DAME DHONNEUR DE SOPHONISBE
Pierre-Stéfan Montagnier Septime, TRIBUN ROMAIN À LA SOLDE DU ROI DÉGYPTE Syphax, ROI DE NUMIDIE OCCIDENTALE
Malvina Morisseau UNE SERVANTE Éryxe, REINE DE GÉTULIE
Aurore Paris Charmion, DAME DHONNEUR DE CLÉOPÂTRE Sophonisbe, REINE DE NUMIDIE,
FILLE DASTRUBAL, GÉNÉRAL DES CARTHAGINOIS
Thibault Perrenoud Ptolomée, ROI DÉGYPTE Mézétulle, LIEUTENANT DE MASSINISSE
Bertrand Suarez-Pazos Achorée, ÉCUYER DE CLÉOPÂTRE Massinisse, ROI DE NUMIDIE ORIENTALE
NOVEMBRE 2013
THÉÂTRE DES ABBESSES
20H30
ME 13 Pompée
JE 14 Sophonisbe
VE 15 Pompée
SA 16 Pompée 15 H
Sophonisbe
DI 17 Sophonisbe 15 H
LU 18
MA 19 Sophonisbe
ME 20 Pompée
JE 21 Pompée
VE 22 Sophonisbe
SA 23 Sophonisbe 15 H
Pompée
DI 24 Pompée 15 H
LU 25
MA 26 Sophonisbe
ME 27 Pompée
JE 28 Pompée
VE 29 Sophonisbe
SA 30 Sophonisbe 15 H
Pompée
DÉCEMBRE 2013
THÉÂTRE DES ABBESSES
20H30
DI 1 Pompée 15 H
Sophonisbe
MISE EN SCÈNE
Brigitte Jaques-Wajeman
COLLABORATION ARTISTIQUE
François Regnault
ASSISTANT À LA MISE EN SCÈNE
Pascal Bekkar
SCÉNOGRAPHIE & LUMIÈRE
Yves Collet
COLLABORATION LUMIÈRE
Nicolas Faucheux
ACCESSOIRES
Franck Lagaroje
COSTUMES
Laurianne Scimemi
MAQUILLAGES & COIFFURES
Catherine Saint-Sever
MUSIQUE
Marc-Olivier Dupin
ASSISTANT SON
Stéphanie Gibert
COPRODUCTION
Théâtre des 13 vents, Montpellier
Théâtre de la Ville-Paris
Compagnie Pandora
AVEC LA PARTICIPATION ARTISTIQUE
du JTN et le SOUTIEN FINANCIER
de la DRAC Île-de-France.
photos Cosimo Mirco Magliocca
&
Dossier établit par François Regnault et Brigitte Jaques-Wajeman pour la compagnie Pandora.
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SOPHONISBE
La scène se passe en 203 avant J. C. à Cyrthe, capitale
du Royaume de Syphax (aujourd’hui Constantine en
Algérie), à la fin de la seconde guerre punique (la
guerre entre Rome et Carthage). Hannibal, le grand
général carthaginois est encore en Italie, il a
menacé Rome. Scipion, consul de Rome, a décidé de
porter la guerre en Afrique du Nord (alors appelée
Numidie).
La Reine Sophonisbe, carthaginoise, fille d’Hasdrubal,
a dû épouser le Roi Syphax, qui vient de défendre la
ville de Cyrthe contre les Romains.
Elle a connu autrefois à Carthage le prince Massinisse,
autre Roi de la Numidie, et ils étaient épris l’un de
l’autre. Massinisse est à présent l’ami des Romains,
commans par le consul Lélius (lieutenant de Scipion).
Massinisse et son armée sont devant Cyrthe, et Lélius,
qui arrive de la ville d’Utique (au nord de Carthage)
approche aussi de Cyrthe.
Lorsque la pièce commence, une trêve vient d’être
demandée par les Romains entre l’armée romaine et
celle de Syphax.
Après la fin de la pièce, et donc après la mort de So pho -
nisbe, Scipion écrasera Hannibal, rappelé à Carthage,
et ce sera la fin de la seconde guerre punique (202
av. J.C.)
4
POMPÉE
La scène se passe à Alexandrie Égypte, capitale du
royaume, en 48-47 avant J. C.
La rivalité entre les deux consuls de Rome, Pompée,
général triomphateur en Orient, et César, qui revient
exprès de ses conquêtes en Gaule, fait rage. Une bataille
entre leurs deux armées vient d’avoir lieu à Pharsale
(en Thessalie, au cœur de la Grèce), et Pompée vient
d’être vaincu.
Il s’enfuit en bateau et tente de gagner Alexandrie,
règnent ensemble (c’est l’une des particularités de cette
dynastie égyptienne), depuis la mort de leur père,
Cléopâtre et son jeune frère Ptolomée.
Et Pompée, et César, ont contribué à soutenir le
Royaume d’Égypte, par leurs soutiens militaires ou
financiers, tant Rome a des vues coloniales sur cette
contrée, comme dailleurs sur tout le bassin méditer-
ranéen.
César s’annonce à son tour et compte arriver à
Alexandrie, accompagné de Marc-Antoine.
César a connu Cléopâtre toute jeune lorsqu’elle était
venue à Rome, accompagnée de son père et de son
frère, et il s’est épris d’elle.
Après la fin de la pièce, on sait que César poursuivra
encore les alliés et les fils de Pompée jusquen Afrique,
avant de revenir à Rome il sera assassiné en 44
av. J. C.
CE QU’IL EST UTILE DE SAVOIR
QUAND LA PIÈCE COMMENCE
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ROIS ET REINES
Dans Pompée (1643), sa première pièce romaine qui
se déroule hors de Rome, Corneille rompt avec
l’idéal héroïque et affronte, avec un réalisme qui ne
se démentira plus, l’extrême ambivalence de la poli-
tique, le mélange des causes personnelles et du bien
commun, la perte inexorable des valeurs. On y voit
César asseoir son pouvoir personnel en Égypte après
le meurtre de Pompée tué par les Égyptiens, filer un
imparfait amour avec la jeune Cléopâtre et remettre
les assassins à leur place: « Vous qui devez respect au
moindre des Romains », avant de les liquider.
Dans Sophonisbe (1663), se mêlent des haines poli-
tiques féroces (entre Carthage et Rome) à une atmo-
sphère érotique très intense… La figure de
Sophonisbe est admirable de grâce et de violence, de
courage et de folie.
Princesse carthaginoise, fille du général Asdrubal,
fiancée à Massinisse, jeune roi de Numidie orientale,
elle a épouser Syphax, le vieux roi de Numidie
occidentale et sacrifier son amour de jeunesse à sa
patrie. Ce sacrifice a été pour elle un arrachement et
déterminera tout son comportement durant la pièce.
Malgré son dévouement à Carthage, la jalousie,
funeste passion, prendra le pas sur toute autre consi-
dération et conduira la jeune femme au suicide.
Après Carthage, Rome conquérante impose son
empire sur toute l’Afrique du Nord.
Résistance et collaboration, révolte et soumission,
répugnance et fascination s’entremêlent inextrica-
blement dans les intrigues politiques de ces deux
pièces. L’intérêt des situations est redoublé par le
fait que, souvent, les opprimés se révèlent odieux et
les oppresseurs plutôt généreux! Le désir insatisfait
et la guerre constituent le fond commun de Pompée
et de Sophonisbe.
À la lumière de l’actualité, printemps arabes, guerres
en Afrique, affrontements des puissances occiden-
tales et du Moyen-Orient, cette profonde réflexion
sur l’histoire coloniale, éclaire singulièrement notre
propre condition. Comme Shakespeare, Corneille a
osé mélanger les deux registres de la comédie et de
la tragédie, ce qu’on lui a reproché longtemps. Son
« impureté » fait aujourd’hui sa modernité, car nous
vivons des temps impurs.
Brigitte Jaques-Wajeman
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DEUX NOUVELLES MISES EN SCÈNE
Voici de nouveau deux pièces de Corneille, tirées de
l’ensemble de cinq tragédies intitulé par Brigitte
Jaques- Wajeman : « Corneille colonial ».
On peut appliquer à cette « série » ce que Corneille
déclare dans son adresse au lecteur de Nicomède:
«Mon principal but a été de peindre la politique des
Romains au-dehors, et comme ils agissaient impérieu-
sement avec les rois leurs alliés, leurs maximes pour les
empêcher de s’accroître et les soins qu’ils prenaient de
traverser leur grandeur quand elle commençait à leur
devenir suspecte à force de s’augmenter et de se rendre
considérable par de nouvelles conquêtes. »
On a déjà présenté au Théâtre des Abbesses (2011 et
2012), ainsi quen tournée, Nicomède et Suréna.
Dans Pompée (pièce d’abord appelée par Corneille
La Mort de Pompée, en 1643), l’action se passe dans
l’Égypte de Cléopâtre. Dans Sophonisbe (1663), elle
se passe dans cette Afrique du Nord Carthage
menace Rome.
Ces pièces décrivent donc les rapports de domination
et de fascination que Rome entretient avec ses « alls ».
Pompée et Sophonisbe seront présentées en alter-
nance, dans une scénographie et avec une distribu-
tion similaires.
Comme dans Nicomède et Suréna, les acteurs évoluent
autour d’une table immense dont les accessoires
changent selon les actes. La table constitue une
scène sur la scène! On y traite les affaires du monde,
les rencontres des potentats, les conseils politiques,
comme les affaires les plus privées: s’y jouent les
scènes de famille, les scènes de ménage, les rendez-
vous amoureux. Chaque pièce, variation sur un
même thème, offre aux spectateurs un dessin singu-
lier et commun. La confrontation entre l’Orient et
l’Occident se lit dans les costumes résolument
modernes et les accessoires.
La même troupe (onze comédiens) interprète Pompée
et Sophonisbe en alternance. Certains samedis, les
acteurs pourront jouer les deux pièces l’une après
l’autre et proposer aux spectateurs un voyage excep-
tionnel dans la dramaturgie et la langue de
Corneille.
DEUX NOUVELLES MISES EN SCÈNE
Assez et trop longtemps
l’arrogance de Rome
A cru qu’être Romain,
c’était être plus qu’homme.
[Pompée, acte I, sc. 1]
«»
9
1.LALEXANDRIN a douze pieds, mieux appes syl-
labes, car dans la langue française:
un pied = une syllabe
(différence d’avec le latin, le grec, l’anglais, l’alle-
mand, etc.).
2. Il est en général divisé en deux parties appelées
hémistiches, séparés par une césure:
«Le destin se déclare, // et nous venons d’entendre… »
[Pompée]
Rare est l’exception du trimètre (trois groupes de 4
syllabes). Le trimètre le plus connu du théâtre clas-
sique est justement dans Suréna:
«Toujours aimer, // toujours souffrir, // toujours mourir. »
[Suréna]
3.Le emuet en français, qui est tantôt prononcé et
tantôt non, selon qu’il est devant consonne, devant
voyelle, ou en fin de groupe de mots, est toujours
prononcé dans le vers, dès qu’il nest pas devant une
voyelle:
«Dequoi fairela guerr(e) au restedes vivants. »
[Pompée]
4.En principe, à l’intérieur du vers, les liaisons se
font, comme elles se font dans les groupes de mots
de la langue, parce que le vers est comme une unité
de langue, à lui seul. De même que dans la langue
courante on lit et on écrit: « les animaux » et qu’on
entend « -za-ni-mo », de même, dans le vers:
«Il était aux Romains, /et je l’en détachai
[Sophonisbe]
On devra dire: « étai/t aux », comme « Romainzet ».
Mais on distinguera la liaison directe était aux »),
de la liaison indirecte (Romainz’et), car il n’y a pas
lieu déviter la liaison à l’hémistiche. La ponctuation,
souvent incertaine, ne fait pas ici loi.
Tout l’art de la liaison réside dans cette distinction,
et évite la question angoissée: « Dois-je faire la liai-
son, ou ne pas la faire? »
5.Enfin, on admettra volontiers que lALEXANDRIN
comporte 4 syllabes accentuées, accents de vers qui
obéissent aux accents de la langue: les syllabes N° 6
et 12, accents fixes, et l’une de celles qui restent
accentuables dans chaque hémistiche : soit 1, 2, 3, 4
ou 5, et 6, 7, 8, 9, 10 ou 11.
«La Justice et le Droit / sont de vaines i(e) s »
[Pompée] [syllabes 3, 6, 9 et 12]
«Et l’orgueil des Romains / se promettait l’éclat
[syllabes 3, 6, 10, 12]
D’asservir par leur pris/(e), et vous, et tout l’État.»
[Sophonisbe] [syllabes 3, 6, 8 et 12]
[liaison aussi : « vouzet tout »]
6.On rappelle en outre, contre une opinion infondée,
que la langue française a un accent tonique. Sim -
plement, à la différence de quelques autres langues
(anglais, allemand, italien, espagnol, portugais, par
exemple), cet accent nest pas attaché au mot du dic-
tionnaire, mais au groupe de mots tel qu’il est com-
biné dans la phrase. Ainsi, « elephant » en anglais a
un accent tonique fixe sur la première syllabe,
«Elephant » en allemand, sur la dernière; mais en
français, dans « voici l’éléphant », laccent tonique
(mobile) est sur «-phant », tandis que dans « l’élé-
phant du cirqu(e) », il tombe sur « cir- ». Presque
tout le reste s’ensuit!
Il s’agit donc dans la diction de souligner ce quil y a
de linguistiquement vivant dans le vers, et qui est
audible, démontrable et vérifiable*; non de faire
entendre ce qui se disait au temps de Corneille, mais
de faire entendre dans la langue parlée aujourd’hui
l’écho de ce qu’il voulait faire entendre dans la
langue de son temps.
En disant le vers de façon attentive, on fait résonner
des sonorités des consonnes de liaison et des e
muets – et l’on produit des courbes accentuelles qui
concourent à la beauté acoustique.
François Regnault
* Jean-Claude Milner et François Regnault, Dire le vers,
Éditions du Seuil, 1987, Verdier, 2007.
8
L’ALEXANDRIN
LALEXANDRIN nest pas un problème de classe, de
musée, ni de mode. Il est la solution qu’a trouvée la
langue française depuis le XIIesiècle, et le vers par
excellence du théâtre à partir du XVIesiècle jusqu’à
Victor Hugo et même Rostand, pour disposer dans
l’espace assez large de douze syllabes le plus grand
nombre possible de groupes de mots conformes à la
grammaire française.
Létendue de lALEXANDRIN permet de combiner de bien
des façons possibles le nombre de groupes de mots
de la langue (groupes syntaxiques) et le nombre de
mots simples (mots lexicaux). Ainsi:
u«Le jour nest pas plus pur que le fond de mon cœur. »
[Racine, Phèdre: 13 MOTS]
u« Mais vous ne savez pas ce que c’est qu’une femme. »
[Corneille, Polyeucte: 12 MOTS]
u« La prostitution, l’adultère, l’inceste
[Corneille, Théodore : 6 MOTS]
u«Justifiant César a condamné Pompée. »
[Corneille, Pompée : 5 MOTS]
Ce que, par exemple, le casyllabe (vers de La Chanson
de Roland avec césure après la 4esyllabe, ne permet
pas).
LALEXANDRIN traite et sout un problème qui se pose
toujours dans la langue française vivante. La diction
présentement effectuée par les acteurs de Pompée et
de Sophonisbe prétend rencontrer cette modernité
et y contribuer.
RAPPELONS QUELQUES PROPRIÉTÉS
DU VERS FRANÇAIS EN GÉNÉRAL ET DE L’ALEXANDRIN EN PARTICULIER :
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