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peu plus, ce qui me conduira à identifier deux grands types de problèmes que je
qualifierai de congénitaux à l'ordre d'après-guerre.
Le premier type de problèmes a trait au fait que l'on ait dissocié les questions qui
devaient relever du domaine de juridiction de chaque État de celles qui devaient
relever du domaine commun de tous les États. Cette dissociation centrale permit,
ce qui fut un immense progrès, de faire de l'État le vecteur des solidarités
nationales et parallèlement, d'implanter la règle de droit dans les relations
internationales. Elle ne fut cependant pas sans conséquences, puisque, de la sorte,
on allait se trouver à placer l'État dans la position délicate d'être au coeur d'un
projet sécuritaire qui relevait de deux philosophies différentes, selon qu'on était à
l'interne ou à l'externe. À l'interne, de l'État, on attendait, comme garant du
progrès économique et du progrès social, qu'il joue un rôle positif vis-à-vis de la
société civile, alors qu'à l'externe, au contraire, des organisations internationales
qui seront mises en place, on attendait qu'elles jouent un rôle négatif à son
endroit, gardiennes qu'elles devaient être d'une règle de droit qui devait sortir les
relations internationales de l'état de nature dans lequel elles se trouvaient jusque-
là. Le résultat de ceci fut, pour reprendre une formule maintenant bien connue,
que l'on aura en même temps John M. Keynes à l'intérieur et Adam Smith à
l'extérieur.
C'est à cette vision duale de la sécurité économique que je voudrais consacrer les
deux premières parties de mon exposé. Cela me conduira notamment à faire deux
constats: le premier, c'est qu'il n'était guère très réaliste de penser, comme on l'a
pourtant cru, qu'il fût possible de maintenir très longtemps la double ligne
d'étanchéité qu'il s'agissait de préserver entre la sphère publique et la sphère
privée d'une part, entre le marché national et le marché international d'autre part;
le second, c'est qu'il n'était pas davantage plus réaliste de penser faire de
l'interdépendance - économique - des nations le moyen par lequel on pouvait
parvenir à une intégration mondiale que devait venir sanctionner la mise en place
d'institutions supranationales.
Partant d'une seconde idée, à savoir que, ne prenant en compte, par construction,
que deux niveaux, le niveau national d'un côté, le niveau international de l'autre,
ce qui soit dit en passant revient à exclure le niveau régional, l'ordre d'après-
guerre ne pouvait par le fait même rendre compte adéquatement de ce phénomène
qu'est la globalisation, du moins dans le sens que j'entends donner à cette
expression "passe-partout". Par globalisation, j'entends qualifier deux
phénomènes: un phénomène d'internationalisation - mondialisation - croissante de
la production, d'une part; un phénomène d'interpénétration croissante des
économies nationales les unes dans les autres, d'autre part[2]. En fait, et ce sera
l'argument principal de mon exposé, ce n'est qu'au travers du prisme réducteur des
États-nations que l'on a abordé les problèmes de l'économie mondiale, avec le
résultat que ce que l'on s'est plu pendant très longtemps à appeler "économie
mondiale" n'était en fait qu'une économie inter-nationale, c'est-à-dire un espace
que l'on ne peut définir autrement que comme étant au croisement des économies
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